Gaza : On a atteint les 8 000 morts

Dimanche, Israël pilonnait Gaza depuis le 23e jour consécutif, alors que la résistance palestinienne dans le territoire continuait de tirer des roquettes et de s’engager contre les forces terrestres de l’occupant.

 

29 octobre 2023. Le site d’une frappe aérienne israélienne dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans la partie centrale de la bande de Gaza.

29 octobre 2023. Le site d’une frappe aérienne israélienne dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans la partie centrale de la bande de Gaza. (Photo : Naaman Omar / APA images)

 

Maureen Clare Murphy, 30 octobre 2023

Trois éminentes organisations palestiniennes des droits humains ont fait état de leur extrême inquiétude au sujet de tous les civils de Gaza, en particulier ceux de la moitié nord du territoire, où Israël a menacé des hôpitaux et ordonné à plusieurs reprises l’évacuation des civils.

Les organisations de défense des droits humains – Al-Haq, Al Mezan et le Centre palestinien pour les droits humains (CPDH) – ont répété qu’Israël devait

« protéger tous les civils palestiniens qui étaient soit restés soit retournés dans le nord de Gaza (…) contre le ciblage direct et les attaques sans discrimination et disproportionnées ».

Elles ont ajouté que

« les atrocités dont nous sommes témoins pour l’instant à Gaza, y compris les actions génocidaires, hanteront l’humanité durant les décennies à venir ».

La Société du Croissant-Rouge de Palestine (SCRP) a déclaré dimanche qu’Israël frappait les abords immédiats de l’hôpital al-Quds à Gaza, forçant

« le personnel médical, les personnes déplacées et les patients à évacuer l’hôpital ».

L’organisation humanitaire a publié une vidéo montrant de la fume envahir le site, dont on dit qu’il a été grandement endommagé par les frappes israéliennes :

 

Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé, a déclaré que l’information concernant « les menaces à propos de l’évacuation de l’hôpital al-Quds à Gaza est profondément inquiétante » et il a répété qu’il était « impossible d’évacuer les hôpitaux remplis de patients sans mettre les vies de ces derniers en danger ».

Selon les lois de la guerre, « les soins de santé doivent toujours être protégés », a encore dit Ghebreyesus.

 

Vendredi, Israël a menacé un autre hôpital de la ville de Gaza, prétendant sans la moindre preuve crédible qu’il était utilisé par le Hamas en tant que centre de commandement.

Une frappe directe contre un établissement de santé majeur provoquerait des pertes inimaginables en vies humaines, comme l’a montré le massacre à l’hôpital al-Ahli, à Gaza, le 17 octobre.

 

« Les ambulances ne prenaient plus les appels »

Les communications à Gaza ont été partiellement restaurées dimanche, après un blackout de plus d’une journée « qui avait vilainement affecté les opérations de secours », comme l’avait dit Reuters ce même dimanche.

« Les services médicaux étaient devenus si sporadiques que les ambulances ne prenaient plus les appels », d’après Reuters. « Les gens touchés par les bombardements faisaient appel à des volontaires pour être emmenés aux soins ».

Certains ont été soulagés d’apprendre que leurs êtres chers à Gaza étaient toujours en vie, après la fin du blackout des communications. D’autres ont reçu la nouvelle atroce que leur famille et leurs amis avaient été tués au cours des bombardements les plus lourds depuis le début de l’offensive militaire israélienne, le 7 octobre.

« Voilà les cibles, les cibles de l’occupation, ce sont les enfants », a déclaré dans le centre de la bande de Gaza un homme terrassé par le chagrin qui portait le corps inerte d’un bébé, tout en montrant de la main l’enfant qu’il portait et un autre enfant en bas âge, mort apparemment lui aussi, posé tendrement dans les bras d’un autre homme :

 

Marwan al-Hams, directeur de l’hôpital al-Najjar à Rafah, dans le sud de Gaza, a transmis le même genre de message dimanche, en décrivant les blessures horribles infligées aux membres d’une famille palestinienne au moment où Israël a détruit leur habitation alors qu’ils se trouvaient tous à l’intérieur :

Un enfant de la famille a été amené à l’hôpital avec le crâne défoncé et le ventre ouvert. Sa mère, elle, a été décapitée.

