Israël impose un blocus draconien de Gaza pendant le Ramadan
Israël a maintenu son blocus draconien à tous les passages, sauf un, d’entrée et de sortie de Gaza depuis que les attaques américano-israéliennes contre l’Iran ont commencé, le 28 février

Nora Barrows-Friedman, 13 mars 2026
Le texte qui suit est un condensé des informations communiquées lors du livestream du 12 mars. Vous pouvez voir l’émission au complet ici.
Cette semaine, les forces israéliennes ont tué des enfants et des adultes palestiniens à Gaza tout en soumettant tous les passages frontaliers, sauf un, à un blocus total. Une infime partie de l’aide humanitaire a pu entrer dans l’enclave.
Mercredi dernier, dans la soirée, des avions de combat israéliens ont bombardé un camp de familles déplacées de force dans la partie est de la ville de Gaza. Le photographe Saber Nuraldin a saisi l’instant précis où une frappe aérienne touchait le camp.
Le journaliste Mahmoud Shalha a enregistré l’impact de la frappe directement après.
🚨BREAKING | Israeli occupation warplanes strike a camp for forcibly displaced Palestinians in western Gaza City, as a journalist on the ground documents the moment of impact. The footage captures the immediate aftermath as the missile hits the area where displaced families had… pic.twitter.com/T0OFV80V0M
— Translating Falasteen (Palestine) (@translatingpal) March 11, 2026
Plus tôt, mercredi, Israël a tué un homme de 40 ans, Basel Mahmoud Abu Warda, lors d’une frappe de drone dans l’ouest de la ville de Gaza. Le photographe Mohammed al-Qumsan a filmé sur les lieux un homme de la défense civile qui a parlé de la victime, dont le corps, selon lui, avait été disloqué en plusieurs morceaux. Il a expliqué que les secouristes avaient réuni les diverses parties du corps dans une caisse et dans un sac.
« Voilà à quoi ressemble le Ramadan pour nous »,
a dit l’homme de la défense civile, ajoutant que plusieurs passants avaient été blessés, dont des enfants.
Le 10 mars, l’agence d’information locale Wafa a rapporté que l’aviation israélienne avait ouvert le feu sur des Palestiniens qui se trouvaient sur une terre agricole de la zone d’al-Zawayda, dans le centre de Gaza, blessant au moins deux de ces personnes.
Lundi 9 mars, les forces israéliennes ont bombardé un campement de tentes dans la même zone du centre de Gaza, tuant deux femmes, Nour al-Shalalfah et Amal Shomali, ainsi qu’une fillette de 12 ans, Salsabeel Farraj.
Amal Shomali, 46 ans, était mère et correspondante au service de Qatar Radio.

Amal Shomali
Le bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré qu’avec la mort de Shomali, le nombre de journalistes et de travailleurs des médias tués depuis octobre 2023 était désormais de 261.
Les proches d’Amal Shomali, dont sa jeune fille, se sont lamentés sur sa dépouille quelques heures plus tard. La journaliste Salma Kaddoumi a réalisé la prise de vue.
Trois Palestiniens ont été tués et plusieurs autres blessés le 8 mars dans l’ouest de la ville de Gaza, à proximité de l’Université Al-Azhar, lorsqu’une voiture circulant dans la zone a été touchée par une frappe israélienne.
Les photos horribles montrent deux corps très sévèrement brûlés, dont un gît au sol sur le ventre, avec une traînée de sang qui coule vers la rue sur plusieurs mètres.
Le journaliste Musab al-Shareef a filmé des proches et des êtres chers en pleurs sur le corps de l’une des victimes à la morgue de l’hôpital Al-Shifa.
Le 7 mars, Israël a tué Ahmed al-Qudra dans une frappe de drone à Khan Younis, alors qu’il revenait de la crèche en compagnie de sa gamine de 4 ans, Julia.

Ahmed al-Qudra et sa fille Julia
Julia a été grièvement blessée dans la frappe qui a tué son père sur le coup et, après que les médecins de l’hôpital ont tenté de la garder en vie pendant deux jours, elle est décédée elle aussi.
Le journaliste Hani Al-Shaer a photographié le corps de la petite Julia, pleurée par ses proches et enveloppée dans un linceul, vêtue de ses nouveaux habits de l’Eid, y compris un nouveau bracelet brillant qui a été placé au-dessus de son corps. Elle aurait pu le porter à la fin du Ramadan.
