Trump avait raison : Tout le monde déteste Israël

Donald Trump était exceptionnellement digne de foi quand, lors d’un récent coup de fil, il a dit à Benjamin Netanyahou que « tout le monde détestait Israël ».

 

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photos : Wikimedia. Conception : Palestine Chronicle)

 

Ali Abunimah, 9 juin 2026

Le président américain demandait que le Premier ministre israélien mette un terme à ses incessants massacres au Liban – tout en minimisant leurs différences comme étant des « désaccords tactiques ». Mais, jusqu’à présent, à l’instar de son prédécesseur Joe Biden, Trump n’a pas souhaité aller au-delà de ses accès de colère occasionnels.

En tout cas, l’évaluation de Trump s’avère exacte même si, de façon caractéristique, elle s’appuie sur un nouveau sondage du Centre de recherche Pew des attitudes du public dans des dizaines de pays.

Tel-Aviv et son lobby en panique ne savent pas comment réagir, avec des solutions allant de dépenses d’argent records en propagande à la suggestion sinistre par un éminent milliardaire lobbyiste que l’espionnage et les assassinats de l’agence Mossad se tournent vers les journalistes qui se penchent sur les crimes de guerre israéliens contre les enfants palestiniens.

« Sur les 36 pays, une moyenne de 67 pour 100 d’adultes ont une perception défavorable d’Israël, alors que 25 pour 100 ont une perception favorable »,

explique Pew.

Dans un seul des 36 pays – le Kenya – le nombre de personnes gardant des opinions favorables à propos d’Israël atteint les 50 pour 100. Dans tous les autres pays sondés, c’est moins de la moitié.

Et, dans un seul pays seulement, le point de vue sur Israël s’est réchauffé mais, comme le fait remarquer Pew,

« exactement 30 pour 100 des Grecs expriment une opinion positive sur le pays aujourd’hui ».

Le nombre de personnes ayant des opinions négatives sur Israël est le plus élevé en Turquie (97 pour 100), suivie de près par le Pakistan (95 pour 100).

 

La position d’Israël se détériore

En général, la position d’Israël se détériore. Le sentiment public à l’égard d’Israël était déjà passablement négatif l’an dernier, dit Pew mais, cette année,

« les opinions défavorables sont devenues plus répandues dans 13 des 24 pays dans lesquels nous disposons de données de tendances ».

Cela vaut également pour les pays avec des gouvernements pro-israéliens comme l’Argentine, sous le président Javier Milei, où une minorité de 46 pour 100 avait une opinion défavorable sur Israël en 2025, alors que, dans le dernier sondage, il s’agit d’une majorité de 55 pour 100.

« En Australie, en Italie, au Niger, en Pologne et au Royaume-Uni, les parts des opinions défavorables ont également augmenté pour passer à des nombres à deux chiffres »,

estime le sondage.

 

La population allemande n’aime pas Israël

La semaine dernière, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a blâmé en partie le soutien ferme de Berlin a Israël à l’origine de la défaite humiliante de son pays dans ses efforts en vue d’obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Le sondage de Pew souligne que le soutien de Berlin à Tel-Aviv alors qu’il commet un génocide et des massacres à Gaza dans la région est un projet de l’élite.

Un énorme 73 pour 100 des Allemands perçoivent Israël défavorablement, selon le tout dernier sondage de Pew, contre 64 pour 100 l’an dernier. Le nombre d’Allemands qui perçoivent Israël favorablement a baissé, passant de 31 à 23 pour 100 à peine.

L’image est similaire dans toute l’Union européenne, dont les élites irresponsables restent fermement attachées au régime d’apartheid.

En Suède, en Espagne, aux Pays-Bas et en Italie, trois quarts ou plus de la population perçoit Israël défavorablement. Dans les trois derniers pays cités, le pourcentage d’opinion « très défavorable » tourne autour de 50 pour 100.

 

Réduction de l’écart gauche-droite

Le nouveau sondage confirme une tendance observée dans de nombreux pays « occidentaux » où le soutien à Israël reste très fort du côté de la droite politique, alors qu’il s’est effondré à gauche.

L’écart reste le plus large aux États-Unis, où 83 pour 100 des gens de gauche perçoivent Israël défavorablement, alors qu’ils ne sont à peine que de 37 pour 100 parmi les personnes interrogées de droite.

De même, en Australie, 94 pour 100 des gens de gauche ont une opinion défavorable d’Israël, comparée à celle de 55 pour 100 des gens de droite.

Mais, dans d’autres pays, l’écart est bien plus étroit : Au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas, le pourcentage des personnes interrogées de droite ayant une opinion négative sur Israël va d’un faible 58 pour 100 à 67 pour 100.

Pew fait également remarquer le large fossé des générations, particulièrement en Amérique du Nord et en Europe, où les jeunes ont une perception bien plus négative que leurs aînés.

 

Le lobby panique en voyant les Américains abandonner Israël

En avril, Pew a publié les résultats d’un sondage séparé se concentrant sur les États-Unis et qui a découvert des attitudes publiques de plus en plus négatives à l’égard d’Israël, particulièrement parmi les jeunes.

Soixante pour 100 des Américains ont actuellement des opinions négatives sur Israël, contre 53 pour 100 l’an dernier – et une augmentation d’au moins 20 pour 100 depuis 2022.

Parmi les personnes de 18 à 49 ans, la majorité tant au Parti démocrate (84 pour 100) qu’au Parti républicain perçoit Israël défavorablement.

