Bassem Khandakji : Un front culturel qui transcende la captivité
L’écrivain et prisonnier libéré palestinien Bassem Khandakji (né en 1983) a été arrêté en 2004 et a passé 21 années dans les prisons de l’occupation israélienne. Pendant son incarcération, il a produit plusieurs ouvrages littéraires et universitaires, tout en prenant également part aux luttes du Mouvement des prisonniers palestiniens, dont les grèves de la faim collectives.

Bassem Khandakji au Caire. (Photo : Al-Akhbar)
Ahmad Mofeed, 4 février 2026
De même que des prisonniers comme le martyr Walid Daqqa, Marwan Barghouti, Kamil Abu Hanish, Wael al-Jaghoub, Nasser Abu Srour et Abbas al-Sayyid, Bassem Khandakji en est venu à représenter un front culturel et intellectuel combatif. Ensemble, les prisonniers palestiniens ont forgé de nouveaux concepts ayant trait à la production d’un savoir anti-colonial, lequel a engendré à son tour un contre-savoir de la prison qui a transcendé les murailles de cette dernière et a fini par atteindre le monde.
Parmi les œuvres publiées de Bassem Khandakji figurent deux recueils de poésie : « Rituals of the First Time » (Rituels des premiers temps) (2009) et « Breaths of a Nocturnal Poem » (Souffles d’un poème nocturne) (2013), et six romans, dont : « Musk of Sufficiency: Biography of the Lady of Free Shadows » (Le musc de la suffisance : Biographie de la dame à l’ombre libre) (2014), « Narcissus of Solitude » (Le narcisse de la solitude) (2017), « The Eclipse of Badr al-Din » (L’éclipse de Badr al-Din) (2019), que le poète et critique Abdul Rahim al-Shaikh a qualifiés d’œuvre littéraire créative dans laquelle un prisonnier palestinien est parvenu a imaginer des événements du quinzième siècle tout en vivant au vingt et unième à l’intérieur d’une cellule de prison sioniste.
Ajoutons-y « Breaths of a Betrayed Woman » (Souffles d’une femme trahie) (2020), « A Mask the Color of the Sky » (Un masque de la couleur du ciel) (2023), qui a remporté le prix international Booker pour la fiction arabe en 2024 ; et « The Ordeal of the Madmen » (L’épreuve des fous) (2024).
Son roman – qui doit toujours être publié – « Butterflies of Maryam al-Jaliliya » (Les papillons de Maryam al-Jaliliya), a été rédigé en prison avant sa libération en 2025 dans le cadre d’un accord entre la résistance palestinienne à Gaza et l’occupation israélienne. Pour l’instant, Khandakji attend sa déportation prévue vers l’Égypte.
Je l’ai rencontré pour une interview sur la culture militante, l’écriture, l’occupation et sans oublier, bien sûr, la Palestine.
Al-Akhbar. Il n’est nul besoin de vous présenter. D’étudiant en journalisme à l’Université nationale Al-Najah de Naplouse, à prisonnier, écrivain et dirigeant national et, désormais, prisonnier libéré exilé en Égypte. Dans toute cette complexité, comment décrivez-vous la vie de Bassem Khandakji à travers ces trois phases ?
Bassem Khandakji. Je vois ma vie dans ses multiples phases – avant l’arrestation, durant l’emprisonnement et, aujourd’hui, en exil – comme une existence au ras du sol. C’est une quête de liberté, une lutte pour l’existence et un effort incessant en vue de remodeler les contours de l’humanité, la chose même dont le colonisateur sioniste cherche à nous dépouiller. Chacune de ces phases a son contexte spécifique ; pourtant toutes convergent vers un fondement essentiel : la priorité de la lutte contre le colonisateur. C’était vrai pendant mes études à l’Université nationale Al-Najah, qui ont eu lieu au cours de la Seconde Intifada, c’était vrai en prison et cela reste vrai ici en exil. Le dénominateur commun liant ensemble ces trois phases est que, pour moi, cela reste une vie de poursuite ardue, une quête urgente et incessante de la liberté désirée et d’une forme d’existence humaine intrinsèquement liée à la libération totale de la patrie.
AA. Dans votre œuvre, vous parlez souvent du concept du militantisme via la littérature. Comment expliquez-vous ce concept ?
BK. La littérature militante est enracinée dans la littérature de résistance et elle en émerge. La principale différence est que la littérature militante sort du contexte colonial et cherche à répondre à une question centrale : Comment produisons-nous une littérature anticoloniale quand nous vivons dans une réalité coloniale ?
Cette notion s’appuie avant tout sur la dénonciation des contenus et des fondements épistémologiques du système sioniste. En tant que tels, les intellectuels et écrivains palestiniens et arabes sont directement confrontés à l’ossature intellectuelle sioniste dans toutes ses manifestations, depuis la culturelle et la littéraire à l’épistémologique, la philosophique et la politique.