Pointant du doigt l’enfant, dont le corps est flou, sur la vidéo, Marwan al-Hams a expliqué : « Voici la banque de cibles d’Israël », en y incluant les zones au sud de Gaza où Israël a ordonné que se rendent les gens du nord de l’enclave.

Les médias palestiniens ont rapporté que, dimanche, près de deux douzaines de membres des familles Jumaa et al-Khatib avaient été amenés dans les hôpitaux dans le nord du territoire :

 

Ghassan Abu Sitta, un chirurgien anglo-palestinien actuellement à Gaza, a déclaré dimanche qu’Israël utilisaient « de plus en plus des bombes au phosphore » et qu’il avait soigné une gamine de 13 ans « atteinte de brûlures distinctes au phosphore aux deux jambes et aux cuisses ».

Amnesty International et Human Rights Watch ont déterminé que, depuis le 7 octobre, Israël utilise des armes au phosphore blanc à Gaza et au Liban.


Le nombre de morts à Gaza atteint les 8 000

Le ministre palestinien de la santé à Gaza a déclaré dimanche que plus de 8 000 Palestiniens avaient été tué dans le territoire depuis le 7 octobre, dont plus de 3 300 enfants. Le nombre réel de morts est sans doute beaucoup plus élevé du fait que de nombreuses personnes sont restées sous les décombres des bâtiments détruits lors des frappes israéliennes.

 

L’ONG britannique Save the Children (Sauvez les enfants) a expliqué dimanche que

« le nombre d’enfants rapportés comme tués à Gaza en trois semaines exactement a dépassé le nombre annuel d’enfants tués dans les zones de conflit du monde entier depuis 2019 ».

Le ministère de la santé a ajouté que, le 26 octobre, 881 familles de Gaza avaient subi de multiples décès – 192 familles ont perdu 10 de leurs membres du plus lors des attaques israéliennes, 136 familles ont perdu entre 6 et 9 de leurs membres et 444 familles ont perdu entre 2 et 5 de leurs membres.

Jake Sullivan, conseiller en sécurité nationale du président américain Joe Biden, a déclaré dimanche sur CNN que

« le gouvernement israélien devrait recourir à tous les moyens disponibles possibles » pour opérer la distinction entre combattants et civils.

Il a accusé le Hamas d’

« utiliser les civils comme boucliers humains (…) en installant leurs infrastructures de roquettes et leurs infrastructures terroristes parmi des civils ».

Sullivan a confirmé que l’administration Biden croyait que

« des milliers de civils palestiniens avaient été tués dans ces bombardements ».

La semaine dernière, aussi bien Biden que le porte-parole de la Maison-Blanche John Kirby ont semé le doute sur le nombre de victimes annoncé par le ministère palestinien de la santé à Gaza, en dépit de la bonne réputation des chiffres de ce dernier auprès des organisations internationales, y compris les Nations unies.

Sullivan a également prétendu que le Hamas empêchait les ressortissants étrangers, dont des Américains, de quitter Gaza via le passage de Rafah donnant sur l’Égypte.

Il a dit aussi que Netanyahou avait « la responsabilité de maîtriser les colons extrémistes en Cisjordanie », ajoutant que cette violence des colons était « totalement inadmissible ».

L’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, a fait savoir dimanche que plusieurs de ses entrepôts à Gaza avaient été cambriolés par des milliers de personnes qui ont emporté « de la farine de blé et d’autres articles élémentaires de survie, telles des fournitures hygiéniques ».

Thomas White, le directeur de l’UNRWA à Gaza, a expliqué que les gens

« sentent qu’ils sont livrés à eux-mêmes » et il a demandé « une ligne d’écoulement régulière et constante de denrées humanitaires à l’intérieur de la bande de Gaza ».

