La CIA estime que la Résistance ne pourra être écrasée

Kit Klarenberg affirme que l’assassinat de Sayyed Ali Khamenei n’a affaibli ni l’Iran ni la Résistance élargie, mais qu’il a au contraire intensifié le conflit régional et consolidé les forces anti-américaines et anti-israéliennes. Le journaliste cite une évaluation de la CIA d’il y a quelque temps et qui mettait en garde contre le fait que, par réaction, les assassinats ciblés entraînaient souvent un surcroît de soutien et de résilience.

 

Avec Sayyed Mojtaba Khamenei comme nouveau guide de l'Iran, la République islamique et tous ses alliés sont pleinement engagés dans la libération si longtemps attendue de la Palestine et ce, par tous les moyens nécessaires.

Avec Sayyed Mojtaba Khamenei comme nouveau guide de l’Iran, la République islamique et tous ses alliés sont pleinement engagés dans la libération si longtemps attendue de la Palestine et ce, par tous les moyens nécessaires. (Photo : Al Mayadeen English ; illutration réalisée par Zeinab el-Hajj)


Kit Klarenberg,
15 mars 202

La guerre israélo-américaine contre l’Iran était censée n’être qu’une frappe éclair de routine, dirigée exclusivement depuis le ciel, d’une durée limitée à quelques jours à peine. Au lieu de cela, Washington et son allié sioniste se sont fourvoyés dans un conflit majeur à plusieurs fronts qui pourrait bien menacer l’existence même de l’Empire. La pièce maîtresse des premiers bombardements aériens américains a été l’assassinat du dirigeant iranien Sayyed Ali Khamenei, le 28 février. Initialement salué par les médias occidentaux comme « l’assassinat du siècle », cet acte ignoble s’est traduit par une catastrophe pour ceux qui l’ont perpétré.

L’incessant pilonnage par l’Iran des centres civils et des infrastructures de l’armée et des renseignements de l’entité sioniste, ainsi que des bases américaines disséminées en Asie de l’Ouest, n’a pas été dissuadé le moins du monde. Des foules immenses ont défilé dans les rues de Téhéran pour exprimer leur deuil vengeur. Leur colère légitime s’est rapidement répandue dans le monde arabe et musulman. Depuis lors, des manifestants furieux se sont violemment heurtés aux forces de sécurité dans plusieurs grandes villes pakistanaises. Entre-temps, Bahreïn vacille au bord d’une révolution totale. Aujourd’hui, Sayyed Mojtaba Khamenei, le fils du guide devenu martyr, a pris la place de son père.

Des citoyens iraniens de toute origine ethnique et religieuse ont bravé les frappes américano-israéliennes pour célébrer son ascension. Perçu communément comme un partisan de la ligne qui entretient des liens solides avec le Corps des gardiens de la révolution islamique, on s’attend un peu partout à ce que le nouveau guide adopte une approche nettement moins conciliante et patiente que celle de son père. Des sources occidentales prévoient que Sayyed Mojtaba pourrait décider la République islamique à « devoir se hâter d’obtenir des armes nucléaires afin de prévenir de futures attaques américaines et israéliennes », et ce, en renversant la vieille fatwa de Sayyed Ali Khamenei qui interdisait leur développement par Téhéran.

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il n’était « pas heureux » de la prise de pouvoir par Sayyed Mojtaba et, de même, les apparatchiks israéliens sont passablement perturbés par cette évolution. Néanmoins, c’était une conséquence inévitable de l’assassinat de l’ancien guide et il n’y a aucune raison de croire qu’agir de la sorte aurait précipité l’effondrement de la République islamique ou abouti à la soumission militaire de Téhéran. Cela soulève une question évidente : Pourquoi Washington et Tel-Aviv ont-ils contribué de leur plein gré à l’ascension d’un dirigeant plus engagé que jamais à chasser l’Empire de l’Asie de l’Ouest ?

De même, les salves extraordinaires du Hezbollah contre l’entité sioniste depuis l’assassinat de Sayyed Khamenei devraient dissiper toute idée, comme celle entretenue obstinément par les chefs politiques et militaires israéliens, que l’organisation a été oblitérée par l’invasion criminelle du Liban par Tel-Aviv en octobre 2024. Cette incursion avait été précédée d’une opération au cours de laquelle les sionistes avaient fait exploser en même temps des milliers de beepers – connectés à des explosifs par des agents du Massad avant leur achat – utilisés par des agents du Hezbollah, tuant et blessant des centaines d’entre eux. Une dizaine de jours plus tard, le secrétaire général de l’organisation, Sayyed Hassan Nasrallah, était assassiné au cours d’une frappe aérienne de l’entité sioniste.

Il est évident que la Résistance ne peut être écrasée via des assassinats de haut niveau. En fait, des actions de ce genre renforcent activement ses membres. Cette réalité inconfortable est bien connue de la CIA depuis au moins 2009. En juillet de cette année 2009, l’Agence avait sorti une évaluation top-secret exposant les avantages et les inconvénients de l’élimination des « cibles de valeur élevée » (HVTs – « High value targets »). Elle avait été préparée avant que, dans ses opérations « contre-terroristes », le chef de la CIA sous Barack Obama, Leon Panetta, ne passe de la capture et de la torture des suspects de haut niveau à leur exécution pure et simple.

L’évaluation concluait que les opérations HVT « peuvent jouer un rôle utile quand elles font partie d’une stratégie de contre-insurrection plus large », et qu’elles « devraient aider les décideurs politiques et les officiers de l’armée impliqués dans l’autorisation ou la planification » de telles frappes.

Toutefois, elle répertoriait les nombreux « effets négatifs potentiels » des assassinats de « haute valeur ». Les derniers assassinats de dirigeants du Hamas et du Hezbollah commis par « Israël » ont été spécifiquement cités comme exemples de la façon dont la stratégie peut se retourner contre ses auteurs de façon spectaculaire. Depuis le 28 février, nous avons vu se concrétiser en temps réel les avertissements de la CIA restés lettre morte.

Au premier plan des répercussions potentielles des opérations HVT figure le risque de voir les assassinats de haut niveau accroître le soutien à une organisation « rebelle ». C’est ce qu’il se passe quand tuer une cible

« [renforce] les liens d’un groupe armé avec la population, en radicalisant les dirigeants restants du groupe rebelle et en créant un vide dans lequel peuvent entrer des groupes plus radicaux encore, et en intensifiant ou désintensifiant un conflit de diverses façons susceptibles d’avantager les rebelles ».

De telles actions peuvent également « [éroder] les ‘règles du jeu’ entre le gouvernement et les rebelles », exacerbant donc « le niveau de violence d’un conflit » :

« les frappes HVT, toutefois, peuvent accroître le soutien aux rebelles, particulièrement si ces frappes renforcent la popularité des dirigeants rebelles, si des non-combattants sont tués lors des attaques, si des hommes politiques légitimes ou semi-légitimes alignés avec les rebelles sont ciblés (…) La cause unificatrice d’un groupe rebelle, des liens profonds avec sa circonscription, ou une large base de soutien peuvent diminuer l’impact des pertes de leadership en assurant un flux régulier de recrues de remplacement. »

L’évaluation de la CIA citait plusieurs exemples historiques de succès HVT supposés. Lorsque les cibles de haut niveau présentent des « profils publics éminents », les assassinats peuvent, dans des exemples spécifiques, éclater un groupe cible. Toutefois, cela n’a pas été le cas avec le Hamas ou le Hezbollah. Les deux « exercent des fonctions para-étatiques, comme la fourniture de services de soins de santé » et c’est ainsi que des dirigeants d’organisations sont bien connus des citoyens de Gaza et du Liban. Pourtant, leur « nature hautement disciplinée, leur réseau de service social et leurs dirigeants respectés de réserve » signifient qu’ils peuvent aisément « se réorganiser » dans le sillage des assassinats.

À ce stade, l’entité sioniste était engagée dans des « meurtres ciblés » contre le Hamas, le Hezbollah et d’autres organisations de résistance et ce, depuis le milieu des années 1990. Toutefois, leurs « structures de commandement décentralisées, leur direction compartimentée, leur solide planning de succession et leurs liens profonds avec leurs communautés » les rendaient « hautement résilients face à des pertes de dirigeants ». Peu dissuasifs, les assassinats de haut niveau de Tel-Aviv se poursuivaient à un rythme soutenu. Au début des années 2000, le fondateur du Hamas, Cheikh Yassin, et le dirigeant du groupe à Gaza, Abdel Aziz al-Rantisi, étaient assassinés. Toutefois, ces assassinats « ont renforcé la solidarité » entre les factions de la Résistance, tout en « [encourageant] le soutien aux dirigeants militants les plus radicaux ».

Les leçons manifestes de cette effusion de sang gratuite sont restées ignorées de l’entité sioniste, une fois qu’a éclaté l’holocauste de Gaza. En juin 2024, le journal de l’élite impérialiste, Foreign Affairs, a publié un rapport intitulé sans la moindre équivoque Hamas Is Winning (Le Hamas l’emporte). Il concluait de façon audacieuse : « L’échec de la stratégie d’Israël rend son ennemi plus fort. » Le journal rappelait également comment, « en fonction des mesures qui importent », le Hamas avait considérablement gagné en ampleur et en puissance par rapport au 7 octobre 2023. « Israël » avait donc trébuché dans une guerre d’usure profondément ruineuse contre « une force de guérilla tenace et meurtrière ».

Il se trouve que la popularité croissante du Hamas auprès des Palestiniens tout au long du génocide de Gaza a favorisé de façon significative « la capacité du groupe à recruter, particulièrement sa capacité à attirer de nouvelles générations de combattants et d’agents ». Cela a donné au Hamas la capacité de lancer des « opérations meurtrières » dans des régions précédemment « nettoyées facilement » par les FOI. Foreign Affairs a accusé l’entité sioniste d’avoir « à son grand détriment » été incapable de comprendre comment « le carnage et la dévastation qu’elle avait déchaînés à Gaza n’avaient fait que rendre son ennemi plus fort ».

Il n’y a pas que le Hamas à avoir été galvanisé par le génocide de Gaza. « Le carnage et la dévastation » semés par « Israël » ont considérablement agrandi les rangs et la résolution de la Résistance tout entière, alors que ses membres constituants ont rapidement gagné les cœurs et les esprits en nombres sans cesse croissants, que ce soit en Asie de l’Ouest ou ailleurs. Les attaques conjointes contre l’entité sioniste ont gagné en intensité et en rythme. Avec Sayyed Mojtaba Khamenei comme nouveau guide iranien, la République islamique et tous ses alliés sont pleinement engagés dans la libération longuement attendue de la Palestine, et ce, par tous les moyens nécessaires.

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Publié le 15 mars 2026 sur Al-Mayadeen
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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