{"id":17839,"date":"2019-10-06T17:01:42","date_gmt":"2019-10-06T15:01:42","guid":{"rendered":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/?p=17839"},"modified":"2020-10-06T17:05:43","modified_gmt":"2020-10-06T15:05:43","slug":"taha-muhammad-ali-un-poete-palestinien-de-48","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2019\/10\/06\/taha-muhammad-ali-un-poete-palestinien-de-48\/","title":{"rendered":"Taha Muhammad Ali, un po\u00e8te palestinien de 48"},"content":{"rendered":"<p><strong>Taha Muhammad Ali<\/strong> tenait une boutique de souvenirs pr\u00e8s de <strong>Nazareth<\/strong>.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 en <strong>Galil\u00e9e<\/strong> en 1931 et est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village avant de fuir devant l\u2019avanc\u00e9e isra\u00e9lienne. Rentr\u00e9 au pays, il a \u00e9crit, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2011, des vers bouleversants, racontant dans une langue unique la grandeur et la mis\u00e8re des petites gens de Palestine.<\/p>\n<p>Dans cet article de la <strong>New York Review of Books<\/strong> traduit par <strong>Books<\/strong> en d\u00e9cembre 2010, <strong>Pankaj Mishra<\/strong> \u00e9voque un personnage immens\u00e9ment attachant, dont l\u2019\u0153uvre reste trop m\u00e9connue.<\/p>\n<div id=\"attachment_17849\" style=\"width: 484px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17849\" class=\"wp-image-17849 size-full\" src=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Taha-Muhammad-Ali-e1601996313482.jpg\" alt=\"Taha Muhammad Ali\" width=\"474\" height=\"320\"><p id=\"caption-attachment-17849\" class=\"wp-caption-text\">Taha Muhammad Ali<\/p><\/div>\n<h3>Au c\u0153ur des soubresauts de l\u2019histoire<\/h3>\n<p>Face \u00e0 ce vide cr\u00e9\u00e9 par la main de l\u2019homme, le biographe, comme le po\u00e8te, doit se faire historien pour retrouver les traces de vitalit\u00e9 et de dignit\u00e9 humaines dans des modes de vie depuis disparus.<\/p>\n<p><strong>Adina Hoffman<\/strong> ouvre sa superbe biographie du po\u00e8te palestinien <strong>Taha Muhammad Ali<\/strong> par une reconstitution minutieuse de son village natal \u2013&nbsp;l\u2019un des th\u00e8mes de pr\u00e9dilection de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Habit\u00e9 presque sans discontinuer depuis l\u2019Antiquit\u00e9, <strong>Saffuriyya<\/strong> est \u00e0 cinq kilom\u00e8tres au nord de Nazareth, en Galil\u00e9e, pr\u00e8s de l\u2019actuelle fronti\u00e8re isra\u00e9lo-libanaise.<\/p>\n<p>Pendant des si\u00e8cles, ce village de 4\u2009000&nbsp;musulmans, perch\u00e9 sur une colline bois\u00e9e, s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019histoire. On y vivait au rythme propre des travaux agricoles et des p\u00e2turages, qui r\u00e9sistait au passage des empires&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab&nbsp;Toujours des r\u00e9coltes \u00e0 faire, des moutons \u00e0 mener pa\u00eetre, des ch\u00e8vres \u00e0 traire, du bl\u00e9 \u00e0 semer ou \u00e0 battre&nbsp;\u00bb<\/em>,<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00e9crit Hoffman.<\/p>\n<p>Comme de nombreux Europ\u00e9ens et Asiatiques pris au d\u00e9pourvu par l\u2019effondrement des anciens empires et le remodelage des fronti\u00e8res, les villageois firent leur rude apprentissage politique au XXe&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n<p>La <strong>Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/strong> pr\u00e9leva d\u2019abord un lourd tribut humain sur la <strong>Galil\u00e9e,<\/strong> cette terre des confins obscurs d\u2019un Empire ottoman tentaculaire.<\/p>\n<p>Adina Hoffman d\u00e9crit ces soldats paysans revenant, fam\u00e9liques, d\u2019interminables et vaines batailles contre les Britanniques dans le Sina\u00ef&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;Savaient-ils, en se tra\u00eenant p\u00e9niblement, que l\u2019Empire ottoman appartenait d\u00e9sormais au pass\u00e9 et que les Britanniques, leurs ennemis, gouverneraient bient\u00f4t la Palestine\u2009? Avaient-ils entendu parler, ces hommes affam\u00e9s qui titubaient vers Saffuriyya, de la d\u00e9claration Balfour, cette promesse du ministre britannique des Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019\u00e9tablir en Palestine un <em>\u201cfoyer national pour le peuple juif\u201d<\/em>\u2009?