Les doubles frappes israéliennes pendant le « cessez-le-feu » tuent des bébés et des secouristes à Gaza
Israël continue de tuer et de blesser des Palestiniens dans la bande de Gaza après 125 jours de cessez-le-feu bidon.

6 février 2025. Les avions de combat israéliens viennent de frapper un immeuble résidentiel de trois étages dans le quartier de Zaytoun à Gaza. (Photo : Omar Ashtawy / APA images)
Nora Barrows-Friedman, 13 février 2026
Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 586 Palestiniens ont été tués depuis le 10 octobre et plus de 1 500 ont été blessés.
Le 10 février, au moins sept Palestiniens ont été tués au cours d’attaques séparées.
Al Aqsa Radio a rapporté qu’une frappe israélienne avait ciblé une moto dans le centre de la bande de Gaza, tuant trois Palestiniens et qu’une douzaine de frappes au moins ont été mentionnées à Rafah.
Le lundi 9 février, quatre Palestiniens au moins ont été tués et d’autres blessés quand Israël a bombardé un appartement résidentiel dans le quartier de Nasr, à Gaza-ouest.
À l’hôpital Al-Shifa, le reporter Nahed Hajjaj a filmé des gens pleurant leurs êtres chers tués au cours de l’attaque.
Le journaliste d’Al Jazeera, Ibrahim Al-Khalili, a déclaré lundi sur le réseau que l’attaque contre l’appartement constituait
« une nouvelle escalade meurtrière de l’armée israélienne ».
Il a ajouté que l’immeuble avait déjà été ciblé et partiellement endommagé, et que
« la nouvelle attaque avait fait des dizaines de blessés qu’on avait transportés vers un hôpital. Al-Nasr est un quartier très peuplé ».
« Les gens se sont réfugiés dans cet immeuble partiellement endommagé de ce quartier. Ils ont été forcés d’y vivre en raison de la rareté des endroits où s’abriter. »
Lundi également, l’agence d’information Wafa a rapporté que les forces israéliennes avait abattu et tué un fermier, Khaled Baraka, à l’est de Deir al-Balah, dans la partie centrale de Gaza.
Le 6 février, les forces israéliennes ont effectué une série de frappes contre Gaza et Khan Younis, tuant au moins deux Palestiniens.
Le reporter Khames Alrefi a filmé une attaque contre un immeuble résidentiel du quartier de Zaytoun à Gaza. Les résidents avaient reçu l’ordre de s’en aller peu avant la frappe israélienne.
Le journaliste Mohamed El-Saife a filmé l’attaque de l’immeuble sous un autre angle.
Les 3 et 4 février, au moins 27 Palestiniens ont été tués et d’autres blessés lors d’une série d’attaques, dont des frappes, contre le quartier de Tuffah à Gaza et contre des tentes au camp d’al-Mawasi (sud de Gaza), qui accueille des familles déplacées de force.
Deux bébés, l’un de cinq mois et l’autre de dix jours, ont été tués lors de ce qu’on appelle des doubles frappes, qui ont eu lieu à al-Mawasi. Hussein Hassan Hussein Al-Samiri, un paramédical de la Société du Croissant-Rouge de Palestine (SCRP), a été tué au moment où il secourait et évacuait les blessés.
Le journaliste Ahmed Al-Najjar a déclaré dans les médias sociaux que deux sœurs, Rahaf et Rimas Abu Jamae, avaient elles aussi perdu la vie lors d’une double frappe sur des tentes, manifestement au cours d’un prétendu « cessez-le-feu ».
Le reporter AbdalQader Sabbah a filmé des Palestiniens affligés penchés sur les corps de certains de leurs 14 êtres chers tués à Gaza.
Israël a tué un enfant en bas âge le matin du 2 février.
Des rapports locaux disent que Iyad Ahmad Al-Rabayaa, trois ans, a été tué après que des navires de guerre israéliens ont bombardé des tentes abritant des familles déplacées dans la zone d’al-Mawasi, à l’ouest de Khan Younis.
Ces massacres, dont l’intensité ne cesse de s’amplifier, suivaient une série de frappes israéliennes le 31 janvier.
Le reporter Mazen Breem a filmé certaines des frappes israéliennes par drones et avions de combat contre le camp de tentes pour personnes déplacées à al-Mawasi.
Quelque 30 Palestiniens ont été tués et près de 70 blessés lors d’attaques ce jour-là, selon le ministère de la Santé.
