La propagation incontrôlée des maladies infectieuses à Gaza

Des médecins et des experts de la santé préviennent qu’en raison du blocus israélien en cours sur les équipements médicaux, médicaments, désinfectants, fournitures de stérilisation et autres matériaux de construction absolument nécessaires, ainsi qu’en raison de l’assassinat systématique des médecins, infirmiers et spécialistes, les maladies infectieuses gagnent du terrain dans tout Gaza.

 

11 mai 2026. Des Palestiniens déplacés s'abritent comme ils peuvent dans des tentes délabrées, parmi les décombres des immeubles détruits de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza

11 mai 2026. Des Palestiniens déplacés s’abritent comme ils peuvent dans des tentes délabrées, parmi les décombres des immeubles détruits de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza. (Photo : Hassan al-Jedi / APA images)

 

Nora Barrows-Friedman, 15 mai 2026

 

Le texte qui suit est un condensé des informations communiquées lors du livestream du 14 mai.
Vous pouvez voir l’émission au complet ici.

 

Les attaques israéliennes contre Gaza continuent de viser des enfants, des habitations et des infrastructures civiles depuis sept mois qu’un prétendu cessez-le-feu a été instauré et depuis plus de deux ans et demi de génocide.

Mercredi, Israël a blessé huit Palestiniens, la plupart des enfants, au cours d’attaques contre Gaza et Beit Lahiya, une ville du nord de l’enclave.

Mardi, un enfant palestinien a été tué lors d’une attaque de drone contre le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza.

Lors d’une autre attaque contre un véhicule de la police à Khan Younis, le 10 mai, Israël a tué deux personnes.

La frappe a tué Wissam Fayez Abdel-Hadi, responsable des enquêtes du département de police de Khan Younis, et son assistant Fadi Abdel-Moati Heikal.

Le 9 mai, une frappe de missile israélien contre le camp de réfugiés de Beach, dans l’ouest de Gaza, a blessé dix Palestiniens, dont deux enfants, et a incendié plusieurs habitations. Le journaliste Saed Hasballah a filmé la scène.

Le 9 mai également, le journaliste Nahed Hajjaj a filmé une famille en deuil autour du corps d’Iyad Al-Matouq, tué lors d’une frappe aérienne d’Israël alors qu’il était à vélo dans le nord de la ville de Gaza.

 

La résistance aux antibiotiques augmente

La semaine dernière, un groupe de volontaires déblayait des décombres à la main et plantait des arbres dans la cour de l’hôpital détruit d’Al-Shifa, à Gaza, afin de commémorer les centaines de corps enterrés dans des fosses communes par les forces de l’envahisseur israélien et retrouvés plus tard.

 

Muhammad Abu Salmiya – le directeur de l’hôpital Al-Shifa enlevé par les Israéliens au cours du premier siège de l’hôpital en novembre 2023, et emprisonné et torturé pendant sept mois avant d’être relâché en juillet 2024 – a expliqué aux journalistes : « Aujourd’hui, au même endroit, nous plantons des oliviers. »

« Il y a quelques mois à peine, cet endroit était une fosse commune où l’on a retrouvé 500 autres corps », a-t-il ajouté. « Mais, aujourd’hui, nous plantons des oliviers pour déclarer que nous resterons ici aussi longtemps que dureront les oliviers. Ces oliviers porteront le témoignage de la reconstruction de l’hôpital Al-Shifa. »

Entre-temps, des médecins et des experts de la santé préviennent qu’en raison du blocus israélien en cours sur les équipements médicaux, médicaments, désinfectants, fournitures de stérilisation et autres matériaux de construction absolument nécessaires, ainsi qu’en raison de l’assassinat systématique des médecins, infirmiers et spécialistes, les maladies infectieuses gagnent du terrain dans tout Gaza.

Le spécialiste des maladies infectieuses, le Dr Salman Khan qui, récemment encore, travaillait à Gaza, a écrit cette semaine dans Mondoweiss que les patients développaient une résistance aux antibiotiques.

Il dit : « En partie en raison des actuelles restrictions sur l’entrée des médicaments vitaux imposées par l’occupation israélienne, la fourniture d’antibiotiques est sévèrement limitée à Gaza et elle change souvent d’une semaine à l’autre selon la disponibilité des donations en provenance de l’Organisation mondiale de la Santé. Des patients meurent inutilement d’infections souvent guérissables en raison des retards dans la réception d’une thérapie antibiotique efficace. »

Khan écrit que « l’effondrement du système des soins de santé, la surpopulation écrasante à l’intérieur et autour des hôpitaux et la défaillance des infrastructures d’hygiène et d’assainissement ont tous contribué à faciliter la propagation de bactéries résistant à de nombreux médicaments et à exacerber le fardeau de la résistance antimicrobienne de Gaza ».

