L’Iran résiste toujours aussi fermement

Le 18 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que son pays cherchait à mettre un terme à la guerre dans toute la région. « La fin de cette guerre peut faire naître l’opportunité dans laquelle l’avantage stratégique que détient l’Iran lui permettra d’établir les cessez-le-feu qui n’existent pas plus au Liban qu’à Gaza. »

 

L'Iran résiste toujours aussi fermement. Photos : La défense civile et les équipes de secours poursuivent leurs opérations après que les frappes aériennes israéliennes ont frappé le district d'Endergzu, à Téhéran, à l'aube du 23 mars, faisant s'effondrer la moitié d'un immeuble de huit étages et endommageant sévèrement des structures toutes proches et de nombreux véhicules. (Photo : Fatemeh Bahrami / Anadolu Images)

La défense civile et les équipes de secours poursuivent leurs opérations après que les frappes aériennes israéliennes ont frappé le district d’Endergzu, à Téhéran, à l’aube du 23 mars, faisant s’effondrer la moitié d’un immeuble de huit étages et endommageant sévèrement des structures toutes proches et de nombreux véhicules. (Photo : Fatemeh Bahrami / Anadolu Images)

Eli Gerzon, 24 mars 2026

 

« Nous avons vu ce qu’ils ont fait aux Palestiniens et nous savons que telle est la nature de notre ennemi. Mais nous avons toujours l’intention de résister »,

a déclaré la Dre Setareh Sadeqi lors du livestream de The Electronic Intifada, le 19 mars.

Prenant la parole depuis la ville d’Ispahan, dans le centre de l’Iran, Mme Sadeki est une professeure assistante à l’Université de Téhéran et elle est active sur Twitter/X en tant que @LeeLako. Elle s’est spécialisée dans les Études nord-américaines et effectue des recherches sur les relations entre l’Iran et les EU.

Lors du livestream, Mme Sadeqi a parlé de la façon dont les Iraniens ordinaires souffrent quotidiennement de l’agression américano-israélienne qui a débuté le 28 février.

« Des familles ont été décimées alors qu’elles se déplaçaient tout simplement ou qu’elles faisaient du shopping dans un endroit ou l’autre »,

a-t-elle expliqué.

Plus de 18 000 personnes ont été blessées lors des attaques, a fait savoir le ministère iranien de la Santé la semaine dernière. Parmi les 1 300 morts au moins figurent plus de 200 enfants et 226 femmes.

Mais Mme Sadeqi a insisté sur le fait que d’immenses foules d’Iraniens défilaient toujours dans les rues chaque soir à Téhéran et dans les villes du pays

« non seulement pour témoigner leur soutien à la République islamique d’Iran mais aussi pour exiger vengeance ».

Un slogan souvent entendu, disait Mme Sadeki, était :

« Pas de compromis, pas de négociations ! Nous combattrons contre l’Amérique ! »

Mme Sadeqi a fait allusion à une vidéo virale qui montre une mère iranienne tenant son bébé et continuant d’exprimer un sentiment similaire.

On demandait à la mère ce qu’elle ferait s’il n’y avait plus d’eau chaude et si elle ne pouvait plus changer les langes de son bébé. Elle avait répondu qu’elle ne pensait pas à ce genre de choses mais qu’elle comparait son enfant aux enfants de Gaza.

« En quoi mon enfant serait-il différent des enfants de Gaza ? Nous nous battons aujourd’hui afin qu’ils puissent vivre plus facilement demain »,

a déclaré la mère.

Mme Sadeqi dit que certains Iraniens ont la possibilité de quitter l’Iran mais qu’ils ont choisi de rester. D’autres sont retournés en Iran au cours de la guerre. Quel contraste, dit-elle, avec les Israéliens qui fuient Israël.

« C’est la différence entre le peuple autochtone de cette région-ci et les résidents coloniaux de ces territoires occupés »,

selon Mme Sadeki.

Elle a également parlé de l’hostilité occidentale à l’égard de l’Iran qui tire ses racines de l’insistance du pays à vouloir garder sa souveraineté et continuer de soutenir la Palestine ainsi que la résistance anticoloniale dans toute la région.

Elle a fait remarquer que cette hostilité avait débuté longtemps déjà avant la formation de la République islamique en 1979 et qu’elle incluait le coup d’État de 1953 soutenu par la CIA contre le Premier ministre iranien démocratiquement élu Mohammed Mossadegh.

Sa transgression, aux yeux des puissances impérialistes, avait été de nationaliser le pétrole iranien de sorte que ses rentrées puissent être utilisées au profit du pays.

 

 

Résistance dans toute la région

Notre collègue Jon Elmer a parlé des actions militaires de l’Iran, du Hezbollah et des forces irakiennes.

« Nous en sommes à 20 jours et à 3 000 drones, dans cette bataille »,

a rapporté Elmer.

