Déclaration des organisations de résistance populaire et d’action communautaire au Liban
Les organisations de résistance populaire et d’action populaire du Liban affirment le droit des peuples à résister et à défendre leur terre et leur souveraineté.

Photo : Haytham Moussawy
Nous approchons du trentième mois de la guerre génocidaire au Liban et en Palestine menée par l’entité sioniste sous les auspices américains et avec le soutien absolu d’une communauté internationale complice des tueries et des tentatives d’anéantissement perpétrées à notre encontre.
En Palestine, en Syrie et au Liban, nous assistons, sous les regards du monde entier, à l’expansion de l’occupation sous toutes ses formes, pendant que les nations, dont notre propre gouvernement, s’entendent pour criminaliser le droit des peuples à résister et à déterminer leur propre destinée, au lieu de s’unir pour tenir l’occupation responsable et la désarmer en vue de renverser et d’éradiquer son système expansionniste et colonial de peuplement. Ces pratiques ne se limitent pas au seul Machrek (« Levant », par opposition à Maghreb, « Couchant » – NdT), mais constituent plutôt un modèle despotique selon lequel l’empire hégémonique tente de criminaliser la résistance et les mouvements politiques de libération qui s’opposent au génocide et défendent la terre.
Durant la période faussement définie comme « cessez-le-feu » – un accord unilatéral entre la Palestine et le Liban qui a posé la base de l’expansion – l’entité sioniste a lancé plus de 15 000 attaques aériennes, terrestres et maritimes contre nous, au Liban, attaques qui se sont traduites par 397 martyrs et au moins 1 102 blessés. Entre-temps, sous les diktats des États-Unis, les priorités du gouvernement se sont concentrées à attaquer les familles des combattants de la résistance, à tenter de les désarmer et à essayer d’imposer des lois qui priveraient les habitants de leurs ressources, héritages et données personnelles, préparant ainsi la voie aux sociétés multinationales, l’un des instruments clés de l’occupation.
Avant l’actuelle escalade, les attaques avaient déjà eu pour conséquence le martyre de plus de 4 000 personnes, dont 316 enfants et 790 femmes. Les femmes et les enfants constituaient plus d’un quart des victimes, dont 51 pour 100 étaient des personnes jeunes. Ces attaques avaient également ciblé 11 journalistes. Avec 222 travailleurs des soins de santé tués et 330 autres blessés, 158 ambulances et 57 camions de pompiers avaient été bombardés et quelque 90 076 bâtiments endommagés, dont 23 489 détruits. Des postes de l’armée libanaise, des bâtiments municipaux et des hôpitaux avaient été visés (8 de ces hôpitaux avaient été contraints de fermer leurs portes et 38 autres avaient été endommagés). Des hommes de la défense civile et du personnel municipal avaient été ciblés, particulièrement au centre de défense civile à Baalbek (13 tués), outre les travailleurs et les bâtiments municipaux. Le nombre de prisonniers libanais est estimé à 22 (dont 11 arrêtés lors de l’invasion terrestre de 2024). La semaine dernière, au début de l’escalade actuelle, Israël a tué 268 personnes et provoqué de nouvelles destructions. Plus de 500 000 personnes ont été déplacées du Sud, de la Bekaa et des faubourgs. Elles ont un besoin urgent d’abris, de vivres, d’eau et d’autres services, au vu de la répugnance de l’État à dépenser de l’argent pour aider le peuple.
Parallèlement à l’extermination des personnes et à la destruction de leurs modes de subsistance, la destruction systématique de l’environnement s’est traduite par l’incendie d’environ 10 800 hectares (108 millions de mètres carrés) à cause des obus au phosphore et des frappes aériennes dévastatrices. En outre, plus de 47 000 vieux oliviers ont été détruits, brûlés ou volés et 134 hectares d’oliviers, 48 hectares de citronniers et 44 hectares de bananiers ont été endommagés. Vingt-six stations publiques de pompage d’eau ont été détruites et les stations d’Al-Wazzani et de Maysat ont été mises hors service, privant ainsi 150 000 personnes d’eau. Les pertes dans le secteur de l’eau et de l’irrigation sont estimées à entre 171 millions et 356 millions de dollars.
