L’organisation des travailleurs en Palestine et le combat pour la libération

Sumaya Awad, du Projet Adalah pour la justice (AJP), interviewe Manal Shqair, coordinatrice internationale pour la Coalition de défense de la terre (LDC – Land Defense Coalition). La LDC a été créée en 2014 en tant que coordination des mouvements de masse en Cisjordanie occupée et regroupe des organisations comme, par exemple, la Nouvelle Fédération des syndicats de Palestine (PNFTU – Palestine New Federation of Trade Unions). Défendre les droits des travailleurs palestiniens en Israël et dans ses colonies constitue la préoccupation première de la stratégie internationale de la LDC.

Des travailleurs palestiniens au check-point de Tayba. (Photo : The Palestine New Federation of Trade Unions – PNFTU – Nouvelle Fédération des syndicats de Palestine)

Des travailleurs palestiniens au check-point de Tayba. (Photo : The Palestine New Federation of Trade Unions – PNFTU – Nouvelle Fédération des syndicats de Palestine, aussi appelé “New Unions” – “Les Nouveaux Syndicats”)

“Démanteler l’entreprise d’implantation coloniale israélienne signifie que nous, Palestiniens, serons à même de revendiquer notre terre et ses ressources naturelles. Bien sûr, cela mettra un terme à l’exploitation des travailleurs palestiniens par leurs employeurs israéliens signifie que nous, Palestiniens, serons à même de revendiquer notre terre et ses ressources naturelles. Bien sûr, cela mettra un terme à l’exploitation des travailleurs palestiniens par leurs employeurs israéliens”

Summaya Awad : Plus de 130 000 Palestiniens (13 % de la main-d’œuvre palestinienne) de Cisjordanie travaillent en Israël et/ou dans les colonies illégales. Pouvez-vous expliquer comment ceci a commencé et quels sont les secteurs industriels qui emploient avant tout ces travailleurs ?

Manal Shqair.  Quelques années après l’occupation par Israël du reste de la Palestine (la Cisjordanie et la bande de Gaza, en 1967), le marché de l’emploi israélien s’est mis à réclamer de la main-d’œuvre palestinienne. Avant cela, les Palestiniens travaillaient en Israël (ou, comme nous le disons, en Palestine 1948), parce qu’il n’y avait que très peu de colonies illégales nouvellement construites en Cisjordanie. Le fait qu’Israël avait commencé à dépendre de la main-d’œuvre du peuple qu’il occupait militairement faisait partie d’un plan prémédité. Outre le fait qu’elle faisait prospérer l’entreprise capitaliste d’Israël en exploitant les Palestiniens comme des travailleurs salariés à bon marché, la puissance occupante voulait distancier les Palestiniens les uns des autres et, au fil du temps, les détacher complètement de leurs terres. Une fois que le marché israélien de l’emploi se mit à utiliser des travailleurs palestiniens, un grand nombre de Palestiniens allèrent travailler pour des sociétés israéliennes.

Et ce, pour deux raisons principales : Primo, les Palestiniens dans les sociétés israéliennes sont mieux payés qu’en Cisjordanie. Quand nous disons que les Palestiniens sont une main-d’œuvre bon marché, nous voulons dire en comparaison avec leurs homologues israéliens, mais pas avec les Palestiniens qui travaillent dans le marché palestinien de l’emploi. Ce n’est pas le cas pour tous les travailleurs palestiniens dans les sociétés israéliennes, mais c’est vrai pour la grande majorité qui sont des travailleurs non renseignés du fait qu’ils n’ont pas de permis de travail officiel. 

