L’« opposition » israélienne propose un génocide avec de meilleures relations publiques
Alors que le décompte est presque terminé, le bloc de Netanyahou détient 53 sièges sur les 120 de la Knesset, l’opposition sioniste dirigée par l’ancien chef d’état-major de l’armée Gadi Eisenkot 48 et les deux partis dirigés par des Palestiniens 19, ce qui, pour eux, constitue un record.
Ali Abunimah 29 octobre 2026 The Electronic Intifada
En 2015, après des élections dont on s’attendait à ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu les perde, j’en avais surpris beaucoup en disant que j’étais soulagé par sa victoire.
J’avais insisté en disant qu’il était déjà un tueur sanguinaire qu’il fallait traîner en jugement. Aujourd’hui, en fait, il est un fugitif de la Cour pénale internationale.
Mais les raisons que j’avais données à l’époque tiennent toujours après que Netanyahou a une fois encore déjoué les pronostics lors des élections israéliennes de cette semaine.
Alors que le décompte est presque terminé, le bloc de Netanyahou détient 53 sièges sur les 120 de la Knesset, l’opposition sioniste dirigée par l’ancien chef d’état-major de l’armée Gadi Eisenkot 48 et les deux partis dirigés par des Palestiniens 19, ce qui, pour eux, constitue un record.
Le bloc sioniste n’a pas atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner seul. Mais les derniers sondages préélectoraux avaient généralement placé le parti Yashar d’Eisenkod devant le Likoud et l’opposition sioniste devant la coalition de Netanyahou.
Par conséquent, Netanyahou est sorti de l’impasse plus fort qu’on ne s’y attendait.
Lors du livestream de The Electronic Intifada du 29 octobre, j’ai discuté des résultats et de la raison pour laquelle la prétendue opposition israélienne ne propose pas d’alternative aux Palestiniens, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus.
Sionisme égale racisme
Les élections ont produit une majorité apparemment anti-Netanyahou : Avec les 48 sièges projetés du bloc d’Eisenkot et les 19 des partis dirigés par des Palestiniens – 67 en tout – il pourrait y avoir – en théorie – un nouveau gouvernement disposant d’une majorité confortable.
Il y a 1,7 million de citoyens palestiniens en Israël, la plupart survivants de la Nakba de 1948 et descendants de Palestiniens qui ont échappé à l’expulsion par les forces sionistes.
Bien qu’ils soient confrontés à une discrimination systématique sur les plans juridique et social parce qu’ils ne sont pas juifs, les citoyens palestiniens d’Israël sont autorisés à voter aux élections israéliennes – au contraire des Palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza occupées.
Mais Eisenkot a même évincé Ra’am, le petit parti palestinien dirigé par Mansour Abbas qui avait rallié une précédente coalition israélienne.
Eisenkot a affirmé qu’aucun Arabe ne correspondait à ses critères pour rejoindre le « gouvernement sioniste » qu’il dirigerait.
Le colon moldave Avigdor Lieberman a été tout aussi direct : La seule coalition qu’il envisagerait ne devait consister « que de partis sionistes », ce qui exclut spécifiquement les Palestiniens.
Ce racisme, profondément enraciné dans chaque nuance du sionisme, permet à Netanyahou de perdre sa majorité tout en émergeant quand même comme le vainqueur probable.
Cela va décevoir les hommes politiques occidentaux sionistes libéraux comme le sénateur américain Bernie Sanders qui concentre en permanence ses critiques sur le « gouvernement Netanyahou » comme une manière d’absoudre le reste d’Israël.
Récemment, par exemple, Sanders a blâmé Netanyahou du génocide à Gaza, comme s’il n’était pas soutenu par la grande majorité des Juifs israéliens et ne nécessitait pas que des dizaines ou des centaines de milliers d’entre eux l’exécutent activement.
Sanders a également exigé :
« Plus aucun financement de la part du contribuable américain pour le gouvernement extrémiste de Netanyahou en Israël. » L’implication est que Sanders ne s’opposerait pas au financement d’un gouvernement dirigé par quelqu’un d’autre et qualifié de « non extrémiste ».
Ce porte-drapeau des « progressistes » américains n’est pas le seul libéral occidental désespéré de se débarrasser de Netanyahou afin de blanchir l’image de marque d’Israël et d’atténuer son isolement croissant.
Mais, comme je l’écrivais en 2015, Netanyahou est comme la « notice nutritionnelle » sur une boîte de nourriture de mauvaise qualité : Elle vous parle des ingrédients toxiques à l’intérieur.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou remercie ses partisans après que son parti Likoud a obtenu un meilleur résultat que celui escompté lors des élections israéliennes, le 28 octobre. (Photo : Kyodo/Newscom)
Le candidat de la doctrine Dahiya
Si Israël obtient un nouveau gouvernement, il y a pas lieu de croire qu’il y aura le moindre changement dans les mesures de génocide, d’apartheid, d’occupation et de colonisation de peuplement. En fait, avec la réduction de la pression internationale, elles pourraient très bien s’intensifier.
