Israël continue de tuer alors que de fortes pluies inondent Gaza en plein Ramadan

Israël continue de tuer et de blesser des Palestiniens dans toute la bande de Gaza, et ce, après quatre mois et demi de faux cessez-le-feu, pendant que les matériaux adéquats pour des abris dignes de ce nom, les fournitures de vivres et de médicaments continuent d’être bloqués par Israël et ses partenaires occidentaux.

 

Israël continue de tuer alors que de fortes pluies inondent Gaza en plein Ramadan

25 février 2026. Des Palestiniens déplacés se rassemblent pour leur iftar de rupture de jeunes au milieu des décombres d’immeubles détruits à Gaza. (Photo : Omar Ashtawy / APA images)

 

Nora Barrows-Friedman, 27 février 2026

L’article qui suit provient des infos traitées dans le livestream du 26 février. Vous pouvez suivre l’émission dans sa totalité ici

Une fois de plus, de lourdes pluies ont frappé Gaza cette semaine, inondant des milliers de tentes et laissant des familles entières sans la moindre protection contre les éléments.

Deux Palestiniens ont été tués mercredi soir dans l’est de Deir al-Balah (partie centrale de la bande de Gaza) lors d’une attaque israélienne qui visait des civils, ont rapporté des sources médicales à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa.

Mardi, un Palestinien a été tué lors d’une attaque de drone israélien à Gaza, selon l’agence d’information Wafa.

Le ministère palestinien de la Santé à Gaza dit que, à la date du 25 février, 618 Palestiniens ont été tués et plus de 1 600 blessés depuis l’entrée en vigueur du prétendu accord de cessez-le-feu en octobre dernier.

Cette semaine, dans Middle East Eye, la journaliste et enquêteuse Maha Hussaini rapporte :

« Malgré la relative accalmie des bombardements à grande échelle, les attaques n’ont pas entièrement cessé. Les deux premiers jours du Ramadan, l’armée israélienne a tué deux Palestiniens et en a blessé quatre autres dans la bande de Gaza. »

Hussaini ajoute que, depuis 2023, les Palestiniens de Gaza ont observé le Ramadan en plein affamement imposé par Israël et que,

« ce temps, les forces israéliennes ont tué des centaines de Palestiniens qui attendaient de l’aide à Gaza même, au cours de ce qu’on a appelé les ‘massacres de la farine’ ».

En ce Ramadan, dit-elle,

« les marchés de Gaza rassemblent à la période d’avant la guerre, avec les rayons de nouveau pourvus de marchandises ».

Mais, pour bien des familles,

« ces marchandises restent largement hors de portée, d’un prix inabordable parmi la dévastation quasi totale du secteur économique dramatiquement appauvri de la bande ».

Les Palestiniens sont forcés de passer leurs journées à puiser de l’eau et à ramasser du petit bois pour chauffer leurs tentes-abris et préparer leur nourriture. Fin janvier, 20 pour 100 à peine des 1 500 camions de gaz de cuisson autorisés étaient entrés à Gaza, fait remarquer Hussaini, si bien que les familles dépendent du petit bois, de plus en plus rare, pour cuisiner pendant le Ramadan.

Cette photo, prise par Khames al-Refi, montre une famille qui vit son premier iftar de Ramadan dans les décombres de la mosquée Abbas de Gaza, le 18 février. La mosquée avait été bombardée par Israël au cours du génocide.

 

Refus des évacuations médicales

Israël continue de refuser les évacuations médicales aux patients tant enfants qu’adultes, après quasiment deux ans et demi de génocide et la destruction du système de santé dans tout Gaza et ce, dans le même temps qu’il continue de bloquer l’entrée des médicaments nécessaires, des équipements médicaux et des fournitures qui permettraient de réparer les infrastructures sanitaires vitales.

