{"id":15437,"date":"2020-07-26T19:01:45","date_gmt":"2020-07-26T17:01:45","guid":{"rendered":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/?p=15437"},"modified":"2020-07-28T16:27:26","modified_gmt":"2020-07-28T14:27:26","slug":"samira-azzam-le-pain-du-sacrifice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2020\/07\/26\/samira-azzam-le-pain-du-sacrifice\/","title":{"rendered":"Samira &lsquo;Azzam : <em>\u00ab\u00a0Le Pain du sacrifice\u00a0\u00bb<\/em>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Samira Azzam<\/strong> est une \u00e9crivaine r\u00e9volutionnaire qui avait v\u00e9cu la Nakba alors qu\u2019elle avait 20 ans et qui \u00e9tait devenue active au sein du groupe <strong>Voie du retour (Front de lib\u00e9ration de la Palestine)<\/strong>, dans les <strong>ann\u00e9es 1960.<\/strong> Sa nouvelle, <strong>Bread of Sacrifice (Le pain du sacrifice, 1960)<\/strong> approche<strong> la Nakba du point de vue de la r\u00e9sistance urbaine palestinienne.<\/strong><\/p>\n<p>Situ\u00e9e \u00e0 la veille de la chute de Ha\u00effa, le 22 avril 1948, l\u2019histoire est soulign\u00e9e de motifs romantiques et culmine par une fin tragique. Pourtant, ici, la trag\u00e9die r\u00e9v\u00e8le des griefs permanents qui sont sources d\u2019une relance de la mobilisation. De fa\u00e7on significative, cette mobilisation compte autant sur les contributions des femmes que sur celles des hommes.<\/p>\n<p>Comme l\u2019explique clairement l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019Azzam, <strong>Su\u2019ad<\/strong> :<em> \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 la Nakba a \u00e9t\u00e9 un besoin humain naturel et essentiel, v\u00e9cu quel que soit le genre, qu\u2019on soit homme ou femme, et d\u00e9fier l\u2019autorit\u00e9 du p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re d\u00e9marche vers la participation des femmes \u00e0 la lutte r\u00e9volutionnaire pour le retour chez soi.<\/em><\/p>\n<p>Extrait de l&rsquo;article : <a href=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2020\/01\/10\/la-generation-de-la-nakba\/\">La g\u00e9n\u00e9ration de la Nakba<\/a><\/p><\/blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Le Pain du Sacrifice<\/h3>\n<p>Quand Ibrahim lui tendit la pipe bourr\u00e9e de tabac, il souhaita de pouvoir s\u2019effondrer et de pleurer comme un gosse. Il sentit les larmes lui monter aux yeux et tourna la t\u00eate de c\u00f4t\u00e9 pour les essuyer sur sa manche. Tentant de dissimuler sa tristesse, il leva la t\u00eate pour regarder au-del\u00e0 de la barricade mais, quand il se retourna pour faire face \u00e0 ses compagnons, leur silence accabl\u00e9 de chagrin ramena les larmes \u00e0 ses yeux. La nuit, faiblement \u00e9clair\u00e9e par une lune distante et travers\u00e9e de nuages, semblait partager leur tristesse&nbsp;: tout dans l\u2019univers semblait au courant de son histoire. Il aurait tant voulu \u00eatre \u00e0 m\u00eame de s\u2019abandonner au luxe du chagrin, mais il ne le pouvait pas. Il aurait d\u00e9sir\u00e9 secouer ses amis, rejeter son armure de rudesse et pleurer \u2013 pleurer sans honte. Il leva sa manche pour s\u2019essuyer les yeux et sentit l\u2019irritation provoqu\u00e9e par la chemise de laine qui lui rappela ce talisman qu\u2019elle lui avait donn\u00e9 et qu\u2019il portait, et qui devait le prot\u00e9ger \u2013 avait-elle dit ce jour-l\u00e0 \u2013 de toute balle tra\u00eetresse.<\/p>\n<p>Certainement, il pouvait se rappeler cette nuit.<\/p>\n<p>C\u2019avait \u00e9t\u00e9 une nuit d\u2019un froid mordant comme celle-ci, avec un mince croissant de lune. On lui avait command\u00e9 de garder le petit h\u00f4pital install\u00e9 par la L\u00e9gion arabe dans une maison de la ville compos\u00e9e de quatre pi\u00e8ces aux murs de pierre et d\u2019un petit jardin. Les huit lits d\u2019h\u00f4pital \u00e9taient occup\u00e9s par huit bless\u00e9s, des hommes amen\u00e9s \u00e0 l\u2019issue d\u2019un combat entre la colonie juive de Nahariya et les villages arabes autour d\u2019Acre. Oui, il avait fait froid, cette nuit-l\u00e0 et ni son keffieh ni son lourd pardessus n\u2019avaient suffi pour le prot\u00e9ger du froid mordant, de sorte qu\u2019il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 marcher un peu afin d\u2019emp\u00eacher son sang de geler dans ses veines. Quand il en eut assez, il retourna s\u2019appuyer contre le mur de l\u2019h\u00f4pital, pr\u00e8s de la porte, fixant du regard les maisons distantes de la ville qui semblaient dormir mal \u00e0 l\u2019aise, dans la crainte d\u2019une attaque soudaine. Il ne savait pas quelle heure il \u00e9tait exactement. Les seules lumi\u00e8res restantes \u00e9taient l\u2019\u00e9clairage des art\u00e8res principales et la nuit \u00e9tait silencieuse, en dehors des aboiements d\u2019un chacal lointain.