&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Les habitants de <strong>Saffuriyya<\/strong> ne per\u00e7urent les cons\u00e9quences de la chute de leurs suzerains musulmans qu\u2019avec le d\u00e9veloppement de l\u2019immigration juive en Palestine\u2009(1).<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1931, <strong>Taha Muhammad Ali<\/strong> entendait les <em>\u00ab&nbsp;murmures chagrin\u00e9s&nbsp;\u00bb<\/em> de ses a\u00een\u00e9s \u00e0 propos des nouveaux venus. Lui-m\u00eame vit des Juifs pour la premi\u00e8re fois le jour o\u00f9 un groupe d\u2019\u00e9coliers du kibboutz voisin traversa Saffuriyya, filles et gar\u00e7ons bronz\u00e9s marchant ensemble et \u2013&nbsp;chose incroyable&nbsp;\u2013 en shorts.<\/p>\n<p>Quelques militants de Saffuriyya particip\u00e8rent \u00e0 la <strong>r\u00e9bellion arabe qui \u00e9clata en 1936<\/strong>\u2009(2), et le village souffrit de la violente r\u00e9pression britannique.<\/p>\n<p>Mais la vie continuait, avec ses petites joies et ses petites trag\u00e9dies. <strong>Taha<\/strong> apprit \u00e0 lire dans une \u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire religieuse et go\u00fbta pour la premi\u00e8re fois le monde de l\u2019imagination dans une anthologie de po\u00e9sie arabe.<\/p>\n<p>Encore adolescent, il monta un petit kiosque de cigarettes et de boissons gazeuses pour aider sa famille dont la situation s\u2019\u00e9tait d\u00e9grad\u00e9e\u2009; l\u2019un de ses fr\u00e8res cadets mourut brutalement de la rougeole.<\/p>\n<p>Une autre guerre mondiale \u00e9clata bient\u00f4t dans la lointaine Europe et gagna le Moyen-Orient, \u00e9loignant \u00e0 nouveau les jeunes gens du village.<\/p>\n<p>La petite affaire de Taha se d\u00e9veloppait. Sa cousine et promise Amira, jeune fille \u00e9lanc\u00e9e et gracieuse, devint un objet de d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Il acheta son premier livre moderne, une \u00e9tude du po\u00e8te nationaliste palestinien<strong> Ibrahim Touqan<\/strong>. L\u2019une de ses s\u0153urs succomba \u00e0 son tour de la rougeole.<\/p>\n<p>Avec la fin de la <strong>Seconde Guerre mondiale<\/strong> et l\u2019imminence du retrait britannique de Palestine, la violence entre Arabes et Juifs s\u2019intensifia.<\/p>\n<p>En 1947, un cousin encore adolescent de <strong>Taha<\/strong> fut abattu par un tireur appartenant apparemment \u00e0 une organisation paramilitaire juive, l\u2019Irgoun.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de l\u2019ONU de partager la Palestine entre un \u00c9tat arabe et un \u00c9tat juif fut accueillie avec incr\u00e9dulit\u00e9 par les villageois.<\/p>\n<p>D\u00e9but 1948, un pr\u00e9caire retour au calme<\/p>\n<p>Des soldats irr\u00e9guliers, membres de ces arm\u00e9es arabes d\u00e9guenill\u00e9es venues emp\u00eacher la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat juif, firent une br\u00e8ve incursion \u00e0 <strong>Saffuriyya.<\/strong><\/p>\n<p>Mais ils disparurent bient\u00f4t, morts au combat ou port\u00e9s d\u00e9serteurs. Et au d\u00e9but de 1948, m\u00eame si les r\u00e9fugi\u00e9s arabes chass\u00e9s des localit\u00e9s conquises par les Juifs affluaient vers la ville toute proche de <strong>Nazareth<\/strong>, le village avait retrouv\u00e9 son calme&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;Il fallait faire un effort consid\u00e9rable pour croire ce que disaient les journaux [\u2026] que des \u00e9v\u00e9nements graves se d\u00e9roulaient ailleurs.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><em>\u00ab&nbsp;La moisson commen\u00e7a&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crit Adina Hoffman, avec une verve narrative port\u00e9e par des entretiens approfondis avec d\u2019anciens habitants de <strong>Saffuriyya.<\/strong><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;Taha bricolait dans sa boutique. Les cloches tintaient au cou des ch\u00e8vres, et leurs b\u00ealements se m\u00ealaient \u00e0 ce bruit mat de cuivres quand les bergers rentraient des champs, le soir, avec les troupeaux.