Tempêtes et famine au moment où Gaza entame l’an neuf sous siège israélien
Plus de 80 jours après le prétendu accord de cessez-le-feu signé en octobre 2025, Israël continue de tuer et de blesser des Palestiniens dans toute la bande de Gaza en bombardant, mitraillant et détruisant des zones au-delà de la vague ligne jaune – une ligne qui ne cesse de se déplacer vers l’ouest.
Nora Barrows-Friedman The Electronic Intifada 31 décembre 2025

28 décembre 2025. Les pluies hivernales et les lourdes tempêtes ont détruit et inondé les tentes-abris dépenaillées des familles palestiniennes déplacées à l’ouest de la ville de Gaza. (Photo : Omar Ashtawy / APA images)
Le texte qui suit est un condensé des informations proposées
lors du livestream du 30 décembre 2025.
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De même, Israël empêche toujours l’entrée d’abris et de fournitures de base malgré les tempêtes brutales et les températures autour de 0 °C et le fait que les tentes sont inondées et que les immeubles partiellement détruits s’effondrent sur les gens qui s’y sont réfugiés.
Au moins trois Palestiniens ont été blessés quand les Israéliens ont visé le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de Gaza, et des témoins ont déclaré que l’attaque avait eu lieu dans une zone d’où les forces israéliennes s’étaient retirées conformément au prétendu accord de cessez-le-feu.
Israël a effectué un raid aérien contre des secteurs est du camp de réfugiés d’al-Bureij, dans le centre de l’enclave, ainsi que des tirs d’artillerie à l’est de Rafah et dans les quartiers est de la ville de Gaza.
Le bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré le 28 décembre que, au cours des 80 jours écoulés, Israël avait commis 969 violations de l’accord de cessez-le-feu, au cours desquelles 418 Palestiniens avaient été tués et plus de 1 100 autres blessés.
Parmi ces violations figurent près de 300 incidents de tirs directs sur des civils, 54 incursions militaires dans des zones résidentielles, 455 bombardements et attaques ciblées contre les Palestiniens et plus de 160 bombardements de maisons, d’institutions et d’autres bâtiments civils.
« La bande de Gaza est confrontée à une mort lente du fait que l’occupation continue de se soustraire à ses obligations telles qu’énoncées dans l’accord et les protocoles humanitaires », a déclaré le bureau des médias.
« Elle n’a même pas livré les quantités d’aide minimales convenues », a-t-il dit, ajoutant que l’actuel refus d’Israël de laisser entrer les quantités nécessaires de vivres, de médicaments, d’eau et de carburant aggravait encore la crise humanitaire catastrophique.
À peine 42 pour 100 de l’aide humanitaire attendue a pu entrer, alors que 10 pour 100 seulement des camions de carburant nécessaires sont entrés, ce qui laisse les hôpitaux, les boulangeries et les installations d’eau et les sites de soins dans l’impossibilité de fonctionner.
Le bureau des médias a répété ses précédentes mises en garde à propos de l’aggravation de la crise délibérée pour les Palestiniens au cours des mois d’hiver du fait qu’Israël empêche l’entrée des caravanes préfabriquées et des matériaux pour abris, lesquels restent coincés à quelques kilomètres à peine de l’autre côté des passages frontaliers.
« Nous mettons l’accent sur le fait que la poursuite de ces violations constitue un contournement dangereux du cessez-le-feu et une tentative en vue d’imposer une équation humanitaire basée sur la soumission, l’affamement et l’extorsion », a déclaré le bureau des médias, ajoutant qu’il tenait Israël « pleinement responsable de l’actuelle détérioration de la situation humanitaire et des vies perdues ainsi que de la destruction de biens dans une période au cours de laquelle un cessez-le-feu complet et durable est censé être en place ».
Le blocus en tant qu’outil du génocide
« Le blocus illégal et l’interdiction par Israël de l’entrée des unités de logement temporaire ont effectivement éliminé toutes les options pour des milliers de familles, les obligeant à rester dans des habitations détruites ou sévèrement endommagées qui sont devenues des bombes à retardement susceptibles de s’effondrer à tout moment », a déclaré Euro-Med cette semaine.
L’organisation des droits humains a dit que « Israël se servait du blocus comme outil du génocide et dans le but de créer des conditions de vie meurtrières en bloquant le reconstruction et les réparations, en empêchant l’entrée des matériaux et des équipements nécessaires pour déblayer les décombres et réparer les habitations, les systèmes d’eau et sanitaires ainsi que les réseaux d’électricité et en entravant les efforts de réponse humanitaire tout en sabotant la capacité des institutions d’aide à fournir ne serait-ce qu’une protection minimale ».
Par conséquent, a ajouté Euro-Med, « les civils sont forcés de choisir entre rester dans des logements en ruine au bord de l’effondrement ou s’abriter sous des tentes fragiles qui n’offrent pas la moindre protection contre le froid hivernal ou la pluie ».
