La Palestine a besoin d’un front unifié de résistance nationale, et non d’élections sous génocide et occupation

L’activiste palestinienne Jaldía Abubakra a exprimé à Masar Badil son rejet de l’appel aux élections législatives palestiniennes alors que se poursuivent le génocide à Gaza et l’occupation et le colonisation de la Palestine.

 

 

Masar Badil,  14 août 2026

 

Abubakra remet en question la légitimité d’un processus électoral qui exclut des millions de Palestiniens et prétend que la priorité doit être de mettre sur pied un front unité de résistance nationale progressant sur la voie de la libération et du retour.

« Notre peuple continue d’affronter un génocide en cours à Gaza. En Cisjordanie et à Jérusalem, la colonisation, la déportation forcée, les raids militaires, les assassinats et les arrestations se poursuivent. Des milliers de prisonniers palestiniens restent dans les prisons de l’occupation, alors que des millions de Palestiniens continuent de vivre comme réfugiés et en exil, loin de leur patrie. Nous ne vivons pas sous des conditions politiques normales, pas plus que nous n’avons un État souverain qui a simplement besoin de renouveler son parlement. Nous restons à un stade de libération nationale confronté à un projet de colonisation de peuplement »,

 

a déclaré Abubakra.

Pour l’activiste palestinienne, rejeter ces élections dans les circonstances actuelles ne signifie pas rejeter le droit du peuple palestinien à choisir démocratiquement ses représentants. Au contraire, cela signifie remettre en question ce que peuvent signifier la démocratie et la représentation nationale quand une partie importante du peuple palestinien est en même temps exclue du processus.

« Le peuple palestinien ne se limite pas à la Cisjordanie et à Gaza. Notre peuple comprend également les Palestiniens dans les territoires occupés en 1948, les réfugiés dans les camps et les millions de Palestiniens vivant en exil et dans la diaspora à la suite de la Nakba et de décennies de déportations et d’expulsions. Des élections qui excluent une partie importante de notre peuple peuvent élire des représentants dans certaines institutions, mais elles ne peuvent prétendre exprimer la volonté nationale palestinienne. »

Abubakra a également souligné le fait que même ceux qui ont officiellement le droit de voter ne peuvent exercer ce droit sous des conditions réellement libres. En Cisjordanie, le mur de l’apartheid, les check-points militaires israéliens, les barrières routières, les bouclages et le système à permis fragmentent le territoire palestinien et déterminent le mouvement quotidien de millions de Palestiniens.

« La puissance occupante peut fermer un check-point militaire ou une route, mettre une ville sous état de siège ou empêcher tout mouvement entre certaines communautés palestiniennes. Elle peut même empêcher quelqu’un d’atteindre l’endroit où il est censé exprimer son vote. Comment pouvons-nous parler d’élections libres quand Israël garde le pouvoir matériel de décider si les Palestiniens peuvent même atteindre leur urne ? »

À Gaza, a-t-elle ajouté, la contradiction est même plus évidente encore.

« Sous quelles conditions les gens sont-ils supposés mener une campagne électorale alors que notre peuple continue d’être confronté à un génocide et de lutter tout simplement pour sa survie ? La priorité doit être de faire cesser le génocide, de rompre le siège, de défendre notre peuple et de renforcer sa résistance, et non de créer l’apparence d’une normalité institutionnelle qui n’existe tout simplement pas. »

Abubakra a également mis en question les conditions politiques imposées aux candidats. Les réglementations électorales requièrent de ceux qui souhaitent se présenter aux élections de reconnaître l’Organisation de libération de la Palestine comme la seule représentante légitime du peuple palestinien et de s’engager envers son programme politique et national et envers les résolutions internationales qu’elle a adoptées.

Bien que les dispositions électorales n’établissent pas littéralement « la reconnaissance d’Israël » comme précondition, Abubakra a insisté sur le fait que cette condition ne peut être séparée du programme politique et des engagements adoptés par la direction de l’OLP, y compris sa reconnaissance d’Israël et le cadre politique établi par la suite via les accords d’Oslo.

