Dareen Tatour : “En prison, j’ai rencontré des gens”

Dareen Tatour En prison, j’ai rencontré tant de gens qu’on ne peut les compter : des tueurs, des délinquants, des voleurs et des menteurs, des gens honnêtes, des gens qui ne croient en rien, des gens perdus, des gens qui ne comprennent plus rien, des paumés et des affamés. Puis les malades de mon pays, ceux qui sont nés dans la douleur, qui ont refusé de marcher avec l’injustice tant qu’ils ne seraient pas des enfants dont l’innocence avait été violée. Les contraintes du monde les ont laissés abasourdis. Ils ont pris de l’âge. Non. C’est leur tristesse qui a vieilli, qui s’est durcie avec la répression, comme quand on plante des roses dans un sol parsemé de sel. Ils ont choisi l’amour sans crainte et ont été condamnés pour avoir dit : « Nous aimerons la terre à jamais » sans se rendre compte de leurs actes. Vous voyez, la prison, c’est pour ceux qui aiment. J’ai questionné mon âme dans les moments de doute et de distraction : « Et qu’en est-il de ton crime ? » Son sens aujourd’hui m’échappe. J’ai dit cela et j’ai révélé mes pensées ; j’ai écrit sur l’injustice d’aujourd’hui, j’ai trempé mes aspirations dans l’encre, dans ce poème que j’ai écrit… L’accusation a usé mon corps du bout de mes pieds jusqu’au haut de ma tête, car je suis une poète en prison, une poète dans le pays de l’art. On m’accuse de mots : Ma plume m’a servi d’arme. L’encre – le sang du cœur – amène ses témoins et lit les accusations. Écoute, ma destinée, ma vie, ce que le juge a dit : Un poème est accusé et mon poème se mue en crime. Au pays de la liberté, le sort de l’artiste est la prison.
Publié le 1er septembre 2016 sur Poets behind bars Traduction : Jean-Marie Flémal
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