Le système de torture sexuelle à l’encontre des Palestiniens est dénoncé dans un nouveau rapport

Euro-Med Human Rights Monitor (Euro-Med) a publié un rapport répertoriant la torture sexuelle systématique

 

Euro-Med Human Rights Monitor (Euro-Med) a publié un rapport répertoriant la torture sexuelle systématique

 

Ali Abunimah & Tamara Nassar  

 

Note :  comporte des comptes rendus écrits de violence sexuelle et de torture.

« Très soudainement, nous nous sommes retrouvés en train de traiter des centaines de témoignages dans lesquels des détenus libérés disaient avoir été soumis à la violence sexuelle »,

a déclaré Maha Husseini lors du livestream de The Electronic Intifada, le 30 avril.

Hussaini est responsable des médias et de l’engagement public à l’Euro-Med Human Rights Monitor (Euro-Med), qui a publié un rapport répertoriant la violence sexuelle systématique, y compris le recours très répandu au viol, contre les prisonniers palestiniens détenus dans les prisons et camps de détention militaire israéliens depuis octobre 2023.

Le rapport, intitulé « Another genocide behind walls » (Un autre génocide derrière les murs), conclut que les horribles abus ne sont pas des actes isolés mais qu’ils font partie d’une politique d’État organisée et rendue possible par les institutions juridiques, médicales et judiciaires d’Israël.

Chaque détenu palestinien relâché ou presque « a parlé d’au moins une forme de violence sexuelle à laquelle ils a été soumis ou à laquelle il a assisté sur d’autres détenus », a ajouté Hussaini.

Vous pouvez visionner et écouter l’entretien entre Hussaini et Ali Abunimah, de The Electronic Intifada, dans la vidéo en bas de l’article (en anglais)

L’enquête d’Euro-Med s’appuie avant tout sur des témoignages de première main de Palestiniens arrêtés à Gaza et ensuite relâchés, ces témoignages sont corroborés par des preuves visuelles, des conclusions médicales et des rapports extérieurs.

Elle couvre la période du 7 octobre 2023 à fin octobre 2025 et se concentre sur nombre de sites de détention, dont les prisons de Ketziot, Megiddo et Ofer ainsi que le camp de détention de Sde Teiman.

 

Des chiens entraînés au viol

Les sites de détention israéliens ont été transformés en « espaces isolés de toute surveillance, semblables à des ‘trous noirs’ juridiques et physiques » où la torture, dont le viol, les mutilations génitales et autre violences sexuelles, est pratiquée systématiquement et en toute impunité.

Des survivants disent avoir été violés par des membres masculins et féminins du personnel israélien qui utilisaient leurs organes génitaux ou des objets, la nudité forcée, la torture génitale et des menaces de violence sexuelle, outre de nombreuses autres formes de torture physique, de violence et de traitement dégradant.

Ces actes – souvent commis publiquement devant d’autres détenus, soldats ou visiteurs, ou enregistrés – sont décrits comme des méthodes délibérées

« pour briser la volonté tant individuelle que collective et infliger des dommages physiques et psychologiques graves ».

Des témoignages de survivants décrivent des formes extrêmes de violence.

Wajdi, 43 ans, a rappelé que,

« pendant l’interrogatoire, ils m’ont attaché nu à un lit métallique et un des soldats m’a demandé combien de femmes israéliennes j’avais violées en Israël ».

Ceci suggère que les forces israéliennes se servaient des allégations démystifiées d’Israël concernant une campagne de viols de masse de la part des combattants palestiniens le 7 octobre 2023 comme d’un prétexte pour commettre des crimes sexuels à l’encontre des Palestiniens.

« J’ai nié d’être même entré une seule fois en Israël. Puis un soldat m’a violé »,

a déclaré Wajdi.

« Je ressentais une douleur aiguë à l’anus et je hurlais mais, chaque fois que je hurlais, je recevais des coups. »

« Le soldat s’est retiré après avoir éjaculé en moi. J’ai été laissé dans une position humiliante. Je souhaitais être mort. Je saignais »,

a déclaré Wajdi.

« Plus tard, ils m’ont délié et ont amené un chien, qui m’a aussi violé. »

De multiples survivants ont également rapporté avoir été violés par des chiens, ou avoir vu d’autres détenus assaillis de cette façon, tout en décrivant les animaux comme ayant été entraînés dans ce but et utilisés délibérément par les soldats dans les lieux de détention.

« L’un des chiens m’a ensuite violé, m’a pénétré par l’anus d’une façon montant qu’il y avait été entraîné, et tout cela, pendant que je recevais des coups »,

a déclaré Amir, 35 ans.

Dans un témoignage séparé, A. S., lui aussi âgé de 35 ans, a rappelé que ses ravisseurs

« m’avaient forcé à me coucher et qu’un chien était monté au-dessus de moi et avait tenté d’insérer son pénis en moi. Tout d’abord, je n’ai pas compris ce qui se passait et c’est alors que j’ai compris que j’étais en train de me faire violer ».

Le rapport présente ces récits en même temps que d’autres témoignages décrivant des viols avec des objets.

Hassan, fait prisonnier dans le nord de Gaza, a raconté avoir été déshabillé et raillé alors qu’il était enchaîné par quatre soldates.

« Puis l’une d’elles m’a poussé et je suis tombé par terre. Une autre a attrapé un bâton et me l’a enfoncé dans l’anus »,

a expliqué Hassan.

« Je hurlais de douleur pendant qu’elles rigolaient », a rappelé Hassan. « J’ai eu mal pendant plus de deux semaines après l’incident. »

 

Des femmes violées

Le rapport mentionne également d’horribles violences sexuelles infligées à des femmes. Une prisonnière de 42 ans a témoigné qu’elle avait été violée à de multiples reprises au camp de détention de Sde Teiman pendant que des soldats filmaient l’agression sexuelle.

« Deux soldats l’ont violée à tour de rôle avec une brutalité extrême pendant que les deux autres filmaient l’agression »,

déclare Euro-Med.

Après avoir été violée maintes fois pendant plusieurs jours, la femme avait été

« suspendue par les mains et soumise à des chocs électriques répétés jusqu’au moment où elle perdait conscience et, pendant ce temps, on lui montrait des photos de ses viols et des images de sa nudité et on la menaçait de les publier si elle ne ‘coopérait’ pas avec les renseignements israéliens ».

La femme a qualifié son expérience d’« autre génocide derrière des murs ».

Le rapport a également répertorié des cas où les détenus ont perdu un ou les deux testicules après avoir été torturés ou avoir subi d’autres blessures permanentes.

Un détenu a dit qu’il avait perdu conscience après qu’un soldat avait exercé une pression violente sur ses testicules.

« Quand j’ai repris conscience, je me suis retrouvé sur un lit d’hôpital avec mes organes génitaux enveloppés de gaze et j’ai compris que l’un de mes testicules avait été enlevé à la suite de la pression violente »,

a déclaré Khalil, 48 ans.

Euro-Med explique que ces récits sont corroborés par d’autres preuves, y compris des images divulguées, des rapports médicaux concernant de graves blessures aux organes génitaux ainsi que des témoignages émanant de lanceurs d’alerte israéliens.

 

« Des rituels d’humiliation collective »

Parmi les victimes de la violence sexuelle d’Israël, on trouve des hommes, des femmes et des enfants de Gaza, ainsi que des travailleurs des soins de santé, des journalistes et des civils arrêtés au cours de raids, aux check-points ou dans les prétendus « corridors de sécurité ».

Les arrestations massives pratiquées par Israël visaient de larges sections de la population. Les détenus étaient fréquemment déshabillés, on leur bandait les yeux et on les transportait dans des endroits inconnus, où de nombreux d’entre eux étaient gardés au secret.

Euro-Med a découvert qu’Israël soumettait les Palestiniens à des

« rituels répétés d’humiliation collective destinés à déshumaniser les détenus les uns vis-à-vis des autres ».

Les méthodes utilisées comprenaient

« la nudité collective forcée, le rassemblement de détenus dénudés, l’usage d’obscénités et l’infraction aux normes sociales, tel le fait de déshabiller les hommes en présence des femmes et des enfants ou de menacer les femmes de viol sous les regards de leurs maris ».

Les forces israéliennes obligeaient également les détenus à assister à des viols et à des agressions sexuelles.

Tout cela, selon Euro-Med, était destiné à

« briser les liens familiaux et à créer un sentiment d’impuissance absolue impactant à la fois les victimes et les témoins ».

 

Des témoignages sous la menace

Euro-Med a réalisé des interviews confidentielles de détenus libérés en garantissant leur consentement éclairé et leur anonymat. Les identités ont été dissimulées en recourant à des pseudonymes afin de protéger les victimes des représailles.

Les enquêteurs ont recoupé les témoignages avec des vidéos divulguées, des photos, des preuves médicales et des rapports des institutions de l’ONU et des organisations des droits humains.

Le rapport insiste sur la difficulté de la collecte des témoignages : Bien des victimes ont refusé de témoigner parce qu’elles craignaient d’être arrêtées de nouveau ou en raison des menaces formulées contre leurs proches. D’autres étaient contraints par la stigmatisation associée aux violences sexuelles et les survivants des deux sexes en étaient affectés.