Pendant ce temps, l’ennemi a détruit 18 millions de mètres carrés (1800 hectares) de forêts et de bois (chênes, chênes verts, etc.) et a contaminé la terre à l’aide de divers polluants toxiques et mortels en pulvérisant des herbicides et autres substances chimiques et biologiques inconnues. Ces polluants détruisent l’écosystème et rendent la terre impropre à l’agriculture pendant de nombres années.
Comme d’habitude, des initiatives populaires et communautaires se sont mises à mobiliser afin d’apporter de l’aide et de faire preuve de solidarité. Alors que cette approche humanitaire est d’une importance cruciale et contraste fortement avec le sectarisme qui a déformé la société libanaise, il est impossible d’ignorer le fait que la position de l’actuel gouvernement non seulement conforme sa rhétorique aux diktats des puissances coloniales du passé et d’aujourd’hui, mais s’y conforme également sans question ni considération pour l’intérêt national et le droit des citoyens libanais à repousser ces attaques en cours. C’est essentiel pour sauvegarder leur existence et la vie et la sécurité de leurs êtres chers et pour préserver leur droit à une existence sans crainte d’un ennemi brutal qui commet ses atrocités en toute impunité.
Et, aujourd’hui, l’ennemi se prépare à occuper le Liban, en commençant par le Sud, la vallée de la Bekaa et les faubourgs sud de Beyrouth, qui subissent de plein fouet les destructions et les massacres quotidiens. Cette opération a lieu dans le contexte d’une guerre acharnée menée contre l’Iran et son peuple par l’ennemi sioniste allié aux États-Unis, dont l’administration fasciste déclare quotidiennement son intention de contrôler le monde et d’user d’une violence excessive contre tous ceux qui n’adopteront pas son leadership et sa supériorité raciste, et elle nous prévient d’un retour aux pires époques du colonialisme et de l’oppression.
Cette guerre se déroule parallèlement à des tentatives de restructuration de l’économie politique du pays de façon qui approfondira la dépendance et l’inégalité. La crise économique et la destruction en cours sont utilisées pour accélérer la restructuration néolibérale, la privatisation des ressources publiques et le transfert de richesse dans les mains des élites domestiques et des sociétés multinationales.
Dans sa première année, le gouvernement libanais, qui a été nommé de façon flagrante par les ambassades et les émissaires occidentaux, s’est mis à proposer une série de lois qui allaient piller les ressources du pays, son héritage agricole et son équilibre écologique au profit de sociétés multinationales responsables de l’effondrement des systèmes alimentaires à l’échelle mondiale. Il a adopté une politique de punition collective à l’encontre des habitants des zones ciblées par l’occupation, les privant des ressources nécessaires à la relance et à la reconstruction. Sa soumission aux puissances coloniales, semble-t-il, ne pourrait se terminer avec la décision récente visant à criminaliser la résistance et à criminaliser en effet le droit des habitants à se défendre face aux institutions de l’État, dont l’armée, qui ne remplit en aucun cas ses devoirs suite à un ordre officiel des autorités. Cette criminalisation s’accompagne d’une guerre médiatique organisée se faisant l’écho de la propagande israélo-américaine contre le droit à l’autodéfense et à l’autodétermination, en employant une inacceptable rhétorique raciste, sectaire, de classe, prônant l’exclusion et semant la division.
À l’instar de précédents moments de crise, les travailleurs du Liban, les petits agriculteurs, les communautés déplacées et les gens pauvres des villes supportent le coût écrasant de la guerre, du déplacement et de la reconstruction, tandis que les élites politiques et les acteurs financiers cherchent à réorganiser l’économie de façons qui préservent leur pouvoir, à moins qu’ils ne la confient à l’occupation.
