Etaf Alayan entame une grève de la faim en vue d’exiger la restitution du corps de Khader Adnan

Dimanche 7 mai, l’ancienne prisonnière palestinienne et gréviste de la faim de longue durée Etaf Alayan a entamé une grève de la faim à l’extérieur des bureaux du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Al-Bireh, en Palestine occupée, afin d’exiger la restitution du corps de Khader Adnan et de ceux de ses camarades martyrs qui se trouvent encore dans les morgues de l’occupation.

 

Etaf Alayan

Etaf Alayan

 

Samidoun, 8 mai 2023

« Je ne mettrai pas un terme à ma grève tant que son corps ne sera pas restitué et enterré près de son père, selon sa volonté »,

a déclaré Etaf Alayan. Khader Adnan, le prisonnier palestinien dont la vie a été emportée le 2 mai dernier à cause de négligences médicales et de la politique israélienne de la « mort lente », après 86 jours de grève de la faim à l’intérieur des prisons de l’occupation, aura mené en tout six grèves de la faim pour arracher à quatre reprises sa libération de la détention administrative sans accusation ni procès.

Son corps, à l’instar de centaines de martyrs palestiniens parmi lesquels des prisonniers qui sont morts à l’intérieur même des prisons de l’occupation, est actuellement détenu par l’occupation israélienne, qui refuse de le restituer à sa famille afin qu’il soit enterré. La Campagne internationale de libération des corps des martyrs détenus insiste et demande que soit mis un terme à cette incessante politique de châtiment collectif contre les familles palestiniennes et le peuple palestinien dans son ensemble.

Etaf Alayan, 61 ans, a passé précédemment 14 ans dans les prisons de l’occupation israélienne. Avant la grève de la faim de 66 jours de Khader Adnan en 2011-2012, elle avait mené la plus longue grève individuelle contre la détention administrative jamais entamée par un.e prisonnier.e palestinien.ne : 44 jours, en 1997, avant d’obtenir sa liberté.

Elle a apporté un matelas, des couvertures et ses sacs avec elle, en insistant sur le fait qu’elle avait la ferme intention de poursuivre la grève jusqu’à la libération du corps d’Adnan. Etaf Alayan a déclaré qu’elle avait choisi de mener sa grève en face du siège du CICR pour exiger que l’organisation et ses homologues internationales assument leurs responsabilités vis-à-vis des martyrs et prisonniers palestiniens.

« L’occupation a pensé réduire Khader Adnan au silence en l’assassinant, mais elle apprendra qu’il avait ému les cœurs de toutes les personnes libres »,

a ajouté Etaf Alayan.

Randa Musa, la veuve de Khader Adnan, a demandé que l’on soutienne la grève d’Etaf Alayan :

« J’adresse un message à toutes les personnes libres du monde, afin de suivre les traces de la prisonnière libérée, sœur Etaf Alayan, et d’exercer des pressions sur les organisations des droits humains et autres institutions internationales afin qu’elles se conforment aux volontés de Cheikh Khader Adnan. »

Etaf Alayan est une réfugiée palestinienne née à Bethléem le 20 octobre 1962, dans une famille originaire de Khaldeh, près d’al-Ramleh. Palestine Today a écrit plus en détail sur son existence remarquable de lutte en faveur de la libération de la Palestine.

Dans sa jeunesse, elle avait rallié le mouvement révolutionnaire palestinien, en tentant d’obtenir une formation militaire auprès du Fatah, à Beyrouth, en 1980, à l’âge de 17 ans. Ce qui l’avait encouragée à rejoindre très jeune la révolution palestinienne, c’était d’avoir découvert les camps d’entraînement des fedayine lorsqu’elle avait 7 ans, lors d’une visite à sa famille à Amman, en Jordanie. Étudiante, elle avait prévu de rejoindre la résistance même. Toutefois, ses communications avec le Fatah et la révolution au Liban furent interrompues peu après l’invasion sioniste à Beyrouth, en 1982. En 1984, avec un groupe de camarades opérant comme premier embryon des Brigades du Djihad islamique en Palestine, elle avait prévu de mener une opération de résistance au quartier général du Premier ministre sioniste.