 

Le Dr Hussam Abu Safiya subissant la torture durant sa détention en Israël

L’un des médecins qui restent à l’intérieur des prisons de torture israéliennes est le Dr Hussam Abu Safiya, le pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan qui avait été assiégé, envahi et détruit par les forces israéliennes.

 

Abu Safiya a été enlevé en décembre 2024 et, selon des témoignages récents d’anciens prisonniers détenus en sa compagnie, sa santé se détériore et il continue de subir des tortures brutales et un refus de tout traitement médical.

Euro-Med Human Rights Monitor a recueilli des déclarations de témoins la semaine dernière, y compris un témoignage disant que son traitement par les gardiens de prison israéliens est « bien plus cruel » que celui des autres détenus.

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Des témoins affirment que Abu Safiya est détenu enchaîné pendant plusieurs jours d’affilée, les mains liées derrière le dos ; que les gardiens israéliens font irruption dans sa cellule la nuit et qu’ils jettent des grenades incapacitantes et du gaz lacrymogène près de lui ; qu’il est soumis à des interrogatoires de routine au cours desquels il est battu, insulté verbalement et humilié ; qu’on le dépouille totalement de ses vêtements et qu’on lance des chiens sur lui ; qu’il souffre de vomissements constants et qu’on lui refuse toute attention médicale ; et qu’il a perdu une quantité de poids significative.

Comme nous l’avons fait savoir en avril dernier, un tribunal militaire israélien a allongé la détention administrative – emprisonnement sans accusation ni procès – du Dr Abu Safiya et les autorités israéliennes ont indiqué que sa détention était désormais « indéfinie ».

 

Les activistes de la Global Sumud Flotilla ont été libérés

Cette semaine, les deux activistes internationaux faisant partie de la Global Sumud Flotilla et qui avaient été enlevés par les forces israéliennes puis emprisonnés pendant plus d’une semaine, ont été libérés.

Saif Abukeshek, un citoyen palestinien d’Spain, et Thiago Avila, un citoyen brésilien, s’étaient engagés dans des grèves de la faim, durant leur détention, et ce, jusqu’au moment de leur libération le week-end dernier.

La flottille avait l’intention de briser le siège israélien de Gaza et de livrer de l’aide humanitaire ; elle avait été interceptée par les forces israéliennes dans les eaux internationales.

Lors de son retour vers l’Espagne, c’est à Athènes que Saif Abukeshek a pris la parole.

 

Des soldats israéliens tuent un adolescent

Mercredi, en Cisjordanie occupée, des soldats israéliens ont abattu et tué un adolescent de 16 ans près de la ville de Jaljulia, au nord de Ramallah.

Yousuf Kaabneh a été tué d’une balle dans la poitrine, a fait savoir la Société du Croissant-Rouge de Palestine (SCRP).

Quatre autres Palestiniens ont été blessés par des balles enrobées de caoutchouc au cours d’attaques menées par des colons israéliens protégés par l’armée dans les villages de Sinjil, Jaljulia et Abwein.

Les résidents ont affronté les colons qui, au cours de l’attaque, ont volé des centaines de moutons et du matériel agricole, ont dit des témoins.

Selon le fonds des Nations unies pour l’enfance, l’UNICEF, en moyenne, un enfant palestinien a été tué chaque semaine en Cisjordanie occupée depuis janvier 2025.

Le porte-parole de l’UNICEF, James Elder, a déclaré cette semaine que ce chiffre comprenait « 70 enfants palestiniens tués durant cet espace de temps » et que 93 pour 100 d’entre eux « avaient été tués par les forces israéliennes ».

En outre, 850 enfants ont été blessés, a-t-il ajouté, en faisant remarquer que mars 2026 a vu le chiffre le plus élevé de Palestiniens blessés dans les attaques de colons israéliens ces vingt dernières années.

La plupart des enfants tués ou blessés l’ont été à balles réelles ; d’autres ont été poignardés, battus et aspergés de spray au poivre, a ajouté Elder.

Le week-end dernier, les colons israéliens ont organisé plus de 20 pogroms séparés contre des villages palestiniens en Cisjordanie, y compris l’agression d’une femme enceinte et d’une personne âgée à Jurish, un village près de Naplouse. Des sources locales ont dit que les colons avaient lancé des pierres contre les maisons, qu’ils s’étaient introduits dans plusieurs de ces dernières et qu’ils en avaient agressé les résidents.

Lors d’un pogrom au village de Duyuk, près de Jéricho, des colons sont entrés dans des maisons palestiniennes très tôt samedi matin et ont frappé les habitants encore dans leurs lits avec des bâtons.

Mardi, les forces israéliennes ont tué un adulte palestinien, Zakaria Ali Mohammed Qadees, à al-Ram, un village au nord de Jérusalem.

La veille, au camp de réfugiés de Qalandiya tout proche, les forces israéliennes avaient tué Ayman Rafiq Muhammad al-Hashlamoun, 30 ans, lors d’un raid où, selon des témoins, elles ont fait irruption dans un centre de formation du camp et ont lancé des gaz lacrymogènes, des grenades incapacitantes et tiré à balles réelles.

 

Des rapports locaux disent qu’al-Hashlamoun avait reçu une balle dans la tête et qu’il avait été déclaré mort plus tard, après que des équipes d’ambulanciers palestiniens avaient été empêchés, paraît-il, de se porter à sa hauteur.

La SCRP a dit qu’un adolescent de 15 ans avait également été blessé d’une balle enrobée de caoutchouc tirée par des soldats israéliens à l’intérieur du camp.

 

Des colons profanent la tombe d’un vieillard palestinien

Le week-end dernier, au village d’Asasa, des proches et des amis pleuraient le décès de Hussein Asasa. Ils l’avaient enterré au cimetière du village.

Tout de suite après, des colons israéliens de la colonie toute proche de Sanur se sont mis à creuser autour de la tombe et ont menacé d’exhumer le corps à l’aide d’un bulldozer si la famille ne l’emportait pas ailleurs.

 

Muhammad Asasa, le fils de Hussein Asasa, a expliqué à Reuters : « Nous avons découvert qu’ils avaient déjà creusé la tombe et qu’ils avaient atteint le corps. Nous avons continué de creuser, avons emmené le corps et l’avons enterré dans un autre cimetière. »

Le Bureau des droits humains des Nations unies a déclaré : « Aujourd’hui, des colons israéliens ont forcé la famille de Hussein Asasa, enterré quelques heures plus tôt au cimetière d’Asasa, au sud de Jénine, à exhumer la dépouille de leur père en présence des forces sécuritaires israéliennes. La famille dit qu’elle a emmené le corps vers un autre cimetière, le tout sous une pluie de pierres lancées par les colons. »

https://x.com/OHCHR_Palestine/status/2052833601331310734?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E2052833601331310734%7Ctwgr%5Eaa63b7fc699488afaa2677fc60b8e8943ae377a3%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Felectronicintifada.net%2Fblogs%2Fnora-barrows-friedman%2Finfectious-diseases-rampant-gaza

« C’est épouvantable et emblématique de la déshumanisation des Palestiniens à laquelle nous assistons pour l’instant dans les TPO (territoires palestiniens occupés). Cela n’épargne personne, mort ou vif », a déclaré Ajith Sunghay, du bureau des droits humains de l’ONU.

Le cimetière se trouve à 300 mètres de la colonie de Sanur, réinstallée par le gouvernement israélien en 2025. Désormais, les Palestiniens doivent obtenir des permis israéliens pour enterrer leurs morts en cet endroit, comme la famille de Hussein Asasa l’avait d’ailleurs fait ce matin même, a ajouté l’ONU.

La semaine dernière, comme nous l’avons dit, Israël a fait savoir à des dizaines de Palestiniens que leurs magasins et commerces seraient démolis dans la ville d’al-Eizariya, près de Jérusalem, dans le cadre d’un plan d’expansion d’une colonie toute proche de peuplement massif.

 

Cette semaine, des bulldozers israéliens ont détruit au moins 50 magasins et commerces dans la ville, manifestement pour faire de la place à une nouvelle route qui détournera le trafic palestiniens loin de la colonie de peuplement exclusivement juif, fait savoir l’organisation Peace Now.

Al Jazeera a dit que les avocats avaient introduit un appel auprès de la haute cour d’Israël, mais que les démolitions s’étaient poursuivies de toute façon.

 

Israël vise des paramédicaux au Liban

Entre-temps, au Liban, au moins 12 personnes, y compris des enfants, ont été tuées mercredi dans une série de frappes aériennes d’Israël contre des véhicules et ce, dans plusieurs villages du sud.

Notre collaboratrice Roqayah Chamseddine a rapporté jeudi qu’Israël « avait ciblé le centre médical Resala à Qsaybeh (dans le district de Nabatieh), dans le Sud-Liban. Une autre attaque délibérée contre des premiers intervenants libanais. Ce centre sert de hub pour les paramédicaux, les pompiers et les services ambulanciers ».

Israël a endommagé ou complètement détruit plus de 10 000 habitations au Liban depuis le prétendu cessez-le-feu du mois dernier, selon le Conseil national libanais de la Recherche scientifique.

D’après le ministère libanais de la Santé, près de 3 000 personnes, dont 200 enfants, ont été tuées lors d’attaques israéliennes depuis le 2 mars.

 

Mise en exergue des revendications

Et, maintenant, selon notre habitude, nous voulons mettre en évidence des personnes qui expriment leur joie, leur détermination et leurs revendications un peu partout en Palestine et dans le monde.

Le Sameer Project, une organisation d’entraide à Gaza, a filmé un match du championnat de volleyball au camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord. north.

 

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Publié le 15 mai 2026  sur  The Electronic Intifada
Traduit par Jean-Marie Flémal pour Charleroi pour la Palestine.

 

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