La guerre contre l’Iran le rend plus fort
L’Iran est en train de gagner quelque chose que Washington ne pourra pas facilement lui enlever en le bombardant jusqu’à la soumission : une légitimité mondiale.

Ali Abunimah, 21 mars 2026
Vendredi, les États-Unis ont levé les sanctions sur le pétrole iranien déjà chargé sur des pétroliers – une démarche bizarre, étant donné que Washington et Tel-Aviv sont actuellement engagés dans une guerre d’agression visant à détruire et soumettre le pays.
Mais cette démarche est un signe de la façon dont l’Iran ne fait que gagner en force après plus de trois semaines de bombardements lourds de la part des Américains et des Israéliens – comme je l’ai expliqué lors du livestream de The Electronic Intifada de cette semaine.
Vous pouvez visionner l’émission ci-dessous.
Washington désespère de limiter l’augmentation des prix de l’énergie causée par son erreur de calcul catastrophique – ce qui l’incite à assouplir les sanctions contre d’autres pays qu’il considère comme des ennemis depuis des années : le Venezuela et la Russie.
L’Iran a répondu qu’il n’avait pas de surplus de pétrole en route sur les océans de la planète, et a rejeté la démarche américaine comme un effort en vue de manipuler les marchés énergétiques en panique.
N’empêche que le retour en arrière des EU concernant le pétrole iranien est venu après qu’Israël a bombardé le champ pétrolier iranien de South Pars – l’un des sites énergétiques les plus importants au monde.
Ceci a été perçu comme un effort, en coordination avec Washington, en vue d’intimider l’Iran pour qu’il rouvre le détroit d’Ormuz – le passage étroit du golfe Persique que doivent emprunter un cinquième des approvisionnements mondiaux de pétrole et de gaz.
Mais la tentative d’escalade américano-israélienne s’est retournée de façon spectaculaire contre ses auteurs.
L’Iran riposte durement
Dans les quelques heures qui ont suivi, l’Iran a riposté par des frappes ciblées contre les infrastructures énergétiques liées aux intérêts américains dans la région, y compris en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.
Les conséquences ont été immédiates : l’attaque iranienne contre les installations qataries de Ras Laffan – liées aux géants énergétiques américains ExxonMobil et ConocoPhillips – ont mis hors service près d’un cinquième de la capacité d’exportation qatarie de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui aura vraisemblablement un impact de quelques années sur les livraisons de GNL en Europe et en Asie.
L’Iran a démontré qu’en dépit des confabulations du président Donald Trump selon lesquelles les États-Unis et Israël ont détruit 100 pour 100 des capacités militaires iraniennes, Téhéran est toujours en mesure de faire face à l’escalade degré par degré.
Confronté à de pénibles conséquences, Trump s’est hâté de prétendre dans les médias sociaux que les États-Unis n’avaient rien à voir dans l’attaque contre le champ gazier de l’Iran et d’en rejeter le blâme exclusivement sur Israël.
Rien de tout cela n’était plausible, mais cela a servi de fiction accommodante en permettant à Trump d’insister pour dire – et en lettres capitales, encore – qu’« IL N’Y AURA PLUS D’ATTAQUES ISRAÉLIENNES » contre les importantes infrastructures énergétiques iraniennes.
Les déclarations de Trump révèlent sa crainte de la hausse des coûts – du moins ceux qui sont susceptibles de l’intéresser personnellement – de sa désastreuse guerre d’agression contre l’Iran.
Les marchés financiers s’effondrent, les prix pétroliers et gaziers grimpent et, aux États-Unis, le prix moyen de l’essence, politiquement sensible, est légèrement inférieur à 4 dollars le gallon (soit 0,90 € le litre, au cours actuel – NdT).
Quelques jours avant d’ordonner l’attaque contre l’Iran, Trump s’était vanté de ramener les prix de l’essence en dessous de 2 dollars (le gallon) – alors qu’il exagérait, les prix étaient encore bien plus bas qu’actuellement, et des augmentations importantes ne manqueraient pas de se faire sentir.
Alors que les élections américaines de la mi-mandat approchent, 79 pour 100 des partisans de Trump veulent l’entendre proclamer une « victoire rapide » et la fin de la guerre, et 55 pour 100 sont inquiets à propos des prix à la hausse du carburant, selon un sondage Ipsos réalisé avant les dernières attaques contre les infrastructures énergétiques.
D’autres sondages confirment l’inquiétude grandissante au sein de sa propre base.