 

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Le 22 février, le petit Nidal Abu Rabi, deux ans, est mort après avoir attendu un traitement pour une maladie affectant son foie et sa rate. Le reporter Osama Kahlout a enregistré la mère de Nidal, Iman Hamdoun, en état de choc et de profonde tristesse, tenant dans ses bras le petit corps de son fils enveloppé dans des couvertures.

Elle explique que la référence d’évacuation de Nidal était en place depuis trois mois, mais qu’Israël n’avait cessé de lui refuser l’autorisation de sortie de Gaza en vue d’un traitement médical.

« Ma voix est partie avec le nombre d’appels que j’ai faits »,

dit-elle.

« Personne ne s’occupe de moi ou de l’enfant. Aujourd’hui, j’ai perdu mon fils. Je ne veux pas perdre ma fille, en plus. »

Iman Hamdoun dit que sa fille est en traitement à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa pour une maladie rénale et qu’elle a de faibles taux de protéines et d’albumine ; et que chaque fois qu’elle est admise à l’hôpital, sa situation est difficile et on la place sous oxygène.

L’Organisation mondiale de la Santé a déclaré le mois dernier que plus de 18 500 personnes dans la bande de Gaza, dont au moins 4 000 enfants, ont toujours besoin d’être évacuées pour des traitements médicaux indisponibles dans le territoire.

Le ministère de la Santé de Gaza a expliqué que plus de 1 200 patients étaient déjà morts pendant qu’ils attendaient de quitter la bande pour des traitements médicaux urgents.

 

Un rapport concernant le massacre des paramédicaux

De nouvelles preuves ont été publiées cette semaine dans un rapport de 73 pages réalisé par les organisations indépendantes de recherches et investigations Forensic Architecture et Earshot, à propos du massacre de 15 sauveteurs palestiniens à Tel al-Sultan, dans le sud de Gaza, voici près d’un an, le 23 mars 2025.

Au cours de cette attaque, Israël a tué huit secouristes de la Société du Croissant-Rouge de Palestine (SCRP), six de la Défense civile palestinienne et un membre du personnel de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine.

L’armée israélienne a été forcée de modifier à plusieurs reprises son récit de l’embuscade, à la suite de la découverte des corps dans une fosse commune, en même temps que leurs véhicules aplatis, et de l’apparition d’enregistrements vidéo et audio pris par les sauveteurs, rapporte Drop Site. Une enquête interne de l’armée n’a finalement pas requis la moindre action pénale contre les unités militaires responsables de l’attaque.

L’enquête d’Earshot et de Forensic Architecture, dit le rapport,

« propose des preuves détaillées concernant les circonstances de l’incident de Tel al-Sultan, y compris les exécutions extrajudiciaires, le fait qu’un survivant a été forcé de travailler à un check-point militaire israélien et les efforts pour dissimuler, fausser et effacer les preuves concernant l’attaque ».

Certaines des trouvailles comprises dans le rapport révèlent que les soldats israéliens

« avaient pris les secouristes palestiniens en embuscade et qu’ils les avaient soumis à un assaut quasi continu pendant plus de deux heures »,

même si ces soldats n’ont jamais subi le moindre coup de feu.

« Au moins 910 coups de feu ont été renseignés sur trois enregistrements vidéo et audio de l’attaque. »

La grande majorité de ces coups de feu, au moins 844, ont été tirés en exactement 5 minutes et 30 secondes.

 

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Au moins 93 pour 100 des coups de feu enregistrés au cours des premières minutes de l’attaque ont été tirés par les soldats israéliens vers les véhicules de secours et les secouristes, ajoute le rapport.

Et, pendant ce temps, au moins cinq tireurs ont tiré simultanément. Des témoignages suggèrent qu’au moins 30 militaires étaient présents sur les lieux.

De plus, les soldats israéliens

« ont d’abord maintenu leur position de tir à partir du sommet d’une dune, puis ont avancé vers les secouristes tout en continuant de tirer. Au moment où ils les ont rejoints, les soldats se sont déplacés parmi eux et leurs véhicules et en ont exécuté quelques-uns à bout portant, tout au plus à un mètre de distance »,

fait remarquer Drop Site.