Secundo, la capacité d’accès au marché israélien de l’emploi au début des années 1970 a coïncidé avec la poursuite de l’expansion israélienne en territoire palestinien et sa mainmise sur les ressources naturelles palestiniennes au profit des colons illégaux. On peut en trouver trace dans les ordonnances militaires qui ont déblayé la voie des confiscations toujours en cours de terres palestiniennes. Par exemple, en juillet 1967, l’occupation israélienne a sorti l’ordonnance militaire n° 58 concernant la propriété des absents. L’ordonnance permettait à Israël de reprendre les terres des Palestiniens qui avaient été chassés de leurs foyers au cours de la guerre de 1967 (guerre des Six-Jours). L’ordonnance militaire n° 59, sortie le 31 juillet 1967 et portant sur la propriété de l’État, en était une autre via laquelle d’importantes étendues de terres non enregistrées étaient ravies à leurs propriétaires palestiniens. Les ordonnances militaires n° 92 et n° 158, sorties trois jours après l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, permettaient aux Israéliens de mettre la main sur la plupart des ressources en eau des Palestiniens. Cela eut des conséquences catastrophiques pour le secteur agricole de la Palestine et de nombreux fermiers perdirent ainsi leur source de revenu. Il en résulta que ces Palestiniens n’eurent d’autre choix que d’aller travailler en Israël. Sur ces terres confisquées, à l’intérieur et aux alentours des villes et villages palestiniens, les autorités israéliennes d’occupation construisirent des colonies réservées aux seuls juifs. Plus les Palestiniens perdaient de leurs terres, plus leur main-d’œuvre dépendait du marché israélien de l’emploi, soit dans les colonies, soit à l’intérieur d’Israël. Les plus de 130 000 Palestiniens qui travaillent actuellement dans des sociétés israéliennes sont des victimes de l’apartheid d’Israël et de ces vols de terres. Les deux principaux secteurs israéliens employant de la main-d’œuvre palestinienne sont respectivement la construction et l’agriculture. D’autres secteurs s’appuyant sur la main-d’œuvre palestinienne sont le secteur industriel et les services, principalement le nettoyage. 

Des travailleurs palestiniens au check-point de Tayba. (Photo : PNFTU)

Des travailleurs palestiniens au check-point de Tayba. (Photo : PNFTU)

Sumaya Awad : Partout, les travailleurs sont exploités et opprimés, mais les travailleurs palestiniens en Israël (et, ici, il est spécifiquement fait allusion aux travailleurs palestiniens non citoyens d’Israël) sont confrontés à toute une série de tactiques discriminatoires très typiques de la structure colonisateur-colonisé et auxquelles recourent les patrons israéliens pour obtenir une exploitation maximale. Pouvez-vous parler de certains de ces facteurs récurrents qui placent les travailleurs palestiniens dans des situations incroyablement précaires ? 

Manal Shqair. Pour être à même d’accéder à l’emploi en Israël ou dans les colonies illégales, les Palestiniens ont besoin de permis israéliens. En théorie, le demandeur de permis doit être marié et être en mesure de payer la taxe du permis. En réalité, les autorités israéliennes d’occupation rejettent les demandes de permis de nombreux travailleurs palestiniens en prétextant de « raisons sécuritaires ». Les autorités israéliennes d’occupation suivent à la trace l’histoire de chaque travailleur palestinien. Toute implication du travailleur ou d’un membre de sa famille contre l’oppression israélienne, même sous la forme d’actions non violentes, est considérée comme une « raison sécuritaire » valable pour refuser un permis à ce Palestinien. En 2017, seulement 67 000 travailleurs palestiniens sur les plus de 130 000 travaillant en Israël avaient des permis. Les autres n’étaient pas enregistrés.

Aussi bien ceux avec permis que ceux sans sont confrontés à de nombreuses formes d’humiliation et de danger quand ils sont sur le chemin du travail. Avoir un permis, cela signifie que les travailleurs doivent attendre pendant des heures aux check-points militaires. Là, ils sont inspectés par des machines qu’on a installées sur place. Parfois, pour humilier les Palestiniens encore plus, les soldats israéliens les contrôlent en les forçant à se déshabiller complètement et à rester nus. 

Les Palestiniens qui entrent clandestinement, parce qu’on leur a refusé un permis, mettent leur vie en danger en se rendant au travail par les trous dans le mur israélien de l’apartheid. Souvent, s’ils sont pris, ils sont abattus par les soldats israéliens. Depuis janvier 2021, deux travailleurs palestiniens ont été tués de cette façon alors qu’ils essayaient d’aller travailler sans permis. D’autres Palestiniens qui ne possèdent pas de permis décident de passer subrepticement par les check-points militaires. Ils le font en payant à des Palestiniens – les « commissionnaires », disent les travailleurs – une certaine somme d’argent afin de faciliter leur passage en fraude par les check-points. Ces commissionnaires le font en corrompant les soldats israéliens aux check-points. C’est une autre forme d’exploitation des travailleurs palestiniens, parce qu’une partie de l’argent qu’ils versent aux commissionnaires va aux soldats israéliens. De plus, ces travailleurs font l’objet d’un chantage de la part des commissionnaires qui, généralement, les mettent sous pression afin qu’ils paient plus encore et continuent à faciliter ainsi leur passage en fraude.

