Les activistes contre la firme d’armement israélienne condamnés à rembourser les dommages
Cinq activistes propalestiniens qui, en 2024, avaient participé à une action de blocage dans l’usine d’armement OIP à Audenarde, se sont vu condamner par le tribunal à rembourser des dommages. D’après le juge, les activistes n’ont pas pu prouver qu’OIP – une filiale de la firme d’armement israélienne Elbit, qui équipe l’armée israélienne – agissait dans l’illégalité.

La firme d’armement israélienne Elbit Systems est l’un des principaux fournisseurs de l’armée israélienne. Photo prise lors de l’action devant le tribunal d’Audenarde le 17 février.
Toon Danhieux (*), 19 mars 2026
Le 4 mars 2004, quelque 67 activistes du collectif StopElbit avaient bloqué pendant quatre heures l’accès à l’entreprise d’armement OIP Sensor Systems à Audenarde et s’étaient enchaînés à la grille. De ce fait, les travailleurs n’avaient pu exécuter leur travail, ce qui, selon OIP, s’était traduit par des dégâts économiques majeurs.
Un géant des armes de mort
Cette action s’inscrivait dans un mouvement national et international qui critique l’implication de diverses entreprises d’armement dans le génocide contre les Palestiniens et, plus généralement, dans la politique israélienne d’occupation, de colonisation et d’apartheid. OIP est une entreprise d’armement belge spécialisée dans l’optronique. Pensez aux caméras infrarouges, aux appareils de vision nocturne, aux appareils de visée et aux systèmes de guidage de véhicules. En dehors de son siège principal à Audenarde, l’entreprise possède également des entrepôts d’armes et des bureaux à Tournai.
En 2003, l’entreprise a été reprise par la firme d’armement israélienne Elbit Systems, qui en possède aujourd’hui 99,95 pour 100 des actions. Elbit Systems figure au 21e rang mondial des plus grandes firmes d’armement au monde et c’est l’un des principaux fournisseurs de l’armée israélienne. La firme fournit 50 pour 100 de ses équipements totaux, 85 pour 100 de son équipement en drones ainsi que 85 pour 100 des équipements des forces terrestres israéliennes.
L’un de ses principaux arguments de vente dit que ses armes ont été « testées sur le terrain ». En d’autres termes, testées sur les citoyens palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.
La firme Elbit entame elle-même les poursuites
Après que le parquet avait décidé plus tôt de ne pas poursuivre pénalement les activistes, parce qu’il estimait que le blocage du 4 mars 2024 ne justifiait par des poursuites pénales, la firme OIP/Elbit a intenté elle-même une action civile contre sept des 67 activistes – en les ayant choisis au hasard. L’entreprise réclame plus de 65 000 euros de dommages qu’elle aurait subis en raison du blocage.
Le 17 mars, le juge s’est prononcé dans cette affaire civile et il a estimé fondée une demande de dommages et intérêts. Ce jugement touche cinq des sept accusés. Les deux personnes qui se trouvaient sur le toit d’OIP ont été exemptées du jugement.
La production d’armes est autorisée en Belgique, dit le juge et OIP disposait des autorisations nécessaires. Un réviseur d’entreprise va dès lors déterminer à combien s’élèvent les dégâts subis. Ce montant sera discuté lors de l’audience du 16 juin.
Le tribunal refuse d’adopter officiellement un point de vue sur la dimension géopolitique du procès et, ce faisant, il ignore volontairement le cœur du problème. Avec son action de blocage, le groupe d’action StopElbit dénonçait la présence sur le territoire belge d’une entreprise qui tire profit directement de l’industrie israélienne de l’armement et qui est fortement impliquée dans le génocide de Gaza et dans la politique israélienne d’apartheid, de colonisation et d’occupation.

La solidarité avec les activistes devant le tribunal d’Audenarde, le 17 février .
Intimidation
Le 17 février 2026, les sept activistes ont comparu devant le tribunal de première instance à Audenarde, accompagnés de leurs avocates Hind Riad et Joke Callewaert, du collectif Progress Lawyers Network. Un rassemblement de solidarité réunissait quelque 200 personnes devant le siège du tribunal et la galerie publique de la salle d’audience était pleine comme un œuf.
Les avocates des sept inculpés ont parlé de la situation de génocide en Palestine et du rôle d’OIP/Elbit dans ce contexte. Elles ont dénoncé l’inversion des rôles qu’OIP/Elbit tente d’implanter : Alors qu’ils sont censés être présents sur le banc des accusés en tant que fournisseurs d’armes en vue d’un génocide, ils se présentent eux-mêmes comme victimes.