Les perspectives féministes et de classe sont centrales dans la littérature militante. Celle-ci cherche à incarner les luttes des femmes et leur capacité à s’engager directement dans la réalité patriarcale dominante, que ce soit au niveau du discours littéraire et culturel ou au sein de la réalité sociale tangible des femmes palestiniennes et arabes.
De même, la littérature militante s’adresse à la dimension universelle de la cause palestinienne et montre comment cette douleur n’est plus portée par les seuls Palestiniens. Ceci produit une relation dialectique entre l’individuel et l’universel : Comment déplacer la cause palestinienne du royaume de l’individualité vers la sphère universelle, non pas via un cadre stéréotypé, mais via une nouvelle approche qui met en exergue la relation entre la marge et le centre et entre le cœur et la périphérie au sein même de l’expérience palestinienne.
La littérature militante met également en évidence l’importance de la politique identitaire et de la politique du savoir dans les pratiques d’écriture et de recherche. Elle met à mal le mythe de la neutralité en littérature, dans la culture, la pensée ou même les sciences. Le cadre culturel et intellectuel occidental moderne introduit en Orient n’avait rien de neutre ; il était organiquement lié au système du pouvoir colonial européen. Pour cette raison, la littérature engagée rejette cette fausse « neutralité » académique qui décrit l’écrivain en train de travailler avec une précision chirurgicale dans le but d’éviter tout contact direct avec le sujet. Au contraire, elle insiste sur un engagement profond avec le matériau disponible ainsi qu’avec les objectifs que l’écrivain cherche à atteindre via ce travail.
AA. Le romancier et militant Walid al-Houdali a décrit votre roman lauréat du prix Booker, « Un masque de la couleur du ciel » comme étant le roman que le « Dôme de fer » n’est pas parvenu à intercepter. Aujourd’hui, à l’extérieur des murs de la prison, vous travaillez à plusieurs nouveaux projets, dont « Les papillons de Maryam al-Jaliliya » et un roman sur le prisonnier martyr Walid Daqqa. Pouvez-vous nous en parler ? Et que signifient l’écriture anticoloniale et l’humanisation de l’autre dans la littérature palestinienne ?
BK. L’expression de Walid al-Houdali est vraiment très belle. Avec « Un masque de la couleur du ciel », je n’ai pas seulement « gagné », mais nous avons remporté une victoire pour le peuple palestinien en plein paroxysme du génocide. C’est l’un des coups décisifs contre le système colonial sioniste qui craint la concurrence palestinienne, et dans les récits et sur le front culturel.
Quant à mes romans, il est prévu que « Les papillons de Maryam al-Jaliliya » soit publié en mars prochain par Dar al-Adab. Je l’ai rédigé avant le génocide à Gaza.
Mon prochain projet, toutefois, est un roman sur mon ami, feu mon camarade martyr Walid Daqqa. Je l’ai écrit six mois avant ma libération. Sans stylo ni carnet. J’ai réalisé le roman de mémoire.
Chaque jour en prison, au moment où les privations atteignaient des sommets, je me réveillais et j’écrivais mentalement. Je m’entraînais à écrire mentalement sur une base quotidienne. J’éprouvais à la fois du réconfort et de la fierté parce que je l’emportais sur mon geôlier qui confisquait mon stylo et mon carnet mais ne pouvait pas me priver de mon esprit, de mon intellect ou de cette ferveur intérieure par laquelle je cherchais à le défier.
Quant à ce que signifient l’écriture anti-coloniale et l’humanisation de l’autre dans la littérature palestinienne, c’est l’un des piliers centraux de la littérature militante : écrire pour démanteler le système colonial. En d’autres termes, l’écriture devient un front culturel.
Nous ouvrons ce front culturel vers l’« autre » par le biais de l’humanisation. L’humanisation ici ne signifie pas la normalisation. Elle signifie que l’on pose une question fondamentale : Comment un soldat s’éveille-t-il le matin, comment embrasse-t-il ses enfants avant qu’ils ne se rendent à l’école et comment, le soir, tue-t-il des enfants à Gaza ?
Il y a une dimension humaine, chez ce soldat. Orienter la lumière sur le tissu social de l’expérience israélienne et sur son tissu culturel et sur la totalité de ses déterminants épistémologiques et culturels confère au Palestinien un point de supériorité sur l’autre, le sioniste, et sur la capacité de démanteler ce système de l’intérieur. C’est ce que signifie humanisation.
Je ne puis vaincre un dinosaure tant que j’imagine que c’est un dinosaure, pas plus que je ne puis vaincre un monstre tant que je le traite en monstre. L’Israélien n’est ni un monstre ni un dinosaure. Ses pratiques sur le terrain sont brutales et inhumaines, mais elles émergent d’une dimension humaine, d’êtres humains, des enfants d’Adam.