Sur les lieux de travail, les employeurs israéliens exploitent les Palestiniens de diverses façons. Ceux-ci sont forcés de travailler durant de longues heures et sont incorrectement payés. Selon la loi, les Palestiniens devraient toucher autant que leurs homologues israéliens. Mais les employeurs israéliens prétendent se conformer à leur système juridique en théorie seulement, en montrant dans leurs rapports officiels que les travailleurs palestiniens et israéliens reçoivent des salaires égaux. Quand on passe à la réalité, les employeurs israéliens contournent la loi en refusant aux Palestiniens certaines des journées qu’ils ont prestées et en réduisant leurs salaires en s’appuyant là-dessus. Par exemple, si un travailleur palestinien preste 30 jours sur le mois, l’employeur israélien refuse de leur verser un plein salaire et ne les paie que pour 10 ou 15 journées de travail. Aussi bien les Palestiniens détenteurs d’un permis que ceux classés comme « illégaux » sont soumis à cette forme de mauvais traitement. Nombreux sont ceux qui ne bénéficient pas de jours de maladie payés, de congés ou d’une assurance santé au même titre que leurs homologues israéliens. 

Pour les travailleurs enregistrés, il est difficile de protester contre l’exploitation qui leur est imposée parce qu’il leur sera alors plus malaisé encore d’obtenir un nouveau permis de travail. En ce qui concerne les travailleurs sans permis, il est très facile pour leurs employeurs israéliens de les licencier sans conséquences du tout lorsque ces travailleurs décident de protester contre leurs conditions de travail déshumanisantes.

Tout ceci montre comment le système du permis est utilisé comme un outil disciplinaire destiné à perpétuer l’infériorité et l’exploitation des travailleurs palestiniens dans les entreprises israéliennes. 

La race et la classe interagissent pour marginaliser systématiquement les Palestiniens mâles. Toutefois, les travailleuses palestiniennes, elles, se situent dans la marge des marginalisés du fait que race, genre et classe interagissent pour tripler leur oppression. Plus de 6 000 Palestiniennes travaillent en Israël. Elles sont soumises au même mauvais traitement que les hommes palestiniens, mais elles sont encore moins payées que les hommes israéliens et palestiniens. Les Palestiniennes sont victimes d’abus sexuels de la part des Israéliens et souvent aussi de la part des intermédiaires palestiniens avec qui elles traitent. Certains Israéliens qui emploient des Palestiniennes comme bonnes les violent. La plupart de ces femmes restent passives et silencieuses, du fait qu’elles risquent de perdre leur emploi. 

Des travailleurs palestiniens entrent dans le zoning industriel de Gishouri. (Photo : PNFTU)

Des travailleurs palestiniens entrent dans le zoning industriel de Gishouri. (Photo : PNFTU- New Unions)

Sumaya Awad. Le nombre de travailleurs syndiqués est très élevé en Israël (par rapport aux États-Unis) mais, intentionnellement, les syndicats israéliens n’ont pas inclus – et, dans la plupart des cas, ne le font toujours pas – les travailleurs palestiniens. En fait, ce n’est que dans les années 1960 que les citoyens palestiniens d’Israël se sont vu accorder le droit de rallier les syndicats et, même dans ce cas, ils n’ont pas toujours bénéficié des services syndicaux alors qu’ils payaient leurs cotisations. Pouvez-vous en dire un peu plus, à ce sujet ? 

Manal Shqair. En 1920, une vingtaine d’années environ après la création du Mouvement sioniste, à la fin du 19e siècle, la Histadrout, le premier syndicat à organiser les colons juifs en Palestine, a été fondée. Depuis sa création, la Histadrout a contrôlé en gros les efforts sionistes en vue de coloniser la Palestine, y compris la production économique, l’utilisation de la main-d’œuvre, le marketing et la défense (surtout la Haganah). La Histadrout a perturbé les efforts précoces de certains groupes de travailleurs palestiniens et juifs en vue d’unir le syndicalisme. La Histadrout a joué un rôle central dans le nettoyage ethnique massif de deux tiers de la population palestinienne en 1948, lors de la création d’Israël. Cela, la Histadrout l’a fait en appliquant le plan Dalet, un ensemble de dossiers détaillés qui furent utilisés afin de terroriser et éliminer la population autochtone palestinienne. De nos jours, la Histadrout est active dans la colonisation du reste de la Palestine en soutenant l’expansion des colonies illégales en Cisjordanie occupée. Elle a même soutenu les violentes agressions israéliennes contre Gaza et le Liban.

