La huitième conférence du Fatah : une expression saisissante de la défaite de la classe comprador et de la fragmentation du mouvement
Le peuple palestinien est indifférent à la réunion de la huitième conférence du Fatah et il ne lui accorde que peu d’attention. Le mouvement qui a jadis été la colonne vertébrale de la lutte de libération nationale palestinienne est devenu plus proche aujourd’hui d’une société de holding et d’un mécanisme de contrôle de la sécurité et des appareils financiers de l’Autorité palestinienne à Ramallah.

Khaled Barakat, 17 mai 2026
Un parti sans esprit ni intellect, dont l’existence dépend de la décision de l’occupation et du soutien de certains régimes du Golfe, en particulier de l’Arabie saoudite, des États de la normalisation et des agences de renseignement de Washington et de Tel-Aviv. Nous ne connaissons pas un seul mouvement politique qui s’enfonce plus bas à chacune de ses « conférences nationales » que ne le fait le Fatah.
La Huitième Conférence générale nationale du Fatah s’est tenu au beau milieu d’une lutte intense entre les centres du pouvoir rivaux au sein du mouvement, à un moment qui coïncide avec le 78e anniversaire du déracinement et de la déportation du peuple palestinien et à un moment où la cause palestinienne est en train d’être liquidée et dissoute. Le peuple palestinien est confronté à une guerre ouverte de génocide dans la bande de Gaza, une accélération de l’expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem, à des lois racistes dans le territoire occupé de 1948 et à la marginalisation en cours des réfugiés palestiniens en exil. Ce rassemblement a lieu à Ramallah occupée avec la permission de l’occupation et sous son œil vigilant. Ce seul fait révèle la profondeur de la crise structurelle globale vécue par la direction palestinienne traditionnelle et elle confirme que la voie politique existante s’est déplacée d’une situation d’impasse et de paralysie vers une défaite totale de la classe capitaliste du camp de la « paix économique » et des agents des banques israéliennes.
La division au sein du Fatah n’est pas simplement une querelle organisationnelle ou une différence de points de vue, comme certains tentent de le faire croire, mais plutôt un reflet de l’effondrement d’un projet entier basé sur l’illusion de l’« État indépendant » et des accords d’Oslo. C’est le projet d’une classe comprador palestinienne qui a volé toutes les institutions palestiniennes, s’est emparé des clés des prisons et du sceau de l’Organisation de libération de la Palestine et dont le rôle fonctionnel consiste à asseoir la réalité de l’occupation tout en assurant ses propres intérêts et privilèges. Sous la direction d’une strate parasitaire, d’un leadership individuel et d’appareils sécuritaires bureaucratiques, le mouvement qui jadis dirigea le « projet national palestinien » s’est transformé en un cadre gangrené par la crise et vide de légitimité et de direction nationale, déconnecté de ce qui vit dans les rues palestiniennes et de la lutte de libération qui se livre sur le terrain. Il est même déconnecté de la base même et des partisans du Fatah ! La question qui est sur toutes les lèvres aujourd’hui est celle-ci : Où en est le mouvement alors que le peuple palestinien est soumis à un génocide ?
La monopolisation continue de la « décision indépendante » au sein du mouvement, l’Autorité, et de l’Organisation de libération de la Palestine consiste en réalité en la consolidation d’un leadership individuel qui a transformé les institutions en structures creuses. Cela a affaibli la structure organisationnelle, marginalisé les cadres militants et fermé la porte à toute véritable réévaluation de la voie politique catastrophique du mouvement. Au lieu que le Fatah serve de cadre à la lutte nationale, il a été transformé en outil pour gérer la réalité existante sous les contraintes de l’occupation, parmi lesquelles la continuation de la coordination sécuritaire et la répression de la lutte de résistance nationale. Un mouvement incapable de concrétiser sa propre unité interne n’unifiera pas le mouvement national palestinien ni le peuple palestinien dans son ensemble.
La conférence de Ramallah a reflété ce déclin on ne peut plus clairement. Au lieu de devenir un mouvement de réévaluation radicale à la lumière des transformations majeures qui ont lieu dans l’arène palestinienne, la conférence est apparue davantage comme une reproduction de la même crise, mais selon des règles pires encore qu’avant, par le biais d’un processus de transmission politique d’une part et de négation des principales questions nationales d’autre part. Il n’y a pas eu de position claire sur la guerre de génocide à Gaza, ni de réévaluation de la voie infructueuse des négociations ni de vision sérieuse pour faire face aux colonies qui continuent de dévorer ce qu’il reste de la terre palestinienne. Entre-temps, la participation de la diaspora a été misérable et symbolique. Après que la direction de l’Organisation a marginalisé et exclu les Palestiniens en exil, qui constituent la profondeur historique, démographique et politique de la cause palestinienne, et les a éloignés de tout rôle réel dans la mise au point du processus décisionnel, cette politique s’est désormais étendue au Fatah même.
Ce que la conférence a révélé est une expression saisissante de la défaite du leadership traditionnel face à la réalité coloniale sioniste et de son incapacité à proposer la moindre alternative politique ou stratégique à même de faire face à la phase actuelle. Alors que la résistance à Gaza et en Cisjordanie livre des combats décisifs et que le mouvement des prisonniers s’engage dans une lutte sans précédent, la direction officielle poursuit sa dépendance et s’enfonce de plus en plus bas dans un marécage d’arrogance et de justification.
Cette crise structurelle ne peut plus être réparée au moyen de réformes cosmétiques ou de changements organisationnels internes. Au contraire, elle requiert une reconsidération totale de toute la structure du système politique palestinien. La continuation de cette approche signifie l’enracinement de la fragmentation et de la faiblesse tout en prolongeant l’existence de l’occupation. Cette Autorité palestinienne existante n’est même plus une « Autorité du Fatah », mais plutôt l’autorité d’une classe comprador opérant selon l’humeur et le programme de l’occupation et selon les directives qu’elle reçoit de Washington, Riyad et Tel-Aviv.
Par conséquent, on voit surgir un impérieux besoin d’alternative révolutionnaire capable de sauvegarder le projet de libération de la Palestine et de reconstruire ses fondations sur de nouvelles bases ancrées dans l’unité du peuple et de la terre. Cela requiert la mise sur pied d’un front national unifié qui servira de cadre de lutte collective représentant le peuple palestinien dans sa patrie et dans la diaspora, bien loin de la logique de la monopolisation et de l’exclusion.
Le moment historique présent requiert une rupture manifeste avec la voie des négociations et de la coordination sécuritaire, ainsi qu’un alignement complet sur l’option d’une résistance totale comme seule voie capable de faire face au projet colonial sioniste et de restaurer les droits nationaux inaliénables du peuple palestinien sur la voie de la libération et du retour.
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Publié le 17 mai 2026 sur Masar Badil
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




