Points forts dans l’actualité de la 31e semaine du génocide à Gaza

Toute la semaine dernière, les forces israéliennes ont lourdement bombardé nombre de zones de la bande de Gaza, et plus particulièrement la ville de Rafah, dans le sud de l’enclave.

 

Char israélien fonçant à travers tout du côté palestinien du passage de Rafah et détruisant délibérément la panneau emblématique « I Love Gaza »

Char israélien fonçant à travers tout du côté palestinien du passage de Rafah et détruisant délibérément la panneau emblématique « I Love Gaza »

 

 

Nora Barrows-Friedman, 9 mai 2024

 

 

L’armée a ordonné l’évacuation de plusieurs quartiers de la partie orientale de Rafah vers les dunes de sables d’al-Mawasi, sur la côte, déjà surpeuplées de personnes déplacées qui n’ont aucun accès à des services, même élémentaires.

 

Très tôt, mardi matin, au moins 20 Palestiniens ont été tués par des bombardements israéliens, la plupart à Rafah. Plus tard dans la journée, des tirs d’artillerie israéliens ont touché le quartier général du gouvernement local à Rafah, rapporte Al Jazeera.

Mardi également, à Rafah, les forces israéliennes ont bombardé des tentes appartenant à des Palestiniens déplacés.

 

 

Lundi soir, les bombardements israéliens ont tué des douzaines de femmes et d’enfants et des journalistes palestiniens ont expliqué que les bombardements avaient été si intenses qu’ils avaient disloqué les gens « en morceaux ».

Dimanche soir, les forces israéliennes avaient bombardé la maison de la famille Qeshta à Rafah.

 

Les patients et les travailleurs médicaux ont commencé à fuir l’hôpital al-Najjar à Rafah après qu’Israël a ordonné l’évacuation de la zone lundi.

Maureen Clare Murphy a rapporté :

« L’hôpital est actuellement le seul à Gaza où fonctionne un département de dialyse pour patients souffrant d’une maladie rénale, et sa fermeture va immédiatement mettre en danger la vie de 200 personnes au moins, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). »

À la maternité de l’hôpital Emirati de Rafah, la dernière maternité encore en état de fonctionnement très limité, la docteure Dorotea Gucciardo, du Projet Glia, a évoqué la situation dangereuse et précaire des nouveau-nés dans l’unité de soins néonatals intensifs, ainsi que celle de leurs familles et du personnel soignant, et ce, en raison de la menace imminente d’une opération militaire à grande échelle.

 

Maureen Clare Murphy a encore rapporté que plus d’un million de Palestiniens avaient fui vers Rafah

« après avoir été déplacés à maintes reprises d’autres zones. Certaines de ces zones, dont les quartiers évacués lundi sur ordre d’Israël, avaient été déclarés précédemment ‘zones sûres’ par l’armée ».

Lundi, Israël a fermé Kerem Shalom, le principal passage commercial vers Gaza, après que quatre soldats israéliens avaient été tués la veille dans une attaque à la roquette, a ajouté Maureen Clare Murphy.

Mardi, Israël a déclaré qu’il s’était emparé du « contrôle opérationnel » du passage frontalier de Rafah vers l’Égypte, fermant ainsi la seule voie permettant aux Palestiniens de quitter l’enclave et aux équipes médicales d’y entrer.

Richard Brennan, directeur des urgences régionales pour la Méditerranée orientale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a déclaré que l’impact de la fermeture par Israël du passage de Rafah « aggravait encore une situation déjà passablement désastreuse et catastrophique ».

« Aujourd’hui, nous comptions évacuer 140 patients [en état critique], mais maintenant cette ligne de vie a été coupée pour les patients »,

a-t-il dit.

Une prise de vue extraite d’une vidéo montrant un char israélien fonçant à travers tout du côté palestinien du passage de Rafah et détruisant délibérément la panneau emblématique « I Love Gaza », a circulé mardi sur les médias sociaux.