« L’exclusion ne se termine pas par des millions de Palestiniens à qui l’on refuse le droit de vote. Les limites politiques dans lesquelles les candidats sont autorisés à concourir ont également été établies à l’avance. Quel genre de pluralisme politique peut-il exister quand les candidats sont d’abord tenus d’accepter le programme d’une institution dont sont absentes les principales forces palestiniennes et qui est liée depuis des décennies au cadre politique créé par Oslo ? »

Pour Abubakra, l’expérience des élections législatives palestiniennes de 2006 montre également les limites de tout processus électoral mené sous occupation et sur tutelle extérieure. Quand le résultat des urnes n’ont pas correspondu aux intérêts d’Israël, des États-Unis et des puissances occidentales, tous ont refusé d’accepter ses conséquences politiques.

« Il y a vingt ans, notre peuple a voté et sa décision n’a pas été respectée. Aujourd’hui, le cadre politique que les forces et les candidats doivent accepter a été déterminé avant même qu’il ne leur soit même permis de se présenter. Par conséquent, nous devons nous demander si notre peuple est vraiment libre de choisir son projet politique, ou s’il ne lui est permis que de choisir parmi des projets qui ont déjà été jugés acceptables. »

Abubakra a prétendu que l’élection ne pouvait être séparée de la profonde crise qui affectait les institutions palestiniennes existantes. L’Autorité palestinienne reste politiquement et économiquement dépendante du système créé par Oslo et elle poursuit sa coordination sécuritaire avec l’occupation, laquelle a également été utilisée au fil des années pour poursuivre, arrêter et réprimer les activistes et les secteurs de la résistance palestinienne.

Pour cette raison, elle rejette l’idée que la solution réside dans le renouveau des institutions existantes ou la reconstruction de l’OLP dans sa forme actuelle. Selon elle, l’organisation a été progressivement vidée de son rôle historique et subordonnée aux structures de l’Autorité palestinienne, tandis que de nombreuses forces palestiniennes et de larges secteurs du peuple palestinien manquent depuis des décennies d’une représentation efficace en son sein même.

« Nous n’avons pas besoin de renouveler la légitimité d’Oslo ni de décider qui va administrer une autonomie fragmentée dénuée de souveraineté. Nous avons besoin de revendiquer notre projet de libération nationale. »

Au lieu de cela, réclame l’avancement de la construction d’un front unifié de la résistance nationale palestinienne, capable de rassembler les forces engagées envers les droits historiques du peuple palestinien et de mettre sur pied une véritable unité autour d’un programme de lutte pour la libération et le retour.

« Nous avons besoin d’une unité nationale, mais pas d’une unité mise en place autour d’Oslo ni de l’administration de l’occupation. Nous avons besoin d’une unité bâtie via la résistance et autour de nos droits historiques : fin du génocide, libération de notre terre, défense de la résistance, libération de nos prisonniers et garantie du droit au retour de notre peuple. »

Pour Abubakra, la question fondamentale n’est pas de savoir qui va occuper les sièges du Conseil législatif palestinien au cours des prochaines années, mais comment reconstruire les outils politiques et organisationnels capables d’unir un peuple fragmenté par l’occupation, les frontières et l’exil.

« La Palestine reste dans une phase de libération nationale. Alors que Gaza est confrontée à un génocide et que notre peuple reste divisé par des murailles, des check-points militaires, des prisons, des frontières et l’exil, notre priorité ne peut être de donner l’apparence d’une normalité démocratique à une réalité coloniale. Notre tâche historique consiste à unir nos forces, à renforcer la résistance et à construire un front unifié de la résistance nationale palestinienne qui progressera sur la voie de la libération et du retour. »

 

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Publié le 14 août 2026 sur Masar Badil 
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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