La guerre illégale contre l’Iran est acclamée par le principal organe de presse de Bruxelles
La réponse d’Ursula von der Leyen à la guerre contre l’Iran était une leçon magistrale dans l’art de la déviation.
Israël et les EU ont mené une attaque sans la moindre provocation. Pourtant, on ne pouvait trouver ce détail nulle part dans le premier message publié samedi dans les médias sociaux par la présidente de la Commission européenne.

« Trump a beau être un narcissique lunatique mais, quand il s’agit de l’Iran, il a définitivement raison. » Matthew Karnitschnig / Euractiv.
David Cronin, 3 mars 2026
Au lieu de cela, von der Leyen a concentré sa bile sur ce qu’elle a appelé le « régime meurtrier de l’Iran ». Elle voulait dire par là que le pays était une cible légitime pour Israël et les EU, en fait responsables tous deux d’infiniment plus de violence dans le monde que les mollahs et les « gardiens de la révolution », qui sont d’ordinaire perçus comme des croque-mitaines par l’Occident.
Son appel à toutes les parties de « respecter pleinement le droit international » est venu tout à la fin du message.
L’appel a été rendu vide de sens par son incapacité à spécifier que, en assaillant un autre État, Israël et les EU ont violé un principe fondamental du droit international. Les procès de Nuremberg – mis sur pied à la suite de l’Holocauste – avaient classé une guerre d’agression comme « crime international suprême ».

Si les médias avaient fait leur travail correctement, ils auraient réprimandé les tactiques de diversion de von der Leyen et insisté pour que l’UE défende en fait le droit international, plutôt que de faire des déclarations hypocrites.
Euractiv – un important acteur de la scène de la presse bruxelloise – n’a apparemment pas eu de problème avec cet acte d’agression flagrant. Un article d’opinion rédigé par Matthew Karnitschnig, le rédacteur en chef de cette publication, qualifiait de « sans précédent » les frappes américano-israéliennes contre l’Iran.
Karnitschnig n’utilisait pas les termes « sans précédent » comme un euphémisme pour « illégales ».
À la mi-janvier, il avait soutenu explicitement les cliquetis de sabre de Donald Trump. Le président américain, avait expliqué Karnitschnig lors d’une émission de la chaîne allemande ARD,
« Trump a beau être un narcissique lunatique mais, quand il s’agit de l’Iran, il a définitivement raison. »
Maintenant que l’action « sans précédent » s’est matérialisée, Karnitschnig s’est exprimé avec désapprobation sur X à propos de la « vieille garde de la politique étrangère européenne » – une pique contre les politiciens chevronnés qui professent leur attachement aux lois internationales.
« Dans le désert, aucune réglementation routière n’est de mise »,
a commenté Karnitschnig.
Réduire le Moyen-Orient à un « désert » a des relents de racisme. Et Karnitschnig s’est fait une habitude d’afficher des attitudes déplaisantes.
La semaine dernière, il a encore attisé la campagne de calomnies contre Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la Cisjordanie occupée et Gaza.
Cette campagne s’appuyait sur une vidéo manipulée émanant du groupe de lobbying UN Watch, dans laquelle on pouvait entendre Albanese décrire Israël comme étant « l’ennemi commun » de l’humanité.
Bien qu’elle ait effectivement utilisé les termes « ennemi commun » dans un discours, des vérificateurs de faits ont établi qu’elle ne les dirigeait pas en soi contre Israël.
Karnitschnig a choisi de ne pas engager le combat avec les défenseurs d’Albanese, qui a méticuleusement répertorié les crimes d’Israël – en même temps que la manière dont ils sont facilités par de puissants gouvernements et entreprises – au prix d’un immense coût personnel. Il a préféré qualifier ces défenseurs de « clique antisémite ».
Il se fait que Karnitschnig porte des accusations à l’emporte-pièce d’antisémitisme depuis qu’il a pris ses fonctions actuelles en janvier 2025.
À la fin de ce mois-là, il avait eu recours à un stéréotype grossier et sectaire en prétendant que
« la haine des juifs est aussi incontournable dans la vie quotidienne que la baklava », au sein des « communautés migrantes musulmanes ».
Ayant peut-être du mal à penser par lui-même, Karnitschnig a suivi l’approche particulièrement éculée d’Israël prétendant que tous ceux qui le critiquent ont une motivation ultérieure. Ces derniers jours, il a prétendu que Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol et l’un des rares dirigeants européens à s’être opposés à l’attaque contre l’Iran, fait partie des «antisémites instinctifs ».
Propriété de la firme belge Mediahuis, Euractiv a engagé en 2025 Björn Stritzel, anciennement du tabloïd allemand Bild, en tant que correspondant à Berlin.
Stritzel maîtrise parfaitement l’infect baratin colporté par l’industrie de l’armement. Le mois dernier, il a rédigé un article sur les investissements entrepris en Europe par la firme israélienne Elbit Systems.
L’article ne faisait pas mention de ce qu’Elbit tire parti du génocide commis par Israël à Gaza et il ne dit rien non plus qui pourrait jeter une lumière négative sur l’entreprise. L’accent était placé avec fermeté sur les plans « ambitieux » d’Elbit – qui, s’ils se concrétisaient, allaient apporter à l’Allemagne « 1 000 emplois supplémentaires en quatre ans ».
Une mentalité raciste
Stritzel est infiniment moins enthousiaste envers les activités économiques si elles sont destinées à aider les Palestiniens.
En décembre, il tentait d’entacher la réputation d’Oxfam, l’organisation de lutte contre la pauvreté, à propos d’un projet d’irrigation et de culture fruitière à Gaza, projet qui avait reçu le soutien financier de l’Union européenne. Citant un document de provenance douteuse, Stritzel concluait : « On dirait que l’UE a financé un projet du Hamas visant à dissimuler d’importantes positions tactiques » [derrière des arbres fruitiers].

