Les forces israéliennes tuent un Palestinien en Cisjordanie


Tamara Nassar, 23 mars 2020

Le corps sans vie de Sufian al-Khawaja, le Palestinien abattu par l'armée israélienne

Sufian al-Khawaja (29) tué par l’armée israélienne (photo via Twitter)

Dimanche 22 mars, les forces israéliennes ont abattu d’une balle dans la tête un Palestinien à l’entrée du village de Nilin, en Cisjordanie occupée.

Même au beau milieu d’une pandémie mondiale sans précédent, les forces israéliennes d’occupation continuent à exercer leur violence contre les Palestiniens.

L’armée israélienne a prétendu que Sufian Khawaja jetait des pierres vers des véhicules, au moment où il a été abattu.

Des photos de Khawaja et de sa famille ont été publiées par des médias palestiniens :

Un autre Palestinien, dont on a dit qu’il était le cousin de Khawaja, aurait été blessé lors du même incident, mais il s’est échappé.

Un véhicule a été endommagé, s’il faut en croire The Times of Israel, mais aucun Israélien n’a été mentionné comme blessé, comme dans bien des cas antérieurs où de prétendus agresseurs palestiniens ont été tués.

Il a été dit que les forces israéliennes avaient empêché une ambulance de rejoindre Khawaja afin de le soigner.

Les forces d’occupation ont l’habitude de refuser les premiers soins aux Palestiniens qu’elles abattent et préfèrent voir ces derniers se vider de leur sang jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a condamné le meurtre de Khawaja, disant qu’Israël avait transformé ses soldats en « machines à tuer mobiles », et les civils palestiniens sans défense en « cibles de tir et d’entraînement ».

Le ministre a ajouté qu’il allait soumettre le meurtre de Khawaja et d’autres crimes encore à la Cour pénale internationale et au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

« L’horreur de ce crime ressort au milieu de la pandémie du coronavirus », a déclaré le ministre.

En dépit de telles condamnations, l’Autorité palestinienne n’a jamais manqué, depuis sa fondation au début des années 1990, de tout mettre en œuvre pour maintenir une collaboration étroite avec l’occupation israélienne, dans le cadre d’une « coordination sécuritaire ».

Les deux principales factions politiques palestiniennes – le Fatah, qui domine l’Autorité palestinienne, et le Hamas, l’organisation de résistance au pouvoir dans la bande de Gaza et état de siège – ont condamné ce meurtre.

Depuis, Israël retient le corps de Khawaja.

Israël a d’ailleurs l’habitude de retenir les dépouilles des Palestiniens tués par les forces d’occupation afin de s’en servir comme d’une monnaie d’échange lors de futures négociations et comme punition collective.

Dans le même temps, ce lundi, à proximité de la ville de Silat al-Dahr, dans le nord de la Cisjordanie, des colons israéliens ont attaqué un véhicule palestinien à l’aide de pierres, pulvérisant toutes ses vitres.

Les colons bénéficient d’une impunité quasi totale, dans leurs violences à l’encontre des Palestiniens et de leurs biens et propriétés.

Raids et arrestations

En attendant, Israël multiplie ses incursions dans le quartier d’Issawiyeh, à Jérusalem-Est occupée, et ce, en dépit de l’actuelle crise mondiale de la santé.

L’été dernier, Israël a intensifié ses agressions contre les résidents d’Issawiyeh, en effectuant des raids, en procédant à des arrestations arbitraires, à des démolitions et à de multiples formes de harcèlement des résidents du quartier.

La police des frontières et les soldats de l’armée font habituellement des raids pour arrêter des enfants, les interroger ensuite dans la présence de leurs proches ou de leurs avocats :

Il faut dire que les violences de la part de la police israélienne « constituent une carctéristique permanente de la vie dans le quartier », affirme l’organisation israélienne des droits de l’homme, B’Tselem.

Les raids récents représentent un danger particulier pour la santé publique, au vu de la pandémie de coronavirus qui règne.

« En ces temps très sensibles, une telle conduite expose les résidents à des risques de santé considérables, totalement superflus, puisqu’elle encourage les rassemblements et qu’elle force les résidents arrêtés, dont de nombreux mineurs d’âge, à sortir de chez eux et à côtoyers des étrangers »’,

a ajouté B’Tselem.

Les démolitions

Alors que le gouvernement israélien prend de nouvelles mesures afin de tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus, il a toujours l’intention pendant ce temps d’opprimer les Palestiniens et de recourir aux moyens d’y parvenir.

Jeudi dernier, les forces israéliennes d’occupation ont démoli une vieille structure en pierre ainsi qu’une grange à al-Sawahreh, dans le sud-ouest de Jérusalem occupée.

Cette structure, démolie sans avertissement préalable sous le prétexte d’effectuer des travaux de restauration, appartenait, paraît-il, à la famille du Palestinien Salim Zahaykeh.

Les médias locaux ont fait circuler des photos montrant les forces israéliennes d’occupation en train de procéder à la démolition.

Dans l’intervalle, la semaine dernière, des douzaines d’Israéliens ont fait irruption sur le site de la mosquée al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem. Parmi eux, le député du Likoud, Yehuda Glick.

Glick est une figure en vue du mouvement extrémiste juif. Il est soutenu par d’importants dirigeants israéliens dans son intention de détruire la mosquée d’al-Aqsa et de la remplacer par un temple juif.

Le Waqf (Fonds islamique) – l’organe responsable des sites sacrés musulmans à Jérusalem – a invité ses fidèles à adhérer aux mesures préventives contre le coronavirus, mais n’a pas suspendu les prières avant que le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, n’ait annoncé la confinement en Cisjordanie occupée, dont Jérusalem-Est).


Gaza « limite-limite »

Samedi, dans la bande de Gaza, deux personnes se sont révélées positives au Covid-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus.

C’étaient les premiers cas confirmés à Gaza.

Alors que ces deux personnes étaient déjà en quarantaine lors de leur diagnostic, 29 autres personnes avec lesquelles elles étaient entrées en contact ont été placées elles aussi en quarantaine obligatoire.

Les craintes d’une épidémie pèsent lourdement sur les deux millions de résidents de l’enclave qui, soit dit en passant, est l’une des zones les plus densément peuplées de la planète (*).

Ceci vient s’ajouter aux conditions invivables que l’ONU avait déjà annoncées en 2015, disant que Gaza serait inhabitable en 2020 !

Les infrastructures de l’économie et de la santé à Gaza ont été poussées au bord de l’effondrement par trois offensives militaires israéliennes majeures dès 2008, accompagnées de 13 années de blocus économique.

Actuellement, il n’y a que 70 lits d’hôpitaux en soins intensifs, à Gaza, et, selon un expert de l’ONU, les livraisons de médicaments de première nécessité restent désespérément et « chroniquement à des niveaux très bas ».


Publié le 23 mars 2020 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

(*) 2 millions d’habitants sur 365 km2, soit environ 5500 habitants au km2, alors que le territoire ne consiste pas qu’en une conurbation, mais comporte également des terres de culture, des plages et des zones obligatoirement désertes, comme le no man’s land le long de la frontière avec Israël – NdT

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