Dans ce contexte, en nous appuyant sur notre foi solide dans les droits appartenant aux peuples, y compris le droit à l’autodétermination et le droit à la résistance, et au vu des tentatives extérieures et intérieures de forcer la société à se rendre et à accepter l’hégémonie sioniste sur la région, nous, les organisations de résistance populaire et d’action populaire du Liban, affirmons les principes suivants :
● Le droit des peuples à résister et à défendre leur terre et leur souveraineté, en tant que droit humain inhérent et naturel, est inscrit et garanti par les conventions et traités internationaux, dont les plus connus sont la Charte de l’ONU et les accords concernant les droits des peuples à l’autodétermination. Notre exercice de ce droit est une incarnation de ces principes juridiques, qui ne sont en aucun cas dépendants de l’interprétation ou de l’abrogation de qui que ce soit.
● Nous déclarons notre rejet catégorique des actuelles mesures et pressions exercées par le régime, qui tendent à restreindre ou contourner ce droit légitime. La protection de la souveraineté nationale ne se fera pas via un retrait, mais plutôt via une adhésion à des droits historiques et légaux.
Par conséquent, nous lançons un cri collectif et un appel urgent aux gens de la terre, à tous les habitants du Liban et à toutes les personnes éprises de liberté sur cette terre, pour qu’ils entreprennent immédiatement des actions en soutien de cette position et en s’opposant au projet du gouvernement, de l’empire et de l’occupation. Nous devons répertorier les violations et résister au black-out des médias et aux campagnes de désinformation auxquelles sont soumis les gens de la terre quand ils résistent et qu’ils défendent cette même terre et leurs droits légitimes. Mobilisons dans le monde entier afin de rejeter la mécanisation des systèmes génocidaires qui s’unissent partout où nous voulons démanteler le système expansionniste et colonial de peuplement qui cherche à dominer notre planète. Cela peut se faire en organisant des manifestations et des sit-in en face des ambassades de la puissance occupante et des États complices, et ce, afin d’amplifier la voix de la résistance populaire en lançant de vastes campagnes de pétition afin d’affirmer le soutien populaire au droit de défendre la terre, en se dressant en solidarité avec nos personnes déplacées et en affrontant l’assaut impérialiste par tous les moyens nécessaires.
En rejetant tout compromis à propos de notre droit à l’autodétermination, nous affirmons notre engagement à poursuivre cette lutte en nous appuyant sur la conscience et la solidarité du peuple quand il s’agit de protéger ce qu’il reste de notre souveraineté nationale et de notre dignité. Il est temps pour les peuples du monde entier qu’ils soient libérés de l’empire et que soit restaurée la souveraineté de tous les peuples de la terre !
Beyrouth, 9 mars 2026
Signataires
Agricultural Movement in Lebanon (Mouvement agricole du Liban)
Socio-Economic Action Collective (SEAC) (Collectif d’action socioéconomique (CASE))
Arab Network for Food Sovereignty (Réseau arabe de la souveraineté alimentaire)
Cartography of Darkness (Cartographie des Ténèbres)
Seed In A Box (La semence dans une boîte)
Free Palestine Front (Front Libérez la Palestine)
Tafkeek
Sikka Saida
Development Movement (Mouvement du développement)
Deyer Men Dar
Siyada Network: for a popular sovereignty over food systems and resources (Réseau Siyada pour une souveraineté populaire sur les systèmes et ressources alimentaires)
Aatma
Agricultural Committee in Bakhoun Municipality – Al-Miniyeh-Diniya District (Comité agricole de la Municipalité de Bakhoun – District d’Al-Minihey-Diniya)
Bladi Khadra
Cultural Club of The South -AUB (Club culturel du Sud – AUB)
People’s Movement (Mouvement du Peuple)
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Publié le 10 mars 2026 sur Al Akhbar
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine
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