Un crime énorme contre l’Iran

Quelques heures avant la confirmation de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, je disais dans le livestream de Drop Site News que l’assassinat du dirigeant iranien serait un crime énorme.
Très tôt, dimanche matin, l’Iran a annoncé que les États-Unis et Israël avaient assassiné Khamenei ainsi que plusieurs membres de sa famille.

 

 

Un crime énorme contre l'Iran : Ce 1er mars, des gens se rassemblent pour pleurer l'ayatollah Ali Khamenei sur la place Enghelab à Téhéran, après confirmation que, la veille, Israël et les États-Unis ont bel et bien assassiné le dirigeant iranien. (Photo : Fatemeh Bahrami / Anadolu Images)

Ce 1er mars, des gens se rassemblent pour pleurer l’ayatollah Ali Khamenei sur la place Enghelab à Téhéran, après confirmation que, la veille, Israël et les États-Unis ont bel et bien assassiné le dirigeant iranien. (Photo : Fatemeh Bahrami / Anadolu Images)

 

Ali Abunimah, 1er mars 2026

Ils rejoignent des centaines d’Iraniens déjà tués au cours de cette guerre américano-israélienne, y compris des dizaines d’écolières massacrées avec une indicible atrocité dans une école primaire de Minab, dans le sud de l’Iran.

Vous pouvez suivre la discussion sur cette vidéo, animée par Jeremy Scahill et Ryan Grim auxquels s’est joint Hooman Majd, un commentateur irano-américain.

 

Vidéo Drop Site News : Les EU et Israël attaquent l’Iran au moment où Trump annonce un changement de régime.

 

 

Le fait de tuer Khamenei, le dirigeant d’un État souverain, lors d’une guerre d’agression non provoquée, est un acte flagrant de terrorisme international.

Aussitôt, le président Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, les perpétrateurs de ce crime, ont obtenu ce qu’ils cherchaient : Les Iraniens ont envahi les rues.

Ils n’y étaient pas pour protester contre leur gouvernement et le renverser – comme les fauteurs de guerre l’avaient demandé – mais pour pleurer leur guide martyr et réclamer vengeance.

 

La complicité arabe et occidentale

Avant que ne soit confirmé l’assassinat de Khamenei, les régimes arabes et occidentaux se sont rangés derrière la guerre de Trump et de Netanyahou.

À quelques exceptions remarquables près, comme l’Espagne en Europe et Oman parmi les États arabes, les gouvernements se sont abstenus de critiquer l’attaque contre l’Iran – mais ont en lieu et place dénoncé l’Iran parce qu’il agissait en autodéfense contre les pays à partir desquels les Américains avaient lancé leur agression.

Dans un retournement de situation particulièrement pervers, nombre de pays – dont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne – ont appelé l’Iran à reprendre les « négociations » – comme si c’était l’Iran, et non les États-Unis et Israël, qui avait utilisé les pourparlers en cours comme couverture pour préparer une autre attaque surprise, exactement comme les EU et Israël l’avaient fait en juin dernier.

Le Canada et l’Australie sont même allés plus loin en proposant ouvertement leur soutien à l’agression.

Voilà ce qu’il est du grand discours du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, il y a quelques semaines, quand il avait défié Trump et défendu un ordre mondial s’appuyant sur des règles s’appliquant à tous

Tous ces pays – et leurs médias loyaux jusqu’à la servilité, y compris leurs ailes progressistes – ont diabolisé l’Iran pendant des décennies et l’ont décrit comme un agresseur. Mais, comme je l’ai expliqué à Drop Site News, ceci constitue un renversement de la réalité.

C’est l’Iran qui a dû affronter des décennies d’agression de leur part.

 

L’Iran subit des attaques depuis des décennies

En 1980, alors que l’Iran était occupé à consolider son ordre post-révolutionnaire après avoir renversé la dictature brutale du shah, soutenue par les EU, l’Irak l’avait envahi.

Mais cette guerre n’était pas que le seul projet de Saddam Hussein. Elle était soutenue et armée par les États-Unis et les puissances européennes, et financée par les mêmes régimes arabes qui aujourd’hui soutiennent l’agression américano-israélienne.

L’Allemagne de l’Ouest – parmi tous les autres pays – avait activement participé à la production irakienne des armes chimiques utilisées pour attaquer les Iraniens.

La formidable puissance des missiles balistiques iraniens a également ses racines dans cette époque : les attaques sans discrimination des missiles Scud irakiens contre les centres de population iraniens au cours de « la guerre des villes », tués des milliers de civils, avaient convaincu les dirigeants du pays du besoin d’une dissuasion défensive efficace.

 

Une foule immense remplit la place Enghelab à Téhéran le 1er mars, après que le gouvernement iranien a confirmé que l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême du pays, a bel et bien été tué la veille lors de l'agression américano-israélienne toujours en cours

Une foule immense remplit la place Enghelab à Téhéran le 1er mars, après que le gouvernement iranien a confirmé que l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême du pays, a bel et bien été tué la veille lors de l’agression américano-israélienne toujours en cours. (Photo : Fatemeh Bahrami / Anadolu Images)

 

L’Iran n’a pas envahi ses voisins. Il n’a pas mené des guerres de conquête.