 

« Nous avions besoin d’aide et nous n’aurions pas fait cela si nous n’avions pas été dans le besoin »,

a déclaré Abdulrahman al-Kilani sur le site de l’un des entrepôts de l’UNRWA.

« Toutes les puissances internationales sont contre nous. »

Les Palestiniens ont accusé l’UNRWA, la plus importante agence humanitaire à Gaza, d’abandonner les gens de la moitié nord du territoire, dont Israël a ordonné l’évacuation le 12 octobre.

L’ONU a déclaré dimanche qu’« une crise humanitaire sévit » à Gaza.

L’ONU a fait état de très amples dégâts dans des infrastructures importantes et des services essentiels à Gaza, disant également que près de la moitié des logements avaient été détruits ou endommagés.

Seulement 117 camions d’aide humanitaire sont entrés à Gaza depuis le 21 octobre, en comparaison avec la moyenne quotidienne de 500 camions avant le 7 octobre, sous le blocus imposé par Israël et l’Égypte depuis 2007.

 

Le procureur de la CPI en visite au passage de Rafah

Dimanche, Karim Khan, le procureur principal de la Cour pénale internationale, a fait une visite surprise au passage de Rafah, à la frontière entre l’Égypte et Gaza et il a fait savoir qu’il espérait entrer aussi bien à Gaza qu’en Israël au cours de son actuelle mission.

 

Khan a déclaré :

« Nous menons actuellement des enquêtes actives en relation avec les crimes prétendument commis en Israël » le 7 octobre « ainsi qu’en relation avec Gaza et la Cisjordanie, et notre juridiction remonte jusqu’en 2014 ».

Au cours d’une conférence de presse organisée au Caire un peu plus tard dans la journée, Khan a expliqué que bloquer la livraison de l’aide humanitaire à Gaza pouvait constituer un crime de guerre.

Il a ajouté qu’Israël devait

« sans retard supplémentaire faire des efforts visibles pour faire en sorte que les civils reçoivent des vivres et des médicaments élémentaires »,

a rapporté Reuters.

Les organisations palestiniennes et internationales de défense des droits humains ont insisté auprès de Khan pour qu’il réponde à la situation à Gaza avec la même urgence dont il avait fait preuve au cours des jours qui avaient suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Agnes Callamard, la patronne d’Amnesty International, a réclamé des avancées rapides dans l’enquête de la CPI sur la Palestine, ouverte en 2021, et elle a dit que les États devaient prêter leur soutien inconditionnel et non équivoque au tribunal.

Israël est violemment hostile à l’enquête de la CPI sur les crimes de guerre en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et il se pourrait qu’il refuse à Khan l’entrée sur son territoire, de la même façon qu’il a interdit aux enquêteurs de l’ONU et autres des organisations des droits humains de pénétrer dans les territoires qu’il contrôle.

Les EU s’opposent eux aussi à l’enquête et l’organisation de contrôle des droits humains, DAXW, a prévenu que des hauts responsables américains pourraient faire l’objet de poursuites s’ils refusaient de garantir que les armes livrées par Washington à Israël ne servaient pas à commettre des crimes de guerre à Gaza.

Lawyers for Palestinian Human Rights (Avocats pour les droits humains des Palestiniens), une organisation dont le siège est aux EU, a déclaré dimanche que Khan

« s’était correctement acquitté de sa responsabilité afin de dissuader les violations apparentes en cours en fournissant un avertissement public aux parties impliquées dans le conflit ».

L’organisation a fait remarquer que la déclaration de Khan constituait un

« avertissement implicite adressé aux dirigeants d’Israël à propos de l’interdiction d’imposer une famine ».

La semaine dernière, l’ONG britannique Oxfam a déclaré que « la famine était utilisée comme arme de guerre contre les civils de Gaza », puisque Israël empêchait la livraison d’aide et maintenait en place son siège total contre le territoire.

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Maureen Clare Murphy est rédactrice en chef de The Electronic Intifada.

Ali Abunimah a contribué à ce reportage.

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Publié le 30 octobre 2023 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine


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