Pour cette raison, nous devons humaniser cet ordre afin de le vaincre à l’intérieur de notre discours palestinien et aussi d’aller au-delà de l’image stéréotypée longtemps enracinée dans la littérature arabe – une image des plus pitoyable, traditionnelle et profondément restrictive.
AA. L’un de vos compagnons prisonniers a remarqué que les écrivains arabes comme Hanna Mina, Abdul Rahman Munif et Ghassan Kanafani sont toujours présents parmi les prisonniers. On vous a même décrit comme « le plus jeune lecteur de Hanna Mina » ? Que trouve-t-on dans la bibliothèque de la prison ?
BK. Ma culture en tant que lecteur, et peut-être ma transition vers une forme plus professionnelle de lecture, a été modelée en prison. La vie culturelle en détention a ses caractéristiques particulières. C’est une pratique intensive et hautement concentrée, surtout quand il s’agit de la lecture.
En prison, mes lectures se concentraient principalement sur des ouvrages intellectuels et théoriques en sociologie, histoire, mythologie et philosophie. Cela a eu un impact direct et positif sur mes écrits littéraires et sur le développement de ma capacité narrative.
La bibliothèque de la prison, dirais-je, est un espace distinct, libéré de la routine. Chaque prison est divisée en plusieurs sections et chaque section contient sa propre bibliothèque.
Avant le 7 octobre 2023, les bibliothèques de prison constituaient un véritable trésor intellectuel, pour les prisonniers palestiniens. Les livres nous atteignaient tout frais de l’extérieur – non en tant que cadeau du geôlier, mais comme quelque chose que nous avons arraché au prix de longues grèves de la faim.
En tant que telles, les bibliothèques de prison ont joué un rôle décisif et fondamental dans le développement de la culture des prisonniers en général. Des écrivains, hommes et femmes, étaient véritablement présents dans nos discussions. Ces écrivains, théoriciens et philosophes connus participaient à nos débats quotidiens à l’intérieur de la prison. Via leurs livres et leurs articles, que nous mémorisions souvent par cœur, ils contribuaient à nous protéger et à sauvegarder nos idées.
AA. Durant le génocide, l’ennemi a détruit des musées, tué des artistes et démoli des universités, des écoles et des institutions culturelles. Ce génocide culturel est-il similaire aux efforts sionistes en vue de cibler la structure culturelle du mouvement des prisonniers palestiniens ?
BK. Après le 7 octobre et avec le lancement du génocide le plus horrible contre notre peuple à Gaza, l’administration du Service carcéral israélien a tiré parti de l’occasion, en compagnie de son ministre extrémiste du peuplement, Itamar Ben Gvir, pour procéder à l’extermination des prisonniers palestiniens.
L’une des manifestations principales de la chose a été le génocide culturel. Les geôliers ont dépouillé le mouvement des prisonniers de toutes ses réalisations dans les domaines culturels et littéraires. Ils ont confisqué les livres, les références, les stylos, les carnets – tout ce qui avait trait à la production culturelle, littéraire, intellectuelle, de recherche et académique. Dès les tout premiers jours, ils ont saisi tous les livres et les ont même brûlés.
Cela m’a profondément affecté, non seulement en tant que prisonnier et militant, mais aussi en tant qu’intellectuel. Se réveiller le matin et passer son existence quotidienne en prison en étant entouré de papiers, de livres et de stylos, puis, brusquement, en un seul instant, voir que tout cela est emporté, ç’a été extrêmement pénible. Il y avait une politique claire et systématique visant à frapper l’entière structure culturelle et littéraire des prisons.
Malheureusement, nous avons perdu un grand nombre de brouillons et de notes manuscrits auxquels les prisonniers consacraient de temps et d’efforts en vue de les développer. Tout ce que j’avais réuni et rédigé a été confisqué et brûlé. Pourtant, certains textes et brouillons ont survécu à la brutalité du geôlier sioniste, dont le but est de tuer chaque aspect de l’humanité du prisonnier palestinien en le dépouillant de ses réalisations alors qu’il est en prison.
AA. « Je continuerai d’aimer, car c’est ma modeste victoire sur mon geôlier. » Dans ses écrits, le martyr et intellectuel Walid Daqqa confère à l’amour un rôle central dans la transformation du temps et des moments du prisonnier, et il décrit sa relation avec Sanaa comme le début d’un nouvel horizon temporel. Comment décrivez-vous l’amour à l’intérieur de la prison ? Et, à propos de votre prochain travail sur Walid, Sanaa et Milad apparaîtront-elles dans le roman ?
