Sommes-nous à un moment décisif de la lutte contre le sionisme ?
Les Palestiniens et d’autres peuples autochtones de la région ne peuvent vivre aux côtés d’un projet colonial qui menace leur existence en tant que problème devant être résolu. Il est impossible de coexister avec le sionisme, tout autant qu’il est impossible pour quelqu’un de vivre dans une maison qui brûle.

23 mars 2026. Un Palestinien examine une maison incendiée lors d’une attaque de colons juifs en Cisjordanie occupée. Au milieu de leur déchaînement, les colons ont incendié des maisons et des voitures et ont peint des slogans racistes sur les murs. (Photo : Mohammed Nasser APA images)
Ali Abunimah, 1er avril 2026
Israël, financé et armé par les États-Unis, anéantit la vie palestinienne à Gaza, accélère le nettoyage ethnique en Cisjordanie et étend sa guerre à toute la région du Liban à l’Iran.
Lors du podcast d’Unfettered Speech (Discours sans entraves) d’Integrity Media, je me suis entretenu avec les animateurs Patrick Sullivan et Leonard Goodman à propos de la façon dont ces fronts sont reliés.
Je ne sais pas s’il s’agit de la bataille terminale de cette longue guerre, mais je leur ai dit – au moment où des missiles passaient au-dessus de nos têtes, ici, en Jordanie – que cela semblait être un moment décisif pour l’avenir de la Palestine et de la région.
Vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous.
Commençons par la Cisjordanie, où les forces d’occupation et les colons armés israéliens n’ont cessé depuis octobre 2023 d’intensifier leur campagne de vol de terre et de déplacement forcé des habitants.
Des colons attaquent des villages palestiniens, généralement le soir, incendient des maisons et des voitures, abattent ou tabassent les habitants, le tout sous la protection de l’armée israélienne, laquelle applique la dépossession.
Les autorités d’occupation israéliennes recourent à des ordonnances militaires et à des manœuvres pseudo-légales afin d’officialiser le vol de terre. Des communautés palestiniennes entières ont déjà été expulsées de leurs terres dans le cadre d’un effort délibéré en vue de préparer le terrain à l’annexion.
C’est le génocide en cours mené par Israël à Gaza qui a permis à cette expansion coloniale en Cisjordanie de progresser en attirant moins l’attention.
À Gaza, malgré le prétendu cessez-le-feu, Israël continue de tuer des Palestiniens et applique un blocus qui empêche l’entrée des vivres, des médicaments et des matériaux de reconstruction.
Pourtant, les forces israéliennes ont été incapables de vaincre la résistance palestinienne ou d’établir un contrôle durable sur le terrain.
Les Palestiniens ont accepté le « cessez-le-feu » parce que c’était la seule façon de faire cesser – ou, du moins, ralentir – les massacres quotidiens par Israël de dizaines et souvent de centaines de civils sans défense dans les maisons, les écoles, les hôpitaux et les campements de réfugiés.
Ils combattent pour leur terre
Nous avons parlé de la Palestine dans le contexte du conflit régional élargi déclenché par la guerre américano-israélienne d’agression contre l’Iran et qui s’est étendue depuis au Liban, à l’Irak, au Yémen et à toute la région du Golfe.
Les dirigeants américains et israéliens ont cru qu’ils allaient pouvoir renverser rapidement le gouvernement iranien, mais l’Iran a répondu avec une virulence dévastatrice et a de la sorte prouvé sa capacité d’escalade.
La crise provoquée par les États-Unis et Israël menace aujourd’hui les flux d’énergie et la stabilité économique de la planète.
L’Iran joue un rôle central dans l’Axe de la Résistance – qui n’a rien d’une collection de « proxys » comme on l’a souvent prétendu.
Il s’agit plutôt de mouvements autochtones qui luttent pour défendre leurs propres patries et communautés, et c’est une réalité qui contribue à expliquer leur ténacité même face à l’horrible violence des Américains et des Israéliens qui ciblent avant tout des civils.
Une couverture de l’apartheid
Nous avons également examiné le cadre politique préconisé par Washington depuis des décennies.
J’ai affirmé que les responsables américains utilisaient le langage de la « solution à deux États » comme couverture de l’incessante violence coloniale de peuplement et de la consolidation de l’occupation et de l’apartheid.
Les dirigeants israéliens n’ont jamais accepté la souveraineté palestinienne sous quelque forme que ce soit. Au mieux, ils ont proposé des bantoustans, modelés sur l’Afrique du Sud de l’apartheid et contrôlés par une police de collabos palestiniens.
De plus en plus, ils révèlent leurs intentions de se livrer à l’expulsion directe et à l’extermination.
On ne peut vivre dans une maison en feu
Nous avons également discuté de la répression croissante en Occident et, entre autres, de mon arrestation illégale en Suisse, l’an dernier.
Cette affaire reflète un effort plus large, en Europe et en Amérique du Nord, visant à réduire au silence les journalistes et les activistes qui défient les discours officiels sur Israël.
Au cœur de tout cela figure une contradiction ingérable. Le sionisme, soutenu par les élites occidentales, cherche à éliminer les Palestiniens, à la fois politiquement et physiquement.
Les Palestiniens et d’autres peuples autochtones de la région ne peuvent vivre aux côtés d’un projet colonial qui menace leur existence en tant que problème devant être résolu. Il est impossible de coexister avec le sionisme, tout autant qu’il est impossible pour quelqu’un de vivre dans une maison qui brûle.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de futur au-delà de l’horreur actuelle.
J’ai rappelé les mots de l’historien Ilan Pappé tout au début du génocide. Il affirmait que cette période immédiate pourrait être la plus violente à laquelle nous allions assister mais qu’au-delà, il y avait la possibilité d’une réelle décolonisation.
Cela signifierait le contrôle par les Palestiniens de leur terre et de leurs existences et la fin d’un ordre dominé et imposé par la violence américaine et israélienne, ce qui permettrait aux peuples de toute la région de déterminer eux-mêmes leurs propres avenirs.
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Publié le 1er avril 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




