{"id":16502,"date":"2020-08-31T11:57:30","date_gmt":"2020-08-31T09:57:30","guid":{"rendered":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/?p=16502"},"modified":"2020-08-31T11:57:46","modified_gmt":"2020-08-31T09:57:46","slug":"avec-son-3e-roman-susan-abulhawa-rejoint-les-grands-auteurs-mondiaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2020\/08\/31\/avec-son-3e-roman-susan-abulhawa-rejoint-les-grands-auteurs-mondiaux\/","title":{"rendered":"Avec son 3e roman, Susan Abulhawa rejoint  les grands auteurs mondiaux"},"content":{"rendered":"<p>Le 23 juillet 2020 paraissait <strong><em>Against the Loveless World (Face au monde sans amour)<\/em>,<\/strong> le troisi\u00e8me roman de <strong><a href=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/tag\/susan-abulhawa\/\">Susan Abulhawa<\/a>.<\/strong> Le peuple palestinien reste son th\u00e8me de pr\u00e9dilection. De <strong>J\u00e9nine<\/strong>, en Cisjordanie occup\u00e9e, dans son premier livre, en passant par <strong>Gaza<\/strong>, dans le deuxi\u00e8me, Abulhawa se rend cette fois au <strong>Kowe\u00eft,<\/strong> en <strong>Irak<\/strong> et en <strong>Jordanie<\/strong>, o\u00f9 elle parle du sort des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens dans un r\u00e9cit passionnant d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, jusque dans la phrase finale.&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_16514\" style=\"width: 490px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-16514\" class=\"wp-image-16514 size-full\" src=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/susan-abulhawa-e1598866794244.jpg\" alt=\"Susan Abulhawa\" width=\"480\" height=\"320\"><p id=\"caption-attachment-16514\" class=\"wp-caption-text\">Susan Abulhawa (Photo : Dorthe Karlsen)<\/p><\/div>\n<p><strong>Lode Vanoost<\/strong>, 26 ao\u00fbt 2020<\/p>\n<p>Huit ans apr\u00e8s <em><strong>Les matins de J\u00e9nine<\/strong><\/em>, l\u2019\u00e9norme succ\u00e8s litt\u00e9raire de ses d\u00e9buts, en 2012, suivi par <em><strong>Le bleu entre le ciel et la mer<\/strong><\/em>, en 2015, l\u2019auteure palestino-am\u00e9ricaine Susan Abulhawa publie son troisi\u00e8me opus, <em><strong>Against the Loveless World (Face au monde sans amour).<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ses deux premiers romans ont paru en traduction n\u00e9erlandais en m\u00eame temps que leurs versions originales, ce qui n\u2019est pas le cas cette fois et c\u2019est \u00e9tonnant, vu son grand succ\u00e8s. C\u2019est tr\u00e8s dommage, car ce livre est \u00e9galement un best-seller.<\/p>\n<p>En novembre 2019, <a href=\"https:\/\/www.dewereldmorgen.be\/artikel\/2015\/11\/19\/susan-abulhawa-palestijnen-zijn-gewone-mensen-zoals-iedereen\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">DeWereldMorgen.be<\/a> s\u2019\u00e9tait entretenu avec elle lors de son passage \u00e0 Anvers. A l\u2019\u00e9poque, elle avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9&nbsp;le th\u00e8me de son roman suivant&nbsp;: <strong>les r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens au Kowe\u00eft.<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9sormais, il n\u2019est plus permis d\u2019en douter&nbsp;: Susan Abulhawa montre d\u00e9finitivement et sans contestation possible qu\u2019elle est un grand format sur le plan litt\u00e9raire. Les lecteurs qui ont d\u00e9j\u00e0 lu et appr\u00e9ci\u00e9 ses deux pr\u00e9c\u00e9dents romans ne seront pas d\u00e9\u00e7us.<\/p>\n<p>Mieux encore, Abulhawa franchit un pas de plus et montre qu\u2019elle peut engager son talent litt\u00e9raire dans un r\u00e9cit intense qui captive sans faiblir de la premi\u00e8re page jusqu\u2019\u00e0 la phrase finale du livre.