Les EU et Israël ont-ils mésestimé l’Iran ?
Une semaine après que les EU et Israël ont lancé leur guerre d’agression, le président iranien Massoud Pezechkian délivrait un message de défi à l’adresse des agresseurs et de conciliation à celle des voisins de l’Iran alliés aux EU.
« L’idée que nous pourrions nous rendre sans condition est un vœu qu’ils devraient emporter dans la tombe »,
a déclaré Pezechkian samedi dans un discours enregistré sur vidéo.

Le 5 mars 2026, pour la première fois, les forces iraniennes lancent des missiles balistiques Khorramshahr-4 en direction d’Israël. On dit que ce missile à moyenne portée est capable de transporter une charge utile importante sur une distance allant jusqu’à 2000 km, ce qui place à leur portée Israël et les bases américaines dans la région. (Photo : SalamPix / Abaca / Sipa USA)
Ali Abunimah, 7 mars 2026
La veille, le président américain Donald Trump avait exigé la « reddition inconditionnelle » de l’Iran.
Mais le dirigeant iranien a exprimé ses regrets que, dans le cadre de leur auto-défense, les forces armées de l’Iran soient forcées d’attaquer les États arabes voisins.
Il a dit que le conseil de direction de l’Iran avait décidé la veille qu’il n’y aurait pas d’autre action militaire contre les pays voisins sauf si leur territoire devait servir à attaquer l’Iran.
« Nous n’avons aucune intention d’agression contre les pays voisins, de même que nous avons dit et répété maintes fois qu’ils sont nos frères »,
a déclaré Pezechkian, réitérant un message que Téhéran n’avait cessé d’exprimer.
« Si nous avons des désaccords, il vaut mieux pour nous que nous nous asseyions et que nous les résolvions nous-mêmes, mais ne devenez pas le jouet d’Israël et de l’Amérique »,
a mis en garde Pezechkian.
L’Iran signale aux populations des pays voisins qu’ils ne sont pas ses ennemis, mais que leurs dirigeants les ont placés sur la ligne de feu – militairement et économiquement.
Pezechkian peut également vouloir accentuer les dissensions signalées entre les régimes du Golfe alignés sur Washington mais craignant les conséquences d’une guerre prolongée.
Les responsables des pays du Golfe font déjà savoir qu’ils pourraient réduire leurs investissements massifs dans les pays occidentaux.
J’ai parlé des répercussions mondiales de la guerre – et du contexte historique de l’hostilité de l’Occident envers l’Iran – dans une partie du livestream de The Electronic Intifada de cette semaine.
L’impact a été immédiat. Le Qatar a invoqué la force majeure à propos des expéditions de gaz naturel liquéfié, les prix européens du gaz ont monté en flèche et les sociétés de logistique du monde entier suspendent leurs opérations dans la région du Golfe.
Le flux de pétrole à travers le détroit d’Ormuz – un cinquième de l’offre mondiale – s’est arrêté net.
Les chaînes d’approvisionnement sont déjà gravement perturbées après à peine quelques jours de conflit. Vous pouvez visionner la vidéo qui suit :
Une grave erreur de calcul
Il s’avère que la stratégie sous-tendant l’offensive américano-israélienne repose sur un fantasme familier : que le fait d’assassiner le guide de l’Iran l’ayatollah Ali Khamenei et de lancer une campagne de bombardement de choc et de terreur allait déclencher l’effondrement de l’État iranien ou un soulèvement populaire contre le gouvernement. Rien de tout cela ne s’est produit.
En lieu et place, les villes d’un peu partout en Iran ont assisté à des manifestations massives pour pleurer Khamenei et réclamer vengeance.
Des vidéos circulant dans le pays montrent des foules scandant en soutien des forces armées – même alors que plus de 1 200 civils ont été tués et des milliers d’autres blessés dans les attaques américano-israéliennes, d’après le ministère iranien de la Santé.
An Iranian woman angrily says:
“We stand here to the very last drop of our blood. We won’t submit to neither submission nor negotiations. We’re only here to avenge our leader, only this!
They have to pay! And they have to pay with their blood. We’re the children of Seyyed Ali.… pic.twitter.com/kbRR57KRYt
— Arya Yadeghaar (@AryJeay) March 6, 2026
For 6 consecutive nights, without a stop, Iranian people have come outside to express their anger towards the US/Israel for killing their leader.
They demand harsh revenge.
It’s currently almost midnight in Iran, and people are still outside. pic.twitter.com/g3NXETvmsn
— Arya Yadeghaar (@AryJeay) March 6, 2026
#BREAKING
Thousands of Iranians filled the streets of Sabzevar, waving Iranian flags and chanting in support of their country, denouncing the US-Israeli war against Iran. pic.twitter.com/C0d7aKlqCS— Tehran Times (@TehranTimes79) March 6, 2026
Trump a lancé la guerre sans le soutien du public américain et l’opposition ne va sans doute que croître quand les coûts humains et économiques vont se mettre à grimper. Son attaque contre l’Iran provoque une opposition sans précédent – spécialement à droite – à l’influence israélienne sur la politique américaine.
Cela révèle également d’autres aspects de sa politique.
Vendredi, l’Indonésie a annoncé qu’en raison de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, elle suspendait sa participation au prétendu Comité de paix de Trump.
On s’attendait à ce que le pays à majorité musulmane le plus peuplé au monde contribue par un envoi de troupes à une « Force internationale de stabilisation » dont Trump espère qu’elle va aider à assurer le contrôle de Gaza. Mais la vindicte populaire à propos de la guerre force les dirigeants indonésiens à reconsidérer la chose.
Malgré le fait que la guerre sera onéreuse pour tout le monde, il semble que l’Iran soit mieux préparé à une guerre longue que ne le sont les États-Unis ou Israël.
L’Iran a également des raisons stratégiques de ne pas arrêter avant d’avoir prélevé un tribut suffisamment élevé auprès des pays qui ont lancé l’agression, en assurant une véritable dissuasion contre les attaques futures.
Pour l’Iran, la sécurité à long terme peut se traduire par chasser une fois pour toutes l’armée américaine de la région – tel est l’objectif stratégique derrière sa réponse.
L’Iran détruit des systèmes de radar
Dans un message sur les médias sociaux, Trump prétendait que le discours de Pezechkian signifiait que l’Iran avait
« capitulé devant ses voisins du Moyen-Orient et promis qu’il ne leur tirerait plus dessus »,
et il attribuait cette évolution à l’effet de
« l’incessante attaque américaine et israélienne ».
À la suite des remarques de Pezechkian et de la réponse de Trump, l’Iran a lancé de nouvelles attaques de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn et les Émirats arabes unis – tous des pays où les États-Unis entretiennent des moyens militaires et diplomatiques.
La promesse de l’Iran de ne pas attaquer les pays voisins – à moins que lui-même ne soit attaqué depuis leur territoire – pourrait ne pas avoir grand-chose d’une concession. Les États-Unis continuent d’opérer à partir de ces pays et l’Iran peut déjà avoir atteint des premiers objectifs militaires clés.
Les frappes de l’Iran auraient infligé d’importants dégâts aux systèmes de radar américains et israéliens dans la région.
Des observateurs suggèrent que les dégâts infligés aux radars à longue portée sont la raison pour laquelle, vendredi, l’armée israélienne a diffusé à l’attention du public israélien des avertissements bien plus courts que d’habitude sur l’arrivée de missiles.
J’ai également remarqué que, vendredi soir à Amman, la capitale de la Jordanie, les sirènes n’ont pas retenti comme d’habitude lors de trois frappes de missiles iraniens dirigées sur Israël. Les sirènes ont à nouveau fonctionné samedi.
Toutefois, ce même samedi, l’armée israélienne a déclaré qu’elle ne pouvait plus garantir les avertissements préalables qu’elle envoie sur les téléphones mobiles israéliens.