Cette tentative d’intimidation de la part du géant de l’armement cherche sans doute à créer une jurisprudence : un exemple pour les tribunaux qui se trouveront à l’avenir dans une situation similaire. Et, de la sorte, toutes les actions possibles contre lui ou contre d’autres entreprises complices seront d’avance criminalisées.
« Dans cette affaire, le droit à la liberté d’expression se trouve opposé au droit d’entreprise d’une société qui collabore à des crimes de guerre »,
a déclaré l’avocate Joke Callewaert.
« Jamais auparavant, en Belgique, une procédure civile n’avait été menée contre des activistes. En outre, sept jeunes ont été convoqués au hasard. »
Appel
StopElbit dit que la justice belge a choisi de donner raison à une entreprise d’armement qui, de par ses activités, soutient la machine sioniste, coloniale et génocidaire d’Israël.
Cette décision va à l’encontre de celles de la Cour internationale de Justice (CIJ), la pierre de touche du système juridique mondial, ainsi qu’à l’encontre de l’esprit des embargos flamands et belges contre les armes qui, sous pression des grandes manifestations pour la Palestine, ont été promulgués, avec une grande prudence toutefois.
Aussi les sept activistes, accompagnés de StopElbit, ont-ils décidé d’aller en appel contre le jugement.
« La semaine dernière, la Belgique a organisé sa première foire aux armements et 100 000 personnes sont descendues dans la rue pour protester contre le démantèlement social et contre les mesures qui érodent le droit d’émettre des protestations. C’est à ce moment précis qu’un tribunal belge décide de donner raison à une entreprise qui tire profit du génocide en Palestine »,
déclare StopElbit.
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(*) Toon Danhieux a travaillé dans l’aide à la jeunesse en tant qu’accompagnateur familial. Il a été et est toujours militant syndical d’ACV-Puls au sein de la Colère blanche et, de même, il a toujours été engagé dans la solidarité internationale avec l’Amérique latine, et avec Cuba en particulier.
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Publié le 19 mars 2026 sur De Wereld Morgen
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine
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Trouvez ici le communiqué de STOP ELBIT, publié le 18 mars 2026.
COMMUNIQUE DE PRESSE – STOP ELBIT
VERDICT DES 7 CONTRE ELBIT : LE TRIBUNAL D’AUDENARDE CONSIDERE LA DEMANDE D’INDEMNISATION D’OIP/ELBIT COMME FONDEE ET FERA APPEL A UN EXPERT POUR DETERMINER LE MONTANT DES DOMMAGES
Ce mardi 17 mars 2026, la justice belge a rendu son verdict dans le procès des 7 contre OIP/Elbit. Le tribunal de première instance d’Audernarde considère la demande d’indemnisation de l’entreprise mortifère comme fondée et nommera un expert pour déterminer le montant des dommages. Cette sentence concerne 5 des 7 inculpé-es. Les deux personnes sur le toit sont écartées du jugement. Selon la justice d’Audenarde, les manifestant-es auraient empêché l’accès au site des travailleurs. Il est aussi important de noter que la cours refuse officiellement de se positionner sur la dimension géopolitique du procès, ignorant ainsi le cœur du problème.
Pour rappel, après un classement sans suite de l’affaire au pénal, l’entreprise OIP/Elbit poursuivait au civil 7 militant-es ayant participé au blocage de son site à Audenarde le 4 mars 2024. Elle réclamait plus de 65 000 € de dommages et intérêts. Cette action poursuivait plusieurs objectifs, premièrement de dénoncer la présence sur le territoire belge d’une entreprise dont les intérêts profitent directement à l’armement israélien. Il s’agissait aussi d’alerter son implication dans le génocide en cours à Gaza et dans la politique israélienne d’apartheid, de colonisation et d’occupation.
ELBIT SYSTEMS Ltd. et OIP NV
Elbit systems est une entreprise israélienne, se positionnant en 21e position des plus importantes entreprises d’armement dans le monde. Elle est l’un des principaux fournisseurs de l’armée israélienne, lui livrant 50% de son équipement total, 85% de son équipement en drone et 85% de l’équipement de son armée de terre. L’un de ses argument de vente principal est que ses armes sont « “testées sur le terrain” en d’autres termes testées sur les populations civiles palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza.
OIP (Optiques et Instruments de Précision) est une entreprise d’armement belge spécialisée dans l’optronique (camera infrarouge, lunette de vision nocturne, viseurs, systèmes de guidage de tir pour véhicules…), implantée à Audenarde. Elle a également des entrepôts de stockage d’armes et des bureaux à Tournai. Elle a été rachetée en 2003 par Elbit Systems et lui appartient donc à 99.95%.