L’enquêtrice et journaliste Maha Hussaini a déclaré que sept personnes avaient été tuées lors d’une frappe israélienne sur une tente appartenant à la famille Abu Hdaid dans la zone d’al-Mawasi et que huit autres avaient également été tuées dans le centre et à l’ouest de la ville de Gaza
Une attaque séparée contre un poste de police au nord-ouest de la ville de Gaza a tué 14 personnes.
Le photographe Yousef Alzanoun, du collectif de photographes Activestills, a pris des images de Palestiniens inspectant le site de l’attaque contre le quartier de Sheikh Radwan à Gaza, alors que les corps étaient empilés à l’intérieur de l’hôpital Al-Shifa.
Violations de l’accord
Le 10 février, le bureau gouvernemental des médias de Gaza a évalué l’ampleur des attaques israéliennes quatre mois après la signature du prétendu accord de cessez-le-feu, de même que l’incapacité délibérée d’Israël, et en toute impunité, de remplir ses obligations d’aide humanitaire.
Selon le bureau des médias, à la date du 10 février, Israël a violé l’accord 1 620 fois, avec environ 560 incidents impliquant des tirs, 80 incursions, 750 incidents impliquant tirs d’obus et ciblages et 230 démolitions d’habitations et d’immeubles.
Les camions d’aide humanitaire entrent, mais à 43 pour 100 seulement du taux de conformité prévu. À peine 14 pour 100 du volume prévu de camions de carburant sont entrés à Gaza.
Le bureau des médias a déclaré que l’occupation israélienne n’a pas non plus autorisé l’entrée des matériaux nécessaires à l’entretien et aux réparations des infrastructures, pas plus qu’elle n’a permis l’entrée d’équipements lourds afin que la défense civile puisse enlever les décombres et récupérer les corps et elle n’a pas permis l’entrée non plus de matériel médical et sanitaire, de fournitures et de médicaments.
Des corps profanés
Le 4 février, Israël a renvoyé à Gaza les corps de 54 Palestiniens, ainsi que 66 caisses contenant des restes humains non identifiés.
Le ministère palestinien de la Santé à Gaza a déclaré que ses équipes médicales traitaient les corps et se préparaient à rassembler toute information pertinente concernant leur identification et ce, afin de les transmettre aux éventuels membres restants des familles.
Le Dr Muneer Al-Bursh, directeur général du ministère de la Santé de Gaza, a expliqué :
« Aujourd’hui, nous sommes devant des caisses fermées à l’intérieur desquelles nous cherchons les caractéristiques de nos fils et filles en l’absence d’outils médico-légaux, de tests ADN et du minimum de possibilités médicales et médico-légales qui nous permettraient de les identifier ou de les répertorier comme il sied à des êtres humains. »
Le Dr Al-Bursh d’ajouter :
« Comment pouvons-nous restituer des noms à des corps qui ont été réduits à des numéros inscrits sur des sacs et des caisses ? Comment les familles peuvent-elles recevoir leurs fils et filles quand leurs traits ont été effacés, leur ossements dispersés et leurs corps violés, même après la mort ? »
Un effondrement médical
« Le système médical de la bande de Gaza s’est écroulé à chaque niveau des soins »,
explique notre contributeur Asem Alnabih qui, cette semaine, a parlé devant Al-Araby TV de la situation du secteur de la santé à Gaza.
Il a également dit dans les médias sociaux cette semaine que
« dès l’instant où une personne blessée est évacuée du site d’une attaque, l’échec est déjà en cours, en raison du démantèlement des services ambulanciers et de la restriction par Israël des fournitures de carburant ».
Il a ajouté que
« l’effondrement s’intensifie avec les pénuries sévères de médicaments, de consommables médicaux, de soins de suivi et de traitements absolument vitaux, toutes causées par les contrôles sévères d’Israël sur l’entrée des fournitures et équipements médicaux. Ceci est encore aggravé par la destruction généralisée des sites de soins de santé, le manque de personnel médical suffisant et l’absence d’équipements de diagnostic et de chirurgie, de matériaux de laboratoire et d’autres ressources essentielles ».
Plus de 45 pour 100 des médicaments essentiels sont hors stock, 66 pour 100 des fournitures médicales sont hors stock et 84 pour 100 des fournitures de laboratoire et de banque du sang sont quasiment épuisées, d’après le ministère de la Santé de Gaza.
Les effets catastrophiques de cette « annihilation de la santé », a ajouté le ministère,
« ont fait de la continuation des soins de santé un miracle quotidien et un défi majeur vers les efforts de guérison et le rétablissement de nombreux services spécialisés ».
Du fait qu’il s’agit de la ligne de base du système de la santé sciemment détruit par Israël au cours des 28 mois de génocide, les cas de méningite se propagent rapidement à Gaza et menacent particulièrement la vie des enfants.