<\/p>\n<p>Non, il ne savait pas exactement quelle heure il \u00e9tait lorsqu\u2019il la sentit pr\u00e9sente pr\u00e8s de lui, dans son uniforme blanc d\u2019infirmi\u00e8re, lui demandant s\u2019il voulait une tasse de th\u00e9. Il n\u2019avait pas pens\u00e9 au th\u00e9, ni \u00e0 autre chose&nbsp;; n\u00e9anmoins, il sentait que ce serait agr\u00e9able de pouvoir tenir un objet chaud entre ses doigts gel\u00e9s, et il accepta son offre avec reconnaissance. Quand elle revint avec le th\u00e9, il vida sa tasse en quatre gorg\u00e9es de fa\u00e7on \u00e0 ne pas l\u2019obliger d\u2019attendre longtemps et il lui rendit la tasse vide, murmurant de vagues paroles de remerciement. Et, apr\u00e8s qu\u2019elle fut partie, il pensa qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 poli de lui parler un peu plus. Il tourna la t\u00eate, cherchant son ombre derri\u00e8re la fen\u00eatre. Il ne vit personne. Il d\u00e9cida de la remercier au matin \u2013 mais qui pouvait-elle \u00eatre&nbsp;? Il y avait deux infirmi\u00e8res et il n\u2019avait rien vu d\u2019elle, en dehors de son uniforme blanc. La nuit suivante, il \u00e9tait bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se montrer moins raide quand elle lui apporterait du th\u00e9. Il attendit longtemps, mais elle ne vint pas. Il se dit qu\u2019elle devait \u00eatre trop occup\u00e9e avec ceux qui avaient r\u00e9ellement besoin de ses soins pour s\u2019inqui\u00e9ter de son th\u00e9. Pourquoi, par cons\u00e9quent, ne pourrait-il pas frapper \u00e0 la porte et demander lui-m\u00eame du th\u00e9&nbsp;? Il h\u00e9sita, ne voulant pas se montrer importun. Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignirent, la ville s\u2019endormit, lui laissant la responsabilit\u00e9, \u00e0 lui et \u00e0 ses camarades, de rester vigilants. C\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce moment-l\u00e0, la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, qu\u2019il avait bu le th\u00e9 qu\u2019elle lui avait apport\u00e9. Il se d\u00e9gourdit les doigts, gel\u00e9s au contact du canon du fusil et il esp\u00e9ra que quelque chose puisse leur apporter un peu de chaleur. A peine avait-il port\u00e9 la main \u00e0 la bouche pour souffler sur ses doigts que son uniforme blanc apparut soudainement pr\u00e8s de lui et qu\u2019il l\u2019entendit dire&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je vous ai apport\u00e9 votre th\u00e9 sans vous demander si vous en vouliez&nbsp;; vous n\u2019allez pas le refuser, n\u2019est-ce pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il leva les yeux, la regarda et tendait sa main glac\u00e9e pour prendre la tasse. Il se dit que ce serait bien de lui parler avant de boire.<em> \u00ab&nbsp;Vous ne trouvez pas que le travail est p\u00e9nible, ici&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Avec une gravit\u00e9 \u00e0 laquelle il ne s\u2019\u00e9tait pas attendu, elle r\u00e9pondit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Vous pensez que je ne suis pas assez bonne pour des t\u00e2ches de ce genre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je\u2026 Non, non, pas du tout\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A court de mots, il porta la tasse \u00e0 ses l\u00e8vres et but rapidement, se br\u00fblant le gosier. Il lui rendit la tasse sans dire merci et, quand elle se fut \u00e9loign\u00e9e de quelques pas, il l\u2019appela&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Mademoiselle&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, en se demandant pourquoi il ne lui demanderait pas son nom. Il n\u2019y avait pas de mal \u00e0 cela. Elle s\u2019arr\u00eata et il s\u2019approcha d\u2019elle. <em>\u00ab&nbsp;Excusez-moi, je me demandais si je pouvais savoir votre nom.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle rit avant de r\u00e9pondre&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Et pourquoi pas&nbsp;? Nous sommes tous des camarades, ici. Je m\u2019appelle Su\u2019ad.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Moi,&nbsp;c\u2019est Ramiz. Mes copains m\u2019appellent \u2018sergent\u2019. On se serre la main&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle rit et lui tendit la main, puis s\u2019en alla aussi prestement qu\u2019elle \u00e9tait venue. Su\u2019ad. Il semblait avoir de la chance avec ce nom. Quelques jours plus t\u00f4t, le Comit\u00e9 des femmes d\u2019Acre avait offert en cadeau \u00e0 la L\u00e9gion arabe des chemises et des couvertures en laine tricot\u00e9es main. Dans la poche de chaque chemise se trouvait une carte portant le nom de la jeune femme qui l\u2019avait tricot\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019un mot d\u2019encouragement. Il avait toujours la carte. Il la chercha dans sa poche, l\u2019en sortit et frotta une allumette \u00e0 la lueur de laquelle il lut les mots <em>\u00ab&nbsp;Su\u2019ad Wahbi&nbsp;\u00bb<\/em> et, sous le nom, <em>\u00ab&nbsp;Puisse cette chemise \u00eatre port\u00e9e par un h\u00e9ros.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019allumette s\u2019\u00e9teignit et les mots disparurent. Il remit la carte dans sa poche. Se pouvait-il que ce soit elle ? Si oui, ne serait-ce pas une co\u00efncidence plaisante&nbsp;? Il se tourna vers la porte et la trouva ferm\u00e9e \u00e0 clef.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me nuit, il s\u2019arrangea pour entamer son tour de garde un peu plus t\u00f4t afin d\u2019avoir l\u2019occasion d\u2019entrer dans l\u2019h\u00f4pital et de s\u2019enqu\u00e9rir des bless\u00e9s. La porte \u00e9tait ouverte et il&nbsp;entra. Il l\u2019aper\u00e7ut qui portait un plateau avec un repas \u00e0 l\u2019un des soldats. Il la salua et lui demanda s\u2019il pouvait leur rendre visite. Elle r\u00e9pondit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Pourquoi pas&nbsp;? J\u2019aimerais que vous rencontriez Hassan afin qu\u2019il puisse vous raconter les d\u00e9tails de la bataille. Moi-m\u00eame, je les ai entendus des dizaines de fois, mais \u00e7a ne fera pas de mal de l\u2019entendre une fois encore.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Il la suivit.<\/p>\n<p>Il se tenait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle en face de la t\u00eate de Hassan entour\u00e9e de bandages et tous deux rirent d\u2019entendre le bless\u00e9 dire&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Su\u2019ad est une infirmi\u00e8re s\u00e9v\u00e8re et elle veut que je reste allong\u00e9 de tout mon long comme un mort. Elle ne le laisse m\u00eame pas fumer une cigarette en cachette.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Alors qu\u2019elle riait, Ramiz remarqua que ses dents \u00e9taient tr\u00e8s blanches et que dans ses yeux luisait une volont\u00e9 indomptable. L\u2019atmosph\u00e8re dans la chambre l\u2019encouragea \u00e0 demander&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Mais tu es d\u2019accord avec moi pour dire que c\u2019est une bonne infirmi\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Bonne&nbsp;? Elle est la meilleure de toutes. Elle est mieux que la vieille maman. Elle est toujours tout pr\u00e8s, \u00e0 l\u2019un elle donne \u00e0 boire, \u00e0 l\u2019autre quelque chose \u00e0 manger, elle r\u00e9pond aux clochettes qui tintent dans toutes les chambres. Si jamais elle trouve un moment pour se reposer, vous la trouverez assise pr\u00e8s de la porte avec son tricot.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Son tricot&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il se souvint de la chemise. Sa main se d\u00e9pla\u00e7a, trouvant les \u00e9pais boutons du pardessus qui la couvrait. D\u00e9boutonnant le manteau pour faire appara\u00eetre la chemise, il se tourna vers elle et dit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Vous reconnaissez cette chemise&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Oui. Ainsi, c\u2019est vous qui l\u2019avez eue\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je ne la m\u00e9rite pas&nbsp;? J\u2019ai toujours la carte. De cette fa\u00e7on, je me souviendrai toujours de mon devoir d\u2019agir comme un h\u00e9ros.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Une sonnerie persistante l\u2019appela et elle le laissa en compagnie de Hassan, qui lui demanda une cigarette qu\u2019il lui promit de ne pas fumer avant que Su\u2019ad ne lui ait donn\u00e9 son approbation.<\/p>\n<p>Deux semaines pass\u00e8rent et les bless\u00e9s se mirent tous \u00e0 aller mieux et \u00e0 quitter l\u2019h\u00f4pital, sauf un qui fut transf\u00e9r\u00e9 vers un autre h\u00f4pital. Les t\u00e2ches de garde de Ramiz furent termin\u00e9es, du moins en cet endroit, et il retourna \u00e0 son travail, consistant \u00e0 former des recrues. Il en rencontrait de nouvelles, en laissait repartir d\u2019autres, et ce, jusqu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, apr\u00e8s quoi il prenait son fusil et allait assumer sa t\u00e2che de surveillance nocturne. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019aube se mettait \u00e0 \u00e9clairer le ciel qu\u2019il rentrait chez lui pour se jeter sur le lit de fer de son logis d\u2019une seule pi\u00e8ce, o\u00f9 il trouvait le temps de penser \u00e0 elle.<\/p>\n<p>&nbsp;Toute une semaine s\u2019\u00e9coula, pendant laquelle il ne la vit pas. O\u00f9 donc pouvait-elle \u00eatre&nbsp;? Pourquoi \u00e9tait-il enclin \u00e0 penser \u00e0 elle et \u00e0 ch\u00e9rir la chemise qu\u2019elle lui avait tricot\u00e9e&nbsp;? La veille au matin, il avait d\u00e9couvert quelque chose, en s\u2019habillant. Elle avait tricot\u00e9 tant et plus sans savoir qui allait porter la chemise. Peut-\u00eatre avait-elle \u00e0 l\u2019esprit une image de ce \u00e0 quoi devrait ressembler l\u2019homme qui la porterait. Manifestement, elle le souhaitait grand, avec de larges \u00e9paules \u2013 un homme dont elle esp\u00e9rait qu\u2019il serait un h\u00e9ros. Il se tourna pour se regarder dans le miroir sur le mur et il t\u00e2ta ses bras muscl\u00e9s. Il rit de sa propre b\u00eatise alors qu\u2019il s\u2019examinait du regard. Mais quel mal y aurait-il s\u2019il agissait un peu follement, en enfon\u00e7ant son visage dans la chemise, par exemple, ou en la couvrant de baisers&nbsp;?<\/p>\n<p>Le huiti\u00e8me jour, il eut la chance de la croiser dans la rue. Elle ne portait pas son uniforme d\u2019infirmi\u00e8re. Il l\u2019arr\u00eata, en lui disant&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai failli ne pas vous reconna\u00eetre, sans votre uniforme.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle lui serra la main et dit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;L\u2019h\u00f4pital a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et je ne voyais pas ce que je pouvais faire aujourd\u2019hui. Que faites-vous pour l\u2019instant&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;J\u2019entra\u00eene des recrues le jour, et j\u2019ai ma t\u00e2che de garde le soir \u2013 pas grand-chose, en fait.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle fit entendre son rire musical. Elle le surprit qui la regardait et elle rougit. Elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 s\u2019\u00e9loigner et il s\u2019avan\u00e7a pr\u00e9cipitamment pour lui parler avant que la timidit\u00e9 ne s\u2019empare de lui.<em> \u00ab&nbsp;J\u2019esp\u00e8re que vous ne pensez pas que je d\u00e9passe les bornes. Ne pourrais-je vous rencontrer quelque part&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Notre ville est si petite pour cela.