Une experte de l’ONU met en garde contre l’expulsion massive, suite au nouvel ordre d’évacuation israélien

Les opérations militaires israéliennes à Gaza visent à « déporter en masse la majorité de la population civile », a mis en garde un expert indépendant de l’ONU dans les droits humains.

 

Une experte de l’ONU met en garde contre l’expulsion massive. Photo : 22 décembre 2023. Des Palestiniens quittent le camp de réfugiés d’al-Bureij, suite aux ordres d’évacuation israéliens.

22 décembre 2023. Des Palestiniens quittent le camp de réfugiés d’al-Bureij, suite aux ordres d’évacuation israéliens. (Photo : Omar Ashtawy / APA images)

 


Maureen Clare Murphy
, 24 décembre 2023

« Les logements et les infrastructures civiles de Gaza ont été rasés jusqu’au sol »,

a déclaré Paula Gaviria Betancur, la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les personnes déplacées intérieurement.

Cette destruction généralisée empêche

« toute perspective réaliste de retour chez eux pour les Gazaouis déplacés, en répétant une longue histoire de déportation forcée de Palestiniens par Israël »,

a ajouté Paula Gaviria.

Environ 1,9 million de personnes – la grande majorité des 2,3 millions d’habitants de Gaza – ont été déplacées intérieurement depuis le 7 octobre. Les ordres israéliens de transfert forcé ont concentré plus de Palestiniens encore dans des zones déjà de plus en plus surpeuplées.

Vendredi, l’armée israélienne a émis des ordres d’évacuation dans une nouvelle zone couvrant environ 9 km², y compris les camps de réfugiés d’al-Bureij et de Nuseirat.

« Les instructions accompagnant le dossier enjoignent les résidents de gagner immédiatement les abris à Deir al-Balah, qui est déjà surpeuplé, puisqu’il héberge plusieurs centaines de milliers »

de personnes déplacées, a déclaré le Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Aucun endroit n’est sûr, à Gaza, puisqu’Israël a bombardé des zones dont il avait ordonné l’évacuation, ainsi que d’autres dans lesquelles il avait ordonné aux civils de s’installer.

Vendredi, les frappes aériennes israéliennes ont tué 76 Palestiniens de la famille al-Mughrabi, de Gaza même,

« faisant de cette attaque l’une des plus meurtrières de la guerre »,

a rapporté l’agence d’information AP.

Parmi ces tués figuraient Issam al-Mughrabi, qui travaillait pour le Programme de développement de l’ONU, sa femme Lamya et leurs cinq enfants, âgés de 13 à 32 ans.

Au camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, le journaliste de la télévision Mohammed Khalifa et 14 autres personnes ont perdu la vie lors de frappes israéliennes.

On rapporte que plus de 20 000 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre. Plusieurs milliers sont toujours portés manquants, dont de nombreux sont toujours sous les décombres des bâtiments détruits.

 

Rendre le retour impossible

Human Rights Watch a déclaré récemment que l’armée israélienne, en fait, « entreprend des actions qui rendent tout retour impossible » pour les Palestiniens déplacés.

L’organisation, qui siège à New York, a publié des images par satellite montrant que les terres agricoles qui étaient couvertes de verdure à la mi-octobre avaient été détruites, à la date du 24 novembre.

 

Le fait de raser des terres arables et des vergers à Gaza ne fera qu’exacerber la situation économique déjà catastrophique du territoire, qui a déjà été soumis à 16 années de blocus, avant l’actuelle offensive israélienne.

L’effondrement des systèmes alimentaires de Gaza aggrave l’insécurité alimentaire au point que les Palestiniens sont confrontés à la famine.

Entre-temps, Israël cible et détruit systématiquement le système des soins de santé de Gaza.

Une analyse publiée dans The Washington Post a estimé que

« Israël avait mené sa guerre à Gaza à un rythme et à un niveau de dévastation qui dépasse très vraisemblablement n’importe quel conflit récent ».

Le journal a également estimé qu’Israël

« a dirigé des frappes aériennes répétées et très larges à proximité des hôpitaux qui, selon les lois de la guerre, sont pourtant censés bénéficier d’une protection spéciale ».

À la date de vendredi, seuls 9 des 36 hôpitaux de Gaza fonctionnent partiellement. Tous sont situés dans le sud, rapport l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Des images par satellite

« ont révélé des douzaines de cratères apparents à proximité de 17 des 28 hôpitaux du nord de Gaza,”

a fait savoir The Washington Post. Dix de ces cratères

« suggéraient l’utilisation de bombes de 2 000 livres (900 kg), les plus grosses dont on se sert habituellement », a ajouté le journal.

