Samidoun, la voix des prisonniers et leur levier dans la diaspora – Mohammed Khatib

« Samidoun, la voix des prisonniers et leur levier dans la diaspora ». Tel est le titre d’un article rédigé voici trois ans par le camarade Mohammed Khatib et publié dans le journal Al-Akhbar.

 

Samidoun, la voix des prisonniers et leur levier dans la diaspora, un article de Mohammed Khatib

 

Mohammed est le fils du village déporté d’al-Mallahah, occupé en 1948, et le fils du camp de réfugiés d’Ain al-Hilweh. Aujourd’hui, il est détenu dans une prison grecque de l’île de Crète.

Dans cet article, il éclaire l’importance du rôle joué par le Réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens ainsi que de son rôle dans le soutien des prisonniers palestiniens et de leur cause.

Nous republions cet article aujourd’hui en raison de sa relation directe avec l’affaire même de la détention de Mohammed et du fait qu’il représente un témoignage vivant de l’expérience de l’emprisonnement et de l’actuelle lutte pour la liberté et ce, dans le but de revigorer le rôle de notre peuple dans les camps et dans toute la diaspora.

 

Samidoun, la voix des prisonniers
et leur levier dans la diaspora

 

Mohammed Khatib*, 17 février 2023

Voici deux ans, et plus spécifiquement en février 2021, le ministre de la guerre de la prétendue entité sioniste, Benny Gantz, a placé le Réseau Samidoun dans sa fameuse « liste des terroristes ». Quel est donc ce réseau et pourquoi a-t-il reçu toute cette attention ?

Le Réseau Samidoun de solidarité avec les prisonniers palestiniens, connu simplement sous l’appellation de « Samidoun », a été fondé en 2011 au Canada. Au fil du temps, il est devenu l’une des plus importantes organisations internationales palestiniennes à affronter le mouvement sioniste en dehors de la Palestine occupée. Sa première activité de fondation officielle a été menée en solidarité avec Sheikh Khader Adnan qui, à l’époque, menait une grève de la faim ouverte.

Aujourd’hui, Samidoun compte dans ses rangs des centaines de partisans internationaux en provenance d’une vingtaine de pays, ainsi que des dizaines de jeunes Palestiniens et Arabes qui se sont eux-mêmes retrouvés dans la situation de nouveaux réfugiés dans plusieurs capitales européennes, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, à la suite de guerres, de déportations et de l’état de siège dans leurs pays – et ce plus spécialement au cours des dix dernières années.

 

Organiser l’identité

Samidoun présente un modèle révolutionnaire dans le travail organisationnel, militant et populaire dans la diaspora. Cette expérience se distingue par la nature et l’identité du réseau et par la diversité de ses cadres palestiniens, arabes et internationaux. Après des années de travail, une conviction profondément enracinée s’est cristallisée : La lutte pour la liberté des prisonniers palestiniens, arabes et internationaux et pour la libération de la Palestine du fleuve à la mer signifie une transformation radicale dans la région et dans le monde – une transformation qui va bien au-delà des frontières géographiques de la Palestine et qui sert les intérêts de tous les peuples et mouvements de libération, particulièrement ceux qui affrontent le fascisme, le racisme et le capitalisme dans le cœur des grands centres impérialistes, tels les États-Unis et la Canada, sans oublier les anciennes ou nouvelles puissances coloniales en Europe.

En s’appuyant sur cette conviction, il est naturel que Samidoun soutienne les campagnes de solidarité avec les détenus politiques des prisons des États-Unis, de Grèce, de Turquie, des Philippines et d’ailleurs. Il est tout aussi naturel qu’il adopte une position de soutien aux prisonniers politiques dans les geôles arabes, y compris dans sa campagne en cours de soutien aux détenus politiques des prisons de l’Autorité palestinienne, et qu’il affronte les appareils de coordination sécuritaire avec l’entité sioniste en Cisjordanie occupée, outre qu’il s’en prenne également à toutes les formes de répression et de corruption.

Afin de promouvoir la cause des prisonniers, Samidoun a lancé une campagne éducative et cinq langues, présentant l’histoire des prisonniers détenus dans les prisons sionistes avant les accords d’Oslo de 1993. Actuellement, il s’apprête aussi à lancer une campagne internationale réclamant la restitution des corps des martyrs retenus par l’occupation et s’opposant à ce qu’on appelle les « tombes numérotées », dans lesquelles l’occupation a inhumé des centaines de martyrs depuis le lancement de la révolution palestinienne jusqu’à ce jour. La logique de cette campagne est enracinée dans le devoir envers les familles des « prisonniers-martyrs » et dans la poursuite de l’unité du peuple, de la cause et des droits et dans la mise en place de têtes de pont de la lutte et du retour reliant l’exil et la patrie.