Ses frappes de missiles n’ont eu lieu qu’après des attaques directes, qu’il s’agisse de l’assassinat par les EU du général Qasem Soleimani ou des frappes israéliennes contre le territoire iranien en juin dernier.

L’Iran a survécu à huit années de dévastation à la suite de l’invasion irakienne soutenue par l’Occident et les régimes arabes.

Depuis lors, il a subi une vague après l’autre d’assassinats et de sanctions calculées pour appauvrir la population, depuis le refus de traitement du cancer au fait de provoquer des catastrophes aériennes en interdisant l’importation par l’Iran de nouveaux avions et de pièces de rechange.

En dépit de l’hostilité des régimes arabes, l’Iran a soutenu la résistance palestinienne et libanaise contre l’occupation israélienne, l’apartheid et le génocide.

Ceci constitue sans aucun doute sa principale transgression aux yeux des Arabes pro-israéliens et de leurs sponsors occidentaux et cela est déformé en « interférence » et soutien à des « comparses » plutôt qu’en solidarité avec des peuples menant de justes luttes de libération.

Les responsables américains se vantent de ce que les sanctions ont fait s’effondrer la monnaie iranienne, ont engendré des difficultés économiques et – en même temps que les efforts secrets de déstabilisation menés par Israël et les EU – ont fomenté toute une violence.

Cette cruauté s’est si bien normalisée que même une prétendue libérale, comme l’ancienne secrétaire démocratique de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, peut réclamer plus de souffrance encore sans qu’on n’entende guère plus que des murmures de protestation.

Une superpuissance voyou

C’est la même stratégie que celle utilisée contre le peuple irakien dans les années 1990 – une fois que Saddam n’a plus été utile à ses patrons occidentaux.

Notoirement, la secrétaire d’État du président Bill Clinton, Madeleine Albright, n’avait pas seulement contesté la mort de centaines de milliers d’enfants irakiens à la suite des sanctions, mais elle avait surtout confirmé :

« Nous pensons que le prix en vaut la peine. »

Des sanctions visant les Syriens ordinaires ont été utilisées en préparation d’un changement de régime, exactement de la même façon qu’on les a déchaînées contre les populations de Cuba, du Venezuela, de la Corée du Nord et contre les Palestiniens de Gaza.

Invariablement, le crime impardonnable de ces nations consiste à revendiquer ou à défendre leur propre souveraineté et indépendance.

Dans le passé, les États-Unis se donnaient beaucoup de mal à fabriquer des prétextes à leurs guerres impérialistes – pensons à l’incident du golfe du Tonkin pour le Vietnam ou aux « armes de destruction massive » pour l’Irak.

Une fois qu’il s’agit de l’Iran, l’effort s’est avéré timide, incomplet et décousu – comme l’a fait remarquer Jeremy Scahill, de Drop Site News, au cours de la discussion.

Trump prétend avoir « oblitéré » les ressources nucléaires de l’Iran tout en les décrivant en même temps comme une menace imminente.

Il a menacé d’une intervention militaire afin de sauver des vies iraniennes censément de leur propre gouvernement, sans éprouver le moindre scrupule quand les EU et Israël ont tué et blessé des milliers d’Iraniens lors de la guerre de juin 2025 et de celle-ci.

Mais, quelle que soit la propagande déployée par les EU et Israël, elle n’a pas fonctionné : la semaine dernière, un quart des Américains seulement ont soutenu une guerre contre l’Iran.

 

Les cibles ultimes de l’impérialisme américain

Vers l’extérieur, les EU n’éprouvent nul besoin de vendre leur agression : Pourquoi le devraient-ils, quand le génocide perpétré par Israël a balayé les tout derniers prétextes à l’existence d’un ordre et d’un droit international ?

Les guerres américaines de changement de régime en Irak en 2003, en Libye en 2011, ainsi que le ciblage en cours du Venezuela et de Cuba, laissent présager d’un nouvel ordre mondial dans lequel les EU pourront piller des nations sans restriction.

La Russie et la Chine sont les seules nations nanties du potentiel de contrebalancer cette superpuissance voyou. La position stratégique de l’Iran et ses immenses ressources font que le pays est d’une importance vitale tant pour Moscou que pour Beijing et c’est précisément pour cette raison qu’il est dans le collimateur des États-Unis et d’Israël.

Détruire l’Iran peut être l’objectif immédiat, mais la Russie et la Chine sont les véritables cibles de l’ambition impérialiste américaine. Quant à savoir si ces deux pays saisissent la portée de la menace, ce n’est pas évident, étant donné leur réponse silencieuse à l’offensive contre l’Iran jusqu’à présent.

Le fait qu’ils n’ont pas opposé leur veto à la résolution du « Comité de paix » lors du Conseil de sécurité en novembre dernier – permettant ainsi à Trump de s’auto-couronner comme prétendu roi du monde – n’est pas un signe prometteur non plus.

Alors que les États-Unis et Israël mènent une guerre d’agression et de choix, l’Iran est plongé dans une bataille existentielle pour sa survie.

L’avenir de l’Iran appartient aux Iraniens. Mais si leur pays est dévasté ou soumis à la tyrannie de Washington et de Tel-Aviv – comme tant de leurs voisins – cet avenir leur sera volé plus des générations entières.

Si cette agression américaine et israélienne est menée à bien, aucun pays et aucun peuple n’auront plus la souveraineté ou le contrôle de leur existence.

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Publié le 1er mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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