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le soir du 15&nbsp;juillet 1948, deux mois apr\u00e8s la cr\u00e9ation officielle de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, <strong>Taha<\/strong> rompit le je\u00fbne du ramadan par un repas traditionnel, puis sortit faire pa\u00eetre son nouveau troupeau de seize chevreaux dans les collines entourant le village.<\/p>\n<p>Il marchait depuis environ cinq minutes quand il<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;entendit un \u00e9trange vrombissement, un bruit sourd, quelque chose qui tournait dans l\u2019air au-dessus de lui. Quand le son se fit sifflement puis grondement, il vit un \u00e9clair brillant, per\u00e7ut un fracas et un tremblement, puis un autre \u2013&nbsp;puis ce ne fut plus que verre bris\u00e9, fum\u00e9e, cris au loin, g\u00e9missements proches, des gens qui couraient, des enfants qui pleuraient\u2026 et les seize chevreaux qui glapissaient de terreur en s\u2019\u00e9parpillant&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les bombes de l\u2019aviation isra\u00e9lienne furent suivies d\u2019une offensive terrestre. Quand Dov Yermiya, un capitaine des Forces de d\u00e9fense d\u2019Isra\u00ebl (IDF) bient\u00f4t v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des p\u00e8res fondateurs d\u2019Isra\u00ebl, prit le village, il \u00e9tait pratiquement d\u00e9sert.<\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong> rattrapa sa famille en fuite \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de Saffuriyya, et ils se joignirent \u00e0 ce sauve-qui-peut que fut l\u2019exode palestinien vers la <strong>Syrie<\/strong>, la <strong>Jordanie<\/strong> et le<strong> Liban.<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux jours et deux nuits de marche, ils arriv\u00e8rent au <strong>Liban.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong> put \u00e9pargner \u00e0 sa famille les conditions les plus d\u00e9gradantes des camps de r\u00e9fugi\u00e9s surpeupl\u00e9s. Mais la mort de sa derni\u00e8re s\u0153ur et l\u2019immense chagrin de sa m\u00e8re finirent de rendre une situation pr\u00e9caire proprement insupportable.<\/p>\n<p>Un an plus tard, <strong>Taha<\/strong> rentrait clandestinement en Isra\u00ebl avec sa famille, laissant derri\u00e8re lui sa fianc\u00e9e Amira. Il l\u2019attendra pr\u00e8s de dix ans avant d\u2019apprendre qu\u2019elle avait fini par en \u00e9pouser un autre.<\/p>\n<p>La nouvelle r\u00e9glementation isra\u00e9lienne pla\u00e7ait <strong>Taha<\/strong> et les siens, comme des dizaines de milliers d\u2019autres Palestiniens, dans la cat\u00e9gorie des<strong><em> \u00ab&nbsp;absents pr\u00e9sents&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>&nbsp;: des Arabes priv\u00e9s du droit de r\u00e9cup\u00e9rer la propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019ils avaient bri\u00e8vement abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, <strong>Saffuriyya<\/strong> avait cess\u00e9 d\u2019exister. Peu apr\u00e8s la conqu\u00eate du village, l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne en avait chass\u00e9 les derniers habitants, dynamit\u00e9 les maisons et r\u00e9parti les terres entre de nouveaux kibboutz et un&nbsp;moshav\u2009(3). Cela s\u2019appelait d\u00e9sormais <strong><em>\u00ab&nbsp;Tzippori&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/strong><\/p>\n<h3>La biographie d\u2019un peuple entier<\/h3>\n<p><strong><em>My Happiness Bears No Relation to Happiness<\/em><\/strong>, la premi\u00e8re biographie compl\u00e8te en anglais d\u2019un po\u00e8te palestinien, serait d\u00e9j\u00e0 une remarquable r\u00e9ussite si elle se contentait de retracer la vie et l\u2019\u0153uvre de <strong>Taha Muhammad Ali<\/strong>.<\/p>\n<p>Mais ses batailles, ses d\u00e9ceptions et ses triomphes personnels sont indissociables du destin de sa communaut\u00e9.<\/p>\n<p>La biographie du po\u00e8te raconte donc aussi les luttes obscures mais intenses d\u2019un peuple entier&nbsp;: les Arabes isra\u00e9liens, ces Palestiniens qui poss\u00e8dent la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne, dont on parle beaucoup moins que des habitants de Cisjordanie et de Gaza, alors m\u00eame qu\u2019ils repr\u00e9sentent<strong> 20\u2009%<\/strong> de la population de l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu.<\/p>\n<p>Ce cadre n\u00e9cessairement \u00e9largi pose d\u2019immenses probl\u00e8mes, m\u00eame pour une biographe aussi z\u00e9l\u00e9e et perspicace qu\u2019Adina Hoffman.<\/p>\n<p>Il existe d\u2019innombrables r\u00e9cits officiels isra\u00e9liens sur 1948 et ses suites, mais presque aucun essai<strong> \u00e9crit par des Palestiniens<\/strong> sur ce qu\u2019ils appellent la&nbsp;nakba, la catastrophe.<\/p>\n<p>Consciente de cette asym\u00e9trie, l\u2019auteur ne se contente pas d\u2019\u00e9tudier les archives isra\u00e9liennes avec un inlassable scepticisme\u2009; elle interroge aussi avec perspicacit\u00e9 les conteurs d\u2019anecdotes palestiniens et les quelques t\u00e9moins isra\u00e9liens encore vivants.<\/p>\n<p>Parfois, elle semble id\u00e9aliser un peu la vie paysanne arabe, comme lorsqu\u2019elle d\u00e9couvre dans un mus\u00e9e priv\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;tout un bric-\u00e0-brac d\u2019une modestie \u00e9mouvante&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;Des paniers et des mortiers, des n\u00e9cessaires de rasage et des coffres de mariage en bois, un foulard de femme vaporeux orn\u00e9 d\u2019oiseaux et de fleurs d\u00e9licatement brod\u00e9s \u00e0 la main en fil de soie.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Constern\u00e9e par certains pr\u00e9jug\u00e9s isra\u00e9liens \u2013&nbsp;selon elle, <em>\u00ab&nbsp;les Arabes sont des animaux&nbsp;\u00bb<\/em> est <em>\u00ab&nbsp;une expression que l\u2019on entendait presque quotidiennement&nbsp;\u00bb<\/em> \u00e0 J\u00e9rusalem apr\u00e8s une vague d\u2019attentats suicides&nbsp;\u2013, Hoffman fait de fr\u00e9quentes digressions pour ridiculiser les id\u00e9es re\u00e7ues ou d\u00e9monter une exag\u00e9ration.<\/p>\n<p>Mais l\u2019essentiel de son r\u00e9cit des premi\u00e8res \u00e9preuves subies par les Arabes isra\u00e9liens s\u2019appuie sur les recherches des <em>\u00ab&nbsp;nouveaux historiens&nbsp;\u00bb<\/em>, ce groupe informel de chercheurs \u2013&nbsp;parmi lesquels <strong>Tom Seguev, Ilan Papp\u00e9 et Benny Morris <\/strong>\u2013 qui a r\u00e9cus\u00e9 de nombreux mythes nationalistes isra\u00e9liens\u2009(4).<\/p>\n<p>Adina Hoffman d\u00e9crit les conditions insalubres dans lesquelles les Arabes qui avaient fui ou \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de chez eux improvis\u00e8rent leur nouvelle vie quotidienne \u00e0 <strong>Nazareth.<\/strong><\/p>\n<p>Et leur situation politique n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re meilleure. Jusqu\u2019en 1966, les Arabes d\u2019Isra\u00ebl furent soumis \u00e0 une forme de loi martiale qui limitait dramatiquement leurs d\u00e9placements\u2009; il fallait une autorisation pour parcourir quelques kilom\u00e8tres seulement.<\/p>\n<p>La plupart des dirigeants et intellectuels palestiniens avaient quitt\u00e9 le pays en 1948, laissant derri\u00e8re eux une <em>\u00ab&nbsp;population paysanne abattue et largement analphab\u00e8te&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Ceux que l\u2019on surprenait \u00e0 tenter de regagner leurs terres ancestrales en Isra\u00ebl \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme des <em>\u00ab&nbsp;agents infiltr\u00e9s&nbsp;\u00bb<\/em> et expuls\u00e9s, voire ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong> lui-m\u00eame fut arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s son retour du Liban et repouss\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re\u2009; <strong>il revin<\/strong>t, mais v\u00e9cut dans la peur avant de r\u00e9ussir, quelques mois plus tard, \u00e0 obtenir une carte d\u2019identit\u00e9 isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p>Il s\u2019installa alors \u00e0 <strong>Nazareth<\/strong>, o\u00f9 il vit depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, tenant une boutique de souvenirs pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise de l\u2019Annonciation.<\/p>\n<p>Adina Hoffman montre comment les Isra\u00e9liens palestiniens ont forg\u00e9 une culture litt\u00e9raire clandestine, alors m\u00eame qu\u2019ils luttaient pour leur survie.