1er juillet 2020 : Journée de protestations contre l’annexion en Palestine

 

Manif à Ramallah ce 1er juillet 2020 lors de la Journée de protestations (Photo : AFP)

Manifestation à Ramallah ce 1er juillet 2020  : La résistance jusqu’à la libération et le retour (Photo : AFP)

Ce mercredi, dans les territoires palestiniens occupés et à l’étranger, à l’initiative de Samidoun, les Palestiniens et les activistes pour la Palestine ont appelé à une Journée de protestations contre le plan israélien en vue d’annexer unilatéralement certaines parties de la Cisjordanie occupée.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’était imposé un délai pour révéler son plan d’annexion à la Knesset mercredi – bien que quelques responsables aient fait savoir plus tôt et ce mercredi même que la déclaration pourrait être reportée en raison de désaccords au sein du gouvernement de coalition israélien.

Ce dernier a prétendu que son plan d’annexion était compatible avec le plan Israël-Palestine très controversé du président américain Donald Trump.

Dévoilé en janvier, le plan de l’administration Trump, loyalement pro-israélienne, propose qu’Israël fasse valoir des revendications permanentes portant sur environ un tiers de la Cisjordanie – y compris les colonies qui, selon les lois internationales, sont illégales – tout en offrant à l’Autorité palestinienne (AP) une souveraineté limitée sur des parcelles de territoire séparées qui seraient censées constituer un Etat palestinien.

L’AP, installée en Cisjordanie, et le gouvernement de fait du Hamas dans la bande de Gaza en état de siège ont rejeté et condamné le plan. 

Protestations en Palestine

Des milliers de Palestiniens, dont des dirigeants de factions nationales ou islamiques, ont défilé à Gaza même ce mercredi, pour protester contre le prétendu « deal du siècle » de Trump, qui a été largement perçu comme préparant la voie à l’annexion de la Cisjordanie par Israël.   

L’activiste Amat Wael a déclaré à Middle East Eye que des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants s’étaient rassemblés pour

« exprimer leur rejet du plan d’annexion inique, qui permet à l’occupation de voler plus encore de nos terres palestiniennes, de déporter leurs habitants et de les annexer sous le contrôle de son prétendu Etat israélien ».

Les manifestants portaient des banderoles condamnant l’annexion et l’expansion des colonies israéliennes illégales, tout en poussant aussi les pays arabes et à majorité musulmane à entreprendre des actions.  

« Nous exigeons que l’Autorité palestinienne prenne des mesures urgentes sur le terrain pour s’opposer à ce projet et mettre fin à tous les accords avec le camp israélien »,

a déclaré Wael, faisant allusion à la coordination entre l’AP et Israël, suspendue en mai dernier par le président de l’AP Mahmoud Abbas.

Sous le blocus

Depuis treize ans, les Palestiniens de l’enclave de la bande de Gaza vivent sous un très contraignant blocus terrestre, maritime et aérien imposé par Israël et soutenu également par l’Egypte.

A Bethléem, un groupe de jeunes protestataires portant des masques et des gants de protection s’est rassemblé sur le marché central du « cinéma » pour protester contre l’annexion.

« Nous sommes venus ici aujourd’hui pour nous opposer au « plan de paix » américain et à l’annexion et dire au monde que nous, les Palestiniens, sommes opposés à cette politique »,

a déclaré Ruba Farraj, un résident de 22 ans, du camp de réfugiés de Dheisheh.

« L’annexion constitue simplement le tout premier pas d’une politique de nettoyage ethnique. Israël veut débarrasser cette terre de tous les Palestiniens, et la prendre pour lui. Nous devons nous dresser pour défendre notre terre. C’est une honte, si nous ne le faisons pas. »

De grands nombres de Palestiniens se sont également rassemblés dans la ville cisjordanienne de Ramallah, agitant des drapeaux et brandissant des pancartes condamnant Trump et l’Autorité palestinienne.  

Najwa Abu Ghosh, dont la fille Mays Abu Ghosh est en prison depuis août dernier, a déclaré qu’elle manifestait pour l’avenir de sa famille et des autres Palestiniens. 

« Israël vole nos terres depuis l’occupation de 1948 et, aujourd’hui, il complète la chose via le projet d’annexion. S’il est appliqué et si nous restons silencieux, qu’allons-nous dire à nos familles, y compris ma fille, qu’allons-nous dire aux martyrs ? »

Kazem al-Haj Muhammad, un fermier du village voisin d’al-Mughair, a expliqué qu’il faisait entendre lui aussi sa colère contre l’Autorité palestinienne en raison de sa très longue relation avec le gouvernement israélien.

« Dans le village, des milliers d’arpents de terre risquent d’être transformés en avant-postes [de l’armée israélienne] (…) mais nous continuerons à les défendre jusqu’au tout dernier d’entre nous. »

Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens qui organisait la Journée de protestations, a déclaré que l’événement « exprimait le rejet des projets d’implantation d’Israël ».

Des manifestations de solidarité avec les Palestiniens ont été prévues dans nombre de pays ce mercredi.

Des dizaines d’activistes propalestiniens se sont rassemblés pour protester en face du consulat des Etats-Unis dans la ville sud-africaine de Sandton.

 

Les manifestants, portant des masques en raison de la pandémie de coronavirus, agitaient des drapeaux palestiniens et portaient des banderoles réclamant la « liberté pour le peuple de Palestine ».

L’un des manifestants aurait dit à la foule :

« Vous devriez savoir que vous ne serez pas libre tant que la Palestine ne le sera pas. Fondamentalement, l’annexion signifie la création d’un bantoustan (…) C’est un lent massacre et une lente épuration ethnique de la zone qui forcera les Palestiniens à mourir ou à s’en aller, de sorte qu’Israël pourra prendre leur place. »

En Corée du Sud, des dizaines de protestataires ont également exprimé leur rejet des plans d’annexion israéliens.

 

Dans l’intervalle, des protestations en Jordanie, qui ont menacé de se muer en actions si Israël s’obstinait dans ses plans, ont été reportées à samedi, ont expliqué des activistes dans les médias sociaux.

Reportage à Gaza : Mohammed al-Hajjar ; à Bethléem : Akram al-Waara ; à Ramallah : le correspondant sur place de MEE.


Publié le 1er juillet 2020 sur Middle East Eye sous le titre Israel annexation plan: Palestinians stage day of protests in Gaza Strip and West bank
Traduction : Jean-Marie Flémal. Intro et note : Charleroi pour la Palestine.

D’importantes manifestations ont également eu lieu aux Etats-Unis, en Finlande, en Allemagne, en Afrique du Sud, en France, aux Pays-Bas, en Italie… En Belgique, où un rassemblement important avait eu lieu le dimanche précédent à Bruxelles, des militants de la Plate-forme Charleroi-Palestine ont fait une action symbolique devant un centre commercial à Gilly, malgré une pluie battante…

La Plate-forme Charleroi-Palestine a rejoint les protestations

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