Selon ses propres dires, Trump est allé en guerre en espérant un changement de régime rapide et glorieux, annonçant avec arrogance qu’il allait choisir lui-même le prochain dirigeant de l’Iran, après que les EU et Israël avaient assassiné le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei.
Trump veut-il se retirer de la guerre ?
De son côté, l’Iran a expliqué sa position on ne peut plus clairement. Il n’a pas cherché à étendre la guerre aux infrastructures énergétiques – mais une fois que ses propres lignes de vie économiques civiles ont été attaquées, il a riposté en proportion.
Il a prévenu que des attaques ultérieures allaient déclencher une escalade totale et il a déjà démontré à la fois sa volonté et sa capacité de concrétiser cette menace.
Bien que les positions de Trump sur la guerre semblent osciller d’heure en heure, son tout dernier signal – du moins au moment où nous écrivons ces lignes – est qu’il a l’intention de se retirer.
« Nous sommes très près d’avoir atteint nos objectifs, puisque nous envisageons de mettre un terme à nos importants efforts militaires au Moyen-Orient en ce qui concerne le régime terroriste en Iran »,
a déclaré Trump vendredi.
Mais, alors que Trump peut être prêt à réduire ses pertes, son partenaire dans le crime n’a pas du tout l’air de partager ce point de vue.
Israël ne veut pas que la guerre se termine avant d’avoir atteint l’objectif qu’il poursuit depuis des décennies : la destruction totale de l’Iran et de toute résistance dans la région.
Étant donné que l’effondrement rapide du régime voulu par Washington et Tel-Aviv ne s’est jamais matérialisé, Israël a besoin de prolonger la guerre jusqu’au moment où ses objectifs destructeurs seront atteints. Cela implique nécessairement de maintenir les États-Unis au combat.
Cela confère à Israël toutes les raisons d’intensifier la guerre, ce qui va compliquer de plus en plus le retrait américain de cette même guerre.
L’Iran est en train de gagner quelque chose que Washington ne pourra pas facilement lui enlever en le bombardant jusqu’à la soumission : une légitimité mondiale. Cela s’accompagne de l’influence qu’il a gagnée de son contrôle du détroit d’Ormuz – et les États-Unis n’ont aucun plan viable pour en forcer l’ouverture.
Même si Trump et l’Iran ont signalé leur volonté de limiter l’escalade, l’Iran aura ses propres conditions à faire valoir pour mettre un terme à la guerre : assurer sa propre sécurité, diminuer sinon supprimer la présence militaire américaine dans la région et châtier Israël afin d’obtenir une dissuasion efficace.
L’Iran peut également insister de lier la fin des combats à l’agression israélienne au Liban et à Gaza.
Complicité et non neutralité
Entre-temps, une réunion des États régionaux à Riyadh a diffusé une déclaration, qu’on pressentait creuse, condamnant les contre-frappes iraniennes – contre leurs propres territoires – mais ne disant rien des attaques américano-israéliennes qui les avaient déclenchées.
Ce silence n’est pas de la neutralité. C’est de la complicité.
Ces gouvernements exigent la sécurité tout en refusant de reconnaître la source première d’instabilité – des décennies d’une agression israélienne soutenue par les EU dans toute la région, et particulièrement contre l’Iran.
On ne peut bombarder les infrastructures d’un pays, assassiner ses dirigeants, massacrer ses civils – et prétendre ensuite que c’est ce pays l’agresseur quand il exerce des représailles.
Les gens ne sont pas dupes.
De même que l’opinion publique mondiale a rejeté les prétentions d’Israël au statut de victime alors qu’il perpétrait un génocide à Gaza, les gens du monde entier rejettent le discours prétendant que l’Iran est l’agresseur.
Chez les alliés incontournables des EU que sont la Grande-Bretagne, le Canada, l’Allemagne et d’autres pays d’Europe, les majorités sont opposées à la guerre.
L’opposition est certainement bien plus forte dans l’hémisphère sud et dans les pays à majorité musulmane.
Des images des victimes civiles iraniennes – et particulièrement des écolières de Minab – n’ont rien d’abstrait.
Elles dénoncent la banqueroute morale des vassaux des EU qui expriment plus d’indignation pour le bombardement d’une raffinerie de gaz que pour un massacre d’enfants.
Vidéo EI : L’Iran gagne en puissance à mesure que la guerre s’intensifie.
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Publié le 21 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




