Les EU et Israël déclenchent la guerre contre l’Iran alors que le soutien public s’écroule

Lorsque les EU et Israël ont déclenché une guerre totale contre l’Iran, ils l’ont fait au moment où le soutien du peuple américain diminuait fortement. La semaine dernière, un sondage YouGov a découvert qu’un quart à peine des Américains voulaient une guerre contre l’Iran.

 

Samedi 28 février, très tôt, le président américain Donald Trump annonçait l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Samedi 28 février, très tôt, le président américain Donald Trump annonçait l’attaque israélo-américaine contre l’Iran. (photo : @realDonaldTrump via CNP)

 

Ali Abunimah, 28 février 2026

 

Vendredi, une étude Gallup montrait que les sentiments des Américains penchaient de façon décisive vers le peuple palestinien et s’éloignaient d’Israël.

Désormais, 41 pour 100 des Américains sympathisent davantage avec les Palestiniens, alors que 36 pour 100 ont plus de sympathie pour les Israéliens, selon un nouveau sondage Gallup.

Le sondage inverse les conclusions de la firme de l’an dernier et confirme des tendances à long terme.

L’an dernier, un sondage Pew indiquait que plus de la moitié des gens aux États-Unis avaient une image négative d’Israël – une augmentation de 11 pour 100 depuis 2022, selon l’organisation.

 

 

 

Une perte de soutien généralisée

Gallup fait remarquer qu’au cours des 25 années écoulées,

« les Israéliens ont régulièrement maintenu une avance à deux chiffres dans la sympathie des Américains à propos du Moyen-Orient, et l’écart atteignait même 43 pour 100 entre 2001 et 2018 ».

Mais cette avance s’est mise à diminuer plus ou moins à partir de 2019, et la perte considérable de soutien par Israël n’a fait que s’amplifier au cours du génocide israélien – soutenu par les EU – à Gaza.

Aujourd’hui, 57 pour 100 d’Américains sont pour un État palestinien indépendant, selon Gallup, un chiffre proche du plus haut niveau de soutien jamais enregistré par la firme.

Il reste un écart manifeste entre les partisans : un pourcentage impressionnant de 65 pour 100 des démocrates sympathisent davantage avec les Palestiniens, alors que 17 pour 100 seulement sont favorables aux Israéliens.

Le soutien à Israël parmi les républicains reste fort : Ceux qui sympathisent davantage avec Israël culminaient à 87 pour 100 en 2018, mais aujourd’hui ce chiffre est redescendu à 70 pour 100 – le niveau le plus bas depuis 2004.

Selon Gallup, le changement le plus important a eu lieu du côté de ce qu’on appelle les indépendants :

« À 41 pour 100 contre 30 pour 100, les indépendants disent qu’ils sympathisent plus pour les Palestiniens que pour les Israéliens, alors que dans toutes les années précédentes, ils avaient plus de sympathie pour les Israéliens, y compris les 42 pour 100 – contre 34 – de l’an dernier. »

Ces dernières années, un changement générationnel manifeste a émergé, avec les jeunes Américains qui tendent à soutenir les Palestiniens. Mais, comme le fait remarquer Gallup dans son nouveau sondage,

« les Américains de toutes les tranches d’âge ont gagné davantage de sympathie pour les Palestiniens ces dernières années ».

Quoi qu’il en soit, les jeunes Américains restent le premier réservoir de soutien à la Palestine.

« Parmi ceux qui sont âgés de 18 à 34 ans, 53 pour 100 disent qu’ils sympathisent davantage avec les Palestiniens, et c’est la première fois qu’une majorité de cette tranche d’âge exprimait cette opinion »,

selon Gallup.

Dans le même temps, un taux record de seulement 23 pour 100 chez les jeunes adultes sympathisent plus, aujourd’hui, avec les Israéliens.

 

Les démocrates ont préféré le génocide à la Maison-Blanche

L’usure du soutien à Israël devrait façonner la politique – pour autant que la démocratie fonctionne comme on l’enseigne dans les cours de civisme.

Mais le Parti démocratique sous le président Joe Biden a préféré sacrifier ses chances de réélection en 2024 afin de maintenir son soutien au génocide d’Israël bien qu’une majorité écrasante d’électeurs démocrates aient été favorables à un embargo sur les armes.

Une « autopsie » interne de la campagne des démocrates en 2024 aurait conclu que le soutien du parti au génocide de Gaza a joué un rôle majeur dans la perte des élections par sa candidate Kamala Harris.

Le Comité américano-arabe contre la discrimination exige que le parti publie le rapport, faisant remarquer que le groupe de défense avait

« à maintes reprises prévenu qu’un règlement de compte politique serait inévitable si les EU ne mettaient pas fin à leur soutien financier, militaire et diplomatique aux bombardements sans discrimination d’Israël sur Gaza ».

N’empêche que, récemment, le plus important démocrate élu, le sénateur de New York Chuck Schumer, a fait entendre clairement que sa priorité restait de faire en sorte que l’argent et les armes des EU continuent d’affluer vers le régime génocidaire d’Israël.

Il est à remarquer que l’incessant accroissement du soutien de l’administration Trump aux positions les plus extrémistes d’Israël – y compris le soutien par l’ambassadeur Mike Huckabee de l’expansion territoriale israélienne jusqu’à Bagdad et au Caire, ainsi que la reconnaissance par les EU des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée – est plus démocratique : Au moins, il est en phase avec l’avis d’une majorité de républicains, si non avec celui de la plupart des Américains.

Mais même à droite, il y a eu des ruptures sans précédent : Bien des commentateurs, dont le plus connu est Tucker Carlson, expriment non seulement une hostilité ouverte envers Israël, mais commencent timidement à accueillir favorablement les Palestiniens.

 

Le « régime Epstein » fait ce qu’il veut

L’usure du soutien à Israël peut finalement affecter la politique mais l’opposition du public n’a pas empêché le président Donald Trump de lancer une nouvelle guerre américaine.

Trita Parsi, du Quincy Institute, a prétendu que le soutien en baisse à Israël avait poussé Washington et Tel-Aviv à hâter leur attaque.

« Il est malaisé de surestimer l’importance de la chose »,

a commenté Parsi à propos du sondage Gallup organisé la veille de l’offensive conjointe américano-israélienne.

« C’est une raison clé pour laquelle Israël – et ses partisans aux EU – éprouve un sentiment désespéré d’urgence quand il s’agit de la guerre contre l’Iran et de l’annexion de la Palestine. »

« La fenêtre sur ces agressions avec le soutien des EU est en train de se fermer »,

a ajouté Parsi.

Le professeur à l’Université de Téhéran, Mohammad Marandi – qui a pris la parole depuis la capitale iranienne sous attaque – a qualifié l’élite irresponsable responsable de cette attaque de « régime Epstein ».

 

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Publié le 28 février 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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