BK. Avant d’être un intellectuel en prison, l’intellectuel est tout d’abord un militant – et un militant qui n’aime pas n’est pas humain. Par moments, l’amour peut être une pratique révolutionnaire, spécialement quand nous voyons comment il protège. Cette phrase immortelle de mon ami martyr Walid Daqqa est profondément précise. L’amour protège, à l’intérieur de la prison, il sauvegarde le soi et contribue à la restauration de l’humanité.
Quant au temps de l’amour, il s’agit d’un temps du fardeau de la cellule et des détails de l’emprisonnement.
À mon sens, toutefois, la prison ne peut véritablement exprimer la signification complète de l’amour. En fin de compte, la prison est une réalité distordue, qui impose et produit peut-être des émotions distordues elles aussi. Je crois que le véritable amour se réalise à l’extérieur. En prison, il y a un désir d’amour, un amour emprunté, un amour métaphorique, excepté dans de rares cas comme celui de Walid et Sanaa. Leur relation n’a pas simplement été une histoire d’amour, elle a été une relation de liberté. Walid cherchait la liberté et certains détails qu’il a trouvé chez Sanaa. J’ai toujours dit que je percevais Sanaa comme « un autre Walid ». Peut-être Sanaa est-elle le véritable soi de Walid, ou son autre face qui le complète.
Quant au roman sur Walid, il n’est pas biographique. Pour cette raison, Sanaa et Milad peuvent apparaître indirectement, mais l’esprit du roman est celui de Walid.
AA. Dans l’étude d’Abdul Rahim al-Shaikh sur l’intellectuel martyr Walid Daqqa, « The Parallel Space: Mapping Time in Walid Daqqa’s Thought’ » (L’espace parallèle : Mise en carte du temps dans la pensée de WD », Palestine Studies, n° 135, été 2023), le fait de dessiner en prison est décrit comme un moyen de transcender les murailles et comme une tentative de libération visuelle. Dans une interview précieuse, vous parliez de la densité des couleurs à l’extérieur de la prison comparée à la vie à l’intérieur. Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette dimension visuelle et chromatique ? Ou, s’il nous fallait décrire la liberté visuellement, comment pourrions-nous le faire ?
BK. Dessiner à l’intérieur de la prison est, sous de nombreux aspects, semblable à l’écriture en prison. Pourtant, dessiner, en ce sens, se déplace de la prison vers l’extérieur, exactement de même que les mots ou la littérature percent les murs de la prison pour devenir de la littérature universelle et transcender la littérature de prison. Je vois les couleurs de la liberté comme des couleurs imaginées, et non comme des couleurs que l’on peut aisément décrire ou mentionner simplement. En ce sens, les couleurs de la prison sont neutres et limitées.
Un prisonnier peut créer en utilisant de multiples couleurs, mais la vie en dehors de la prison – cette explosion de couleur, si nous pouvons l’appeler ainsi – est parfois plus que ce que l’œil peut absorber complètement en une seule fois. Après plus de 21 ans, le prisonnier entre dans un monde saturé et vibrant de couleur et il commence à chercher ses propres couleurs. Une poursuite intense afin de dessiner sa liberté en se servant de ces nouvelles teintes.
AA. L’un des problèmes sur lesquels les prisonniers mettent souvent le doigt réside dans la relation complexe qui se développe avec la technologie. Vous êtes entré en prison en 2004, à l’aube de l’ère du téléphone mobile, et vous en êtes ressorti dans un monde désormais saturé d’intelligence artificielle. Cette relation complexe avec la technologie a-t-elle trouvé sa voie dans votre travail littéraire ?
BK. Peut-être le plus grand défi pour moi est-il l’intelligence artificielle et la technologie. C’est même plus dérangeant que le défi de la sécurité israélienne elle-même. À ce jour, je refuse d’installer des applications d’intelligence artificielle sur mon téléphone ou mon ordinateur. Je refuse de m’engager là-dedans d’un seul coup.
Quand j’ai commencé à utiliser un ordinateur portable, je l’ai fait seulement après avoir effectué une sorte de reconnaissance autour de moi-même : Puis-je écrire ou taper sur un clavier fait de lettres et de chiffres ? Puis-je le faire après avoir été habitué avec le papier, l’encre et l’expérience tactile consistant à toucher la page ?
Je dois toujours faire face à ce défi aujourd’hui. Pourtant, j’essaie de me débrouiller avec la technologie d’une façon différente, comme si nous nous trouvions dans un passage obligatoire qu’il me faut traverser sans m’immerger dans les détails de l’intelligence artificielle, ce que je considère comme l’invention humaine la plus folle qui soit, étant donné l’inégalité et la violence qu’elle véhicule.
Ses manifestations les plus nettes et les plus horribles ont été évidentes dans ce que cette prétendue « intelligence artificielle » a perpétré contre notre peuple à Gaza et au Liban au cours de la guerre la plus récente.
*****
Publié le 14 février 2026 sur Al-Akhbar
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