Le 6 mars, un adolescent de 13 ans a été tué.
Ismail Zuheir Aqel Abdul-Rahman a été abattu et tué par une balle israélienne dans la ville de Beit Lahiya, dans le nord de Gaza. Cette photo a été obtenue par l’auteur Mosab Abu Toha auprès de l’oncle du garçon :

Depuis l’entrée en vigueur du faux cessez-le-feu, en octobre 2025, au moins 650 Palestiniens ont été tués et plus de 1 730 blessés, à la date du 11 mars, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Un blocus draconien
Israël a maintenu son blocus draconien à tous les passages, sauf un, d’entrée et de sortie de Gaza depuis que les attaques américano-israéliennes contre l’Iran ont commencé, le 28 février.
Le Bureau de l’ONU pour la coordination des Affaires humanitaires, l’OCHA, a déclaré que le seul passage opérationnel était Kerem Shalom, dans le sud de l’enclave.
« Cette longue route est plus lente et plus coûteuse et elle accroît le besoin d’un carburant déjà rare à l’intérieur de Gaza, en raison des déplacements sur des routes endommagées »,
a expliqué l’ONU.
La sortie de Gaza de patients en attente d’évacuation pour raison médicale et le retour des Palestiniens de l’étranger restent en suspens, a ajouté l’ONU.
« Les Palestiniens ont hâte de stocker des produits essentiels, alors que les prix qui grimpent en flèche et les pénuries de denrées importantes, surtout les légumes, traduisent l’impact des fermetures »,
écrit cette semaine dans Middle East Eye le journaliste et contributeur de The Electronic Intifada, Ahmed Dremly.
« La plupart des habitants de Gaza ne peuvent acheter de quoi couvrir leurs besoins que pour une seule journée, vu que les prix montent en flèche et que le pouvoir d’achat chute en proportion »,
ajoute-t-il.
Entre-temps, les infrastructures de base, tels les services de l’eau, de l’électricité et du traitement des eaux usées restent en ruine après quasiment trente mois de génocide.
Le 6 mars, la journaliste Alaa Hammouda a parlé avec des enfants du quartier de Tel al-Hawa à Gaza, qui doivent se battre pour obtenir de l’eau, vu les circonstances actuelles.
🇵🇸 Still no solution for water in Gaza. “We are completely exhausted by the water situation.” Residents of Tal al-Hawa in Gaza City describe their daily struggle to secure water under the Israeli occupation’s siege and destruction of infrastructure. Families say they spend hours… pic.twitter.com/Q4xhnKv44A
— Translating Falasteen (Palestine) (@translatingpal) March 6, 2026
Un enfant qui traîne une charrette brisée dit :
« Nous faisons le plein d’eau, là-bas, et nous revenons. Nous sommes complètement épuisés par la situation avec l’eau. »
La journaliste demande combien de fois par jour il fait cela et le gosse répond :
« Nous revenons, puisons de l’eau à nouveau et nous recommençons. »
Jorge Moreira da Silva, chef de l’agence UNOPS de gestion des infrastructures (ONU), a déclaré que, le 5 mars, l’un des camions-citernes de l’agence était en route pour amener du carburant à Gaza et qu’il avait été frappé « à partir de la mer ».
Il n’a pas désigné l’agresseur, mais seuls des navires israéliens sont stationnés là.
Personne n’a été blessé, mais le camion-citerne a été directement touché en endommagé, et da Silva a exigé une enquête fouillée autour de l’incident.
Le lendemain, l’armée israélienne a admis que ses forces navales avaient effectivement touché le camion-citerne, mais elle a prétendu que ce n’était pas intentionnel.
La destruction systématique de l’enseignement
Euro-Med Human Rights Monitor a publié un rapport cette semaine sur l’obstruction toujours imposée par Israël à l’enseignement à Gaza, après 28 mois de génocide,
« via des mesures systématiques et délibérées visant à empêcher la population de restaurer l’enseignement ».
Ces mesures, fait remarquer l’organisation de défense des droits,
« incluent le blocus en cours, le ciblage d’objets civils, dont les installations d’enseignement, par les bombardements et la destruction, l’empêchement à la construction et l’obstruction de l’entrée des matériaux, des équipements et des ressources opérationnelles nécessaires pour réaménager et gérer les écoles et les universités. Par conséquent, des centaines de milliers d’écoliers et d’étudiants restent coupés de tout enseignement officiel. »
Jusqu’à présent, Euro-Med a répertorié la mort de près de 19 000 écoliers et de plus de 1 300 étudiants du niveau supérieur, outre les blessures infligées à des milliers d’autres écoliers et étudiants. En outre, les attaques de l’armée israélienne ont tué 794 enseignants et 246 professeurs et d’université et chercheurs, et en ont blessé des milliers d’autres.