<\/p>\n<h3>R\u00eaveries dans une cellule d\u2019isolement<\/h3>\n<p><em><strong>Against the Loveless World<\/strong> <\/em>est un r\u00e9cit chronologique dont chaque chapitre est introduit par les r\u00eaveries de <strong>Nahr<\/strong>, le personnage principal, une femme, enferm\u00e9e dans une cellule d\u2019isolement en Isra\u00ebl.<\/p>\n<div id=\"attachment_16510\" style=\"width: 197px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-16510\" class=\"wp-image-16510 size-medium\" src=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/51xos0oyabL-187x300.jpg\" alt=\"Le 3e roman de Susan Abulhawa : &quot;Face au monde sans amour&quot;\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/51xos0oyabL-187x300.jpg 187w, https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/51xos0oyabL.jpg 312w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><p id=\"caption-attachment-16510\" class=\"wp-caption-text\">Le 3e roman de Susan Abulhawa : \u00ab\u00a0Face au monde sans amour\u00a0\u00bb<\/p><\/div>\n<p>Les descriptions de sa cellule, la routine des (rares) visites et des (nombreux) contr\u00f4les \u00e9maillent les r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s qu\u2019elle fait sur son pass\u00e9. Quant \u00e0 savoir comment et pourquoi elle s\u2019est retrouv\u00e9e dans cette cellule, on finit par l\u2019apprendre<\/p>\n<p>Les chapitres suivent les pays o\u00f9 s\u00e9journe Nahr, \u00e0 commencer par le <strong>Kowe\u00eft<\/strong> o\u00f9 elle se retrouve avec ses parents apr\u00e8s l\u2019invasion et l\u2019occupation de la Palestine. Pas \u00e0 pas, en traversant l\u2019<strong>Irak<\/strong>, puis la<strong> Jordanie<\/strong>, le sort la conduit \u00e0 sa destination finale, la <strong>Palestine<\/strong>. Pendant quelque temps, elle retourne en Jordanie, apr\u00e8s quoi elle s\u2019installe d\u00e9finitivement en Palestine.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019elle pense et esp\u00e8re, du moins. Nombre de choses ne se d\u00e9roulent toutefois pas de la fa\u00e7on qu\u2019elle avait imagin\u00e9e. L\u2019histoire de Nahr se termine par son emprisonnement <em>\u00ab&nbsp;entre deux p\u00f4les de libert\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> (<em>between freedom<\/em>), la libert\u00e9 de ses pens\u00e9es et la libert\u00e9 physique.<\/p>\n<p>Son pr\u00e9nom officiel est <strong>Yaqoot<\/strong> (rubis), mais tout le monde la conna\u00eet sous le nom de <strong>Nahr<\/strong> (rivi\u00e8re), le surnom que sa m\u00e8re lui donne. Sa m\u00e8re refuse d\u2019utiliser le nom Yaqoot pour des raisons que Nahr d\u00e9couvrira quand elle sera plus grande.<\/p>\n<p>S\u00e9par\u00e9 de sa femme par l\u2019invasion du reste de la Palestine en 1967, son p\u00e8re se rend sporadiquement au Kowe\u00eft o\u00f9 il donne sans honte \u00e0 sa fille le pr\u00e9nom de sa ma\u00eetresse du moment en Palestine. Comment pourriez-vous encore aimer un p\u00e8re ou le respecter, quand celui-ci manifeste aussi ouvertement son infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 votre m\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n<h3>Un <em>\u00ab&nbsp;sauveur&nbsp;\u00bb<\/em> inattendu<\/h3>\n<p>Les hommes palestiniens et arabes, disons les hommes en g\u00e9n\u00e9ral, ne sortent pas particuli\u00e8rement grandis de ce roman. Ils sont l\u2019exception, ceux qui restent fid\u00e8les et respectueux de leurs conjointes, filles et s\u0153urs. Par contre, ils placent leur propre m\u00e8re sur un pi\u00e9destal isol\u00e9 o\u00f9 elle est toutefois maintenue dans l\u2019ignorance de leur v\u00e9ritable comportement une fois qu\u2019ils ne sont plus \u00e0 sa port\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n<p>Nahr grandit pour se muer en une fille rebelle qui ne va pas tarder \u00e0 s\u2019insurger contre un patriarcat \u00e9touffant. Que c\u2019est ce patriarcat auquel elle s\u2019oppose, elle ne s\u2019en rend pas compte tout de suite. Son fr\u00e8re <strong>Jehad<\/strong>, le fils qui, lui, peut aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, peut \u00e9ventuellement aller \u00e9tudier la m\u00e9decine \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mais la famille n\u2019a pas les moyens de payer ses \u00e9tudes.<\/p>\n<p>En partie par esprit de r\u00e9volte, en partie par amour pour son fr\u00e8re, en partie dans l\u2019espoir et l\u2019attente qu\u2019une fois m\u00e9decin, Jehad pourra les sortir de la pauvret\u00e9, elle s\u2019en va travailler dans l\u2019industrie clandestine du sexe au Kowe\u00eft, ce qu\u2019elle parvient \u00e0 dissimuler longtemps \u00e0 sa famille. Elle y parvient gr\u00e2ce aux savantes manigances d\u2019<strong>Um Buraq<\/strong> qui, plus tard, deviendra quand m\u00eame son amie la plus fid\u00e8le.<\/p>\n<p>Cela rapporte, au d\u00e9but uniquement comme danseuse mais, in\u00e9vitablement, cela n\u2019en reste pas l\u00e0. Avec indiff\u00e9rence, elle laisse les d\u00e9sirs obsc\u00e8nes de ses clients se d\u00e9verser sur elle, jusqu\u2019au moment o\u00f9 cela faillit tourner mal. Au cours de ce qui risque de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en un sordide viol collectif,&nbsp;les hommes doivent brusquement s\u2019enfuir \u00e0 toutes jambes. C\u2019est en effet \u00e0 ce moment pr\u00e9cis que le dictateur irakien Saddam Hussein \u2013 son <em>\u00ab&nbsp;sauveur&nbsp;\u00bb<\/em> \u2013 envahit le Kowe\u00eft.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Nahr suit la r\u00e9alit\u00e9 historique de la Palestine&nbsp;: la <strong>premi\u00e8re Intifada<\/strong> (\u00ab&nbsp;r\u00e9volte&nbsp;\u00bb), de 1987 \u00e0 1993, <strong>l\u2019invasion du Kowe\u00eft<\/strong> fin 1990, <strong>les accords d\u2019Oslo<\/strong> en 1993 et la <strong>Deuxi\u00e8me Intifada<\/strong>, de 2000 \u00e0 2005. Abulhawa imbrique cette r\u00e9alit\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s organique dans son r\u00e9cit, mais sans jamais verser dans le p\u00e9dantisme.<\/p>\n<p>Le dirigeant palestinien Arafat a choisi le camp de Saddam Hussein. Apr\u00e8s le retrait du Kowe\u00eft, tous les Palestiniens vont devoir le payer, m\u00eame ceux qui ont collabor\u00e9 activement \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation irakienne.<\/p>\n<h3>Abu-Jamal<\/h3>\n<p>Un premier mariage se solde par un \u00e9chec. Son mari <strong>Mhammad Abu-Jamal<\/strong> a le statut d\u2019un h\u00e9ros de la r\u00e9sistance, mais il cache en fait deux secrets passablement g\u00eanants. Ce n\u2019est pas lui, le h\u00e9ros, mais bien son jeune fr\u00e8re <strong>Bilal<\/strong>. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s flatteur. Toutefois, les raisons pour lesquelles il endosse&nbsp;la responsabilit\u00e9 des actes de son fr\u00e8re sont bien plus complexes que ne s\u2019y attendrait le lecteur.<\/p>\n<p>En outre, il n\u2019\u00e9pouse pas Nahr par amour. Il est d\u2019ailleurs homosexuel et ne l\u2019\u00e9pouse que pour sauver les apparences. Nahr,&nbsp;en fait, fait pareil, elle ne se marie que pour r\u00e9pondre aux attentes de sa m\u00e8re et de son entourage.<\/p>\n<p>Le nom du personnage de Mhammad et de son fr\u00e8re Bilal, Abu-Jamal, renvoie \u00e0 <strong>Mumia Abu-Jamal<\/strong> (1), le membre des <strong>Black Panthers<\/strong> qui, en 1982, \u00e0 Philadelphie, avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort pour le meurtre d\u2019un policier, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une parodie de proc\u00e8s ouvertement dirig\u00e9 contre ses activit\u00e9s politiques de Blank Panther. Susan Abulhawa ne se contente pas d\u2019\u00e9crire, elle est aussi active politiquement aux Etats-Unis, et pas uniquement au profit de la Palestine. Elle lutte pour les droits des peuples autochtones des Etats-Unis ainsi que pour ceux des noirs am\u00e9ricains et des minorit\u00e9s ethniques.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9gler son divorce d\u2019avec Mhammad en Palestine, elle entre en contact avec la m\u00e8re de ce dernier et rencontre pour la premi\u00e8re fois Bilal, le fr\u00e8re de Mhammad. Elle a avec lui de nombreuses conversations dans lesquelles il est entre autres question de l\u2019auteur noir am\u00e9ricain <strong>James Baldwin<\/strong>. Le titre du livre d\u2019Abulhawa renvoie d\u2019ailleurs au livre de Baldwin,<em><strong> La prochaine fois, le feu<\/strong> <\/em>(2), de 1963. Baldwin y retranscrivait son combat <em>\u00ab&nbsp;contre le monde sans amour&nbsp;\u00bb<\/em> (toujours aujourd\u2019hui l\u2019un des textes les plus importants jamais \u00e9crits sur le racisme).<\/p>\n<p>Nahr fait sien&nbsp;le conseil d\u2019Um Buraq&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Ne te fie pas aux hommes.&nbsp;\u00bb<\/em> Le fait que, finalement, elle trouve quand m\u00eame l\u2019amour avec Bilal, le fr\u00e8re de son ex-mari, ne coule pas de course. Obstacles, mensonges, pr\u00e9jug\u00e9s et m\u00e9fiance r\u00e9ciproque rendent longtemps cet amour impossible.<\/p>\n<h3>Tant d\u2019h\u00e9ro\u00efnes de la r\u00e9sistance rest\u00e9es m\u00e9connues<\/h3>\n<p>Et, ainsi, de fil en aiguille, l\u2019histoire arrive \u00e0 son d\u00e9nouement. Une fois l\u2019amour trouv\u00e9, elle entre avec Bilal et ses compagnons dans la r\u00e9sistance contre l\u2019occupant. Cela la conduit finalement en prison dans des circonstances des plus tragiques, peu de temps apr\u00e8s son mariage. Bilal est-il parvenu \u00e0 s\u2019\u00e9chapper&nbsp;? Si c\u2019est le cas, o\u00f9 vit-il d\u00e9sormais&nbsp;? Le livre se termine sur cette question, au moment o\u00f9, dans un \u00e9ni\u00e8me \u00e9change de prisonniers, Nahr est exil\u00e9e en Jordanie. Un message crypt\u00e9 de Bilal lui parvient, \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un dernier pi\u00e8ge de l\u2019occupant&nbsp;?<\/p>\n<p>Ce livre est bien davantage qu\u2019une histoire d\u2019amour dans <em>\u00ab&nbsp;un monde sans amour&nbsp;\u00bb.<\/em> En compagnie de Nahr, le lecteur subit la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te de l\u2019occupation, les blocages routiers et les contr\u00f4les syst\u00e9matiques, les raids nocturnes, les arrestations arbitraires, les tr\u00e8s longues d\u00e9tentions sans la moindre forme d\u2019accusation, les tortures en cours d\u2019interrogatoire, les ex\u00e9cutions sommaires, les agressions quotidiennes des colons.<\/p>\n<p>Un moment simple, traditionnel, familial comme la cueillette annuelle des olives d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en une \u00e9ni\u00e8me attaque mortelle de la part des colons, sous l\u2019\u0153il bienveillant de l\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation. Ce ne sont pas les colons, que l\u2019on arr\u00eate, mais bien Bilal, qui n\u2019est lib\u00e9r\u00e9 que des mois plus tard, apr\u00e8s avoir subi maints mauvais traitements.<\/p>\n<p>La population palestinienne honore ses h\u00e9ros de la r\u00e9sistance. A l\u2019exception de <strong>Leila Khaled<\/strong> (3), ce sont tous des hommes. Oubli\u00e9es sont les milliers de femmes qui ont apport\u00e9 leur pierre (et ont contribu\u00e9 activement) \u00e0 la r\u00e9sistance populaire contre l\u2019occupation. Elles portaient les armes sous leurs v\u00eatements et risquaient souvent plus que leurs compagnons de combat masculins. Elles cachaient et soignaient les r\u00e9sistants bless\u00e9s. A l\u2019instar de Nahr, des milliers de femmes ont souffert dans les cellules isra\u00e9liennes, o\u00f9 elles \u00e9taient \u2013 et sont toujours \u2013 syst\u00e9matiquement humili\u00e9es, abus\u00e9es sexuellement et maltrait\u00e9es psychiquement.<\/p>\n<p>Nahr ne m\u00e8ne pas seulement son combat contre la cruaut\u00e9 extr\u00eame du colonialisme. Le colonialisme est bien davantage qu\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique, c\u2019est en m\u00eame temps un syst\u00e8me qui opprime les femmes. N\u2019emp\u00eache que la soci\u00e9t\u00e9 elle aussi a ses graves d\u00e9fauts. Il s\u2019av\u00e8re que les courageux combattants de la libert\u00e9 con\u00e7oivent bien du m\u00e9pris pour leurs propres conjointes et les traitent donc \u00e0 l\u2019avenant. L\u2019homophobie violente est elle aussi un probl\u00e8me \u00e9norme. Nahr apprend que le combat pour la libert\u00e9 est \u00e9galement un combat contre l\u2019oppression sexuelle \u00e9manant des conjoints m\u00eames.<\/p>\n<h3>Un roman captivant<\/h3>\n<p><em><strong>Against the Loveless World<\/strong><\/em> de Susan Abulhawa est pas une simple histoire de fiction imagin\u00e9e dans le contexte r\u00e9el de la Palestine. M\u00eame les personnes qui ne s\u2019int\u00e9ressent pas n\u00e9cessairement \u00e0 la Palestine ou qui n\u2019en savent gu\u00e8re plus que les clich\u00e9s traditionnels percevront ce livre comme un roman captivant appartenant \u00e0 une classe litt\u00e9raire d\u2019un niveau exceptionnellement \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi le r\u00e9gime isra\u00e9lien per\u00e7oit Abulhawa comme un grand danger. Avec plus de profondeur que n\u2019importe quelle analyse politique, elle met \u00e0 nu l\u2019image d\u2019Isra\u00ebl en tant que nation d\u00e9mocratique qui ne fait que <em>\u00ab&nbsp;se d\u00e9fendre&nbsp;\u00bb.<\/em> En 2018, Isra\u00ebl lui a refus\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 son territoire.<\/p>\n<p>En 2012, lors de la parution de son premier roman, <em><strong>Les matins de J\u00e9nine<\/strong><\/em>, Susan Abulhawa a dit de l\u2019action de boycott que c\u2019\u00e9tait<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab l\u2019une des fa\u00e7ons les plus efficaces de promouvoir les droits palestiniens et d\u2019obtenir gain de cause contre l\u2019\u00e9puration ethnique toujours poursuivie par Isra\u00ebl \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je voudrais paraphraser ici cette citation :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les romans d\u2019Abulhawa sont l\u2019une dess fa\u00e7ons les plus efficaces de montrer au monde la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9gime d\u2019occupation et la vie r\u00e9elle d\u2019un peuple sous occupation. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Susan Abulhawa<\/strong> fait pour la Palestine ce qu\u2019<strong>Eduardo Galeano<\/strong> a fait pour l\u2019Am\u00e9rique latine. En 2012, l\u2019\u00e9crivain su\u00e9dois <strong>Henning Mankell<\/strong> disait de son premier livre&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Jamais encore je n\u2019avais lu un roman aussi fascinant sur la Palestine et Isra\u00ebl.