Certains témoignages ont été interrompus en raison d’une détresse psychologique grave, y compris des crises de nerfs lors du récit des abus.

 

Génocide et impunité

Euro-Med conclut que ces abus systématiques constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en vertu du Statut de Rome.

Étant donné leur ampleur et leur intention, Euro-Med prétend que ces actes « entrent dans le cadre du génocide ».

Un élément central du rapport consiste en la conclusion que ces abus sont facilités par un système de collusion institutionnelle.

Israël a systématiquement refusé aux détenus l’accès à des avocats, à des visites familiales et au contrôle par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Il s’est servi de cadres pseudo-juridiques telle la « Loi sur les combattants illégaux » pour dépouiller les détenus de toute protection procédurale, facilitant ainsi les disparitions forcées et la détention indéfinie sans procès.

Le personnel médical israélien est accusé de faciliter la torture en émettant des certificats d’« aptitude aux interrogatoires », en ne dispensant pas des traitements et en occultant les preuves d’abus dans leurs rapports médicaux.

Le système judiciaire israélien, déclare le rapport, a enraciné, « historiquement et systématiquement », l’impunité en requalifiant des crimes graves, en restreignant la participation des victimes et en classant sans suite des affaires malgré les preuves.

Un excellent exemple réside par l’abandon par Israël des charges contre cinq soldats accusés du viol d’un détenu palestinien de Sde Teiman enregistré par une caméra sécuritaire.

 

La marginalisation des victimes palestiniennes

Les conclusions d’Euro-Med – combinées avec celles d’autres organisations – présentent une image constante : le recours par Israël à la violence sexuelle n’est pas accidentelle mais fait bel et bien partie d’un système plus large de répression et de destruction, soutenu par une protection institutionnelle et par l’absence de comptes à rendre.

Un nouveau rapport émanant d’Addameer, l’organisation de défense des droits des prisonniers, recense le même modèle de violence sexuelle contre les détenus palestiniens de Gaza et ceux de Cisjordanie occupée, y compris 12 viols dans des centres de détention palestiniens.

La plupart de ces cas impliquent de multiples soldats et incluent des viols anaux commis à l’aide de bâtons.

Dans l’un des cas, un prisonnier identifié par ses initiales, Q. M., une personne déplacée capturée à l’hôpital al-Shifa à Gaza, a été soumis à de graves séances de coups et à des agressions sexuelles qui se sont traduites par une perte définitive de sa capacité à engendrer des enfants.

Il a été libéré dans le cadre de l’échange de prisonniers en octobre 2025.

Un autre prisonnier a raconté qu’il avait emmené pour une fouille par deux soldats à Sde Teiman et qu’un troisième soldat lui avait chuchoté des menaces de viol dans l’oreille.

« Je pensais qu’il ne s’agissait que d’une menace, mais j’ai été choqué quand il a baissé mon pantalon et qu’il a introduit le bâton dans mon anus »,

a-t-il dit à Addameer.

« J’en ai souffert pendant deux mois et j’ai été incapable d’aller à la selle sans traitement. »

Un autre prisonnier, identifié comme O. H., a rapporté qu’il avait été assailli de la même façon. Il a raconté qu’un soldat avait dit aux détenus :

« Nous allons vous renvoyer châtrés à Gaza. »

Ces crimes ne provoquent pas seulement des blessures physiques et psychologiques dévastatrices chez les individus, mais ils engendrent

« un traumatisme intergénérationnel se transmettant aux familles et aux enfants »,

explique Euro-Med.

Dans le livestream, Hussaini a soulevé le déséquilibre flagrant d’attention entre les allégations démystifiées d’Israël à propos des viols massifs le 7 octobre et le répertoire de preuves innombrables de violence sexuelle systématique, y compris le viol, la torture et la mutilation à l’encontre des détenus palestiniens.

Elle a expliqué clairement qu’il ne s’agit pas d’un manque de preuves mais bien du pouvoir de façonner ce qui est vu et cru : Les abus bien répertoriés à l’encontre des Palestiniens sont marginalisés tandis que les allégations israéliennes sans fondement sont amplifiées.

Elle a pointé du doigt l’influence politique, la dynamique des médias et les parti-pris structurels qui soumettent les victimes palestiniennes à un scepticisme et une marginalisation accrus – même quand leurs témoignages sont cohérents, corroborés et accablants.

Hussaini l’a dit :

« Ce que nous voyons au lieu de cela, c’est une disparité dans l’attention et non dans les faits disponibles. »

 

Vidéo : Jour 937. La torture sexuelle systématique des Palestiniens. 

 

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Publié le 1er Mai 2026 sur The Electronic Intifada

Traduction : Jean-Marie Flémal pour Charleroi pour la Palestine

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