Le reportage de Stritzel a été promu par NGO Monitor, l’une des organisations les plus toxiques du réseau de lobbying pro-israélien. Cela n’a rien de surprenant : Selon NGO Monitor, chaque geste ou presque est une aide au « terrorisme » si ce sont les Palestiniens qui en sont les bénéficiaires choisis.
L’intrépide équipe de Euractiv va bientôt pouvoir compter sur un nouveau membre. L’organe de presse a recruté Bruno Waterfield, qui a couvert l’UE pour les journaux londoniens The Times et The Telegraph.
Il est bien connu que Waterfield a précédemment choisi le camp de Euractiv.
Quand la directrice du bureau de Bruxelles d’Amnesty International a annoncé qu’elle annulait son abonnement à Euractiv parce que, comme on l’a fait remarquer plus tôt, il avait véhiculé des stéréotypes sur les musulmans, Waterfield a implicitement critiqué l’organisation des droits humains.
La décision d’Amnesty, avait-il suggéré, était un exemple
« d’ antisémitisme culturel s’appuyant sur des allégations postérieures au 7 octobre selon lesquelles Israël perpètre un génocide ».
Comme l’offensive génocidaire contre Gaza s’était intensifiée en octobre 2023, Waterfield avait insisté en disant qu’Israël se défendait tout simplement. Plus tard, il allait recommander la lecture des écrits de Primo Levi, un survivant de l’Holocauste, afin d’aider à comprendre pourquoi « Israël existe, résiste et persiste ».

Waterfield sera en bonne compagnie dans son nouvel emploi.
Un très grand nombre parmi nous sont pleinement conscients qu’Israël possède des armes nucléaires, qu’il gère un système d’apartheid, qu’il perpètre un génocide et qu’il est accro à l’agression.
Alors que les citoyens du monde entier méprisent Israël pour ces raisons, l’équipe de Euractiv reste bien déterminée à s’en montrer désolée.
*****
Publié le 3 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