« Les responsables de la santé ont dit qu’au moins 15 cas avaient été recensés jusqu’à présent et qu’on s’attendait à ce que la propagation empire étant donné l’épidémie les conditions médicales et de vie pénibles de la majorité de la population »,
a expliqué Tareq Hajjaj à Mondoweiss le 4 février.
Hajjaj s’est entretenu avec le Dr Ahmad Al-Farra, directeur du service de pédiatrie du Complexe médical Nasser, qui a déclaré que la maladie elle-même n’était pas nouvelle mais que
« ce qui est alarmant au sujet de la vague actuelle, c’est que tous les cas enregistrés jusqu’à présent sont bactériens et qu’ils requièrent donc des traitements antibiotiques immédiats ou alors risquent de graves complications, parmi lesquels perte de l’audition, perte de la vision, paralysie, dommages cérébraux et même décès ».
Le ministère de la Santé a déclaré la semaine dernière qu’environ 11 000 cancéreux étaient privés par Israël de traitements spécialisés et diagnostiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de Gaza.
Le manque d’équipement de premier diagnostic et de suivi, tel l’appareillage IRM ou l’équipement destiné à la mammographie, la fermeture des hôpitaux spécialisés et la destruction du Centre du cancer de Gaza ont exacerbé les souffrances des patients.
Les ressources en vue de la fourniture de soins aux patients cancéreux ont été détruites ou épuisées, surtout les médicaments de chimiothérapie et les équipements de diagnostic, a fait savoir le ministère.
Près de deux tiers de tous les médicaments contre le cancer sont complètement hors stock. Et 4 000 patients nantis de recommandations pour des traitements à l’étranger attendent depuis plus de deux ans l’ouverture du passage qui faciliterait leur voyage, a ajouté le ministère.
La récente ouverture partielle du passage de Rafah à la frontière égyptienne, qui était fermé depuis mai 2024, a donné à de nombreuses familles l’espoir qu’elles ou leurs êtres chers pourraient se déplacer pour un traitement médical.
Toutefois, une poignée de patients à peine ont été autorisés à sortir par Israël. Des médecins disent que les listes prévoyant l’évacuation de 50 patients par jour ont été drastiquement raccourcies.
Cette politique de sentence de mort médicale appliquée par Israël a tué le petit Anwar al-Ashi, 7 ans, qui est mort d’un blocage rénal cette semaine alors qu’il attendait son évacuation médicale.
Le bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré que le taux de conformité des permis de déplacement vers l’Égypte accordé par Israël n’avoisinait que les 25 pour 100.
Une sentence de mort médicale
Cette semaine, en Cisjordanie occupée, le cabinet de la sécurité israélienne a approuvé des mesures qui consolideront et approfondiront son contrôle et le faciliteront même afin que les colons juifs israéliens puissent voler des terres palestiniennes.
Le ministre israélien de la Défense – et criminel de guerre en fuite – Israël Katz a déclaré :
« Nous ancrons le peuplement colonial comme une composante inséparable de la politique gouvernementale israélienne. »
Le parti politique Hamas a répondu que la décision d’Israël
« tombe dans le cadre de l’approche coloniale fasciste, du plan d’annexion complète et de la guerre d’extermination et de nettoyage ethnique adoptés par le gouvernement extrémiste et criminel de l’occupation ».
« Ceci cherche à imposer une fausse souveraineté et à altérer les réalités géographiques et juridiques sur le terrain », a-t-il ajouté.
Entre-temps, cette semaine, un garçonnet cancéreux de cinq ans, né à Gaza mais qui était en traitement à Ramallah depuis 2022, s’est vu notifier une sentence de mort médicale par un juge du tribunal de district de Jérusalem, Ram Winograd.
Le juge a rejeté une requête introduite par l’organisation de défense des droits humains Gisha pour qu’on accorde au garçonnet le droit d’entrée et de franchissement de la Ligne verte afin de recevoir un traitement dans un hôpital de Tel-Aviv. Gisha affirme :
« La décision a été prise malgré la sévérité de l’état du garçon et l’opinion experte d’un médecin israélien qui recommandait un traitement disponible à proximité et mettait en garde contre les risques de transfert de l’enfant pour un traitement à l’étranger. »
Du fait que les soins médicaux appropriés ont été rendus inaccessibles à Gaza à cause du siège israélien en place depuis 18 ans, bien avant le début du génocide, et aujourd’hui, du fait que la plupart des traitements contre le cancer sont totalement inaccessibles après deux années de génocide, le garçonnet a reçu des soins en Cisjordanie.