 

Mardi, le département de coordination du ministère de la Santé à Gaza a fait savoir que la fermeture du passage de Rafah

« empêchait l’entrée des camions de médicaments et de matériel médical, de même que l’entrée du carburant nécessaire pour les hôpitaux et qu’elle empêchait également la sortie de milliers de blessés et de malades attendant de pouvoir voyager ».

Mardi, Hind Khoudary a parlé pour Al Jazeera de l’impact des ordres d’évacuation.

 

L’ONG humanitaire Oxfam a méchamment éreinté les plans israéliens d’invasion de Rafah.

Lundi, la directrice régionale de l’ONG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Sally Abi-Khalil, a déclaré :

« Nous sommes horrifiés par l’ordre israélien d’évacuation d’environ 100 000 personnes et par ce qui s’avère être une invasion imminente de Rafah, en dépit de la promesse universelle des dirigeants mondiaux de mettre un terme à cet assaut permanent et barbare. »

« La peur à Rafah est palpable, puisque les gens qui ont déjà été forcés de fuir à maintes reprises partout à Gaza, doivent le faire une nouvelle fois »,

a-t-elle dit.

« Maintenant qu’Israël empêche l’aide, le carburant ou les marchandises d’entrer par les deux passages incontournables que sont Rafah et Kerem Shalom, les efforts humanitaires en vue de sauver des vies seront encore plus difficiles. »

Sally Abi-Khalil a encore dit :

« Pendant plus de six mois, Israël a délibérément et systématiquement ciblé des civils et des travailleurs humanitaires, y compris dans les zones clairement désignées comme ‘zones sûres’ et ‘routes d’évacuation’. Désormais, la moindre de ses affirmations disant que les civils peuvent être évacués en toute sécurité, a perdu toute crédibilité. La zone d’Al-Mawasi – une prétendue zone humanitaire sûre où l’on a ordonné aux gens de se réfugier – a déjà été bombardée à deux reprises. »

« Il est inimaginable qu’il soit permis à un gouvernement d’ignorer on ne peut plus impunément toutes les mises en garde concernant le coût humanitaire catastrophique et de vouloir grossièrement aller plus avant encore dans son froid mépris de la vie humaine, des lois internationales et des décisions de la CIJ en vue d’empêcher le génocide »,

a conclu Sally Abi-Khalil.

 

Une société privée américaine va-t-elle « assumer la gestion » du passage de Rafah ?

Entre-temps, le quotidien de Tel-Aviv Haaretz rapportait mardi qu’Israël et l’Égypte s’étaient mis d’accord pour qu’« une société américaine privée de sécurité assume la gestion du passage après que l’armée israélienne aura terminé son opération », dont ils ont également prétendu qu’elle serait limitée.

Haaretz a ajouté que des négociations privées étaient en cours avec ladite société, dont le nom n’a pas été révélé, mais qui « se spécialise dans l’assistance aux armées et aux gouvernements du monde entier engagés dans des conflits militaires ».

 

La société

« a opéré dans plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient, gardant des sites stratégiques tels champs pétroliers, aéroports, bases militaires et passages frontaliers sensibles. Elle emploie des vétérans des unités d’élite de l’armée américaine »,

rapporte Haaretz.

Toutefois, comme le disent Jon Elmer, un journaliste qui contribue à The Electronic Intifada, et notre ami Justin Podur, de l’Anti-Empire Project, pour qu’il en soit ainsi, naturellement, il faudrait d’abord qu’Israël gagne la guerre.

Mardi, lors de la conférence de presse du département d’État américain, le porte-parole Matt Miller a déclaré qu’il n’était « pas au courant du tout » de plans d’une société privée américaine opérant au passage de Rafah et dont parlait Haaretz. Le porte-parole du conseil de la sécurité nationale, JohnKirby, a lui aussi nié être au courant de ce plan.

Le membre éminent du Hamas, Osama Hamdan, a déclaré que les Palestiniens n’allaient pas répondre à la pression militaire ni aux menaces et qu’ils n’accepteraient pas la moindre « force d’occupation » au passage de Rafah.

