Grande-Bretagne : Défendez les SOAS 2 ! Résistance n’est pas terrorisme !

Dans l’attente de son procès, qui commencera le 22 juin 2026 au tribunal de l’Old Bailey, FRFI (Fight Racism! Fight Imperialism! )s’est entretenu avec Sarah, de SOAS 2 (SOAS 2 désigne deux personnes : une activiste propalestinienne et une partisane de FRFI , toutes deux confrontées à des accusations de terrorisme en raison de leur soutien de principe au peuple palestinien).

Note du traducteur : SOAS = School of Oriental and African Studies (École des études orientales et africaines, qui fait partie de l’Université de Londres).

 

 

Fight Racism! Fight Imperialism! , 8 juin 2026

 

FRFI. Pouvez-vous nous expliquer un peu quel est ton prétendu délit et de quoi tu es accusée ?

Sarah. J’ai été accusée en vertu du Paragraphe 12 de la Loi sur le terrorisme, qui criminalise les expressions de soutien à des organisations interdites. L’allégation spécifique, ici, est que j’ai exprimé mon soutien au Hamas. Le « délit » supposé consistait en un discours que j’avais délivré en dehors de mon université en octobre 2023, il y a donc plus de deux ans et demi.

Dans ce discours, je parlais au nom de la société étudiante « SOAS Fight Racism! Fight Imperialism! » (SOAS combat le racisme et l’impérialisme !) et j’exprimais la soutien à la résistance palestinienne et au droit du peuple palestinien à la lutte armée pour riposter à l’occupation et au génocide. C’est un droit vraiment fondamental que possèdent les peuples occupés : Ils peuvent mener une lutte armée pour leur libération – cela se trouve dans la Convention de Genève, et il en a été décidé ainsi par l’Assemblée générale de l’ONU. Vous pouvez aller vérifier.

Ce discours avait été filmé et partagé en ligne par des sionistes qui m’avaient « doxxée » en publiant mon nom complet, mon université et d’autres détails sur Twitter à la disposition de tout le monde. L’association UK Lawyers for Israel (UKLFI – Avocats du Royaume-Uni pour Israël) m’avait spécifiquement dénoncée à la Police métropolitaine. UKLFI est une organisation sioniste bien connue, elle fait essentiellement le travail de la police en découvrant des personnes qui, prétend-elle, ont commis des « délits » – habituellement, elles n’ont fait que prendre position pour les Palestiniens, contre le sionisme et contre la répression policière.

Quatre mois plus tard, en janvier 2024, j’ai été arrêtée au cours d’une descente à mon domicile, dès l’aube. Mes appareils ont été saisis, de même que ma littérature politique et mon keffieh. J’ai été emmenée au bureau de police, interrogée et relâchée sous caution. J’ai été sous caution pendant plus d’un an, jusqu’en mars 2025, quand j’ai été accusée, en vertu du Paragraphe 12 de la Loi sur le terrorisme. Le jour même où j’ai été accusée, une autre de nos camarades a elle aussi été arrêtée pour un délit similaire, alors qu’elle était venue me soutenir au bureau de police. C’est comme cela que nous sommes devenues les SOAS 2.

Cela fait maintenant plus d’un an que j’ai été accusée et mon procès aura lieu le 22 juin à l’Old Bailey (*), de sorte que, maintenant, nous mobilisons à cet effet en mettant sur pied une campagne de défense politique que nous mènerons jusqu’au bout.

FRFI. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Loi antiterroriste et ce à quoi elle est destinée ?

Sarah. C’est une question vraiment importante, parce que cette législation antiterroriste ne sort pas de nulle part. La Loi de 2000 sur le terrorisme n’a été le premier élément de législation antiterroriste, dans ce pays. Ç’a été la Loi de 1974 sur la prévention des actes de terrorisme, introduite spécialement par un gouvernement travailliste afin d’écraser le soutien à la lutte de libération irlandaise. En vertu de cette loi, des Irlandais innocents ont été arrêtés, brutalisés par la police et jetés en prison. Cela a fait partie des efforts de l’État en vue de réprimer un mouvement anti-impérialiste à la fois dans les six comtés occupés de l’Irlande et dans les rues de Grande-Bretagne. 

En 2000, sous le gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair, ces pouvoirs ont été étendus de sorte que l’État a eu lui aussi le pouvoir d’interdire pas seulement des organisations irlandaises, mais aussi des organisations kurdes, palestiniennes, tamiles et basques, tout en voyant ses moyens de répression considérablement accrus.

Aujourd’hui, ce que nous voyons, c’est que la Loi de 2000 sur le terrorisme est utilisée systématiquement pour réprimer les protestataires propalestiniens. Il est vraiment important que nous nous opposions à la législation sur le terrorisme dans son ensemble et que nous ne nous contentions pas de dire qu’elle est utilisée à mauvais escient, parce que son objectif même, en tout premier lieu, est de cibler les anti-impérialistes, de cibler les personnes qui se dressent en solidarité avec les mouvements de libération. C’est pour cela qu’elle existe. Ça n’a jamais été pour nous garder en sécurité. Notre exigence est de supprimer la Loi sur le terrorisme et toutes les législations de ce genre.

FRFI. Vous n’êtes pas la seule à être visée par ces lois antiterroristes et, si vous êtes condamnée, cela va affecter le reste du mouvement pour la Palestine.

Sarah. Absolument. Nous mettons sur pied cette campagne politique en partie parce que nous comprenons que les conséquences d’une condamnation vont bien plus loin que mon existence personnelle. Cela attaque notre capacité à nous exprimer en soutien de la Palestine, en soutien de la résistance palestinienne en particulier et du droit à la lutte armée. Cela réprime notre capacité de mobilisation, de protestation, de préservation et de mise en place du mouvement que nous voyons dans les rues.

Quant à tous ceux qui sont pour le peuple palestinien, avec la libération de la Palestine, nous attendons d’eux qu’ils soient à l’extérieur de de la Cour criminelle centrale de l’Old Bailey à partir du 22 juin, de la même façon moi et toute une bande de nos camarades de Fight Racism ! Fight Imperialism ! avons été constamment présents à l’extérieur des tribunaux, à l’extérieur des bureaux de police quand les gens du mouvement ont été ciblés par l’État. Ce n’est pas simplement une affaire d’individus ciblés par l’État, c’est l’affaire de tout un mouvement politique qui est ciblé par l’État et il est réellement important que nous percevions la chose en ce sens.

FRFI. Outre manifester le 22 ans autour de l’Old Bailey, y a-t-il d’autres façons pour les gens de vous soutenir et de soutenir les SOAS 2 ?

Sarah. Oui, il y a de nombreuses façons de nous aider et d’aider à soutenir la campagne. Si vous ne pouvez être physiquement présent le 22 juin et les jours suivants, vous pouvez faire un don à notre campagne sur notre site internet. Cela coûte toujours de l’argent d’organiser ces campagnes, de réaliser des banderoles et des affiches, d’imprimer des tracts, d’organiser les transports. Il y a un tas de coûts cachés dont les gens n’ont pas idée. Vous pouvez aussi faire circuler nos pétitions, diffuser nos messages dans les médias sociaux afin d’accroître la conscientisation autour de notre campagne et autour de ce que nous faisons dans les rues, et aussi nous suivre dans les médias sociaux.

(*) NDLR :   La Cour centrale de la Couronne britannique (Haute Cour criminelle) à Londres

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Publié sur Defend SOAS 2
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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