La santé des grévistes de la faim de Palestine Action se détériore
Les prisonniers de Palestine Action qui participent à une grève de la faim présentent une détérioration alarmante de leur santé et l’une de ces grévistes est entrée dans le troisième mois de refus de nourriture, ont dit des sympathisants.

Heba Muraisi en est à son 65e jour de grève et Kamran Ahmed à son 58e.
Haroon Siddique, The Guardian, 6 janvier 2026
Heba Muraisi, 31 ans, qui en est à son 65e jour de grève de la faim, souffre de spasmes musculaires et de problèmes respiratoires alors que Kamran Ahmed, à son 58e jour, se plaint de perte intermittente de l’ouïe.
Le troisième prisonnier restant qui participe à la grève de protestation est Lewie Chiaramello, 22 ans. Il est affligé d’un diabète de type 1 et, jusqu’à présent, il en est à son 44e jour de grève de la faim sans interruption.
Le Dr James Smith, un médecin urgentiste et professeur à l’University College de Londres, a déclaré que les trois grévistes étaient déjà « en phase critique », dont il a dit que c’était de toute façon déjà le cas au-delà de trois semaines de grève ; il a prévenu que « les choses peuvent dès lors décliner très rapidement et de façon irréversible ».
Interviewé par The Guardian via un intermédiaire, Kamran Ahmed, 28 ans, qui est détenu à la prison de Pentonville, dans le nord de Londres et qui a été hospitalisé pour la cinquième fois la semaine dernière, a déclaré :
« Je suis inquiet mais le fait d’avoir peur ne signifie pas une seule seconde que je ne suis pas disposé à ce que les ministres du gouvernement jouent au ping-pong avec notre santé. »
« J’ai l’intention de poursuivre ma grève de la faim ; peut-être attendent-ils que je m’en aille dans un sac mortuaire ou que je sois hospitalisé une sixième fois. Avec les douleurs que j’ai dans la poitrine quand je parle et la façon dont mon cœur s’emballe, je n’ai pas l’impression que ça va encore durer longtemps. »
« Je connais les conséquences, mais je pense que ce n’est pas à moi de répondre à cette question ; ce serait plutôt au gouvernement. »
La grève de la faim tournante a débuté le 2 novembre avec des revendications comprenant la mise en liberté sous caution immédiate, l’annulation de l’interdiction de Palestine Action, la fermeture au Royaume-Uni des sites de la firme d’armement israélienne Elbit Systems et la fin de la censure qui frappe les communications des prisonniers.
Muraisi, Ahmed et Chiaramello auront tous passé plus de 18 mois en prison avant d’être jugé pour des activités revendiquées par Palestine Action, et ce laps de temps dépasse de loin la limite normale de six mois fixée pour la détention d’avant procès.
Cinq prisonniers précédemment en grève de la faim ont suspendu leur action. La dernière est Teuta Hoxha, qui a cessé de refuser de se nourrir samedi dernier, après 60 jours de grève.
Il semble que cette grève de la faim soit la plus importante action de ce genre à avoir été coordonnée au Royaume-Uni depuis la grève des prisonniers de l’IRA, en 1981, quand 10 prisonniers étaient morts. Le premier décès avait eu lieu après 46 jours de grève et quatre autres prisonniers étaient morts entre les 59e et 61e jours.
Ahmed a expliqué :
« Je ne pense pas qu’un seul des grévistes de la faim souhaite mourir mais c’est marrant : Si je meurs potentiellement, cela importe-t-il que j’aie un passeport [britannique] ? Les Palestiniens sont-ils des numéros jetables ? »
Il a raconté qu’il regardait « des émissions culinaires au hasard » et que sa foi islamique et « le fait d’entendre les protestations au-delà des murs de Pentonville » l’avaient aidé à persévérer.
Le Dr. Smith a rejeté les « absurdités » des détracteurs qui se demandaient comment les grévistes de la faim étaient toujours en vie. « Leurs corps se dégradent au moment même où nous parlons », a-t-il dit.
« Et je pense que la raison pour laquelle nous n’avons encore rien vu de vraiment catastrophique se produire est que nous avons assisté, au cours des décennies écoulées, à des progrès dans nos connaissances médicales, et dans le genre de suppléments qu’ils ingurgitent. »
Il a déclaré que les problèmes cardiaques et les infections constituaient des risques majeurs et que les problèmes auditifs et visuels étaient particulièrement inquiétants parce qu’ils pouvaient interférer sur le fonctionnement neurologique.
Le ministre chargé des prisons, James Timpson, a déclaré :
« Les équipes de soins de la prison fournissent les soins du NHS [National Health Service – Service national de Santé – NdT] et contrôlent la situation en permanence. Ces prisonniers sont accusés de graves délits, dont des cambriolages et des dégâts criminels. Les décisions de placement en détention provisoire incombent à des juges indépendants et des avocats peuvent aller au tribunal afin d’y représenter leurs clients. »
« Les ministres ne les rencontreront pas – nous avons un système judiciaire qui s’appuie sur la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice est la pièce angulaire de notre système. Il serait absolument inconstitutionnel et inapproprié pour des ministres d’intervenir dans des affaires judiciaires en cours. »
Le ministère de la Justice a fait savoir qu’il était d’accord avec le fait qu’une requête des prisonniers en vue de rencontrer les ministres ou leurs représentants créerait des « incitations perverses » chez autrui en vue de leur faire courir des risques. (sic)
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Publié le 6 janvier 2026 sur The Guardian
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine