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, il n\u2019y avait pas grand-chose \u00e0 lire&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Presque aucun livre arabe n\u2019\u00e9tait disponible en Isra\u00ebl&nbsp;\u00bb<\/em>, en raison du blocus impos\u00e9 par les pays voisins et des restrictions isra\u00e9liennes m\u00eames\u2009; la censure r\u00e9duisait l\u2019\u00e9dition locale de livres et de magazines au strict minimum\u2009; les auteurs arabophones et ceux qui \u00e9crivaient en h\u00e9breu n\u2019avaient aucun contact.<\/p>\n<p>La biographe raconte m\u00eame comment les Arabes recrut\u00e9s pour la cueillette des olives \u00e0 <strong>Lod <\/strong>et<strong> Ramla<\/strong>, pr\u00e8s de Nazareth, volaient des classiques arabes dans les maisons de Palestiniens expuls\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de <strong>Sasson Somekh<\/strong> fut une v\u00e9ritable bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne sur le plan culturel.<\/p>\n<p>Ce Juif irakien rapporta de Bagdad des livres qui firent conna\u00eetre la po\u00e9sie arabe d\u2019avant-garde aux jeunes po\u00e8tes palestiniens.&nbsp;<em><strong>Al-Jadid&nbsp;(\u00ab&nbsp;Le renouveau&nbsp;\u00bb)<\/strong><\/em>, le journal du Parti communiste isra\u00e9lien \u2013&nbsp;seule formation qui acceptait les Arabes parmi ses membres&nbsp;\u2013, publiait des po\u00e8mes, des essais et des nouvelles de <strong>Nazim Hikmet, Pablo Neruda, Paul \u00c9luard, Bertolt Brecht, Maxime Gorki<\/strong> et autres figures embl\u00e9matiques de la gauche litt\u00e9raire.<\/p>\n<h3>M\u00eame les fichiers de police ignorent tout de Taha<\/h3>\n<p>Mais ce sont les festivals de po\u00e9sie, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1950, qui donn\u00e8rent \u00e0 cette population de seconde zone le moyen de s\u2019affirmer sur les plans politique et culturel.<\/p>\n<p>Les r\u00e9citations publiques de po\u00e9sie \u2013&nbsp;le plus populaire des genres litt\u00e9raires arabes&nbsp;\u2013 attiraient des milliers de Palestiniens, dont beaucoup \u00e9taient illettr\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Les auteurs utilisaient la forme po\u00e9tique pour \u00e9voquer des sujets comme les injustices du r\u00e9gime militaire, les souffrances des r\u00e9fugi\u00e9s, les victoires des mouvements anticoloniaux en Alg\u00e9rie et au Vietnam ou l\u2019esp\u00e9rance du nationalisme arabe.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mahmoud Darwich<\/strong>, le po\u00e8te national palestinien qui fit partie, jeune homme, des premiers auditoires de ces festivals, avant de les captiver \u00e0 son tour, s\u2019en souviendra comme de v\u00e9ritables <em>\u00ab&nbsp;f\u00eates populaires&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong> est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le plus improbable des po\u00e8tes palestiniens. Les fichiers de la police isra\u00e9lienne, qui contiennent les moindres d\u00e9tails sur les \u00e9crivains arabes et leurs activit\u00e9s, ne mentionnent pas Taha, explique Adina Hoffman.<\/p>\n<p>C\u2019est la meilleure preuve de son invisibilit\u00e9 pendant les longues d\u00e9cennies qui ont vu la po\u00e9sie palestinienne produire ses \u0153uvres majeures.<\/p>\n<p>Bien que tr\u00e8s proche des po\u00e8tes arabes marxistes \u2013&nbsp;principalement chr\u00e9tiens&nbsp;\u2013 qui se r\u00e9unissaient souvent dans sa boutique,<strong> Taha<\/strong> n\u2019\u00e9tait ni ouvertement politique, ni tr\u00e8s tent\u00e9 d\u2019apostropher en vers le<em> \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb<\/em> palestinien.<\/p>\n<p>Lui qui se qualifie en plaisantant de <em>\u00ab&nbsp;musulman qui vend des bibelots chr\u00e9tiens \u00e0 des juifs&nbsp;\u00bb<\/em>, refusait tout simplement, selon sa biographe, <em>\u00ab&nbsp;d\u2019accepter les \u00e9tiquettes impos\u00e9es par d\u2019autres, que ce soient des bureaucrates isra\u00e9liens born\u00e9s ou des amis palestiniens plus militants que lui&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>En 1971, <strong>Mahmoud Darwich<\/strong> annon\u00e7a \u00e0 grand fracas sa d\u00e9cision de quitter Isra\u00ebl, au cours d\u2019une conf\u00e9rence de presse au Caire.<\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong>, lui, resta \u00e0 Nazareth. Cela explique pourquoi il est rest\u00e9 relativement m\u00e9connu au sein de la diaspora palestinienne.