Dans les 37 jours qui ont suivi l’attaque, l’un des deux survivants a été détenu sans accusation au camp de détention de Sde Teiman, torturé et interrogé à propos de l’incident.

Et, au cours des jours et semaines qui ont suivi, la zone autour du site du massacre a continué d’être transformée par la mise en place par l’armée israélienne du « corridor de Morag » et par la construction d’un site de distribution d’aide géré par la Gaza Humanitarian Foundation, explique le rapport.

S’adressant à Drop Site, l’ancien fonctionnaire de l’ONU en Palestine, Jonathan Whittall – l’un des membres de l’équipe sur le terrain quand la fosse commune avait été découverte cinq jours après l’attaque et qui avait fourni des preuves à Forensic Architecture et Earshot pour leur enquête – a déclaré :

« Après notre découverte de la fosse commune, le récit des forces israéliennes a été modifié à plusieurs reprises; on nous a servi plusieurs versions d’un mensonge manifeste.

Whittall d’ajouter :

« Les hommes que nous avons retrouvés à Eid l’an dernier étaient des paramédicaux. Nous les avons trouvés dans leurs uniformes, prêts à sauver des vies, tout juste pour se faire tuer par les forces israéliennes pleinement conscientes de leur statut protégé. Ceci illustre un horrible mépris du droit international : Chaque Palestinien dans une zone d’évacuation désignée par Israël est ciblé quel que soit son statut civil. Cela met en lumière le manque absolu de responsabilisation sous lequel ces forces opèrent. »

Les gouvernements internationaux, ajoutait-il,

« continuent d’armer et de faire du commerce avec des dirigeants accusés de génocide, dont les soldats ont massacré des agents de santé et les ont enterrés dans une fosse balisée par la lampe clignotante de l’ambulance qu’ils avaient détruite ».

Mardi, le British Palestine Committee a accueilli un événement de lancement du nouveau rapport au Parlement européen.

 

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Outre le fait d’avoir fourni les conclusions du rapport, les enquêteurs y ont inclus des preuves qu’un avion de reconnaissance britannique avait survolé le site du massacre seulement deux jours après qu’il avait eu lieu.

Le comité et les groupes d’enquête exigent que le gouvernement britannique

« révèle toute prise de vue réalisée durant ce vol, du fait qu’elle pourrait contenir des preuves d’une importance cruciale permettant de traduire les auteurs du massacre en justice pour leurs crimes, en vertu des lois pénales internationales. Les orateurs ont mis en garde en disant que ne pas le faire pourrait équivaloir à une obstruction à la justice ».

 

Les forces israéliennes exécutent des adolescents

En Cisjordanie occupée, les soldats et les colons israéliens ont abattu et tué deux adolescents palestiniens, cette semaine.

Aux premières heures de l’aube, le dimanche 22 février, les forces israéliennes ont tué un adolescent palestinien de 17 ans à Beit Furik, une localité du nord.

Selon Defense for Children International – Palestine (DCI-P), Muhammad Wahbi Abdulaziz Hanani venait de terminer ses prières du soir à la mosquée Zalmout, samedi soir, quand les forces israéliennes ont débarqué dans la zone à bord de lourds véhicules blindés.

« On suppose que Muhammad Hanani et d’autres jeunes Palestiniens ont jeté des pierres en direction des véhicules militaires pendant deux minutes environ avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu, touchant Muhammad à la tête à une distance d’environ 40 mètres », a déclaré DCI-P.

L’organisation de défense des droits d es enfants a également rapporté : « Des soldats se sont précipités sur Muhammad, qui s’était écroulé au sol et ont fouillé la zone avant qu’une ambulance de l’armée israélienne n’arrive sur place et que ses infirmiers militaires ne se mettent à administrer les premiers soins. »

Une ambulance palestinienne est arrivée sur les lieux peu après, mais les soldats israéliens ont empêché l’accès des paramédicaux à l’adolescent blessé. « Après quelques minutes de discussion, les soldats israéliens ont permis aux paramédicaux palestiniens d’administrer les premiers soins sous leur surveillance », a ajouté DCI-P.

L’ambulance palestinienne a transporté Muhammad à l’hôpital gouvernemental Rafidia à Naplouse, mais elle est tombée sur un check-point militaire fermé, ce qui l’a retardée de plusieurs minutes.

Le cœur de Muhammad a cessé de battre dans l’ambulance et les paramédicaux ont pratiqué une réanimation cardiopulmonaire jusqu’au moment où ils ont atteint l’hôpital, où les médecins dans la salle d’opération ont nettoyé la blessure et ont tenté d’arrêter l’hémorragie, mais le décès a été constaté juste après minuit.

Muhammad Hanani est le quatrième enfant palestinien à être tué par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée en 2026, selon les renseignements collectés par DFCI-P. En 2025, les soldats et les colons israéliens avaient tué 56 enfants palestiniens en Cisjordanie occupée.

Le 20 février, des colons israéliens ont abattu et tué Nasrallah Abu Siyam, 19 ans, au village de Mukhmas.

Les colons armés ont envahi le village et attaqué un fermier. Abu Siyam et d’autres habitants sont intervenus pour défendre le fermier et les forces israéliennes sont alors arrivées et ont lancé des gaz lacrymogènes, des grenades incapacitantes et ont tiré à balles réelles.

Un habitant du village, s’adressant à Associated Press, a déclaré : « Quand les colons ont vu l’armée, ils se sont sentis encouragés et se sont mis à tirer à balles réelles. » Il a ajouté que les colons avaient cogné à l’aide de bâtons sur les personnes déjà blessées alors qu’elles gisaient au sol.

Abu Siyam était citoyen américain, né à Philadelphie. Sa famille a demandé des comptes, à propos de son meurtre, et le Département d’État américain a déclaré aux journalistes qu’il « contrôlait prudemment la situation ».

Ailleurs en Cisjordanie, le 23 février, des colons israéliens ont incendié et profané une mosquée du village de Tell, au sud-ouest de Naplouse.

 

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Des colons ont tagué des graffiti racistes sur les murs de la mosquée Abu Bakr al-Siddiq, y compris des slogans comme « tel est le prix à payer » et « vengeance ».

 

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D’autres attaques de colons ont été mentionnées à Susiya, Masafer Yatta, Jérusalem et à Jalud, près de Naplouse.

 

Mise en exergue des revendications

Et, enfin, nous avons voulu mettre en évidence des personnes qui expriment leur joie, leur détermination et leurs revendications un peu partout en Palestine et dans le monde entier.

À Gaza, le photographe Khames al-Refi a saisi des images de Palestiniens accomplissant la première prière Tarawih du Ramadan sur les ruines de la Grande Mosquée de Gaza, bâtie au 7e siècle et grandement détruite lors des attaques israéliennes au cours des tout premiers mois du génocide.

Et, la semaine dernière, le jeune chanteur Mohammad al-Shabrawe s’est promené dans les rues avec ses amis et a chanté une chanson célébrant la fierté et la dignité de Gaza.

 

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« Par amour pour toi, tes habitants sont nobles »,

chante-t-il.

« Oh, notre Gaza qui tient bon, il n’y a pas moyen qu’Israël s’empare de Gaza – ce sont les gens de Gaza qui l’ont dit. Pour ton amour, le siège va être levé. Avec toi, nous mourrons en gardant la tête haute. Nous ressortirons en passant sous le mur. Ce sont les gens de Gaza qui l’ont dit ! »

 

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Publié le 27 février 2026 sur The Electronic Intifada  
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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