Mahmoud Basal, le porte-parole de la défense civile de Gaza, a dit que, tout récemment, une tempête, associée au refus d’Israël de laisser entrer des matériaux de base pour les abris, avait tué au moins deux Palestiniens de plus cette semaine, dont une femme tuée lorsqu’un mur en mauvais état s’était effondré sur elle, ainsi qu’un gosse de 7 ans qui était tombé dans l’eau et s’était noyé au cours des lourdes chutes de pluie.
« Nous vivons dans une réalité catastrophique créée par ce génocide à Gaza, où il n’y a pas d’infrastructures, pas de zones sûres, pas de zones habitables », a déclaré Basal.
Il a ajouté que les Palestiniens n’avaient plus connu repos ni sécurité depuis le début du génocide et que, sans la restauration des services de base et des infrastructures vitales, bien d’autres personnes allaient encore mourir dans les jours à venir.
Lundi, dans une autre déclaration, Basal a déclaré qu’au moins 18 bâtiments s’étaient complètement effondrés, ce qui s’était traduit par d’importantes pertes humaines et matérielles, et que plus de 110 immeubles résidentiels s’étaient en partie écroulés aussi, ce qui posait une menace directe pour les vies de milliers de résidents à l’intérieur ou à proximité de ces mêmes immeubles.
Le porte-parole de la défense civile a insisté pour dire que « les tentes se sont avérées absolument inefficaces, dans la bande de Gaza, puisqu’elles n’offraient aucune protection contre le froid ou la pluie et qu’elles n’étaient plus une solution humanitaire viable, au vu de ces conditions des plus pénibles ».
Le reporter Bader Tabash a réalisé ces prises de vue de l’eau de mer en train d’inonder un camp de tentes à al-Mawasi (Khan Younis) dimanche, submergeant des abris et détruisant le peu d’objets personnels que les familles y ont laissés.
Tabash a enregistré une autre vidéo de l’inondation, mise en épingle par le collectif de médias sociaux Translating Falasteen, qui a ajouté : « Pour des milliers de personnes obligées de vivre à quelques mètres du rivage après avoir été chassées de chez elles, la mer est devenue une autre menace, montrant bien que les sites de déportation n’offrent aucune protection, contre le mauvais temps, les inondations ou les risques vitaux. Pourtant, l’occupation américano-israélienne continue d’empêcher toutes les formes d’abris d’entrer dans la bande. »
La défense civile de Gaza dit que 25 Palestiniens, dont 6 enfants, sont morts en raison du froid extrême et du manque d’abris convenables, auquel il convient d’ajouter les effondrements d’immeubles depuis le début de la saison hivernale.
Lundi, un bébé de deux mois, Arkan Firas Musleh, a été le dernier enfant en date à mourir en raison de l’extrême froidure, a rapporté Al Jazeera.
Le ministère de la Santé de Gaza a également annoncé la mort d’un adulte palestinien lundi, lorsqu’un bâtiment s’est effondré sur une tente dans le quartier de Tel al-Hawa, à Gaza.
Les enfants toujours exposés à une malnutrition sévère
Quatre enfants de Gaza sur cinq vont entamer l’an neuf en restant confrontés à des niveaux critiques de famine, malgré l’accord des autorités israéliennes, voici deux mois, de laisser entrer davantage d’aide, dont des vivres, fait savoir l’ONG internationale Save the Children (Sauvez les enfants) à la suite de la publication de nouvelles données concernant la famine et la malnutrition.
La Classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (IPC), la principale autorité internationale sur la sévérité des crises de famine, a publié un nouveau rapport disant que 1,6 million d’habitants de Gaza – soit 77 pour 100 de la population, dont quelque 800 000 enfants – allaient continuer de souffrir d’insécurité alimentaire en 2026, surtout du fait qu’Israël s’obstine à empêcher l’entrée de produits laitiers, de viande, d’œufs, de poisson et de produits frais sur les marchés de Gaza.
Ahmad Alhendawi, un directeur régional de Save the Children, a déclaré : « À mesure que l’année touche à sa fin et même si certaines personnes commencent à se sentir plus à l’aise, n’allez surtout pas penser que les souffrances à Gaza sont terminées. On en est loin. »
Et d’ajouter que la faim et la malnutrition peuvent causer de multiples lésions physiques aux corps en pleine croissance des enfants.