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 <strong>Darwich<\/strong>, qui a appris l\u2019h\u00e9breu par lui-m\u00eame, ou au marxiste <strong>\u00c9mile Habibi<\/strong>, qui \u00e9crivait en h\u00e9breu, <strong>Taha<\/strong> n\u2019a re\u00e7u qu\u2019une \u00e9ducation rudimentaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole de son village.<\/p>\n<p>Pour l\u2019essentiel<strong> autodidacte en arabe et en anglais<\/strong>, il se mit \u00e0 lire s\u00e9rieusement \u2013&nbsp;et \u00e0 d\u00e9couvrir les textes qui lui donneraient l\u2019envie d\u2019\u00e9crire&nbsp;\u2013 pendant sa clandestinit\u00e9, apr\u00e8s son retour du Liban en 1948.<\/p>\n<p>Il s\u2019essaya \u00e0 la fiction et \u00e0 la non-fiction, mais ne publia pas de po\u00e9sie avant ses 40&nbsp;ans.<\/p>\n<p>En 1971, il envoya son premier po\u00e8me au jeune <strong>Anton Shammas<\/strong>, l\u2019auteur palestino-isra\u00e9lien du roman <strong>Arabesques<\/strong>, alors collaborateur d\u2019<strong><em>al-Sharq<\/em><\/strong>, un magazine litt\u00e9raire de J\u00e9rusalem. Shammas se souvient avoir \u00e9t\u00e9<em> \u00ab&nbsp;compl\u00e8tement subjugu\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> par ce texte\u2009(5).<\/p>\n<p>D\u2019autres suivront, dont un grand nombre auront pour th\u00e8me<strong> Saffuriyya<\/strong> et ses habitants, simples villageois vaincus par des forces historiques qui d\u00e9passaient leur entendement.<\/p>\n<p><em>\u00ab La libert\u00e9 consiste\u00a0\u00bb,<\/em> a dit Tolsto\u00ef,<em> \u00ab\u00a0dans le fait que je n\u2019ai pas r\u00e9dig\u00e9 les lois. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Taha<\/strong> semble avoir eu une conscience semblable des paradoxes cr\u00e9ateurs de son propre isolement et de l\u2019absence de tradition nationale. Libre de toute convention, il s\u2019est forg\u00e9 une langue extr\u00eamement personnelle et ind\u00e9pendante, o\u00f9 se m\u00ealent arabe classique et dialectal.<\/p>\n<p>\u00c9crivant en vers non m\u00e9triques et sans rimes, <strong>Taha<\/strong> use aussi d\u2019un ton plus feutr\u00e9 que celui de la plupart de ses contemporains palestiniens.<\/p>\n<p>Voici la premi\u00e8re strophe du po\u00e8me le plus connu, bien qu\u2019atypique, de Mahmoud Darwich, Carte d\u2019identit\u00e9. C\u2019est le monologue adress\u00e9 par un ouvrier arabe \u00e0 un fonctionnaire isra\u00e9lien :<\/p>\n<blockquote><p><strong><a href=\"https:\/\/charleroi-pourlapalestine.be\/index.php\/2018\/12\/04\/mahmoud-darwich-sajel-ana-3arabi-inscris-je-suis-arabe\/\">\u00ab&nbsp;\u00c9crivez-le\u2009!<\/a><\/strong><br \/>\n<strong>Je suis un Arabe.<\/strong><br \/>\nNum\u00e9ro de carte, cinquante mille.<br \/>\nJ\u2019ai huit enfants<br \/>\net le neuvi\u00e8me doit na\u00eetre apr\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>\nAlors, \u00eates-vous en col\u00e8re\u2009?&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8me le plus connu de <strong>Taha<\/strong>, publi\u00e9 en 1973, s\u2019intitule&nbsp;<em><strong>Abd el-Hadi<\/strong> <\/em>combat une superpuissance. Il s\u2019inspire d\u2019un reportage radiophonique sur des villageois \u00e9gyptiens s\u2019effor\u00e7ant de vendre du Coca-Cola aux&nbsp;marines&nbsp;am\u00e9ricains de l\u2019USS Enterprise&nbsp;dans le canal de Suez\u2009; il n\u2019a rien de la ferveur incantatoire du barde national. <strong>Abd el-Hadi<\/strong>, un simple fellah, est embl\u00e9matique des personnages qui hantent les premiers po\u00e8mes de <strong>Taha<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;De toute sa vie<br \/>\nIl n\u2019a ni lu ni \u00e9crit.<br \/>\nDe toute sa vie<br \/>\nIl n\u2019a coup\u00e9 un arbre<br \/>\nNi \u00e9gorg\u00e9 une vache.<br \/>\nDe toute sa vie, il n\u2019a parl\u00e9 sur le dos<br \/>\nDu&nbsp;New York Times,<br \/>\nIl n\u2019a \u00e9lev\u00e9 la voix sur personne<br \/>\nSauf pour dire&nbsp;:<br \/>\n<em>\u201cEntrez, s\u2019il vous pla\u00eet,<\/em><br \/>\n<em>Par Dieu vous ne pouvez refuser.\u201d<\/em><br \/>\nMalgr\u00e9 cela,<br \/>\nSa cause est perdue,<br \/>\nSa situation<br \/>\nEst d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e<br \/>\nEt son droit un grain de sel<br \/>\nTomb\u00e9 dans l\u2019oc\u00e9an.<br \/>\nMesdames, Messieurs&nbsp;:<br \/>\nSur son ennemi mon client ne sait rien.