L’armée israélienne a directement bombardé 668 bâtiments scolaires, détruit complètement 179 écoles publiques et endommagé 118 autres, en sus d’avoir bombardé et vandalisé une centaine d’écoles administrées par l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine.
En tout, 63 bâtiments universitaires ont été complètement détruits, et les universités et collèges restés debout ont été sévèrement endommagés, ajoute Euro-Med.
Crise de la santé chez les femmes et les filles
Pour marquer la Journée internationale des Femmes, Amnesty International a publié un rapport sur l’impact permanent du génocide d’Israël sur la santé reproductive des femmes à Gaza.
« Des femmes ont été forcées de donner naissance sans matériel médical adéquat, de subir leur grossesse et leur récupération post-partum en étant déplacées dans des sites surpeuplés et malsains et en subissant la faim, la maladie et des traumatismes avec peu d’intimité, de protection ou d’accès à des services essentiels tout en étant souvent obligées de s’occuper d’autres personnes »,
fait savoir le rapport.
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré :
« Les femmes de Gaza se voient refuser les conditions nécessaires pour vivre et créer la vie en toute sécurité. Cette érosion systématique de leurs droits à la santé, à la sécurité, à la dignité et à un avenir n’a rien d’un sous-produit malencontreux de la guerre ; c’est un acte de guerre délibéré qui vise les femmes et les filles. »
On a assisté à un effondrement complet des services maternels et néonatals, dit le rapport, avec 60 pour 100 de tous les points de service de santé qui restent non fonctionnels du fait qu’une pression immense est exercée sur les rares points restant opérationnels et ceux, plus rares encore, qui fournissent des soins obstétriques urgents.
Près de 50 pour 100 de tous les médicaments ont disparu des stocks, y compris des médicaments pour la gestion et le déclenchement des contractions, d’autres censés gérer le travail et les hémorragies post-partum, l’anesthésie et la gestion des douleurs, les infections et les conditions respiratoires, affirme le ministère palestinien de la Santé à Gaza.
Le personnel médical interviewé par Amnesty International a expliqué que, même depuis le prétendu cessez-le-feu,
« des femmes qui ont accouché ont subi d’extrêmes pénuries de nourriture, de médicaments et de suppléments nutritionnels durant une bonne partie de leur grossesse et après. Le personnel a encore dit que la plupart des femmes venues accoucher dans les hôpitaux souffrent d’anémie à cause de la malnutrition et de maladies d’origine hydrique, de vaginite et d’autres infections dues aux eaux polluées et aux conditions malsaines. »
Callamard a ajouté :
« Les femmes de Gaza maintiennent la cohésion dans les familles et les communautés et ce, dans des conditions destinées à les briser. Elles sont les enseignantes faisant la classe pour les enfants dans les tentes, elles sont les docteures et les infirmières qui travaillent dans les hôpitaux de campagne, souvent sans être payées, et les thérapeutes qui luttent inlassablement pour maintenir l’espoir en vie au beau milieu du génocide. »
Et d’ajouter :
« Leur courage commande un immense respect et il cons:ntitue une source d’inspiration pour toute l’humanité. »
Elle a ensuite appelé les États à entreprendre d’importantes actions en vue de mettre un terme au génocide israélien et à l’occupation illégale « y compris en assurant aux femmes et aux filles un accès à leurs droits fondamentaux et à créer un avenir dans lequel tous les Palestiniens pourront vivre dans la dignité ».
Des Palestiniens tués lors d’attaques menées par les colons
En Cisjordanie occupée, des colons israéliens ont tué au moins cinq Palestiniens lors d’attaques qui ont eu lieu la semaine dernière.
Deux Palestiniens ont été abattus et tués par des colons juifs israéliens dans le village de Khirbet Abu Falah, au nord-ouest de Ramallah, selon le ministère palestinien de la Santé.
Fare Jawdat Hamayel et Thaer Farouq Hamayel ont tous deux été tués par des balles tirées dans la tête.
L’agence d’information Wafa a rapporté qu’un troisième Palestinien, Muhammad Hassan Murrah, 55 ans, est mort dimanche 8 mars d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes lancés par les soldats israéliens qui accompagnaient les colons.