PROCES DU 17/02/2026
Le 17 février 2026 les 7 militant-es se sont présenté-es au tribunal de première instance d’Audenarde, accompagné-es de leurs avocates Hind Riad et Joke Callewaert du cabinet Progress Lawyers Network. Un rassemblement de soutien aux 7 a réuni environ 200 personnes. L’audience étant publique, de nombreuses personnes ont pu assister au procès et aux argumentations des deux parties.
Pendant l’audience, les avocates des 7 ont commencé par rappeler la situation de génocide en Palestine, ainsi que la responsabilité d’OIP-Elbit dans ce contexte. Leurs plaidoiries ont insisté sur l’inversion de rôle et de récit qu’OIP/Elbit tente de mettre en place en se positionnant en tant que victime. Elles font l’hypothèse d’une tentative d’intimidation de la part du géant de l’armement, ayant pour objectif de faire jurisprudence. Les avocates de la défense ont affirmé que les liberté d’expression et de manifestation sont des droits fondamentaux, qui pourraient être menacés suite a une décision négative de la part de la justice belge.
VERDICT
Cependant, malgré la faiblesse des arguments et le manque de rigueur de l’avocat d’OIP/Elbit, qu’il a par ailleurs lui-même reconnu devant la court, la justice belge a préféré donner raison a une entreprise d’armement dont les activités soutiennent la machine sioniste, coloniale et génocidaire israélienne. Cette décision contrevient aux décisions de la CIJ, clef de voûte de l’appareil juridique mondial. Sans grande surprise, il semble que le terme justice soit encore vidé de sa substance par le tribunal d’Audenarde qui prétend la défendre.
Suite à cette décevante et révoltante décision, le collectif StopElbit.be réaffirme la responsabilité et la complicité d’OIP/Elbit dans l’entreprise israélienne de colonisation, d’apartheid et d’occupation. OIP-Elbit peut poursuivre les 7, mais elle ne lavera pas le sang qui reste sur ses mains.
C’est pourquoi, StopElbit.Be et les 7 prennent la décision de faire appel de la décision de justice du 17 mars 2026 de la cours de première instance d’Audenarde.
A cette occasion, les 7 ont décidé de s’exprimer à travers ce communiqué :
« Ce n’est pas la première fois, ici et dans le monde, que la justice préfère soutenir les intérêts privés d’une multinationale, même si ses agissements mortifères et illégales sont sus et prouvés aux yeux de touxtes.
Nous savons aussi qu’ici, dans le ventre de la bête, nos entreprises, nos politiques et nos modes de vie ont un impact direct sur les vies du sud global marquées par l’exploitation, le pillage des terres et des ressources, les guerres au prix de notre confort et de nos profits.
A l’heure où la Belgique accueille son premier salon de l’armement, où 100 000 personnes ont marché dans les rues pour protester contre la casse sociale d’un gouvernement d’extrême droite aux mesures menaçant l’état de droit, la justice belge a décidé de donner raison à une entreprise qui profite du génocide en Palestine. L’entreprise demande des dommages pour une action de blocage qui a duré quatre heures et qui visait à dénoncer l’implication d’OIP/Elbit dans le drame actuel en Palestine.
Aujourd’hui, le droit belge envoie un message fort aux luttes de solidarité avec la Palestine. Elle se désolidarise.
Pourtant, nous savons que nous ne sommes pas les premiers et beaucoup d’autres sont passés par là avant nous.
Cette décision nous rappelle que nous devons continuer de lutter chaque jour, car aucun droit n’est jamais tenu pour acquis. Ce n’est pas la fin du chemin !
Les luttes en solidarité de la Palestine continuent et continuerons ! Nous ne pouvons nous résoudre à abandonner le combat. Nous remercions toutes les personnes et les collectifs qui nous ont accompagnés jusqu’ici. Sans elles, ce chemin n’aurait jamais été possible. Nous avons encore besoin de vous, de votre soutien et de votre présence pour nous accompagner dans cette étape.
Free Palestine ! Free Gaza ! Stop Zionism ! Stop imperialism !
Les 7 et StopElbit.Be «INFOS PRATIQUES
Les activistes ne veulent pas que leurs noms soient diffusés et ne veulent pas apparaître face caméra. Ils et elles sont néanmoins disponibles pour des interviews audios ou écrites.
Le communiqué a été publié le 18 mars 2026 sur le site Stuut.info




