Le plan de Trump comprend le transfert de Palestiniens de 48

 

Les Palestiniens de 48 ont manifesté dès l'annonce du plan de Trump

Plus de 2000 Palestiniens ont protesté contre le plan  de Trump dans la ville de Baqa al-Gharbiyye, le 1er février 2020 (via 972Mag – Photo : Oren Ziv)

Dans son analyse détaillée du « deal du siècle » de Trump, Samidoun écrivait que

« toute la population palestinienne – à Jérusalem occupée et en Cisjordanie, à Gaza assiégée, colonisée en 48, en exil et dans la diaspora dans les camps et dans le monde – est attaquée dans ce plan. »

Dans son édition du 4 février, le journal Haaretz  donne plus d’info concernant sur le sort que Trump et Netanyahou réservent aux Palestiniens de 48, ou comme ils le disent « les citoyens arabes d’Israël ».

Dépouiller les Palestiniens de 48 du « petit Triangle » de leur citoyenneté et les transférer vers des bantoustans

Haaretz :

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a encouragé l’administration Trump a ajouter à son plan pour le Moyen-Orient une clause confirmant la possibilité pour les citoyens arabes d’Israël vivant dans la région d’Israël appelée « le Triangle » d’être dépouillés de leur citoyenneté israélienne et forcés d’aller vivre sous l’autorité palestinienne, ont révélé des sources impliquées dans les entretiens entre Israël et les États-Unis.

De nombreuses sources impliquées dans les entretiens entre Israël et les États-Unis sur ce qu’on a appelé le « deal du siècle », dévoilé la semaine dernière à Washington, ont déclaré à Haaretz que Netanyahou avait discuté pour la première fois de cette idée avec l’administration Trump en juillet 2017, au moment où Jared Kushner, le gendre de Trump et son principal conseiller, était en visite en Israël.

Le cabinet de Netanyahou n’a pas réfuté son implication à ce propos, disant que les décisions quant à ce qui fera partie du plan ont été prises par la Maison-Blanche. De son côté, celle-ci s’est abstenue de toute commentaire.

Le document final – 181 pages – mentionne cette idée, disant que les citoyens arabo-israéliens résidant dans un certain ensemble de villes situées le long de la Ligne verte (les frontières d’Israël d’avant 1967), cédé à Israël en tant que partie de l’accord d’armistice de 1949, pourraient devenir les citoyens d’un futur État palestinien et perdre ainsi leur citoyenneté israélienne.

Le plan suggère que ces villes, dans lesquelles vivent plus de 200 000 citoyens israéliens, pourraient « faire partie de l’État de Palestine », en supposant qu’un tel État soit créé.

Selon l’administration Trump, « ces communautés, qui s’identifient pour une bonne part comme palestiniennes », feraient partie des territoires qu’Israël céderait aux Palestiniens en échange de l’annexion de toutes les colonies juives installées en Cisjordanie.

« En outre, le plan envisage la possibilité, moyennant accord des deux parties, que les frontières d’Israël soient redessinées de telle façon que les Communautés du Triangle fassent désormais partie de l’État de Palestine. Dans cet accord, les droits civils des résidents des Communautés du Triangle seraient soumis aux lois et décisions juridiques en vigueur sous les autorités concernées. »

Il n’est pas du tout clair si les « parties » qui vont devoir donner leur consentement à cet arrangement sont les gouvernements israélien et palestinien ou les citoyens israéliens vivant dans le Triangle.

Les termes actuels du plan ne proposent pas non plus à ces citoyens le moindre mécanisme qui leur permettrait de garder la citoyenneté israélienne s’ils le désirent.

L’idée de retirer leur citoyenneté aux Arabes israéliens et de les forcer à vivre sous autorité palestinienne a été soutenue par plusieurs hommes politiques de droite en Israël, ces dernières années, mais l’administration Trump est la première de l’histoire des relations de l’Amérique avec Israël à exprimer son ouverture vis-à-vis d’une telle mesure et à la reprendre dans un document officiel délivré par la Maison-Blanche.