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Mais nous sommes des camarades sous les armes. J\u2019entra\u00eene des recrues, des hommes comme des femmes. Venez au club du Port. Nous pourrons parler un peu apr\u00e8s que j\u2019aurai termin\u00e9 mes entra\u00eenements.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ils se mirent d\u2019accord pour se rencontrer en cet endroit \u00e0 trois heures. Il \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 montrer \u00e0 un escadron de femmes comment se tenir debout fermement, sans d\u00e9faillir, avec un lourd fusil en main, quand il l\u2019aper\u00e7ut. Il poursuivit son travail et ne lui parla pas avant la fin de l\u2019exercice. Puis il cong\u00e9dia sa classe et se tourna vers elle pour la saluer, en lui proposant un si\u00e8ge.<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Vous n\u2019\u00eates pas fatigu\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>, demanda-t-elle.<\/p>\n<p><em>\u00ab Qui ne l\u2019est pas ? Mais une fois que j\u2019ai compris le genre de mobilisations et de pr\u00e9paratifs qui se d\u00e9roulent dans les colonies juives, j\u2019ai souhait\u00e9 qu\u2019il puisse y avoir soixante heures dans une journ\u00e9e. Nous avons un sacr\u00e9 boulot qui nous attend. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez pas peur&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Prudent, plut\u00f4t. Ce ne sera pas facile. Je pense que les juifs ont stock\u00e9 des armes en grandes quantit\u00e9s dans leurs colonies. Nous avons d\u00e9couvert beaucoup de choses.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Y \u00eates-vous all\u00e9 vous-m\u00eame&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Oui, j\u2019y allais souvent avant que les relations ne se tendent. Maintenant, je ne peux plus y aller. Je suis sur leur liste noire.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il vit qu\u2019elle l\u2019observait. Elle \u00e9carta les l\u00e8vres et un regard d\u00e9cid\u00e9 \u00e9claira ses yeux.<em> \u00ab&nbsp;Vous savez, je commence \u00e0 croire que vous avez quelque chose d\u2019un h\u00e9ros.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un h\u00e9ros&nbsp;? En aucun cas, bien que votre carte m\u2019ait donn\u00e9 l\u2019inspiration d\u2019en devenir un.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Vous l\u2019avez toujours&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;La voici.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il la lui tendit et, quand il la reprit, il pressa sa main bri\u00e8vement avant de la l\u00e2cher. Puis, pour lui donner une chance de dissimuler son embarras, il dirigea son regard du c\u00f4t\u00e9 de la mer bleue, en face de lui.<\/p>\n<p>&nbsp;C\u2019\u00e9tait le printemps. Le printemps dans cette partie de la Palestine, c\u2019est une mer scintillante, travers\u00e9e par des voiles blanches la journ\u00e9e et \u00e9clair\u00e9e par les feux \u00e9tincelants des bateaux de p\u00eache la nuit. La fragrance des orangeraies sillonne l\u2019air. Ce printemps-l\u00e0, Ramiz en apprit davantage sur deux choses \u2013 l\u2019amour et la guerre \u2013 et la premi\u00e8re donna un sens \u00e0 la deuxi\u00e8me. La guerre n\u2019\u00e9tait pas simplement un ennemi qu\u2019il fallait tuer avec f\u00e9rocit\u00e9. C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t l\u2019assertion de la vie de la terre qu\u2019il aimait et de la femme qu\u2019il aimait. La Palestine n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019une mer avec des bateaux de p\u00eache, ni que des oranges brillant comme de l\u2019or, et pas non plus que des olives et de l\u2019huile d\u2019olive remplissant d\u2019\u00e9normes jarres. C\u2019\u00e9taient aussi les yeux noirs de Su\u2019ad. Dans les yeux de Su\u2019ad, il voyait tout ce qu\u2019il y avait de bon dans la Palestine. Il vit \u00e9galement l\u2019image d\u2019un foyer heureux pour lui et d\u2019une femme qui lui enfanterait de jeunes h\u00e9ros et qui ferait de l\u2019amour qu\u2019elle \u00e9prouvait le sens de son existence d\u2019homme.<\/p>\n<p>Chaque jour nouveau, son image \u00e0 elle accompagnait les informations sur les combats dans les journaux du matin&nbsp;: <strong>la bataille de Qastal<\/strong> (1), la <strong>contre-attaque palestinienne depuis le Triangle de la Terreur<\/strong> (2) contre les colonies ennemies, ses raids et ceux de ses camarades contre les v\u00e9hicules blind\u00e9s juifs qui s\u2019infiltraient en d\u00e9valant la route de Ha\u00effa vers Acre et vers Nahariya. L\u2019h\u00e9ro\u00efsme de son peuple \u00e0&nbsp;Salama, dans chaque ville, dans chaque village.<\/p>\n<p>Puis vint la<strong> chute de Ha\u00effa<\/strong> (3). &nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019allait jamais oublier cette soir\u00e9e. &nbsp;<\/p>\n<p>Il \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 entra\u00eener les recrues. Quand il se tourna vers la mer, il vit des dizaines et des dizaines de bateaux d\u00e9bordant de r\u00e9fugi\u00e9s. Les gens d\u2019Acre se rassemblaient pr\u00e8s des murailles de la ville pour s\u2019informer de la nouvelle situation. Ils \u00e9taient au courant des combats qui se livraient \u00e0 Ha\u00effa et ils savaient que les autorit\u00e9s britanniques avaient en secret aid\u00e9 les sionistes au moyen de positions fortifi\u00e9es. Bien que les Britanniques eussent d\u00e9clar\u00e9 publiquement qu\u2019ils ne quitteraient pas Ha\u00effa avant quelques mois apr\u00e8s la fin de la p\u00e9riode du Mandat, ils annon\u00e7aient de but en blanc, cette fois, que force leur \u00e9tait de quitter la ville.