Plus tard, ce même dimanche, Amir Muhammad Shanaran, 27 ans, a été tué par des colons après une attaque contre Masafer Yatta, au sud de Hébron.
Le membre de la communauté et activiste Mohammad Hureini a téléchargé cette vidéo de l’attaque.
Mohammad Rabai, le chef du conseil villageois d’al-Tawani, non loin de là, a déclaré à l’Agence France-Presse que les colons étaient entrés dans des maisons de la zone et qu’ils avaient attaqué Shanaran et sa famille avant d’abattre le jeune homme.
Al Jazeera a rapporté que les colons israéliens avaient abattu et tué un homme et blessé son frère au cours d’une attaque contre le village de Wadi al-Rakhim, dans le sud.
Le 6 mars, l’activiste et journaliste Adele Shoko opérait depuis le village de Duma, lors d’une attaque de colons. En même temps que cette vidéo, Shoko a déclaré :
« Les colons à Duma tiraient sur les Palestiniens, attaquaient les activistes de la solidarité et ils ont battu un adulte palestinien à l’aide de battes. Quand l’armée israélienne est arrivée, elle m’a arrêtée en même temps que quatre Palestiniens, dont un garçon de 13 ans ; un autre a été blessé au point d’avoir besoin d’une ambulance mais, au lieu de cela, il a été emmené en prison. »
Settlers in Duma were shooting at Palestinians, attacked solidarity activists, and beat a Palestinian man with bats. When the Israeli army arrived, they arrested me and 4 Palestinians, one of them is 13-year-old boy, another was injured and needed an ambulance, but instead was… pic.twitter.com/hWDFKyxHgM
— Adele Shoko (@AdeleShoko) March 6, 2026
Abandon des charges contre les soldats qui ont violé un Palestinien
L’armée israélienne dit qu’elle laisse tomber les accusations contre les cinq soldats accusés d’avoir agressé sexuellement un prisonnier palestinien lors d’une agression commise par un groupe de soldats au tristement célèbre camp de torture de Sde Teiman. Cette agression avait été filmée en partie en juillet 2004.
Comme nous l’avions fait savoir, quand ce reportage du viol avait été transmis à la presse, le Bureau des droits humains de l’ONU avait
« répertorié ces derniers mois nombre de vidéos montrant de grossières violations des droits des Palestiniens détenus par Israël, dont des actes de mauvais traitements, de torture, de violence sexuelle ainsi que des viols ».
Ali Abunimah, de The Electronic Intifada, a écrit :
« La vidéo sur Sde Teiman a déclenché l’indignation, en Israël – non pas parce qu’elle montre l’agression, mais en défense des soldats ! Elle a déclenché des protestations israéliennes insistant sur le « droit de viol » et réclamant la libération des soldats, dans le même temps que des officiers supérieurs justifiaient ces actions. »
Yifat Tomer-Yerushalmi – le procureur militaire israélien qui a laissé aller la vidéo dans un effort avorté de tempérer les indignations à propos de l’arrestation des soldats – a démissionné et a été placé en détention surveillée.
« Entre-temps, les soldats accusés du viol ont continué d’être traités comme des héros. »
Les revendications en exergue
Et, enfin, comme nous le faisons toujours, nous avons vu mettre en lumière des personnes qui expriment leur joie, leur détermination et leurs revendications un peu partout en Palestine et dans le monde.
La journaliste Salma Kaddoumi, dont les prises de vue ont été publiées plus haut dans ce reportage, parle non seulement de scènes d’une horreur et d’une tristesse insupportables, mais aussi de lieux où de jeunes Palestiniennes trouvent soulagement et force.
Lors de la Journée internationale des Femmes, Kaddoumi a passé du temps avec des filles qui apprennent l’art de la boxe. Avec cette vidéo, elle a écrit que
« la boxe est un refuge pour les filles des tentes, elles y trouvent un espace pour respirer loin de l’atmosphère de tension et de pression psychologique ».
On women's day, Gazan girls still find a path for some psychological relief from the war surrounding them.
On a makeshift ring in the sand, amid the tents of a camp in southern Gaza's Khan Yunis, a dozen young girls warm up under their coach's instructions. pic.twitter.com/AUdXW9uQFr
— Gaza Herald (@Gaza_Herald) March 7, 2026
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Publié le 12 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




