L’hôpital al-Shifa en ruine

Israël a transformé le plus grand complexe médical de la bande de Gaza en un terrain vague calciné, un abattoir, un cimetière. Durant ses deux semaines de siège de l’hôpital al-Shifa, Israël a détruit « tous les bâtiments et départements sans exception, dans un crime manifeste qui fait honte à l’humanité », a déclaré le bureau gouvernemental des médias de Gaza.

 

Une organisation des droits humains a qualifié les assauts contre al-Shifa de « l'un des pires massacres de l'histoire palestinienne ».

Une organisation des droits humains a qualifié les assauts contre al-Shifa de « l’un des pires massacres de l’histoire palestinienne ». (Photo : Khaled Daoud / APA images)


Nora Barrows-Friedman
, 1er avril 2024

L’armée s’est retirée à l’aube ce lundi, après avoir dû subir des ripostes acharnées de la part des factions de la résistance palestinienne.

Quand les familles des patients, le personnel médical et les personnes déplacées – piégés à l’intérieur de l’hôpital et de ses terrains au cours du massacre israélien – sont retournés à la recherche de leurs êtres chers, ils sont nombreux à avoir retrouvé des corps disloqués, ou écrasés sous les bandes de roulement des bulldozers.

Des corps d’enfants ont été découverts carbonisés au-delà de toute possibilité d’identification.

 

 

« À l’intérieur du complexe et de son périmètre, l’armée d’occupation a tué plus de 400 martyrs et a tenté de dissimuler son crime abominable en exécutant des centaines de civils, des blessés et de malades à l’intérieur des murs du complexe médical d’al-Shifa »,

a ajouté le bureau des médias.

« Ils ont recouvert les corps de masses de sable, les ont écrasés au bulldozer, enterrés et mêlés à la terre du complexe. En outre, plus de 300 prisonniers ont été arrêtés, alors que 100 civils palestiniens sont toujours manquants suite à ce crime choquant de l’occupation. »

Des centaines de corps à l’intérieur du complexe al-Shifa et de sa zone environnante ont été découverts carbonisés et mutilés et nombre d’entre eux « avaient la tête et des membres arrachés », a déclaré le Réseau euro-méditerranéen de contrôle des droits humains (Euro-Med), dont le siège est à Genève.

L’organisation a qualifié la destruction et la tuerie d’al-Shifa par Israël de « l’un des pires massacres de l’histoire palestinienne ».

 

Lors des 14 jours de raid, les forces israéliennes se sont livrées à des exécutions sommaires, à des arrestations et à des incarcérations tout en forçant le personnel médical à abandonner ses patients.

 

 

Le corps du médecin Ahmad al-Maqadmeh, un chirurgien plastique, a été découvert au côté de celui de sa mère, la Dre Yasmine al-Maqadmeh, à l’intérieur de l’hôpital al-Shifa.

Selon le chirurgien britannico-palestinien Ghassan Abu Sitta, un collègue du Dr Ahmad al-Maqadmeh, tous deux ont été abattus par des soldats israéliens alors qu’ils tentaient de quitter l’hôpital.

 

Plus de 20 patients ont été retrouvés morts dans leurs lits d’hôpital « suite au siège israélien du complexe et aux privations délibérées » de soins médicaux, de nourriture et d’eau » de la part des soldats israéliens, a déclaré Euro-Med ce lundi.

Au cours du siège, a ajouté Euro-Med, les forces israéliennes

« ont empêché l’accès au complexe des équipes de secours et des représentants des organisations internationales venus pour remplir leurs missions humanitaires ».

 

Au cours du raid sur al-Shifa, les forces de la résistance palestinienne se sont engagées dans de violents combats contre les soldats israéliens.

 

1 vidéo EI : Comment la résistance a défendu l’hôpital al-Shifa contre les massacres israéliens. (visible sur YouTube)

 

 

Exécutions d’enfants

La semaine dernière, Euro-Med a répertorié les « opérations militaires systématiques et horribles » des forces israéliennes à l’intérieur et autour du complexe al-Shifa.

Parmi ces opérations, a expliqué l’organisation, il y a eu au moins 13 exécutions d’enfants palestiniens âgés de 4 à 16 ans.

« Certaines des exécutions ont eu lieu pendant le siège de l’armée israélienne alors que les familles des victimes étaient chez elles ; d’autres ont eu lieu au moment où les victimes ont tenté de fuir par des routes que l’armée israélienne leur avait désignées comme ‘sûres’ après les avoir forcés de quitter leurs logements et lieux de résidence »,

a rapporté Euro-Med.

Islam Ali Salouha, qui vit à proximité d’al-Shifa, a déclaré que les forces israéliennes avaient tué ses deux fils, Ali, neuf ans, et Saeed, six ans,

« sous les yeux de leurs proches et des gens de l’endroit. Elles visaient spécifiquement les enfants, a ajouté Salouha, et à balles réelles »,

a déclaré Euro-Med.

Salouha a encore expliqué que les forces israéliennes avaient ordonné aux résidents de la zone de s’en aller. Ses jeunes fils marchaient à quelques mètres de là à peine

« avant d’être brusquement exposés à des tirs intenses, qui les ont touchés, en particulier les deux frères Ali et Saaed, qui sont tombés juste en face d’eux, leurs corps couverts de sang ».

Quand les membres de la famille

« ont tenté d’enlever les deux gamins du sol, ajoute Salouha, les forces israéliennes ont à nouveau ouvert le feu sur eux, les obligeant de laisser Ali et Saeed sur le sol et de continuer de marcher ».

 

Israël nie prendre les civils pour cibles

Les députés et autres politiciens israéliens ne cessent de prétendre que le complexe hospitalier était utilisé par le Hamas et le Djihad islamique comme centre de commandement.

Naftali Bennett, l’ancien Premier ministre d’Israël, a qualifié la destruction d’al-Shifa de

« réalisation incroyable sur le champ de bataille ».

« Le Hamas utilisait le personnel et les patients comme boucliers humains afin d’occasionner un maximum de victimes civiles et de susciter ainsi plus de critique et de pression encore contre Israël »,

a prétendu Bennett, qui a ajouté :

« Pas un seul civil n’a été tué. Pas un seul ! »

 

 

 

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Herzl Halevi, s’est vanté samedi de ce que le siège d’al-Shifa par l’armée

« avait adressé ici un message très, très important : Un hôpital n’est pas un endroit sûr ! »

 

 

La semaine dernière, Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les droits humains en Palestine, a inclus le crime israélien de « violation de la protection médicale », dans son rapport sur le génocide de Gaza.

« Cibler des sites médicaux tout en accusant l’ennemi de s’abriter à l’intérieur avait déjà été utilisé par Israël en guise de stratégie de ‘droit médical’ lors de guerres précédentes »,

écrit Albanese dans

« Anatomie d’un génocide ».

« Lors de l’offensive actuelle, Israël a invoqué cette stratégie juridique pour justifier le génocide via la destruction complète d’infrastructures vitales »,

dit son rapport.

 

Lundi, Albanese a demandé au procureur principal de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, d’entreprendre une action contre la « campagne génocidaire » d’Israël.

 

« Ceci constitue la plus grande heure de vérité de toute l’histoire de la CPI »,

a déclaré Albanese.

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Publié le 1e avril 2024 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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