Trump a mal évalué l’Iran (livestream d’EI)

Les funérailles des 165 écolières et membres du personnel tués lors d’une attaque contre une école primaire à Minab
Eli Gerzon The Electronic Intifada 4 mars 2026
Au cours du livestream de The Electronic Intifada du 26 février, notre rédacteur contributeur Jon Elmer a parlé du renforcement militaire des États-Unis autour de l’Iran.
Le surlendemain, les EU et Israël lançaient une guerre d’agression de grande envergure contre l’Iran, assassinant son dirigeant l’ayatollah Ali Khamenei et déclarant que leur but était de renverser l’État iranien.
Le 3 mars, près de 800 Iraniens avaient été tués et des centaines d’autres blessés dans des attaques sans discernement un peu partout dans le pays.
Mardi, l’Iran organisait des obsèques collectives pour les 165 écolières et membres du personnel tués lors d’une attaque contre une école primaire à Minab, une ville de la province de Hormozgan, dans le sud du pays et située sur la côte du golfe Persique.
L’Iran mène des frappes de représailles contre des sites militaires et atouts stratégiques américains dans la région du Golfe, ainsi que contre Israël. Une frappe de drone iranien a tué six soldats américains d’une base au Koweït.
L’organisation de résistance libanaise, le Hezbollah, s’est jointe aux combats en tirant des missiles sur des cibles situées en Israël.
Les attaques israéliennes contre le Liban, dont bon nombre contre des immeubles résidentiels, ont tué plus de 50 personnes et en ont blessé quelque 150 autres.
Les frappes de missiles et de drones de l’Iran ont tué 11 personnes en Israël et une douzaine d’autres dans une région frontalière qui a bien vite été absorbée dans le conflit.
L’analyste Muhammad Shehada a rejoint le livestream afin de parler de la première réunion importante du Comité de paix du président Donald Trump et des plans dystopiques en vue d’un « nouveau Rafah ».
La réunion a eu lieu moins de deux semaines avant que Trump ne lance la guerre.
À Gaza, les gens ont dû affronter de nouvelles inondations hivernales et des attaques israéliennes meurtrières alors qu’ils célèbrent le mois de Ramadan, a rapporté notre collègue Nora Barrows-Friedman dans son compte rendu d’information.
Vous pouvez le visionner sur YouTube et le lire ici.
Notre collègue Ali Abunimah a parlé de la façon dont l’Union européenne a accusé David Cronin, de The Electronic Intifada, de « désinformation » pour ses rapports minutieux et incontestés sur les activités pro-israéliennes de la coordinatrice de l’UE sur l’antisémitisme, Katharina von Schnurbein.
L’UE s’est servie d’accusations de « désinformation » comme un prétexte pour imposer des sanctions à d’autres journalistes, parmi lesquels le journaliste allemand Hüseyin Dogru.
Abunimah a interviewé Dogru pour un épisode récent du podcast de The Electronic Intifada et il a rédigé des notes sur son histoire.
Visionnez ici la partie d’émission d’Abunimah à propos de Cronin et
lisez ici l’article même de Cronin sur les accusations portées contre lui par l’UE.
Les EU se renforcent contre l’Iran
Dans le livestream, Elmer a examiné un clip du 22 février réalisé par Fox News sur l’envoyé de Trump, Steve Witkoff.
Steve Witkoff, Trump's special envoy, said before invasion that the US administration expected Iran to capitulate.
"He doesn't understand resistance or sovereignty," says @JonElmer. pic.twitter.com/dq6wId55Sq
— Electronic Intifada (@intifada) March 3, 2026
Witkoff – qui, manifestement, négociait avec l’Iran, à ce moment-là – a déclaré que le président américain était « curieux » de savoir pourquoi l’Iran n’avait pas encore « capitulé » face à l’opération de renforcement de l’armée américaine.
« L’inconvénient de ne pas confier la diplomatie à un diplomate, c’est qu’il n’est pas diplomate », a fait remarquer Elmer.
Witkoff est promoteur immobilier.
Trump « ne comprend pas la résistance ou la souveraineté », a ajouté Elmer.
Elmer a expliqué comment le suivi de vols, l’imagerie satellitaire et la photographie en open source étaient utilisés par les analystes pour suivre des mouvements de l’armée américaine qui, autrement, seraient classifiés si l’information venait de sources officielles.
Il a partagé un clip de l’officier de l’US Air Force, le major Claire Randolph, qui, le 29 janvier, avait parlé de la façon dont ce genre d’informations accessibles au public avaient frustré les EU et Israël au cours de la guerre de 12 jours contre l’Iran, en juin dernier.
« La sécurité opérationnelle, surtout quand vous parlez d’un mouvement transnational impliquant des centaines d’avions, est vraiment difficile à dissimuler », avait dit Randolph.
Même avant que la guerre ne commence, les responsables américains avaient fourni des estimations variables sur le temps que pourrait durer une guerre, et c’est significatif, faisait remarquer Elmer, parce qu’Israël et les EU ont une capacité limitée de défense aérienne.
Lors de la guerre de juin, les EU se sont servis d’un quart de leurs missiles sophistiqués de défense aérienne THAAD qui protègent Israël.
Ces missiles sont onéreux et difficiles à produire, et l’armée américaine n’en reçoit qu’une douzaine de nouveaux chaque année.
Israël a subi plus de 1 milliard de USD de dégâts, selon les autorités fiscales israéliennes.
Le fonctionnement de ses systèmes de défense aérienne lui coûte également quelque 200 millions de USD quotidiennement.
Comme l’a fait remarquer Elmer, ces chiffres ne couvraient que 12 jours de guerre. Les coûts et dommages étaient si insupportables qu’Israël avait dû chercher un cessez-le-feu.
La dystopie de Gaza
Le 19 février, Trump convoquait la première réunion importante de son Comité de paix à Washington.
Comme le faisait remarquer Abunimah, la réunion comprenait des dirigeants régionaux vassaux des EU et des dizaines de dirigeants d’États marginaux, et il était prévu, suppose-t-on, d’y discuter de l’avenir de Gaza – alors que les Palestiniens eux-mêmes en étaient presque entièrement exclus.
Mais même certains des États clients européens les plus loyaux envers Washington ont boycotté la réunion – bien que l’Union européenne y ait envoyé un représentant de haut rang – suscitant de la sorte les critiques de plusieurs gouvernements européens.
La réunion révélait la détermination de Washington à mettre sur la touche ce qu’il restait aux Nations unies et à remplacer tous les organes multilatéraux par un gouvernement mondial dirigé par le dictateur à vie Donald Trump, a déclaré Abunimah.
L’ancien Premier ministre du Royaume-Uni, Tony Blair, a pris la parole lors de la réunion du Comité de paix et a fait la promotion du plan dystopique en vue du « Nouveau Rafah ».
Blair a critiqué la gouvernance de Gaza pour « son extrémisme, sa corruption et ses institutions inefficaces » et il a également parlé du potentiel d’investissement à Gaza.
« C’est aujourd’hui que nous démarrons les profonds changements nécessaires à la reconstruction de Gaza pour les Gazaouis », a déclaré Blair.
« Il a été à Gaza. Il a pris des selfies dans les ruines du quartier où j’habitais en 2014. Là-bas, il a tout vu de ses propres yeux. Pas une seule allusion à la destruction », a déclaré Muhammad Shehada lors du livestream.
Shehada a fait remarquer que Blair n’a pas non plus fait mention d’Israël lorsqu’il a parlé de la situation catastrophique à Gaza.
Dystopian "New Rafah" plan is a "get-rich scam" aimed at enriching US administration officials and their associates, says @muhammadshehad2. pic.twitter.com/XbXdAzKi2T
— Electronic Intifada (@intifada) March 3, 2026
Shehada est un écrivain et analyste palestinien de Gaza et un chercheur invité du Conseil européen des Relations étrangères. Récemment, il a écrit : « Dispelling Trump’s dystopia: A European blueprint for Gaza’s renewal » (Dissiper la dystopie de Trump : Un projet européen de renouveau à Gaza).
Alors qu’il était Premier ministre il y a une vingtaine d’années, Blair avait compris qu’il fallait impliquer le Hamas, estime Shehada – de la même façon que les organisations républicaines irlandaises avaient été incluses dans les négociations de paix en Irlande – et il avait même invité des personnalités du Hamas au Royaume-Uni.
Mais, aujourd’hui, Blair diabolise le Hamas et fait la promotion du Nouveau Rafah – effectivement, un camp de concentration de haute technologie destiné à servir d’entrepôt pour le reste de la population palestinienne de Gaza.
« L’idée du Nouveau Rafah est née comme une sorte de pot-pourri dystopique : Mad Max, Fallout, Hunger Games, Minority Report (célèbres film et séries télévisées – NdT), a déclaré Shehada, lequel surenchérit sur diverses références culturelles populaires. » Et, cerise sur le gâteau, en y ajoutant Squid Game afin de réaliser un profit capitaliste.
Shehada a expliqué que les plans du Nouveau Rafah n’incluaient pas le logement à long terme. Au lieu de cela, les gens vivraient dans des conteneurs maritimes.
C’est ce qu’on appelle des « Containerized Smart Housing Solutions » (Solutions de logement intelligent conteneurisé). Les gens seraient sous surveillance biométrique en 24/7 et il ne leur serait pas permis d’aller où que ce soit sauf de quitter Gaza pour se rendre en Égypte.
Le camp serait dirigé par des gangs de mercenaires de l’EI entretenus par Israël – un mélange de dealers, de prédateurs sexuels, d’assassins et de collabos, estime Shehada.
Il a décrit le plan comme une imposture destinée à convaincre le monde qu’Israël ne commet pas un génocide.
Barrows-Friedman a comparé cela aux camps de concentration modèles construits par les nazis afin de faire croire au monde que les rapports sur les camps de la mort étaient faux.
Malgré ces plans élaborés, Shehada ne croit pas que l’équipe de Trump va vraiment essayer de les concrétiser.
« Vous ne pouvez tout simplement pas vous attendre à ce que les gens accourent pour mendier un abri ou mendier une place dans ce camp de concentration », a déclaré Shehada.
Dans ce cas, pourquoi insister en ce sens, pour commencer ?
Shehada a expliqué que Trump, son beau-fils Jared Kushner et d’autres associés, dont Aryeh Lightstone, perçoivent Gaza comme « une arnaque pour s’enrichir rapidement » et une « opportunité commerciale ».
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Vous pouvez visionner l’émission sur YouTube, Rumble ou Twitter/X, ou vous pouvez l’écouter sur votre plate-forme de podcast favorite.
Ali Abunimah a contribué à cet article.
Tamara Nassar a produit et dirigé l’émission. Michael F. Brown a contribué à l’assistance d’avant production et El Gerzon à l’assistance d’après production.
Il est possible de visionner les épisodes précédents du livestream de The Electronic Intifada sur votre canal YouTube.
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Publié le 4 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