« Mais les impacts ne sont pas qu’à court terme », a ajouté Alhendawi. « Nous savons par expérience que pour chaque communauté, une malnutrition répandue a des conséquences sur toute une vie, chez les gens – depuis les nouveau-nés avec une insuffisance pondérale et des retards de croissance lors de la prime enfance à un potentiel d’apprentissage et de gain réduit plus tard dans la vie -, lesquelles conséquences perpétuent les cycles de pauvreté. De même qu’elles infligent des lésions aux individus, ce sont des conséquences qui menacent le tissu même de la société palestinienne des générations à venir. »
Alhendawi d’ajouter que « Gaza ne peut devenir une décharge pour le pire de l’humanité ». Ce sont des enfants et des familles ordinaires qui veulent seulement reprendre leur vie en main après des années d’horreur. Mais, jour après jour, un futur sûr est de plus en plus hors d’atteinte. »
Des hôpitaux à court de carburant
En raison du blocus israélien sur le carburant, le personnel médical de l’hôpital Al-Awda au camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de l’enclave, a fait savoir que l’électricité avait été coupée pendant deux jours au moins cette semaine, forçant tous les département à fermer, ce qui a fait courir de graves risques aux patients.
Le journaliste Anwar Abo Sliyhe, en reportage à l’hôpital plongé dans les ténèbres, s’est enregistré lui-même le 27 décembre pour faire savoir que la crise avait mis hors service l’unité des soins intensifs, le département de radiologie, les salles d’opération et la réception des urgences.
Il a également dit que le directeur de l’hôpital, le Dr Raafat al-Majdalawi, avait insisté sur le fait que la crise touchait particulièrement les femmes enceintes, du fait qu’Al-Awda est le seul site médical dans le centre de l’enclave qui peut fournir des services de maternité et d’accouchement.
Cela fait un an que le directeur de l’hôpital Kamal Adwan Hospital, le médecin pédiatre Hussam Abu Safiya, a été enlevé sur les lieux par les forces israéliennes puis, après cela, a été soumis à des tortures systématiques à l’intérieur des camps de détention israéliens.
Il avait été pris en otage après que l’armée avait assiégé et bombardé l’hôpital, qu’elle avait ciblé et tué son fils, l’avait abattu à l’aide d’un drone quadricoptère alors qu’ils assistait ses patients et avait ensuite détruit l’hôpital à plusieurs reprises.
Depuis son enlèvement le 27 décembre 2024, le Dr Abu Safiya est détenu dans les centres de torture israéliens sous la désignation de combattant illégal, une classification draconienne qui permet une détention indéfinie sans accusation ni procès.
En octobre, avions-nous rapporté à l’époque, l’avocat du Dr Abu Safiya avait confirmé qu’un tribunal israélien avait entériné sa détention arbitraire pour six mois, c’est-à-dire jusqu’en avril 2026. Le docteur a été systématiquement battu, torturé, on lui a refusé les moindres soins médicaux et il a été soumis à un affamement délibéré, ce qui s’est traduit par une importante perte de poids, rapporte son équipe juridique.
La famille du Dr Abu Safiya a posté régulièrement des mises à jour à propos de son calvaire et de sa santé qui ne cesse de se détériorer. Cette semaine, pour commémorer l’anniversaire de la captivité brutale du docteur, la famille a publié une déclaration dans les médias sociaux.
« Toute une année d’injustice s’est écoulée. Aujourd’hui, nous ne demandons rien d’autre que sa mise en liberté. De grâce, partagez son histoire afin de garder sa voix en vie », a déclaré la famille du Dr Hussam Abu Safiya.
Confirmation de l’assassinat d’Abu Obeida
Lundi, les Brigades Qassam ont annoncé officiellement que leur porte-parole de longue date, Huthaifa Samir Abdallah al-Kahlout, qui utilisait le nom de guerre Abu Obeida, avait été tué en même temps que sa femme et ses enfants lors d’une attaque israélienne contre son domicile au mois d’août. Un de ses fils, Ibrahim, aurait été le seul survivant.
Un nouveau porte-parole, qui a adopté le même pseudonyme, Abu Obeida, a fait cette annonce lundi.
Mise en exergue de la résilience
Enfin, comme nous le faisons chaque fois, nous avons voulu mettre en évidence les personnes qui expriment leur joie, leur détermination et leur résilience dans tout Gaza et ailleurs dans le monde.
La semaine dernière, malgré les 27 mois de génocide toujours en cours, la classe terminale d’un nouveau cadre de médecins s’est rassemblée en face de l’un des bâtiments incendiés de l’hôpital al-Shifa, à Gaza, afin de célébrer la réussite de ses examens de fin d’études.
Le Dr Jamal Salha a publié une vidéo de la cérémonie.
Le ministère de la Santé à Gaza a fait savoir que ces médecins faisaient partie de la promotion Bouclier de l’Humanité et il a ajouté : « Malgré le génocide (…) vous êtes le remède. »
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Nora Barrows-Friedman est rédactrice et éditrice associée à The Electronic Intifada. Elle est l’ autrice de » In Our Power:
US Students Organize for Justice in Palestine » ( Just World Books, 2014 ).
https://charleroi-pourlapalestine.be/?s=nora+barrows
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Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