Léo Cans, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) en Palestine, a été cité par le Post, disant qu’il y avait une campagne israélienne planifiée « dont le but est de fermer tous les hôpitaux dans le nord ».

Des experts ont dit sur CNN que l’usage répandu de « bombes stupides » (non guidées) à Gaza

« contredit l’affirmation des Israéliens disant qu’ils essaient de minimiser le nombre de victimes civiles ».

 

La « Nakba 2023 »

Le ministre israélien de la défense et le porte-parole de l’armée ont déclaré respectivement que « Gaza ne sera plus jamais la même » et « nous nous concentrons sur ce qui provoque un maximum de dégâts ».

Selon une convention de 1948, le génocide comprend des actes qui imposent délibérément à un peuple

« des conditions de vie calculées pour provoquer sa destruction physique en tout ou en partie ».

Avi Dichter, ancien chef de la police secrète d’Israël (le Shin Bet) et ministre au sein du cabinet sécuritaire, a dit des ordres d’évacuation qu’ils allaient assurer le « déploiement de la Nakba de Gaza ». La guerre d’Israël se terminera par la « Nakba de Gaza 2023 », a-t-il ajouté.

La Nakba – catastrophe, en arabe – n’est autre que le nettoyage ethnique de la Palestine effectué par les forces sionistes entre 1947 et 1949.

Bezalel Smotrich, le ministre israélien des finances (d’extrême droite), et Danny Danon, un député du parti Likoud de Benjamin Netanyahou, dont partie des nombreux hommes politiques du pays préconisant une « immigration volontaire » à partir de Gaza.

Israël a également déclaré son intention d’établir des zones tampons qui cliveraient le territoire déjà étroit de la bande de Gaza et qui seraient susceptibles d’empêcher les Palestiniens de cultiver les terres les plus fertiles du territoire dans toute la périphérie.

Le plan d’Israël consistant à pomper de l’eau de mer et à déverser celle-ci dans les tunnels supposés n’est autre qu’une tentative délibérée en vue de rendre le territoire inhabitable, tout en détruisant les sites historiques de l’héritage culturel, estime l’organisation palestinienne des droits humains, Al-Haq.

L’organisation de recherche britannique, Forensic Architecture (architecture d’investigation) a renseigné des pompes à eau nouvellement installées sur l’important site archéologique, aujourd’hui détruit en grande partie, qui se trouve au camp de réfugiés d’al-Shati (Beach Camp) à Gaza et qui remonte à l’âge du fer.

 

Le rôle de Biden

Les EU, largement perçus comme un partenaire à part entière de la campagne militaire israélienne, prétendent s’opposer à toute mesure qui réduirait les dimensions de Gaza.

Mais les déclarations de l’administration Biden en soutien de l’intégrité territoriale de Gaza et de la sécurité de ses civils sont contredites par le soutien matériel et diplomatique qu’elle fournit à Israël.

Washington a levé pratiquement toute restriction à l’accès d’Israël aux armes américaines stockées dans le pays afin d’être utilisées dans des conflits régionaux et, dans le même temps, les EU se sont opposés aux appels de cessez-le-feu du Conseil de sécurité des Nations unies.

Joe Biden, qui, en de multiples occasions, a admis la nature « indiscriminée » des bombardements israéliens à Gaza, s’est retrouvé sous pression de la part des représentants de son propre parti qui cherchent une plus grande transparence dans la fourniture d’armes de Washington à Israël.

Biden et ses secrétaires aux Affaires étrangères (= secrétaire d’État) et à la Défense sont poursuivis en justice par les Palestiniens en raison de leur incapacité à empêcher le génocide qui se déroule à Gaza et de leur complicité dans la perpétration de ce même génocide.

Pendant ce temps, les soldats israéliens ont enregistré de multiples vidéos les montrant occupés à célébrer la destruction au moyen d’explosifs des infrastructures civiles de Gaza :

Les forces israéliennes font sauter une école de l’URRWA dans le nord…

 

L’armée israélienne fait sauter plus de 50 bâtiments…

 

Un soldat israélien dédicace à sa fille une explosion à Gaza…

 

“C’est ce qui s’est passé lors de la Nakba en 1948. C’est exactement le même scénario. Les Israéliens ont d’abord chassé les Palestiniens en commettant des atrocités et des meurtres de masse. Ils ont ensuite démoli les villages et construit des colonies sur les ruines. Puis ils ont nié que les Palestiniens aient jamais été là ou qu’ils aient jamais existé.”

*****

Maureen Clare Murphy est rédactrice en chef de The Electronic Intifada.

                                        ******
Publié le 24 décembre 2023 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine


NDLR : Afin de pouvoir lire les “tweets” et vidéos repris dans l’article, ouvrez un compte X (ancien Twitter)

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...