&nbsp;<\/p>\n<p>La terreur se d\u00e9versa depuis le <strong>mont Carmel<\/strong> (4) jusque chez les Arabes qui vivaient sur les pentes. Les autorit\u00e9s britanniques r\u00e9pandirent des rumeurs terrifiantes qui provoqu\u00e8rent la panique. Dans le m\u00eame temps, ils ouvrirent le port et permirent \u00e0 leurs navires d\u2019emmener tous ceux qui souhaitaient s\u2019enfuir. C\u2019est ainsi que les gens s\u2019entass\u00e8rent \u00e0 leur bord alors que le feu des canons se d\u00e9versait sur eux depuis la montagne.<\/p>\n<p>Les navires les largu\u00e8rent sur les plages d\u2019Acre, une masse humaine, dont certains compl\u00e8tement abrutis par leurs blessures, d\u2019autres par la faim, d\u2019autres encore par la terreur.<\/p>\n<p>Les maisons, les mosqu\u00e9es, les monast\u00e8res et les places de sa ville en \u00e9taient envahis.<\/p>\n<p>Ils impos\u00e8rent \u00e0 la petite ville le fardeau de leur fournir des vivres et de quoi se loger \u00e0 un tr\u00e8s grand nombre d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Cette nuit, il vit Su\u2019ad en compagnie de dizaines de b\u00e9n\u00e9voles f\u00e9minines accueillir les bless\u00e9s au port et leur d\u00e9signer des h\u00f4pitaux et des foyers. En m\u00eame temps, la confusion des rumeurs se mit \u00e0 jouer sur les nerfs de tout le monde.<\/p>\n<p>Le lendemain, il fut r\u00e9veill\u00e9 par des coups appuy\u00e9s sur sa porte. Il ouvrit et fut \u00e9tonn\u00e9 de la voir l\u00e0. Elle pleurait.<\/p>\n<p>Elle expliqua que son fr\u00e8re avait pris possession d\u2019un camion, l\u2019avait charg\u00e9 de tout ce qui pouvait servir, puis avait embarqu\u00e9 sa femme et ses enfants et \u00e9tait parti pour le Liban. Vingt familles de son quartier avaient d\u00e9j\u00e0 fait pareil. Son fr\u00e8re avait tent\u00e9 de l\u2019emmener elle aussi, mais elle avait refus\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait disput\u00e9e avec lui et il l\u2019avait frapp\u00e9e au visage. Tout ce qu\u2019elle avait pu faire alors \u00e9tait de s\u2019en aller en courant.<\/p>\n<p>Elle serait la derni\u00e8re \u00e0 partir. &nbsp;<\/p>\n<p>Il fut tr\u00e8s surpris et resta silencieux, ne sachant trop que lui dire. Quand elle lui frappa la poitrine du poing, il demanda&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Vous avez fait cela \u00e0 cause de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle l\u00e2cha&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Non, pas \u00e0 cause de vous. Oui, je vous aime, c\u2019est vrai. Mais vous n\u2019\u00eates pas tout&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em> Et elle s\u2019en alla.<\/p>\n<p>Il ouvrit la porte et sortit pour se rendre en ville. Des dizaines de voitures, grosses et petites, charg\u00e9es et vides, passaient \u00e0 toute vitesse, comme le vent. Perplexe, il ne savait pas s\u2019il fallait pleurer ou crier ou se mettre \u00e0 leur lancer des pierres.<\/p>\n<p>&nbsp;Au bout d\u2019une semaine, la ville fut vide, \u00e0 l\u2019exception des combattants, d\u2019une poign\u00e9e d\u2019infirmi\u00e8res diss\u00e9min\u00e9es entre les petits h\u00f4pitaux et des r\u00e9fugi\u00e9s de Ha\u00effa ou des villages avoisinants. Ce n\u2019\u00e9tait plus le moment d\u2019arranger des rendez-vous avec Su\u2019ad. Au nord et au sud, l\u2019ennemi attendait l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une attaque. De jour, Ramiz se glissait dans les villages pour rassembler des fusils et des munitions&nbsp;; il passait ses nuits avec cinq autres hommes tapis derri\u00e8re des barricades dress\u00e9es sur le toit d\u2019une fabrique de cigarettes d\u00e9saffect\u00e9e. La ville devait tenir jusqu\u2019\u00e0 la fin du Mandat et que les arm\u00e9es arabes soient \u00e0 m\u00eame de venir pour livrer bataille.<\/p>\n<p>Tels \u00e9taient les t\u00e2ches que lui avait assign\u00e9es de Comit\u00e9 national d\u2019Acre. Quand il avait le temps de se reposer, il pensait \u00e0 Su\u2019ad, se demandait comment elle vivait et dans quelles conditions. Un jour, il fut d\u00e9contenanc\u00e9 de la voir brusquement&nbsp;; il s\u2019arr\u00eata. Elle \u00e9tait v\u00eatue d\u2019un manteau et portait un grand panier.<\/p>\n<p>Il ne sut pas comment la saluer, mais elle r\u00e9solut le probl\u00e8me en ouvrant le panier et en s\u2019adressant \u00e0 tous ses camarades. <em>\u00ab&nbsp;Le Comit\u00e9 national craignait que vous tombiez \u00e0 court de nourriture et il m\u2019a envoy\u00e9e avec tout ceci.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il y avait du pain, des cigarettes et des friandises, dans le panier. Elle avait les yeux emplis d\u2019amour. Il souhaita de pouvoir l\u2019embrasser devant tous ses camarades. Il comprit qu\u2019il avait seulement le droit de marcher un peu avec elle sur son chemin de retour et de prendre le bout de ses doigts dans sa main tremblante. Puis il leva sa main jusqu\u2019\u00e0 ses l\u00e8vres en l\u2019implorant de ne plus refaire ce genre de chose. Elle s\u2019en alla et il la regarda jusqu\u2019au moment o\u00f9 une courbe de la route la fit dispara\u00eetre. Elle leur rendit visite \u00e0 plusieurs reprises. Elle ne restait jamais que quelques minutes, mais cela suffisait pour attiser ses \u00e9motions d\u2019une fa\u00e7on qui le rendait en m\u00eame temps las et heureux. Cela dura jusqu\u2019au d\u00e9but de la semaine suivante.