<br \/>\nEt je vous assure<br \/>\nQue s\u2019il croisait les marins de l\u2019Enterprise<br \/>\nIl leur servirait une omelette<br \/>\nEt du fromage blanc\u2009!&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans ces premiers po\u00e8mes \u00e9voquant <strong>Saffuriyya, Taha<\/strong> semble avoir cr\u00e9\u00e9 une mythologie populaire, \u00e9rig\u00e9 un monument personnel \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 la gr\u00e2ce des femmes et des hommes oubli\u00e9s de son village.<\/p>\n<p>Ses po\u00e8mes ult\u00e9rieurs abordent de fa\u00e7on plus explicite la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation des Palestiniens.<\/p>\n<p>En 1982, Isra\u00ebl envahit le <strong>Liban<\/strong> pour tenter d\u2019en expulser l\u2019OLP et d\u2019y installer un gouvernement chr\u00e9tien alli\u00e9. L\u2019op\u00e9ration toucha profond\u00e9ment Taha. Comme nombre d\u2019Arabes isra\u00e9liens, il avait des parents et des amis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re nord d\u2019Isra\u00ebl, telle <strong>Amira,<\/strong> qu\u2019il n\u2019avait pas revue depuis plus de trente ans mais \u00e9tait devenue entre-temps son invisible muse.<\/p>\n<p>Avec l\u2019aide d\u2019un ami, un Juif isra\u00e9lien plein de ressources, Taha lui rendit visite apr\u00e8s l\u2019invasion\u2009; pour d\u00e9couvrir que les bombes isra\u00e9liennes avaient ras\u00e9 sa maison, avec beaucoup d\u2019autres habitations modestes de cet immense <strong>camp de r\u00e9fugi\u00e9s de la p\u00e9riph\u00e9rie de Sa\u00efda<\/strong>.<\/p>\n<p>Un po\u00e8me publi\u00e9 en 1983, apr\u00e8s un long silence, r\u00e9unit les deux univers du po\u00e8te, le monde r\u00e9el et tangible de l\u2019histoire et le monde int\u00e9rieur des r\u00eaves et des fantasmes&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p><strong>Ambre<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Nos traces ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es<br \/>\nNos empreintes emport\u00e9es<br \/>\nLes restes supprim\u00e9s<br \/>\nEt nul signe<br \/>\nPour nous guider<br \/>\nOu pour indiquer la moindre chose.<br \/>\nL\u2019\u00e9poque a vieilli<br \/>\nLes jours se sont allong\u00e9s<br \/>\nEt moi, sans cette m\u00e8che de tes cheveux<br \/>\nBlonde comme le nectar du caroubier<br \/>\nDouce comme la soie,<br \/>\nM\u00e8che qui dormait ici auparavant<br \/>\nComme une fleur de jasmin,<br \/>\nQui luisait comme la lumi\u00e8re de l\u2019aube<br \/>\nComme une \u00e9toile,<br \/>\nMoi, sans cette m\u00e8che de camphre,<br \/>\nJe n\u2019aurais pas senti le moindre lien<br \/>\nQui me rattache \u00e0 cette terre.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9f\u00e9rant le d\u00e9sir et le souvenir aux abstractions du sang et du sol, <strong>Taha<\/strong> transcende le nationalisme territorial qui, par une cruelle ironie de l\u2019histoire, est \u00e0 la fois source de souffrance et source d\u2019espoir pour les Palestiniens. Avec ce fascinant m\u00e9lange de conservatisme et d\u2019amour absolu de la libert\u00e9 spirituelle qui est le sien, il rappelle les grands po\u00e8tes d\u2019Europe de l\u2019Est, Zbigniew Herbert et Czes\u0142aw Mi\u0142osz. Eux aussi ont assist\u00e9 \u00e0 la destruction de leur monde, et le sens de la pr\u00e9carit\u00e9 des choses a nourri chez eux une conscience suraigu\u00eb mais d\u00e9nu\u00e9e d\u2019ego.<\/p>\n<p>Les po\u00e8mes tardifs de <strong>Taha<\/strong> n\u2019expriment pas cette exploration tourment\u00e9e de soi qui caract\u00e9rise la po\u00e9sie occidentale contemporaine, mais l\u2019humilit\u00e9 d\u2019un rescap\u00e9 de la temp\u00eate du progr\u00e8s, pour qui la vie m\u00eame est une source d\u2019\u00e9merveillement.<\/p>\n<p>L\u2019un de ses derniers po\u00e8mes, intitul\u00e9&nbsp;<em><strong>Avertissement,<\/strong><\/em> fait encore mieux ressortir le sens de l\u2019autonomie esth\u00e9tique et spirituelle qui l\u2019anime&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;Aux amateurs de chasse<br \/>\nAux passionn\u00e9s de tir<br \/>\nNe pointez pas vos fusils<br \/>\nSur mon bonheur,<br \/>\nIl ne vaut pas<br \/>\nLe prix de la cartouche<br \/>\n(Ce serait du gaspillage)<br \/>\nCar ce qui vous semble<br \/>\nAgile et \u00e9l\u00e9gant<br \/>\nComme une gazelle,<br \/>\nFuyant dans tous les sens<br \/>\nComme une perdrix,<br \/>\nN\u2019est pas le bonheur.