De son côté, le Front populaire pour la libération de la Palestine a déclaré :

« Quant à toute présence d’une partie non palestinienne au passage de Rafah, nous la traiterons comme une force d’occupation et nous en ferons une cible légitime de la résistance. »

 

 

Israël interdit Al Jazeera, et occupe les bureaux du réseau

Le week-end dernier, le gouvernement israélien a fermé les bureaux et bloqué les opérations du réseau Al Jazeera, quelques semaines après que le parlement israélien avait adopté une loi permettant la fermeture temporaire des émetteurs étrangers considérés comme étant une menace pour la sécurité nationale tout au long des mois de guerre à Gaza.

 

La police israélienne a occupé les bureaux du réseau à Jérusalem, a retiré les accréditations de presse et à interdit aux fournisseurs de services d’émettre des informations.

Le réseau a condamné la décision du gouvernement israélien de bloquer ses opérations en Israël en disant qu’il s’agissait d’un « acte criminel ».

Dans une déclaration, Al Jazeera a fait savoir que

« l’actuelle répression par Israël de la presse libre, répression conçue dans un effort en vue de masquer ses actions dans la bande de Gaza, enfreint les lois internationales et humanitaires. Le ciblage direct de journalistes par Israël, les assassinats, arrestations, intimidations et menaces ne dissuaderont pas Al Jazeera de poursuivre son travail de couverture, même si plus de 140 journalistes palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre contre Gaza ».

Imran Khan, d’Al Jazeera, a diffusé ce rapport final préenregistré dimanche, depuis Jérusalem-Est occupée :

 

Le retour en classe des écoliers

Et, finalement, nous voulions vous apporter plusieurs images et vidéos émanant de journalistes à Gaza, qui ne se contentent pas de rapporter sans cesse sur les atrocités en cours, mais désirent également témoigner de la résilience, de la joie et de la détermination du peuple palestinien.

 

À Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, des danseurs ont exécuté la traditionnelle debke pour les enfants dans une école qui avait été transformée en refuge pour des familles déplacées.

 

Certains enfants sont retournés à l’école cette semaine, dans le nord de Gaza, excités à l’idée de redémarrer leur éducation après sept mois de l’actuel génocide.

Al Jazeera a interviewé plusieurs écoliers qui étaient impatients de pouvoir exhiber leurs nouveaux uniformes.

 

 

 

Cette semaine, un étudiant universitaire a défendu avec succès sa thèse de maîtrise dans une tente à Rafah, même si son institution, l’Université Al-Azhar, a été bombardée par Israël début novembre. L’université a installé cette tente afin que les étudiants puissent poursuivre leurs études.

 

La thèse de Tamer Abu Moussa était intitulée

« L’immunité psychologique en tant que variable modératrice entre les agents psychologiques du stress et la motivation de réussite parmi les conseillers en éducation des gouvernorats du sud de la Palestine ».

En mars, nous avions parlé d’enfants de la bande de Gaza qui portaient le fardeau de la politique de famine d’Israël en tant que punition collective, et nous vous avions parlé de Fadi Zant, le garçonnet de six ans atteint de fibrose cystique et dont les parents et les médecins étaient incapables d’aborder ses graves besoins médicaux en raison du blocus et de la crise de la faim orchestrés par Israël.

 

L’enfant souffrait de malnutrition aiguë ainsi que d’une pneumonie quand il avait été évacué par des équipes médicales travaillant avec le Fonds de secours des enfants de Palestine (PCRF) et l’Organisation mondiale de la Santé.

Son équipe de thérapeutes a annoncé cette semaine qu’

« une fois arrivé dans le sud de Gaza avec l’équipe du PCRF sur le terrain, nous avons pu faciliter son évacuation vers l’Égypte, où il a reçu des soins immédiats en vue de stabiliser son état ».

 

 

Fadi est actuellement à New York avec sa mère et il reçoit enfin le traitement complet dont il a désespérément besoin.

Et les enfants de Gaza ont écrit et imprimé des messages de solidarité avec les étudiants des États-Unis et du Canada qui se sont soulevés pour réclamer que ce génocide prenne fin et que leurs universités désinvestissent des sociétés qui tirent profit des crimes d’Israël.

 

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Publié le 9 mai sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

 

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