<\/p>\n<p>Les combats devenaient plus intenses et les bombardements dur\u00e8rent une journ\u00e9e enti\u00e8re et deux nuits, et une partie de la journ\u00e9e suivante. Les v\u00e9hicules blind\u00e9s de l\u2019ennemi progressaient le long de la grand-route en direction de Nahariya. Les combattants durent se mettre en embuscade et les attendre avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie install\u00e9es sur les toits des maisons pr\u00e8s de la route.<\/p>\n<p>Le combat ne cessa pas avant trois heures, l\u2019apr\u00e8s-midi suivant. Certains des hommes \u00e9taient couch\u00e9s sur les barricades pour se reposer, d\u2019autres \u00e9taient couch\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol. Il descendit pour aller se laver au robinet du jardin avant de se rendre en ville afin de s\u2019enqu\u00e9rir des plans de la L\u00e9gion arabe concernant le remorquage des v\u00e9hicules endommag\u00e9s qu\u2019il fallait ramener en ville. Son visage \u00e9tait couvert de savon quand il entendit le bruit d\u2019une balle, puis d\u2019une autre. Comme il essuyait en h\u00e2te le savon de ses yeux, le son de la voix de Su\u2019ad parvint \u00e0 ses oreilles.<\/p>\n<p>Se tournant vers la porte du jardin, il vit qu\u2019elle l\u2019avait franchie. Elle tenait son panier d\u2019une main et elle appuyait l\u2019autre contre sa poitrine. Au commencement, il ne per\u00e7ut rien de bizarre, puisqu\u2019elle se tenait debout mais, alors, elle lui tomba dans les bras et du sang se mit \u00e0 jaillir de sa poitrine. Il comprima sa blessure de la main et appela ses camarades, qui lui tendirent rapidement leurs chemises afin d\u2019\u00e9tancher le sang qui coulait.<\/p>\n<p>Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais un r\u00e2le dans sa gorge \u00e9touffa ses mots, puis, il y eut encore un seul g\u00e9missement, et ce fut termin\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 si vite qu\u2019il ne pouvait le croire. Un seul instant d\u2019horreur avait mis fin \u00e0 tout. Comment le temps n\u2019avait-il pu s\u2019arr\u00eater, comment pouvait-il avoir continu\u00e9 sa marche et permis qu\u2019elle meure&nbsp;? Pourquoi n\u2019\u00e9tait-elle pas revenue \u00e0 elle sous ses baisers et ses cris angoiss\u00e9s, et comment ces paupi\u00e8res ne pouvaient-elles plus fr\u00e9mir, alors qu\u2019il lui chuchotait son amour pour elle&nbsp;?<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait morte. Comment \u00e9tait-ce possible, alors que la fragrance de ses cheveux flottait toujours dans l\u2019air, qu\u2019il pouvait toujours sentir la chaleur de sa main sur sa paume et celle de ses l\u00e8vres sur les siennes&nbsp;? Ses yeux n\u2019avaient jamais parl\u00e9 de mort, mais uniquement d\u2019amour et de promesse de vie.<\/p>\n<p>Se frottant les yeux pour en chasser le cauchemar, il saisit la pipe qu\u2019Ibrahim lui avait tendue, afin que ses ongles ne s\u2019enfoncent pas dans sa paume. Il regarda ses camarades.<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Oui, elle est morte&nbsp;\u00bb<\/em>, semblaient dire leurs yeux. Nous devons te la reprendre et aller l\u2019enterrer sur la colline, l\u00e0-bas. Nous marquerons sa tombe d\u2019un drapeau et proclamerons qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 une h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<p>Elle t\u2019aimait et elle est devenue un symbole pour nous tous, Ibrahim, et Wadee\u2019, et Salih, et Ahmad, et \u2018Abdullah.<\/p>\n<p>&nbsp;Une minuscule lune jaune et quelques \u00e9toiles. Rien hormis la noirceur et les bouts luisants des cigarettes. Derri\u00e8re la barricade, ils n\u2019avaient ni \u00e0 manger ni \u00e0 boire et ils n\u2019avaient pas dormi.<\/p>\n<p>Le reste de la nuit se d\u00e9roula paisiblement except\u00e9 une escarmouche ou deux vers l\u2019aube. Puis tout redevint tranquille et les t\u00eates fatigu\u00e9es s\u2019abandonn\u00e8rent \u00e0 un sommeil bris\u00e9 par la faim et la peur.<\/p>\n<p>A l\u2019aube, \u2018Abdullah se frotta les yeux et, regardant du c\u00f4t\u00e9 des piles de caisses noires \u00e0 proximit\u00e9, il demanda&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;N\u2019y a-t-il rien \u00e0 manger&nbsp;?&nbsp;\u00bb &nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Wadee` r\u00e9pondit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Pour s\u00fbr, il y a notre faim.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il se tut.<\/p>\n<p>Il y avait les pains de Su&rsquo;ad, macul\u00e9s de son sang. Pauvre accompagnement, pour leur pain&nbsp;! &nbsp;<\/p>\n<p>Leur faim devint insupportable, et ils furent bient\u00f4t incapables ne serait-ce que de se tenir debout.<\/p>\n<p>Ramiz sentit que la situation se muait en une \u00e9preuve humiliante et que lui seul parmi ses camarades pouvait oser envisager manger les pains. Il se couvrit les yeux des mains. Que pouvait-il y avoir de pire que d\u2019\u00eatre forc\u00e9 de nourrir ses amis du sang de Su\u2019ad&nbsp;? Il regarda ses camarades. \u2018Abdullah \u00e9tait couch\u00e9 sur une couverture, de m\u00eame que Salih. Ahmad \u00e9tait assis sur un sac de sable, pressant les mains sur son estomac. Ils \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 manger un cadavre de chien, mais aucun ne tendit la main vers les pains couverts de sang. Il allait devoir mettre les choses en mouvement. Que pouvait-il dire \u00e0 ses camarades&nbsp;? Prenez-les, car Su\u2019ad nous a fourni le pain et la sauce pour le tremper&nbsp;?<\/p>\n<p>Il courba la t\u00eate un instant, puis tendit les mains jusqu\u2019\u00e0 ses pieds. Si l\u2019id\u00e9e \u00e9tait trop horrible pour lui, il devrait aller en ville et y trouver quelque chose \u00e0 manger.<\/p>\n<p>Il tenta de se mettre debout, mais il \u00e9tait trop faible. Ses camarades comprirent ce qui allait se passer s\u2019il allait en ville. La moindre balle le frapperait comme un petit oiseau \u2013 la rase campagne entre leur poste et le centre-ville \u00e9tait \u00e9tendue et particuli\u00e8rement expos\u00e9e. Et, du fait que les v\u00e9hicules blind\u00e9s se prot\u00e9geaient en tirant des balles dans toutes les directions, on pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019ils passent \u00e0 tout moment. Aussi, Salih l\u2019attrapa par les \u00e9paules et l\u2019obligea \u00e0 se rasseoir.<\/p>\n<p>Il s\u2019assit et, une fois de plus, la querelle entre le pain d\u00e9tremp\u00e9 de sang et leur faim reprit de plus belle.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait l\u00e0, toujours empil\u00e9 dans un coin, dans le panier, exactement l\u00e0 o\u00f9 Su\u2019ad l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9. Ca allait faire mal, mais cela sauverait cinq vies.<\/p>\n<p>Quel prix allait-il payer&nbsp;? Pourrait-il supporter de voir des mains d\u00e9chirer un morceau de miche et des dents m\u00e2cher ce pain qu\u2019elle avait tach\u00e9 de son sang&nbsp;? Ses yeux se ferm\u00e8rent en faisant non, cela n\u2019arriverait jamais, m\u00eame s\u2019ils devaient tous mourir. Ils n\u2019\u00e9taient pas meilleurs qu\u2019elle ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 et, ainsi donc, que dire si eux aussi mouraient&nbsp;? Elle \u00e9tait morte en leur apportant du pain, mais eux mourraient parce qu\u2019ils ne voulaient pas toucher \u00e0 son pain. Sa mort ne sauverait pas leurs vies. Ils allaient rejeter le pain du sacrifice qui leur avait \u00e9t\u00e9 offert afin de tester leur humanit\u00e9 ou, du moins, son humanit\u00e9 \u00e0 lui. Qu\u2019avaient-ils fait pour devoir mourir de faim&nbsp;? Mais que se passerait-il si c\u2019\u00e9tait le cas&nbsp;? Ils pouvaient tout juste oublier que ce pain \u00e9tait l\u00e0. En tout cas, ils n\u2019envisageaient pas de le manger. Ils s\u2019en \u00e9taient abstenus, pr\u00e9f\u00e9rant eux-m\u00eames attendre une autre source de nourriture, ou mourir, et avec eux mourrait \u00e9galement la possibilit\u00e9 de venger la mort de Su\u2019ad.<\/p>\n<p>Venger sa mort&nbsp;? Bien s\u00fbr, comment pouvait-il avoir oubli\u00e9 cela&nbsp;? Comment pouvait-il choisir de mourir de faim comme un chien et de laisser cinq autres hommes mourir avec lui&nbsp;? Tant de mauvaises rencontres avec la mort l\u2019avait fortifi\u00e9 contre cette pens\u00e9e. Mais, s\u2019il pouvait choisir la mort qu\u2019il souhaitait, il ne choisirait certes pas de mourir de faim. Su&rsquo;ad elle-m\u00eame ne tol\u00e9rerait jamais cela d\u2019un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Il trembla de douleur. &nbsp;<\/p>\n<p>Il comprit que, tout au long de cette derni\u00e8re nuit, il avait davantage pens\u00e9 \u00e0 sa faim qu\u2019\u00e0 Su\u2019ad. La faim avait suspendu toutes les autres sensibilit\u00e9s. Quelle horrible exp\u00e9rience&nbsp;!<\/p>\n<p>Il appela ses camarades et ils furent \u00e0 peine en mesure d\u2019ouvrir les yeux. Il les appela un par un&nbsp;: Ibrahim, puis Wadee`, puis Salih, puis Ahmad, puis \u2018Abdullah. Ils form\u00e8rent un cercle autour de lui. Alors, il allait se lever pour rapporter les miches de pain. Quand il avancerait la main pour ouvrir le panier, il leur raconterait une tr\u00e8s vieille histoire connue du peuple de ce pays, l\u2019histoire de la r\u00e9demption de la vie par la chair et par le sang. Puis il apporterait les miches de pain et, avec toute la solennit\u00e9 d\u2019un pr\u00eatre de l\u2019Eglise orthodoxe d\u2019Orient offrant le pain de J\u00e9sus, il leur dirait&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Mangez, car ceci est mon corps&nbsp;; buvez, car ceci est mon sang.&nbsp;\u00bb<\/em> Lui-m\u00eame en mangerait un peu et quelque chose de Su\u2019ad resterait en lui. Comment cette pens\u00e9e avait-elle \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 son attention auparavant&nbsp;? Quelque chose de plus en plus pressant le tarabustait, lui rappelant avec insistance qu\u2019il devait faire quelque chose pour ce corps d\u00e9sormais enterr\u00e9 dans un coin du jardin.<\/p>\n<p>Il se mit debout et alla jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autre coin ; ses mouvements furent suivis par cinq paires d\u2019yeux. Il pouvait sentir leur regard fix\u00e9 sur ses jambes. D\u2019une main tremblante, il saisit le panier, l\u2019ouvrit et porta le pain \u00e0 ses l\u00e8vres. Puis il s\u2019approcha de ses camarades, tomba \u00e0 genoux et leur tendit les miches en disant : <em>\u00ab Mangez\u2026 Su\u2019ad n\u2019aurait pas voulu que nous mourions de faim. \u00bb<\/em> Puis le monde s\u2019\u00e9loigna de plus en plus et il tomba sans connaissance sur le sol.<\/p>\n<p><em>(<strong>Anthologie de La litt\u00e9rature palestinienne moderne<\/strong>, publi\u00e9e et introduite par Sara Khadra Jayyusi, traduite de l\u2019arabe vers l\u2019anglais par Kathie Piselli et Dick Davies)<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_15438\" style=\"width: 197px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-15438\" class=\"wp-image-15438 size-medium\" src=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Samira_Azzam-Copy-187x300.jpg\" alt=\"Samira Azzaz\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Samira_Azzam-Copy-187x300.jpg 187w, https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Samira_Azzam-Copy.jpg 458w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><p id=\"caption-attachment-15438\" class=\"wp-caption-text\">Samira Azzaz<\/p><\/div>\n<p><strong>Samira Azzam (1925-1967)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Samira Azzam<\/strong> est n\u00e9e \u00e0 <strong>Acre, en Palestine<\/strong>, et s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e en Liban en 1948. Toute sa vie, elle a travaill\u00e9 \u00e0 la radio et dans le journalisme, soit comme employ\u00e9e, soit comme free-lance.&nbsp;&nbsp; Ses nouvelles, dont un grand nombre traitent de l\u2019exp\u00e9rience palestinienne dans la diaspora, sont caract\u00e9ris\u00e9es par leur pr\u00e9cision et leur grande ma\u00eetrise. Elles d\u00e9coulent d\u2019exp\u00e9riences r\u00e9alistes modernes au sein du monde arabe, sont r\u00e9dig\u00e9es avec savoir-faire et compassion et s\u2019articulent autour d\u2019un seul p\u00f4le d\u2019action ou d\u2019une seule id\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Trois recueils de nouvelles ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s de son vivant<\/strong>&nbsp;: <strong>Little Things<\/strong> (Petites choses, 1954), <strong>The Long Shadow<\/strong> (L\u2019ombre longue, 1956)&nbsp;; et <strong>And Other Stories<\/strong> (Et d\u2019autres histoires encore, 1960). Ses quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me recueils, <strong>The Clock and Man<\/strong> (L\u2019horloge et l\u2019homme, 1963) et <strong>The Feast from the Western Window<\/strong> (La f\u00eate de la fen\u00eatre \u00e0 l\u2019ouest, 1971), ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s \u00e0 titre posthume.<\/p>\n<hr>\n<p>Publi\u00e9 sur <a href=\"http:\/\/www.u.arizona.edu\/~talattof\/women-lit\/arabicprose\/breadofsacrifice.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Arizona.edu<\/a><br \/>\nTraduction : Jean-Marie Fl\u00e9mal<\/p>\n<p><strong>Samira Azzam<\/strong> est signal\u00e9e dans l&rsquo;article de <a href=\"https:\/\/samidoun.net\/2020\/07\/call-to-action-days-of-resistance-for-palestine-august-7-9-2020\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><strong>Samidoun<\/strong><\/a>, appelant \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les symboles historiques de la lutte du peuple palestinien lors des <a href=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2020\/07\/09\/du-7-au-9-aout-le-reseau-samidoun-appelle-a-des-jours-de-resistance\/\"><strong>Journ\u00e9es de r\u00e9sistance dans la p\u00e9riode du 7 au 9 ao\u00fbt 2020.<\/strong><\/a><\/p>\n<p><strong>&nbsp;Notes : <\/strong><\/p>\n<p>(1)-<strong>Al-Qastal<\/strong> ou <strong>Qastel<\/strong> fut une bataille men\u00e9e les 8 et 9 avril 1948, entre les forces sionistes en Palestine mandataire et les forces palestiniennes dirig\u00e9es par \u2018<strong>Abd al-Qadir al-Husaini,<\/strong> qui fut tu\u00e9 au cours des combats. <strong>Al-Qastal<\/strong> \u00e9tait un village situ\u00e9 au sommet d\u2019une colline, sur la route reliant Jaffa et J\u00e9rusalem. Les combats le long de cette route importante avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus par les sionistes dans l\u2019intention de couper<strong> Jaffa<\/strong> de la capitale. Cette bataille eut encore d\u2019autres cons\u00e9quences graves, entre autres, lorsque les groupes terroristes de l\u2019<strong>Irgoun<\/strong> et de <strong>Stern (dirig\u00e9 par Menahem Begin)<\/strong> attaqu\u00e8rent le village proche de <strong>Dair Yasin<\/strong> et y massacr\u00e8rent 245 habitants civils. Cette attaque est devenue l\u2019un des incidents majeurs que les Palestiniens et bien d\u2019autres Arabes consid\u00e8rent comme des symboles flagrants des atrocit\u00e9s et actes terroristes inflig\u00e9s par les sionistes aux Palestiniens.<\/p>\n<p>(2)-Le<strong> Triangle de la terreur<\/strong> rassemble les villes et les villages du district de <strong>Tulkarem-Qalqilya,<\/strong> qui r\u00e9sist\u00e8rent vaillamment aux assauts des forces sionistes de la <strong>Haganah.<\/strong> Aussi bien <strong>Tirch<\/strong> que <strong>Qalqilya<\/strong> repouss\u00e8rent ces attaques le 13 mai 1948.<\/p>\n<p>(3)-<strong>Ha\u00effa<\/strong> tomba face aux forces sionistes de la <strong>Haganah<\/strong> le 23 avril 1948. <strong>Acre<\/strong>, o\u00f9 se situe l\u2019action de la nouvelle ci-dessus (qui s\u2019appuie sur des faits r\u00e9els), tomba face \u00e0 cette m\u00eame <strong>Haganah<\/strong> le 17 mai 1948.<\/p>\n<p>(4)-Le <strong>mont Carmel<\/strong> est une montagne qui surplombe la M\u00e9diterran\u00e9e et sur l\u2019un de ses contreforts est b\u00e2tie une partie de <strong>Ha\u00effa.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samira Azzam a v\u00e9cu la Nakba alors qu\u2019elle avait 20 ans. \u00ab\u00a0Le pain du sacrifice\u00a0\u00bb, approche la Nakba du point de vue de la r\u00e9sistance urbaine palestinienne<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15462,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[178,16,27,20,192],"tags":[],"class_list":["post-15437","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-2","category-les-femmes","category-la-litterature","category-la-nakba","category-palestine"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.2 - 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