Netanyahou avait une première fois discuté l’idée avec Kushner en 2017, après que l’équipe américaine venait de commencer de travailler sur le plan de paix.

Selon des sources israéliennes et américaines impliquées dans ces discussions, Netanyahou avait expliqué à l’époque qu’il ne serait pas en mesure de soutenir le moindre plan américain réclamant l’évacuation des colonies israéliennes en Cisjordanie et qu’il existait par contre un moyen pour Israêl d’annexer toutes les colonies tout en proposant des terres en retour aux Palestiniens : transférer les villes arabes de la région du Triangle vers le futur État palestinien.

L’idée a finalement fait son chemin en se retrouvant dans le document américain, mais en tant qu’option plutôt qu’en tant que mesure concrète.

Néanmoins, la clause mentionnant les Communautés du Triangle ont déclenché un tollé de la part des citoyens arabes d’Israël après la divulgation du plan.

Les députés de la Liste unie, une alliance de quatre partis arabes israéliens, ont accusé l’administration de soutenir un « transfert » de citoyens et ont annoncé que le soutien de cette idée par Trump et Netanyahou allait se traduire par une participation plus nombreuse des citoyens arabes d’Israël lors des prochaines élections générales, le 2 mars.

Les jours qui ont suivi la publication du plan, tant l’administration Trump que le cabinet Netanyahou ont tenté d’apaiser le débat incendiaire autour de la question.

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, a déclaré à la presse mercredi que « personne n’allait être dépossédé de sa citoyenneté », selon le plan américain.

Le cabinet de Netanyahou, pendant ce temps, expliquait sur Channel 12, dimanche, que l’idée de transférer les Communautés du Triangle sous contrôle palestiniens était « irréaliste » et très peu susceptible d’être appliquée.

« Les Américains ont ajouté cette idée à leur plan après avoir constaté par sondage sa popularité parmi le public israélien », auraient dit des fonctionnaires du cabinet de Netanyahou, d’après Channel 12.

Cependant, la suggestion originale d’ajouter cette option au document a été faite par Netanyahou voici plus de deux ans, alors que le plus fervent supporter de cette idée parmi le spectre politique israélien, Avigdor Lieberman, était toujours un membre important de la coalition de Netanyahou.

La semaine dernière, Lieberman a déclaré que l’ouverture américaine à l’égard de cette mesure prouvait que ses points de vue avaient été adoptés par l’administration Trump.

Conspuant Netanyahou pour sa promotion supposée du transfert des Arabes israéliens vers un État palestinien, le président de la Liste unie, Ayman Odeh, a déclaré que

« la dangereuse tentative de Netanyahou de retirer la citoyenneté à 400 000 citoyens arabes israéliens qui étaient nés ici, adresse un message clair à tous les citoyens arabes d’Israël : Vous n’êtes pas les bienvenus ici et votre tour viendra une fois que le prochain plan sera dévoilé


Source : Haaretz 4 février 2020
Traduction : Jean-Marie Flémal

Dans un article publié en octobre 2017, Jonathan Cook expliquait déjà comment Israël essaie de se débarrasser des citoyens palestiniens des villages du « Petit triangle » du nord :   Israel Seeks to Rid Itself of Palestinian Citizens Of Northern “Little Triangle” Villages

Il reprenait dans son article la carte de l’ONG des droits de l’homme B’Tselem :

En pointillé : la « ligne verte », ligne d’armistice de 1949.
En rouge : le tracé du Mur (où l’on voit clairement le nouveau vol de terres palestiniennes).
En hachuré gris : le territoire que Netanyahou et Trump veulent transférer vers les bantoustans.

A l’intérieur de ce territoire, les villes d’Umm al-Fahm (une des plus grandes communautés palestiniennes en Israël), Kafr Qara et Qalansewe forment « le petit Triangle »). MDL.

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