Il n’est pas étonnant que le lobby pro-israélien dépense des sommes records pour faire exclure les hommes politiques perçus comme critiques envers Israël.

L’effort réussi de l’AIPAC pour déboulonner le congressiste républicain Thomas Massie a suivi la campagne primaire la plus chère de l’histoire.

Massie a été un rare mais éminent républicain à critiquer le financement par les EU du génocide israélien à Gaza.

Parmi la tendance à long terme de soutien qui s’écarte d’Israël, il est honnête que l’on se demande combien de temps la force financière brutale du lobby va pouvoir défier la gravité politique.

L’élection l’an dernier du Zohran Maldani, critique de longue date envers Israël, comme maire de New York City par une majorité absolue de votants – face aux dépenses massives consenties par des milliardaires et des groupes spéciaux d’intérêts afin de soutenir ses adversaires – est un signe avant-coureur.

 

Un lobbyiste milliardaire appelle à une réponse « furieuse »

Les lobbyistes pro-israéliens insistent opiniâtrement sur le fait qu’Israël a tout simplement un problème d’image de marque.

Le milliardaire Ron Lauder, président du Congrès juif mondial, a dit récemment, lors d’une conférence à New York, qu’Israël avait besoin d’une campagne de marketing de plusieurs milliards de dollars.

« Il devrait y avoir une brigade d’Israéliens jeunes et attrayants dont les visages et les voix seraient reconnus partout dans le monde »,

a déclaré Lauder.

« Les Arabes peuvent avoir le pétrole, mais je sais qu’Israël possède une abondance de jeunes hommes et femmes intelligents et élégants. Leur présence et leur travail sont tout aussi importants qu’une escadrille de F-35 »,

a ajouté Lauder.

Paul James Kearns, qui se décrit comme « journaliste politique » et « Irlandais né à Dublin et désormais Israélien vivant à Tel-Aviv », a lui aussi partagé récemment des tuyaux sur la façon d’améliorer l’image de marque d’Israël via une meilleure propagande.

« Trop de porte-parole israéliens ont l’air d’être débarqués d’un vol de Londres, de Melbourne ou du Cap »,

a déploré Kearns dans une récente colonne du Times of Israel.

« Cet anglais châtié donne souvent l’impression d’un ancrage plus fort, plus important, plus local. »

C’est à l’opposé du conseil standard qui met l’accent sur un anglais parfait pour s’adresser au public mondial.

Mais il s’avère que Kearns reconnaît un phénomène réel, même s’il ne l’exprime pas dans ces termes : Les colons d’autres colonies de peuplement ou de la métropole britanniques ne font que renforcer la compréhension de ce qu’Israël est une colonie de peuplement européenne violemment implantée – tout en lui étant étrangère – dans la région.

Ces épais accents israéliens, doit espérer désespérément Kearns, pourraient enfin réussir à convaincre des gens que la population coloniale de peuplement juif est réellement autochtone en Palestine.

Cela peut paraître risible mais, au moins, Kearns reconnaît que la majeure partie de l’habituelle propagande d’Israël va de « largement inefficace » à « carrément inutile ».

« Ils sont de moins en moins nombreux à écouter pour des raisons de plus en plus pertinentes »,

conclut-il.

Pourtant, pas même Lauder ne semble confiant que des relations publiques astucieuses entretenues par des « Israéliens attrayants » suffiront à renverser la tendance.

Il a également appelé Israël a « passer à l’offensive » à l’aide d’une « opération gouvernementale » impliquant les agences d’espionnage et d’assassinat que sont le Mossad et le Shin Bet à combattre ceux qui sèment des « mensonges » sur Israël.

Un exemple de ces « mensonges », selon Lauder, c’est de prétendre que des enfants ont été affamés à Gaza à la suite du génocide et du blocus orchestrés par Israël.

« Quand Israël est frappé à coups de mensonges, il devrait riposter deux fois plus fort »,

a déclaré Lauder.

« Sa réponse devrait être furieuse. Il devrait contre-attaquer à chaque heure de chaque jour et aucune institution ne devrait être épargnée. »

 

 

Israël multiplie par quatre son budget de propagande

Il s’avère qu’Israël tient compte des conseils de gens comme Lauder. Son budget 2026 récemment adopté comprend environ 730 millions de dollars pour sa hasbara – sa propagande officielle – c’est-à-dire quatre fois plus que ce qu’il avait dépensé l’année précédente.

Ceci vient en même temps que la création

« d’ une unité vouée à la diplomatie publique au sein du ministère des Affaires étrangères, dirigée par un directeur équivalent en grade au plus haut fonctionnaire politique du ministère »,

fait savoir The Jerusalem Post.

Le journal a rapporté que ces « dépenses sans précédent » ont suivi de près le sondage de Pew, en avril, qui montrait le naufrage du soutien public américain à Israël.

Mais même le Post a semé le doute sur ce plan.

« Demandez aux spécialistes qui vivent de la diplomatie publique si la moindre de ces mesures fonctionnera et ils répondront à majorité écrasante leur réponse avec scepticisme »,

a déclaré le journal.

« Aucune quantité de messages ne peut surpasser le rejet enraciné, par les publics ciblés, de la réponse armée d’Israël aux conflits avec ses voisins »,

a ajouté The Jerusalem Post, citant des spécialistes de la diplomatie publique.

C’est dire les choses bien plus gentiment que ne l’a fait Donald Trump.

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Publié le 9 juin 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

 

Sur les relations EU/Israël : regardez ICI  l’analyse de Saïd Abumama.

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