 

Malgré les attaques sionistes… le travail d’organisation se poursuit

Les campagnes sionistes contre Samidoun ne cessent jamais, par le biais d’incitations constantes et de tentatives en vue de le criminaliser sous divers prétextes, y compris en l’associant au Front populaire pour la libération de la Palestine ou à ce qu’on appelle les « organisations reprises sur les listes terroristes ».

Ces dix dernières années, les cadres de Samidoun ont été soumis à toutes les formes de répression et de restriction, y compris menaces directes, déportations et expulsions et même menaces avec des armes, ou à l’aide de coups et d’arrestations. Dans un pays comme l’Allemagne, par exemple, le réseau doit faire face à une campagne de répression sioniste et fasciste incessante et systématique, outre diverses formes de terrorisme d’État.

N’empêche que toutes ces tentatives de répression et d’intimidation ne sont pas parvenues à affecter le développement et la trajectoire du travail entrepris. Au contraire, le nombre de membres de Samidoun ne cesse de croître et de plus en plus de jeunes Palestiniens et Arabes le rejoignent dans plus d’un pays, et ces jeunes aujourd’hui mènent des activités dans diverses arènes. Ceci émane de la foi en ce que la confrontation permanente avec l’ennemi sioniste et ses alliés constitue en fait l’une des sources les plus importantes de force et d’accumulation d’impact et d’action.

Par exemple, Samidoun s’emploie à organiser la semaine mondiale de solidarité avec le prisonnier et dirigeant national Ahmad Sa’adat, secrétaire général du Front populaire, qui a été enlevé par les forces sécuritaires de l’Autorité palestinienne le 15 janvier 2002 et qui, avec ses camarades, a été emprisonné pendant quatre ans à la prison de Jéricho, avant que les forces de l’occupation ne le ré-enlèvent le 15 mars 2006. Le Collectif Palestine Vaincra, l’une des organisations les plus importantes affiliées à Samidoun, organise également des campagnes de solidarité avec le prisonnier libanais Georges Ibrahim Abdallah, détenu dans les prisons françaises depuis 1984. Une partie de la lutte en vue de libérer Abdallah a impliqué la transmission de sa pensée et de ses positions vers de larges espaces populaires après que son affaire avait été marginalisée pendant plusieurs décennies.

S’appuyant sur sa vision militante et politique, Samidoun soutient les luttes des prisonniers politiques du monde entier en forgeant des relations directes entre le mouvement national des prisonniers palestiniens et les mouvements révolutionnaires du monde entier, en une vision dont l’essence réside dans l’importance stratégique du mouvement des prisonniers et dans la position qu’il représente en tant que l’une des bases les plus importantes de la confrontation quotidienne et de la résistance – et en tant que direction nationale de confiance du peuple palestinien. Par conséquent, Samidoun perçoit le mouvement des prisonniers comme la première ligne de défense de notre peuple et comme une référence nationale avec un rôle effectif et influent dans le processus décisionnel politique palestinien et dans le modelage d’une stratégie du retour et de la libération.

 

La résistance et les masses

Samidoun s’aligne sur la lutte armée palestinienne et sur la résistance libanaise et considère la libération des prisonniers comme une tâche fondamentale menée à bien via une action de résistance. En même temps, il reconnaît l’importance particulière du rôle populaire, médiatique, politique et culturel en amplifiant les voix des prisonniers et en défendant leurs droits au niveau international. Il perçoit également cette responsabilité comme devant rester fermement présente dans l’agenda du peuple palestinien de la diaspora et dans les programmes des partisans de la Palestine, des forces de libération et des mouvements de boycott international.

Dans le cadre de ce que Samidoun fait pour concrétiser cette vision, il publie en 10 (dix) langues sur son site internet des rapports quasi quotidiens sur les crimes de l’occupation contre les prisonniers, femmes et hommes, et demande à ses partisans et à toutes les personnes qu’il touche de rédiger des lettres aux prisonniers et de leur adresser des messages.

Samidoun fait reposer la formulation de ses positions et de sa stratégie de travail sur une vision militante articulée par les prisonniers eux-mêmes et transmise quotidiennement depuis l’intérieur des prisons sionistes. Il suit également des articles, des études, des livres et diverses directives émises par la direction du mouvement des prisonniers, pour les traduire et les diffuser parmi les membres et ses partisans.

Samidoun exprime également – et sans déviation – sa position de principe à l’égard de l’entité sioniste, à savoir que c’est une entité coloniale de peuplement raciste qui doit être expulsée de force de la totalité de la Palestine occupée, du fleuve à la mer. Samidoun affirme en outre que le droit au retour des réfugiés palestiniens est le cœur de la cause du peuple palestinien, de la même façon exactement que la question des prisonniers est la cause de la liberté dans son acception totale. Par conséquent, le but n’est autre que la libération de la terre et de l’être humain.

* Coordinateur du Réseau Samidoun en Europe.

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Publié le 9 février 2026 sur le site de Samidoun
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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