&nbsp;\u00bb<\/em> Mankell n\u2019est plus de ce monde, mais il ne fait pas de doute qu\u2019il aurait d\u00e9j\u00e0 adapt\u00e9 son commentaire \u00e0 deux reprises. Avec son troisi\u00e8me roman, Susan Abulhawa a une fois encore \u00e9crit un <em>\u00ab&nbsp;roman &nbsp;fascinant sur la Palestine et Isra\u00ebl&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em><strong>Susan Abulhawa. <a href=\"https:\/\/www.bloomsbury.com\/uk\/against-the-loveless-world-9781526618795\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Against the Loveless World<\/a>. Bloomsbury, Londres, 2020. 366 pp. ISBN 978 1 5266 1880 1<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ci-dessous la Vid\u00e9o \u2013 Conf\u00e9rence : <em>\u00ab Isra\u00ebl par-del\u00e0 l\u2019apartheid \u00bb<\/em> de <strong>Susan Abulhawa<\/strong>, le 22 mars 2019 pour le sixi\u00e8me Israel Lobby &amp; American Policy \u00e0 Washington, DC (57 min 58, en anglais) :<\/p>\n<div class=\"video-container\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"Israel Beyond Apartheid - Susan Abulhawa, Keynote\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/UYvb8YAvHL8?start=85&#038;feature=oembed&#038;wmode=opaque\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/div>\n<hr>\n<p>Publi\u00e9 le 26 ao\u00fbt 2020 sur <a href=\"https:\/\/www.dewereldmorgen.be\/artikel\/2020\/08\/26\/met-haar-derde-roman-vervoegt-susan-abulhawa-definitief-de-grote-auteurs-der-aarde\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">De Wereld Morgen<\/a><\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16514 size-thumbnail alignleft\" src=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/susan-abulhawa-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\">Susan Abulhawa<\/strong> est n\u00e9e en 1967 en <strong>Palestine<\/strong>, de parents r\u00e9fugi\u00e9s de la guerre des Six-Jours.<\/p>\n<p>\u00c9lev\u00e9e en partie au <strong>Kowe\u00eft<\/strong>, en <strong>Jordanie<\/strong> et dans la partie occup\u00e9e de <strong>J\u00e9rusalem-Est<\/strong>, elle vit maintenant aux <strong>\u00c9tats-Unis<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Susan Abulhawa<\/strong> est l\u2019auteur de <em><strong>\u00ab Les Matins de J\u00e9nine \u00bb<\/strong><\/em> (\u00e9dit\u00e9 en fran\u00e7ais chez Buchet-Chastel en 2008), qui a remport\u00e9 le <em>Best Book Award 2007<\/em> dans la cat\u00e9gorie Fiction historique.<\/p>\n<p>Elle est commentatrice politique, activiste pour les droits humains et fondatrice d\u2019une organisation internationale pour la d\u00e9fense des enfants.<\/p>\n<p>Son premier recueil de po\u00e9sie <strong><em>\u00ab My voice sought the wind \u00bb<\/em><\/strong> est publi\u00e9 en 2013 chez Just World Books.<\/p>\n<p>Sa deuxi\u00e8me publication en fran\u00e7ais,<strong> \u00ab&nbsp;<em>Le Bleu entre le ciel et la mer&nbsp;\u00bb<\/em> <\/strong>(\u00ab The Blue between Sky and Water \u00bb), est \u00e9dit\u00e9 chez Deno\u00ebl, en 2016.<\/p>\n<p>Son dernier roman s&rsquo;appelle <em><strong>Against the Loveless World. Bloomsbury <\/strong><\/em>et est \u00e9dit\u00e9 chez Bloomsburry, Londres, en 2020<em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Les matins de J\u00e9nine en 2012 suivi par Le bleu entre le ciel et la mer en 2015, Susan Abulhawa publie son troisi\u00e8me opus, Against the Loveless World <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16514,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[178,16,27,192,112],"tags":[242],"class_list":["post-16502","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-2","category-les-femmes","category-la-litterature","category-palestine","category-video","tag-susan-abulhawa"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Avec 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