Elle avait été arrêtée en août 1987, avant que l’opération prévue n’ait pu avoir lieu, et elle avait subi des interrogatoires pénibles, assortis de tortures, à la Moskobiya, un centre d’interrogatoire situé à Jérusalem, où elle avait entamé sa première grève de la faim, refusant de manger, de parler et même de boire pendant 12 jours, afin de demander que soit mis un terme aux interrogatoires et à la torture. Elle n’avait jamais avoué et, via sa grève, avait mis un terme à ses interrogatoires. Elle avait été condamnée à cinq ans de prison, auxquelles 10 ans étaient venus s’ajouter pour avoir prétendument agressé une gardienne sioniste à la prison de Ramla. Elle avait de nouveau entamé une grève de la faim afin de demander son transfert de la prison d’Abu Kabir et elle avait finalement été transférée à Ramla. Pendant quatre ans, elle avait été détenue en confinement solitaire et, pendant tout ce temps, maigres possessions lui avaient été confisquées et elle n’avait pu recevoir la moindre visite familiale.

Après sa libération en 1997 avec toutes les femmes prisonnières, elle avait été arrêtée de nouveau, quatre mois plus tard, en octobre 1997, par les forces d’occupation et transférée en détention administrative, où elle avait entamé une grève de la faim de 44 jours, à l’époque la plus longue grève individuelle jamais menée par un.e détenu.e palestinien.ne confronté.e à l’emprisonnement sans accusation ou procès, et elle avait obtenu sa libération.

En 2002, elle avait été arrêtée en emprisonnée pendant neuf mois en relation avec son travail pour l’Al-Naqaa Charity Association, et elle avait de nouveau été emprisonnée pendant trois ans, entre 2005 et 2008, pour avoir ouvert un centre de jour de chirurgie et de services de santé aux Palestiniens « recherchés » et vivant dans la clandestinité, du fait qu’ils étaient poursuivis par les forces de l’occupation israélienne. En 2006, elle était entrée en grève de la faim dans l’espoir de mettre un terme à la séparation imposée entre elle-même et sa toute petite fille, Aisha. Aisha avait rejoint sa mère en prison pendant un an et demi, jusqu’au moment où toutes deux avaient été libérées en 2008.

Depuis sa première arrestation, Etaf Alayan a fait l’objet d’une interdiction de voyager et sa maison a subi bon nombre de raids. De 1997 à 2020, elle a dirigé une association de femmes islamiques, qui gérait une crèche et une école, et elle est membre de la Ligue des prisonnières pour la liberté ainsi que du Centre de littérature de Jérusalem. Elle visite régulièrement les familles des martyr.e.s et des prisonnier.e.s. Elle est mariée à Walid Hodali, un romancier, membre de l’Union des écrivains palestiniens et du Centre de littérature de Jérusalem, qui, lui aussi, a passé précédemment quinze ans de sa vie dans les prisons de l’occupation israélienne.

Dans Palestine Today, on peut lire :

« Alayan adopte la pensée islamique et croit dans l’importance de la construction d’une relation nationale avec tous ceux qui luttent pour la libération de la Palestine, sans égard à leurs différences idéologiques. Elle rejette les accords d’Oslo et se rend compte que la voie des ‘négociations’ a prouvé son échec, et elle croit que les factions palestiniennes souffrent d’une faiblesse interne et d’une absence de vision forte pour affronter l’occupant, particulièrement après Oslo. Elle soutient la résistance sous toutes ses formes et croit dans la nécessité d’une véritable alliance palestinienne qui cherche à mettre un terme à l’occupation (…) Elle croit en la libération de la Palestine historique et au retour des réfugiés palestiniens dans les foyers d’où on les a chassés, et elle affirme que la libération de la Palestine est une promesse divine inévitable, quel que soit le temps que cela prendra. »

Etaf Alayan a couché sur papier une partie de son expérience et ce texte a été publié par la municipalité de Beitunia en 2021.

La Réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens exprime son soutien et sa solidarité les plus forts à Etaf Alayan, poursuivant son long héritage de lutte et d’engagement pour la libération de la Palestine, à son action pour la libération du corps de Khader Adnan et des corps des martyrs. Nous insistons auprès de tous les partisans de la Palestine pour qu’ils intensifient les pressions sur le CICR et autres institutions similaires afin qu’ils entreprennent des actions efficaces et qu’ils assument leurs responsabilités envers les prisonnier.e.s, les martyr.e.s et le peuple tout entier de la Palestine.

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Publié le 8 mai 2023 sur Samidoun
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

 

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