<br \/>\nCroyez-moi&nbsp;:<br \/>\nMon bonheur<br \/>\nN\u2019a rien \u00e0 voir avec le bonheur.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Taha<\/strong> a gagn\u00e9 en notori\u00e9t\u00e9 ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment en Isra\u00ebl. Ses po\u00e8mes, traduits en h\u00e9breu par Anton Shammas en 2006, ont re\u00e7u un accueil tr\u00e8s enthousiaste. Chacune de ses apparitions dans les festivals internationaux de po\u00e9sie attire les foules. C\u2019est d\u2019ailleurs lors d\u2019une manifestation de ce type, \u00e0<strong> J\u00e9rusalem<\/strong>, qu\u2019Adina Hoffman d\u00e9cida d\u2019\u00e9crire cette biographie, apr\u00e8s avoir entendu Taha lire ses po\u00e8mes.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, on continue d\u2019effacer ses anciens rep\u00e8res. La ville libanaise o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 avec sa famille a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par Isra\u00ebl lors de la deuxi\u00e8me guerre du Liban, en 2006. \u00c0 Ha\u00effa, une roquette du Hezbollah a endommag\u00e9 les bureaux d\u2019al-Ittihad, le magazine auquel collaboraient certains des plus c\u00e9l\u00e8bres \u00e9crivains palestiniens.<\/p>\n<p>Pourtant, <strong>Taha<\/strong> semble s\u2019abandonner, avec l\u2019\u00e2ge, \u00e0 une sorte de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u00e9picurienne. \u00c0 la derni\u00e8re page du livre d\u2019Adina Hoffman, il revient sur ses anciennes terres, les champs proches de <strong>Saffuriyya<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab&nbsp;L\u2019ombre de la vigne soulage de la chaleur et la forte odeur qui se d\u00e9gage des champs d\u2019\u00e9t\u00e9 se m\u00eale capiteusement \u00e0 celle du caf\u00e9 bouillant. Taha, pendant ce temps, se cale dans le canap\u00e9. Croisant les doigts sur sa poitrine et fermant les yeux, il laisse \u00e9chapper un soupir de\u2026 satisfaction, en respirant ce qu\u2019il reste de l\u2019air de Saffuriyya.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cet article est paru dans&nbsp;la&nbsp;<strong>New York Review of Books<\/strong>&nbsp;le 3&nbsp;d\u00e9cembre 2009. Il a \u00e9t\u00e9 traduit par <strong>B\u00e9atrice Bocard.<\/strong><\/p>\n<p>Avec l\u2019aimable autorisation des \u00e9ditions <strong>Galaade<\/strong>, nous avons reproduit ici la traduction fran\u00e7aise des po\u00e8mes de <strong>Taha Muhammad Ali,<\/strong> par<strong> Antoine Jockey.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>1| De 83 000 en 1918, la population juive de Palestine est pass\u00e9e \u00e0 164 000 en 1930, puis \u00e0 463 000 en 1940.<\/p>\n<p>2| En avril 1936, les nationalistes arabes d\u00e9clenchent un mouvement de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui durera six mois. Parall\u00e8lement, les actions de gu\u00e9rilla contre les Britanniques se multiplient. Cette <em>\u00ab&nbsp;grande r\u00e9volte arabe&nbsp;<\/em>\u00bb durera jusqu\u2019en 1939.<\/p>\n<p>3| Les kibboutz et les&nbsp;moshav&nbsp;sont deux formes de communaut\u00e9s de production isra\u00e9liennes (\u00e0 l\u2019origine agricoles). Tandis que le kibboutz fonctionne sur le mode collectiviste, sans propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, le&nbsp;moshav&nbsp;est une simple coop\u00e9rative villageoise, qui regroupe des fermes individuelles autour de nombreux services collectifs.<\/p>\n<p>4| Ils ont notamment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les Palestiniens n\u2019avaient pas simplement quitt\u00e9 leurs maisons pour fuir les combats, comme on l\u2019enseignait traditionnellement, mais en avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p>5| Paru en poche chez Actes Sud (coll. \u00ab&nbsp;Babel&nbsp;\u00bb) en 2009.<\/p>\n<hr>\n<p>Publi\u00e9 le 3 juin 2016&nbsp; sur <a href=\"https:\/\/www.books.fr\/taha-muhammad-ali-la-voix-des-arabes-israeliens\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Books<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet article de la New York Review of Books traduit par Books en d\u00e9cembre 2010, Pankaj Mishra \u00e9voque Taha Muhammad Ali dont 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