Déclaration condamnant la désignation comme terroristes par l’OFAC de quatre organisateurs de la solidarité avec la Palestine
La Guilde nationale des avocats condamne avec la plus grande fermeté la désignation par le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor des États-Unis de quatre organisateurs palestiniens et internationaux – Saif Abu Keshek, Mohammed Khatib, Jaldia Abubakra et Hisham Abu Mahfouz – comme étant affiliés ou de fournir du soutien à des organisations étrangères désignées comme « terroristes » en raison de leur solidarité avec la libération nationale de la Palestine et avec le peuple palestinien.

Les sanctions injustement imposées par l’OFAC viennent au milieu d’un génocide de deux ans et demi, toujours en cours, qui a tué, blessé et déplacé des centaines de milliers de Palestiniens, détruit la majeure partie des infrastructures et des terres agricoles de Gaza et qui constitue le chapitre le plus récent de plus d’un siècle de nettoyage ethnique et de dépossession du peuple palestinien par le projet colonial de peuplement sioniste avec le soutien de l’impérialisme occidental. Dans ce contexte horrible, on ne saurait trop insister sur le courage et l’urgence des militants de la Flottille. Ils ont risqué le kidnapping, la torture et la mort dans leur tentative en vue de briser ce siège génocidaire illégal et de délivrer de l’aide humanitaire. Pour cet acte de clarté morale et de courage exceptionnels, les États-Unis ont choisi de les punir et de qualifier de façon injustifiable la flottille même de « proterroriste ».
Cette dernière série de sanctions n’a rien d’une action isolée. La désignation par Israël en 2021 de six éminentes organisations non gouvernementales palestiniennes en tant qu’organisations terroristes étrangères et la désignation par l’OFAC en 2024 de Samidoun, l’organisation de défense des prisonniers palestiniens en tant que groupe terroriste mondial spécialement désigné, constituaient de premières mises en garde. De plus, en janvier 2026, Zaher Birawi – un membre du Comité directeur de la Coalition de la Flottille de la Liberté – a été également désigné par l’OFAC, comme l’a été la Conférence populaire pour les Palestiniens à l’étranger (PCPA).
Les racines de cette stratégie répressive sont bien plus profondes. Comme l’ont montré Palestine Legal et le Centre pour les droits constitutionnels, l’opposition aux droits palestiniens a modelé la législation antiterroriste fédéral américaine dès ses premiers pas. La première mention de « terrorisme » dans un statut fédéral, en 1969, traitait spécifiquement de la restriction de l’aide humanitaire aux Palestiniens. La première liste noire du terrorisme du gouvernement américain – la Loi sur l’administration des exportations, de 1979 – avait été soutenue à fond au Congrès par les partisans d’Israël, dont le plus connu, le sénateur républicain Jacob Javits, de New York, qui citait l’Irak, la Libye et le Sud-Yémen (tous partisans de la libération palestinienne) comme des cibles possibles pour la désignation. La première et unique fois où le Congrès a désigné comme terroriste une désignation a été la loi de 1987 qui visait l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). En outre, la loi de 1995 sur le « soutien matériel », utilisée aujourd’hui pour criminaliser l’action humanitaire et la solidarité, a été conçue avec les Palestiniens en tant que toutes premières cibles.
Toute cette architecture juridique a été construite sur la base d’une animosité anti-palestinienne indubitable et persistante, bien avant l’époque post-11 septembre. De même que Samidoun a été ciblé pour sa défense efficace des prisonniers palestiniens, ces quatre activistes sont criminalisés aujourd’hui pour une seule et unique raison : leur efficacité et leur visibilité dans la mobilisation de la solidarité contre le génocide et dans le soutien de la libération palestinienne. Les EU et Israël craignent un mouvement populaire qui menacerait leur domination de la région de l’Asie occidentale – de sorte qu’ils appliquent la répression en imposant des sanctions.
Ces listes sont destinées à davantage que de geler des avoirs. Elles sont destinées à créer un effet dissuasif au sein de tout le mouvement de solidarité avec la Palestine, à criminaliser la solidarité et l’action humanitaire directe et à diaboliser les personnes qui refusent d’abandonner la Palestine. Dans le contexte de l’actuelle administration Trump et du fascisme résurgent, tous ceux qui s’opposent à l’impérialisme américain devraient être inquiets. Cette instrumentalisation et ce ciblage ne s’arrêteront pas au mouvement pour une Palestine libérée. Ils sont en cours de perfectionnement en vue d’être utilisés contre le mouvement anti-impérialiste plus large – potentiellement comme ceux qui expriment leur solidarité avec l’Iran, Cuba, le Venezuela et l’Alliance des États du Sahel. Aujourd’hui, il s’agit des activistes de la Flottille. Demain, ce pourrait être n’importe qui parmi nous.
La férocité de cette répression et son timing révèlent une vérité plus profonde. Le projet impérialiste américain est en déclin. Les forces de l’impérialisme américano-sioniste ont encaissé une sévère défaite dans leur guerre contre l’Iran et leurs ressources sont très limitées. Elles ne peuvent soutenir leur guerre d’agression sur plusieurs fronts – et le mouvement de solidarité avec la Palestine s’est révélé un front efficace. L’empire réagit violemment pour faire taire le mouvement précisément parce que ce dernier gagne la bataille des idées et qu’il mobilise les rues du monde entier.
Cette répression se déroule en même temps que le piratage des navires de la Flottille dans les mers internationales. Le jour même où les sanctions étaient annoncées – le 19 mai 2026 – la marine de guerre israélienne enlevait plus de 430 activistes de plus de 46 pays, dont 25 citoyens américains, dans les eaux internationales. Les captifs ont subi la torture, des agressions sexuelles et la détention arbitraire. Au lieu d’intervenir pour protéger ses citoyens et les autres détenus, les EU ont fourni une couverture politique à Israël en sanctionnant les victimes alors que les forces israéliennes tiraient des balles enrobées de caoutchouc sur des navires humanitaires non armés.
Nous réclamons la justice pour tous les plus de 430 activistes de la flottille qui ont été enlevés, puis torturés et humiliés durant leur incarcération en Israël – bien que nous sachions que les prisonniers palestiniens subissent des traitements bien pires dans les geôles coloniales israéliennes.
Nous rejetons l’accusation sans fondement qui dit que briser le siège de Gaza constitue un soutien au terrorisme. Le siège est une punition collective – un crime de guerre qui touche 2,3 millions de personnes. Il facilite le génocide en cours. Le briser est une obligation morale et légale. Comme le disait l’ancien dirigeant du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn :
« Le siège est un crime. Le briser n’en est pas un. »
Nous sommes en solidarité totale avec Saif, Mohammed, Jaldia, Hisham et tous les autres ciblés par ces désignations sur base de leur courageuse position de principe en solidarité avec la Palestine et les autres luttes de libération des peuples colonisés et opprimés. Nous exigeons la fin de toutes les listes terroristes motivées politiquement. Nous rejetons l’étiquette de « terroriste » utilisée contre les organisateurs de la solidarité avec la Palestine, y compris ceux qui prennent la mer pour briser le siège de Gaza et ceux qui interpellent les gouvernements américain et israélien parce qu’ils commettent des génocides, mènent d’interminables guerres et répandent la mort et la destruction partout dans le monde et avec une impunité quasi totale.
*****
Publié le 28 mai 2026 sur The National Lawyers Guild
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine



