Hadeel Shatara, la Palestinienne qui a défié ses geôliers

Des dizaines de femmes palestiniennes ont été arrêtées par les FOI et placées sans accusation en détention administrative et dans des conditions inhumaines. Pourtant, leur détermination et leur façon de défier l’occupation israélienne restent inébranlables.

 

La prisonnière palestinienne libérée Hadeel Shatara. (Photo: Aseel Saleh)

La prisonnière palestinienne libérée Hadeel Shatara. (Photo: Aseel Saleh)

 

Aseel Saleh, 27 mars 2026

 

C’est une jeune femme dans le début de la trentaine, énergique et sereine. Voilà Hadeel Shatara, une prisonnière palestinienne libérée, telle qu’elle est apparue pour partager avec Peoples Dispatch son expérience de détention en Israël.

Malgré les conditions et le traitement qu’elle a endurés au cours de son emprisonnement, Shatara croit toujours au caractère inéluctable de la lutte pour la liberté des prisonnier.e.s palestinien.ne.s et pour la libération de la Palestine.

Hadeel a été arrêtée le 30 juin 2024, lors de l’agression génocidaire d’Israël contre la bande de Gaza, c’est-à-dire dans une période qui a marqué une campagne de répression sans précédent contre le Mouvement des prisonnier.e.s palestinien.ne.s de la part du Service carcéral israélien (appelé également les Shabas).

Les circonstances de son arrestation avaient tout du kidnapping, puisqu’elle a été arrêtée à la frontière par les Forces d’occupation israéliennes alors qu’elle revenait de Jordanie pour regagner la Palestine occupée.

De là, elle avait été emmenée vers une destination inconnue et placée sous détention administrative pour six mois, sans accusation, et sa détention allait être prolongée plus tard de quatre mois supplémentaires.

Hadeel a raconté les détails de sa détention, au cours de laquelle elle et des dizaines de femmes palestiniennes ont enduré des conditions de détention inhumaines.

 

Violence et harcèlement sexuel basés sur le genre

Hadeel explique qu’elle a été soumise de diverses façons et à de multiples reprises à des violences et du harcèlement sexuels basés sur le genre par des gardiens israéliens mâles.

« Lorsque j’étais transférée d’une prison à l’autre, ils me battaient. Ils me frappaient entre les jambes. J’ai été fouillée à nu de façon très humiliante dans un espace ouvert, avec la porte grande ouverte et les gardiens mâles pouvaient me voir. Ces gardiens mâles faisaient irruption dans les cellules de la prison et nous agressaient fréquemment »,

fait-elle remarquer.

Elle ajoute que la vie privée des prisonnières hijabi était violée en permanence, puisque les gardiens mâles faisaient irruption chaque fois qu’il leur en prenait l’envie.

 

L’atroce douleur des mères emprisonnées loin de leurs enfants

Selon la dernière déclaration diffusée par la Société des prisonnier.e.s palestinien.ne.s le 21 mars, le jour de la Fête des Mères, il y avait 39 mères parmi les 79 prisonnières palestiniennes actuellement détenues dans les prisons israéliennes.

Assistant à l’atroce douleur de nombre de ses compagnes de cellule séparées de leurs enfants, Hadeel explique que cette douleur des mères détenues constitue l’expérience émotionnelle la plus pénible qui soit, pour une prisonnière.

« Les mères emprisonnées ont été séparées physiquement de leurs enfants en bas âge. Ceux-ci n’ont pas le droit du tout de rendre visite à leur mère en prison. Les avocats ont eux aussi été empêchés d’apporter la moindre photo des enfants à leurs mères. »

Hadeel fait remarquer qu’en sus de la grande détresse émotionnelle, certaines de ces mères souffraient d’implications physiques du fait que les Shabas les obligeaient à prendre des médicaments tarissant la lactation.

« Elles étaient laissées dans des cellules d’isolement afin de devoir se débrouiller seules avec leurs douleurs physiques et sans recevoir les soins médicaux nécessaires »,

dit-elle.

 

L’affamement et la privation des soins hygiéniques élémentaires

Hadeel explique que les autorités israéliennes cherchaient à affamer les prisonnier.e.s palestinien.ne.s en ne leur procurant qu’une quantité très minime de nourriture, laquelle était censée les maintenir à peine en vie tout en restant tenaillé.e.s en permanence par la faim.

Sur le plan de son hygiène personnelle, chaque prisonnière recevait une petite quantité de shampooing, et c’était la seule substance détergente qu’elle recevait pour ses cheveux, son corps et le lavage de ses vêtements. La quantité de serviettes hygiéniques reçues ne suffisait pas non plus.

« Nous nous servions de fourchettes en plastique pour nous peigner, du fait que l’usage de brosses à cheveux ou de peignes n’était pas autorisé »,

poursuit Hadeel.

 

L’isolement complet du monde extérieur et la torture émotionnelle délibérée

L’isolement complet des prisonnier.e.s palestinien.ne.s du monde extérieur constitue désormais une autre technique de torture émotionnelle des Shabas, ces quelques dernières années.

Les prisonnier.e.s politiques palestinien.ne.s sont non seulement privés de visites familiales, mais aussi de tout accès à quelque média ou organe d’information que ce soit qui leur permettrait de savoir ce qui se passe en dehors de la prison.

Le personnel des Shabas sont la seule source d’information, pour les prisonnier.e.s palestinien.ne.s. Ils informent intentionnellement les prisonnier.e.s palestinien.ne.s des événements tragiques concernant l’agression totale, le tout dans une tentative de saper leur moral.

« La totalité de l’expérience dans les prisons sionistes en général est réellement pénible. C’est horrifiant et horrible, mais il y avait des moments où nous apprenions des nouvelles de ce qui se passait dans le monde extérieur, comme à Gaza et en Cisjordanie, et comment Israël attaquait le Liban, le Yémen et l’Irak »,

dit-elle.

« Ces moments étaient vraiment des moments très durs pour nous à l’intérieur de la prison, parce que nous nous trouvions à l’intérieur de ces abattoirs, isolées de notre peuple. Nous n’avions même pas la possibilité d’exprimer notre tristesse, puisqu’il nous fallait rester fermes face à l’administration sioniste »,

affirme la prisonnière libérée.

La détresse des plus de 10 000 prisonnier.e.s palestinien.ne.s détenu.e.s dans les geôles israéliennes a acquis une plus grande visibilité depuis qu’en janvier 2023, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclenché une répression des plus brutales contre le Mouvement des prisonniers palestiniens. Depuis lors, les conditions de détention n’ont cessé de se détériorer, avec un net accroissement des confinements solitaires, des tortures sévères et de la négligence médicale délibérée. La situation des prisonnier.e.s s’est encore aggravée après le 7 octobre. Les autorités d’occupation ont refusé aux prisonnier.e.s palestinien.ne.s le droit fondamental des visites d’avocats et de proches, des conditions sanitaires élémentaires telles douches et nourriture décente, et les rapports faisant état de violence sexuelle contre les détenu.e.s palestinien.ne.s ont augmenté en flèche.

La campagne « Halte au génocide derrière les barreaux : Liberté pour les prisonnier.e.s palestinien.ne.s » a été lancée en février dernier par une coalition d’organisations internationales des droits humains et d’organisations palestiniennes réclamant la fin de la torture et l’amélioration des conditions de détention, la divulgation des noms, identités et de l’état de santé des prisonnier.e.s palestinien.ne.s ainsi que leur libération immédiate et inconditionnel

*****

Publié le 27 mars 2026 sur People’s Dispatch
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

Vous aimerez aussi...