Eisenkot a été proposé comme le général lucide capable de sauver Israël. Le New York Times y est même allé d’un gros titre disant :
« Gadi Eisenkot ne pourrait pas être plus différent de Netanyahou. »
En réalité, il est l’un des principaux architectes de la brutalité militaire israélienne.
En 2008, alors qu’il était chef du Commandement du Nord, Eisenkot avait formulé ce qui serait connu comme la doctrine Dahiya, ainsi nommée d’après le faubourg de Beyrouth dévasté par Israël lors de son invasion du Liban en 2006.
Eisenkot avait promis « d’appliquer une force disproportionnée » contre les communautés civiles et d’infliger « d’importants dégâts et destructions » en déclarant que les villages étaient des bases militaires. « C’est un plan et il a été approuvé », avait-il ajouté.
En construisant sur la doctrine d’Eisenkot, le général Giora Eiland, un participant direct au génocide de Gaza ; a développé la même logique, en prétendant qu’Israël devrait détruire les infrastructures du Liban et provoquer délibérément « la souffrance de centaines de milliers de personnes ».
Les états de service d’Eisenkot ont égalé sa doctrine sanglante. Avant le commencement de la Grande Marche du Retour, en 2018, il avait annoncé que l’armée avait déployé plus de 100 snipers autour de Gaza.
Ces snipers ont tué quelque 200 Palestiniens sans armes et en ont blessé des milliers par balles de guerre.
Les tireurs d’élite d’Eisenkot visaient délibérément les enfants.
Après le 7 octobre 2023, Eisenkot a rejoint le cabinet de guerre de Netanyahou et a contribué à diriger le génocide dans ses violentes phases initiales.
Ses divergences avec Netanyahou concernaient les tactiques et la gestion et non l’opposition aux massacres et à la destruction.
Son programme actuel déclare qu’un État palestinien « n’est pas à l’ordre du jour », qu’il n’envisage pas l’évacuation des colonies mais qu’il soutient en fait leur expansion et l’installation de nouvelles colonies juives en Cisjordanie occupée.
Pas d’alternative sioniste
Les autres chefs de l’« opposition » en Israël ne sont pas moins répugnants.
En octobre 2023, Yair Golan, dirigeant des prétendus démocrates de gauche, a fait savoir aux Palestiniens de Gaza : « En ce qui nous concerne, vous pouvez crever de faim. »
Pour bien insister, il a ajouté que « ce serait tout à fait justifié ».
En 2007, Golan a été réprimandé, mais non pas poursuivi, après que des troupes placées sous son commandement avaient utilisé des civils palestiniens comme boucliers humains en Cisjordanie.
Plus récemment, Golan a critiqué le génocide commis par Israël en déclarant qu’un « pays sain d’esprit ne tuait pas des bébés en guise de hobby et qu’il ne donnait pas pour but d’expulser des populations ».
Mais, sous les pressions, il a rapidement fait marche arrière, en niant qu’il critiquait l’armée israélienne pour avoir commis de telles atrocités.
En tant qu’ancien Premier ministre, Naftali Bennett – qui, dans le temps, s’était vanté du nombre d’Arabes qu’il avait tués – répondait à une question sur les patients des hôpitaux de Gaza et sur les bébés en incubateur privés d’électricité par une autre question : « Vous me questionnez sérieusement sur les civils palestiniens ? »
"What about those Palestinians who are in hospital on life support & babies in incubators that will have to be turned off because Israelis have cut the power to Gaza?"
Ex Israeli PM Naftali Bennett: ""Are you seriously asking me about Palestinian civilians? Whats wrong wth you?" pic.twitter.com/mN5sH5PWyi
— Saul Staniforth (@SaulStaniforth) October 12, 2023
Yair Lapid était Premier ministre quand Israël avait lancé son offensive d’août 2022 contre Gaza. Elle avait tué 49 Palestiniens.
Au cours de son bref mandat en 2021-2022, le gouvernement Bennett-Lapid avait avancé des plans pour 7 292 unités de logements de peuplement en une seule année, soit 26 pour 100 de plus que la moyenne annuelle sous Netanyahou entre 2012 et 2020.
Pendant ce temps, lors de la Grande Marche du Retour, Lieberman était ministre de la Défense et il avait justifié le massacre délibéré de civils en affirmant :
« Il n’ya pas d’innocents, dans la bande de Gaza. »
Plus tard, il avait quitté le gouvernement Netanyahou parce qu’il le considérait comme trop doux envers Gaza, accusant le Premier ministre de « capitulation face au terrorisme ».
Ces atroces racistes coloniaux et criminels de guerre ne sont pas des alternatives à Netanyahou.
Leur seule divergence concerne qui peut gérer de façon la plus compétente le système israélien d’apartheid, de génocide et d’incessante agression tout en récupérant le soutien des libéraux occidentaux.
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Publié le 29 octobre 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