« Après l’épuisement des options de traitement en Cisjordanie, les médecins dont déterminé que l’enfant requiert de toute urgence une immunothérapie par anticorps, un traitement qui n’est pas disponible en Cisjordanie, et qui doit être suivie par une transplantation de moelle osseuse »,
a déclaré Gisha.
« Malgré le danger pour la vie de l’enfant, le tribunal a choisi de ne pas intervenir dans la décision de l’État de lui refuser l’accès aux soins. En agissant de la sorte, il a effectivement réaffirmé la politique générale de l’État consistant à interdire aux résidents de Gaza l’entrée en Israël depuis le début de la guerre, contrairement à la pratique en place avant octobre 2023 »,
a expliqué Gisha.
L’organisation est engagée dans des procédures juridiques autour du cas de l’enfant depuis novembre 2025.
Dans sa réponse la plus récente au tribunal,
« soumise seulement après de pénibles retards et le dépôt d’une requête pour outrage à la cour, l’État a prétendu que le ministre de la Défense en personne [Israël Katz] avait décidé »
de ne pas autoriser le passage de l’enfant en s’appuyant sur le fait que les habitants de Gaza sont interdits d’entrée en Israël « dans quelque but que ce soit », a fait remarquer l’organisation des droits humains.
« L’État a également tenté de rejeter la responsabilité sur la famille de l’enfant en prétendant qu’elle n’avait fait montre d’aucun effort en vue de trouver un tiers pays où l’enfant aurait pu recevoir un traitement en empruntant le passage Allenby [vers la Jordanie], malgré l’avis des médecins de l’enfant disant qu’un tel voyage pourrait mettre sa vie en danger, alors que le traitement nécessaire était disponible à une très courte distance. »
« Dans sa décision, le juge Winograd a pleinement accepté les arguments de l’État »,
a déclaré Gisha.
« Par conséquent, il s’est abstenu d’octroyer une solution individuelle et a maintenu dans ses effets la décision de l’État d’abandonner l’enfant à la mort. »
Et, au camp de réfugiés de Dheisheh, au sud de Bethléem, Khaled al-Saifi, un dirigeant communautaire, est mort cette semaine après avoir subi pendant quatre mois des négligences médicales dans une prison israélienne.
Al-Saifi, 67 ans, avait été libéré d’une prison israélienne dans un état critique. On l’avait placé dans une unité de soins intensifs, puisqu’il était incapable de marcher et qu’il soufrait d’une grave fibrose pulmonaire après qu’on lui eut refusé des soins et des médicaments adéquats alors qu’il se trouvait en détention.
Il est décédé juste une semaine après sa libération.
Mise en exergue des revendications
Finalement, nous avons voulu mettre en exergue des personnes exprimant leur joie, leur détermination et leurs revendications partout en Palestine et dans le monde.
Tout au long du génocide, le pharmacien, écrivain et tailleur Omar Hamad a posté des messages à propos de ses tentatives de sauvegarder et de protéger des livres des explosions, attaques et destructions de maisons. Cette vidéo date de septembre, au cours de son dixième déplacement forcé au moins depuis 2023.
Cette semaine, Hamad et ses amis se sont mis à reconstruire une bibliothèque entière à partir de rien – y compris en se procurant et en imprimant eux-mêmes quelque 700 livres.
« Je les ai portés sur le dos et je n’ai pas du tout senti leur poids – j’étais incroyablement heureux de cet accomplissement »,
avait-il écrit.
« Les livres vont d’ouvrages islamiques à des travaux de jurisprudence, ils traitent de la foi, de la biographie du Prophète, il y a des exégèses du Coran, des livres sur l’histoire de l’Islam. Ils comprennent également des ouvrages en langue arabe et une encyclopédie complète de la poésie couvrant les poètes arabes, ainsi qu’un petit nombre de romans. »
Hamad d’ajouter :
« Comme je l’ai dit, et cela restera toujours notre slogan : Parfois, construire une bibliothèque est un acte de liberté. »
Cette semaine, Hamad et ses collègues ont donc ouvert la bibliothèque du Phénix.
Il dit que la bibliothèque du Phénix
« est non seulement la première bibliothèque à être construite au cours du génocide à Gaza, elle est aussi la résultante d’idées qui se sont accumulées afin de remodeler le concept même d’une librairie à Gaza et de consolider la culture de la lecture dont nous sommes privés depuis deux années de génocide éducationnel. Malgré toutes les circonstances qui sont contre nous – avec les coûts à la hausse des matériaux de construction de base et les prix des livres et du papier qui montent en flèche – nous avons surmonté tous les obstacles »
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Publié le 13 février 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