La Histadrout pratique l’apartheid contre les travailleurs palestiniens à un niveau réduit. Bien que les travailleurs palestiniens paient des cotisations de membres, ils ne peuvent devenir membres à part entière, tout simplement parce qu’ils sont palestiniens. La Histadrout ne représente pas non plus les préoccupations et intérêts des travailleurs palestiniens, puisque ceux-ci n’ont en aucun cas voix au chapitre dans la politique de la Histadrout et des autres syndicats israéliens. La Histadrout a totalement accepté les critères de l’armée israélienne concernant la distribution des permis de travail, lesquels, comme on l’a vu plus haut, sont utilisés comme un outil disciplinaire destiné à favoriser plus encore l’exploitation des travailleurs palestiniens. La Histadrout a également participé au financement des colonies illégales en Cisjordanie en aidant l’État israélien à arnaquer les travailleurs palestiniens de quelque 2 milliards de USD en avantages sociaux.   

Bien que d’autres syndicats israéliens existants s’emploient à syndiquer les travailleurs palestiniens afin qu’ils revendiquent leurs droits, aucun d’entre eux ne reconnaît officiellement les aspirations nationales et la lutte anticoloniale des Palestiniens. Pire, certains d’entre eux font semblant de traiter de façon égalitaire leurs membres israéliens et palestiniens. Pourtant, à la base, ils soutiennent les Israéliens qui sont directement impliqués dans la pérennisation du projet d’expansion des colonies en territoire palestinien. Ceci, me semble-t-il, a rapport au fait qu’ils rejettent les aspirations nationales palestiniennes et qu’ils ne reconnaissent pas que l’exploitation des Palestiniens dans les sociétés israéliennes fait partie de la situation coloniale.

Sumaya Awad. Quels sont les syndicats palestiniens qui existent, aujourd’hui ? Quelles sont les principales luttes auxquelles ils sont confrontés ?

Manal Shqair. Quelque sept syndicats palestiniens existent aujourd’hui, surtout en Cisjordanie, et certains d’entre eux ont des branches à Gaza. Outre la Nouvelle Fédération des syndicats de Palestine (PNFTU), également appelé “New Unions”, “Les Nouveaux Syndicats”, à laquelle je suis affilié, les autres syndicats sont : la Palestinian General Federation of Trade Unions ou maison du peuple (PGFTU – Fédération  générale palestinienne des syndicats), les Islamic Trade Unions (Syndicats islamiques), les Independent Trade Unions (Syndicats indépendants), les Palestinian Postal Services Workers Union (PPSWU – Union palestinienne des travailleurs des services postaux) et la National Union of Palestine Workers (NUPW – Syndicat national des travailleurs de Palestine). 

Logo de la PNFTU

Logo de la PNFTU

La plupart de ces syndicats sont affilés aux partis politiques palestiniens existants. En d’autres termes, les syndicats sont un outil aux mains des partis politiques afin de coopter le peuple. Leur affiliation à certains partis politiques a créé une division et une concurrence entre les syndicats. Cela se reflète dans l’absence de soutien fourni aux travailleurs dans leur lutte pour être traités comme des êtres humains à leurs lieux de travail en Israël. 

La lutte importante à laquelle les syndicats palestiniens sont confrontés concerne la situation coloniale et d’apartheid qui nous est imposée. Les Palestiniens font face à des défis en défendant les travailleurs palestiniens alors qu’ils ne sont pas reconnus par le gouvernement israélien. Ceci affecte la représentation juridique des travailleurs palestiniens dans les tribunaux. Toutefois, les Nouveaux Syndicats pourraient surmonter cet obstacle en employant des avocats palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne afin de défendre les travailleurs dans les tribunaux. Un autre défi réside dans l’interdiction israélienne frappant l’accès des syndicats palestiniens aux Palestiniens sur leur lieu de travail, que ce soit en Israël ou dans les colonies illégales, ce qui restreint leur capacité à syndiquer les travailleurs. Cela ne signifie pas que les syndicats palestiniens ne syndiquent pas les travailleurs, mais qu’ils le font via un procédé qui est plus rebutant quand on le compare aux syndicats israéliens qui peuvent contacter facilement et très librement tout Palestinien au travail. Malgré ces obstacles, depuis leur création, les Nouveaux Syndicats ( New Unions – Nouvelle Fédération des syndicats de Palestine (PNFTU))   sont parvenus à syndiquer plus de 15 000 travailleurs palestiniens employés dans des entreprises israéliennes.

Un autre dilemme auquel sont confrontés les syndicats palestiniens réside dans leur reconnaissance limitée par les syndicats au niveau international. D’une part, les syndicats israéliens utilisent leur prestige – surtout la Histadrout – pour éloigner les syndicats palestiniens de la reconnaissance internationale. D’autre part, certains syndicats en Occident et même, individuellement, des journalistes soucieux de mettre en évidence ce à quoi les travailleurs palestiniens sont confrontés, tendent à conférer plus de légitimité aux syndicats israéliens parlant au nom des travailleurs palestiniens. Cela réduit l’espace laissé aux syndicats palestiniens pour représenter les travailleurs palestiniens et faire entendre proprement leurs voix. Cela perpétue également ce que les Palestiniens combattent depuis des décennies : ils veulent avoir la possibilité de s’exprimer eux-mêmes au lieu que ce soit leurs colonisateurs, syndicats israéliens y compris, qui le fassent en les traitant comme objets de leurs récits.

Sumaya Awad. Pouvez-vous nous parler de ce que les travailleurs palestiniens pensent BDS et de la façon dont ils comprennent que cela fait partie d’une stratégie de pression sur Israël (surtout depuis que cela impacte leur travail) ?

Manal Shqair. Les travailleurs palestiniens conçoivent BDS comme un outil important en vue de mettre un terme à leur exploitation. J’entends toujours certains d’entre eux dire :

« Le fait que nous travaillons pour des sociétés israéliennes et même que nous participons à la construction de bâtiments dans les colonies israéliennes ne signifie pas que nous ne soutenons pas BDS. Nous soutenons entièrement BDS. L’occupation et l’exploitation de notre travail et de nos ressources naturelles par Israël devraient être douloureuses et coûteuses. Toutefois, nous sommes forcés de travailler pour les Israéliens en raison de l’étranglement de notre économie qui ne nous laisse que le choix entre mourir de faim ou travailler pour des sociétés israéliennes. Voilà comment nous sommes forcés de travailler là-bas. »  

Les travailleurs palestiniens s’opposent à l’affirmation disant que le soutien international au mouvement BDS pourrait nuire aux travailleurs palestiniens travaillant pour des sociétés ciblées par BDS. Au contraire, le démantèlement de l’entreprise d’implantation israélienne signifie que nous, Palestiniens, voulons être à même de réclamer notre terre et ses ressources naturelles. Naturellement, cela mettra un terme à l’exploitation des travailleurs palestiniens par leurs employeurs israéliens. Tout argument contre cela est un argument hostile aux travailleurs. 

Sumaya Awad. Comment les syndicats aux États-Unis (et ailleurs – NDLR) peuvent-ils construire la solidarité avec les syndicats palestiniens et les organisations de travailleurs en Palestine en général ?

Manal Shqair. Au centre du soutien des syndicats palestiniens en Palestine, il y a l’adoption complète de l’appel en faveur de BDS. Et ce, en raison des liens qu’il y a entre le soutien à BDS et notre lutte sur le terrain contre l’exploitation des travailleurs et la lutte anticoloniale au sens plus large. Adopter l’appel en faveur de BDS est un acte prenant fait et cause pour l’humanité, puisque l’appel de BDS en faveur des droits humains concerne les qualités humaines des gens. Une partie de la mise sur pied de la solidarité entre les syndicats américains et palestiniens consiste à accroître la conscientisation et les échanges mutuels d’expériences de lutte contre le capitalisme, particulièrement chez les gens de couleur et autres groupes minoritaires opprimés aux États-Unis.  

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Cet article fait partie de la série « Redefining Liberation » (Redéfinir la libération) de Mondoweiss réalisée par le Projet Adalah pour la justice (AJP), lequel projet vise à dépasser la définition étriquée de la lutte nationale et à adopter les stratégies de la libération s’appuyant sur le riche héritage palestinien de lutte commune et de solidarité transnationale. Avec de fortes connexions à l’organisation radicale telle qu’elle a lieu dans sa patrie palestinienne, la vision de transformation de l’AJP est enracinée dans la compréhension de ce que l’orientation de race, de genre et de sexe et la notion de classe interagissent afin de créer les conditions de notre réalité actuelle. L’AJP est une organisation palestinienne qui œuvre à transformer le discours public et la politique américaine concernant la Palestine par le biais de l’éducation du public, de la mise sur pied de coalitions et de la promotion dans tous les domaines de l’activité politique, depuis les masses jusqu’à Capitol Hill.


Publié le 30 mars 2021 sur Mondoweiss
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

Sumaya Awad

Sumaya Awad

Sumaya Awad est directrice de la stratégie et des communications au sein de l’AJP. Son ouvrage « Palestine : A Socialist Introduction » (Palestine : une introduction socialiste) a paru en décembre 2020 chez Haymarket Books.

 

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