L’Iran est sous-estimé
Les responsables militaires américains et israéliens pourraient très bien avoir sous-estimé les capacités de l’Iran, selon le professeur du MIT, Theodore Postol.
Postol affirme que les vidéos de lancements de missiles diffusées par l’Iran indiquent qu’il pourrait disposer de lanceurs souterrains indétectables disséminés dans ses vastes déserts – ce qui rend absurdes les prétentions américaines et israéliennes d’avoir entravé les capacités de l’Iran en prétendant avoir détruit ses lanceurs mobiles.
Les systèmes antimissiles américains et israéliens sont bien moins efficaces que ne le prétend leur publicité, selon Postol, et, quoi qu’il en soit, les stocks de munitions prévues pour ces systèmes seraient dangereusement bas.
John Elmer, de The Electronic Intifada, soulève des remarques similaires dans son analyse des premiers jours de la guerre.
Si la guerre bascule nettement en faveur de l’Iran, une perspective terrifiante serait qu’Israël, voire les États-Unis, pourrait recourir à l’arme nucléaire contre l’Iran. L’analyste de la CIA, Ray McGovern, a suggéré qu’Israël pourrait le faire « in extremis ».
Massacres israéliens au Liban
Dans mon analyse lors du livestream, j’ai affirmé que l’entrée en guerre du Hezbollah était absolument inévitable.
Pour l’Iran, il s’agit d’un combat existentiel. Après des décennies de sanctions, de sabotages, d’assassinats et de déstabilisation sous le manteau, Téhéran est désormais confronté au point culminant d’une longue campagne de changement de régime poursuivie par Washington et ses alliés depuis la révolution de 1979.
Cela en fait également un combat existentiel pour le Hezbollah – une organisation autochtone de résistance libanaise qui bénéficie d’un très important soutien de la part de l’Iran.
Le Hezbollah a sans doute calculé que s’il ne se joint pas au combat maintenant, il risque de tout perdre. Si l’Iran devait être vaincu, Israël et même les États-Unis lanceraient presque certainement une guerre pour liquider complètement le Hezbollah.
Ses dirigeants peuvent avoir considéré que prendre l’initiative constituait le cours le moins risqué.
Comme d’habitude, Israël réagit en châtiant les civils. Jeudi, au moins 83 000 personnes avaient été déplacées quand Israël avait bombardé le Sud-Liban.
Au moins 41 personnes ont été tuées durant un raid nocturnes de commandos israéliens contre Nabi Chit, un village libanais dans l’est de la vallée de la Bekaa.
On rapporte que les combattants de la résistance se sont opposés aux agresseurs et le Hezbollah a également déclaré qu’il avait affronté des forces israéliennes tentant de s’infiltrer au Liban en passant par la Syrie.
Plus de 200 personnes ont été tuées au cours des attaques israéliennes contre le Liban.
Pas de fin en vue
Après une semaine de guerre, l’administration Trump souhaite « qu’on n’en soit qu’au début » des combats et elle menace même de faire intervenir des troupes terrestres.
Mais ce qu’on appelle souvent « l’Amérique profonde » s’avère bien moins enthousiaste à propos d’une guerre sans fin aux objectifs mal définis et que les États-Unis semblent mal préparés à mener.
Un rapport classé du Conseil national des renseignements, terminé fin février,
« a estimé que même une offensive américaine à grande échelle contre l’Iran serait sans doute incapable de renverser l’establishment militaire et clérical bien implanté de la République islamique »,
a révélé The Washington Post samedi, citant trois personnes bien au courant du contenu de ce rapport.
« Aujourd’hui, l’Iran va être très fortement frappé ! »,
écrivait Trump dans son dernier message glaçant.
« Sont à l’étude sérieuse en vue d’une destruction complète et d’une mort certaine, en raison du mauvais comportement de l’Iran, des zones et des groupes de personnes qui n’étaient nullement envisagés pour être ciblés jusqu’à ce moment précis. »
Pour l’instant, la fin n’est pas en vue.
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Publié le 7 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