Cela inclut les drones Shahed utilisés par le Corps iranien des Gardiens de la Révolution islamique ainsi que les drones Arash 2 de l’armée iranienne.

L’Iran continue également d’abattre des drones américains MQ-9 Reaper.

 

 

Elmer a également fait état d’une déclaration du Hezbollah au Liban.

« Ceci est une bataille existentielle. Nous nous sommes préparés à une longue confrontation »,

a déclaré Naim Qassem, le secrétaire général de l’organisation de résistance libanaise.

Entre-temps, la résistance islamique en Irak – une coordination de plusieurs factions – endommage des sites militaires américains et israéliens en Irak et dans les pays voisins.

Une organisation, les Gardiens des Brigades du Sang, s’est engagée dans 110 opérations en 15 jours, dont, à 21 reprises, des attaques contre la base américaine de Camp Victory, à Bagdad.

 

Ils ont également attaqué des cibles en Syrie, en Jordanie, en Arabie saoudite et au Koweït, a expliqué Elmer. La plupart des opérations utilisaient des drones et six seulement ont utilisé des missiles.

Elmer a partagé des vues de la destruction complète d’une installation radar de plusieurs millions de dollars dans la capitale irakienne.

« Nous en avons des photos parce qu’à Bagdad, vous êtes dans un centre-ville. Alors que les autres cibles de ces radars sont en dehors, dans le désert »,

a expliqué Elmer.

 

Y aura-t-il une escalade ?

Notre collègue Ali Abunimah a parlé de l’attaque israélienne contre le champ pétrolier iranien de South Pars et des représailles iraniennes contre les sites de production d’énergie qui, d’après l’Iran, sont liés aux EU.

En « lisant entre les lignes », Abunimah croit que ces déclarations du président américain Donald Trump et du ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi partageaient un fondement commun : blâmer Israël de l’attaque contre le champ pétrolier de South Pars et vouloir tirer un trait sur d’autres attaques contre des infrastructures énergétiques.

 

Abunimah s’est concentré sur la position forte que semble occuper l’Iran à ce point de la guerre.

Visionnez le segment avec Abunimah ici et lisez son article « La guerre contre l’Iran le rend plus fort ». (Traduit en français pour ce site)

 

Les enfants de Gaza sous le feu

Notre collègue Nora Barrows-Friedman a parlé du blocus quasi total imposé par Israël et de ses massacres de Palestiniens à Gaza.

Dont celui d’un adolescent de 14 ans, Tamer Baraka, dans la zone d’al-Mawasi, à Khan Younis.

À la date du 18 mars, le ministère palestinien de la Santé à Gaza faisait savoir que 677 Palestiniens avaient été tués et plus de 1 800 blessés dans des attaques israéliennes depuis l’entrée en vigueur du prétendu cessez-le-feu en octobre.

Visionnez le reportage de Nora Barrows-Friedman sur YouTube et lisez son article : « Les Israéliens liquident toute une famille – puis s’en réjouissent publiquement ». (Traduit en français pour ce site).

 

Un cessez-le-feu pour tous ?

En direct, Abunimah a informé Elmer d’un rapport disant qu’un F-35 américain, cet avion furtif très sophistiqué, avait dû se poser après avoir essuyé des tirs iraniens.

Abunimah a dit avec humour que les Iraniens pouvaient très bien n’avoir pas su que cet appareil était censé être invisible pour eux.

Dans l’analyse d’Elmer, l’incident indique un problème plus grave, vu sous l’angle des agresseurs.

« Les EU et Israël ont discuté de la façon dont ils disposent d’une supériorité aérienne sur l’Otan. Mais un tas de preuves montrent qu’on en est très loin »,

a-t-il dit.

Israël a utilisé des F-35 pour bombarder Gaza, où il n’y a pas de système de défense anti-aérienne.

« C’est la première fois qu’ils rencontraient des systèmes sophistiqués de défense anti-aérienne »,

a expliqué Elmer.

Le 18 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que son pays cherchait à mettre un terme à la guerre dans toute la région.

« Nous ne croyons pas en un cessez-le-feu. Nous croyons pouvoir mettre fin à la guerre sur tous les fronts et assister à la paix partout, au Liban, au Yémen, en Irak, en Iran et dans d’autres pays de la région »,

a déclaré Araghchi.

Elmer a fait remarquer que l’Iran occupe une position forte, ce qui lui donne donc un levier pour pousser les choses vers un arrangement plus large.

« La fin de cette guerre peut faire naître l’opportunité dans laquelle l’avantage stratégique que détient l’Iran lui permettra d’établir les cessez-le-feu qui n’existent pas plus au Liban qu’à Gaza. »

 

Vidéo EI : Jour 895. Escalade sur tous les fronts.

 

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Publié le 24 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

 

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