Cisjordanie : Les Israéliens liquident toute une famille – puis s’en réjouissent publiquement

Les massacres de Palestiniens continuent à Gaza et en Cisjordanie. Le texte qui suit est un condensé des informations communiquées lors du livestream du 19 mars. Vous pouvez voir l’émission au complet ici. 

 

Cisjordanie : Les Israéliens liquident toute une famille – puis s'en réjouissent publiquement. Photo : Les corps de quatre membres de la famille palestinienne Bani Odeh – la mère, le père et deux de leurs enfants – ont été ensevelis à Tammoun, dans le nord de la Cisjordanie. Ils ont été tués le 15 mars par des soldats israéliens alors qu'ils circulaient à bord de leur voiture. (Photo : Mohammad Nasser / APA images)

Les corps de quatre membres de la famille palestinienne Bani Odeh – la mère, le père et deux de leurs enfants – ont été ensevelis à Tammoun, dans le nord de la Cisjordanie. Ils ont été tués le 15 mars par des soldats israéliens alors qu’ils circulaient à bord de leur voiture. (Photo : Mohammad Nasser / APA images)

 

Nora Barrows-Friedman, 20 mars 2026

Le dimanche 15 mars, au moins 12 Palestiniens ont été tués lors d’attaques israéliennes contre Gaza. Parmi les victimes, deux garçons, une femme enceinte et un groupe d’agents de police.

Une frappe israélienne sur l’une des dernières maisons encore debout dans le camp de réfugiés de Nuseirat (dans le centre de l’enclave) a tué quatre personnes, dont un homme, sa femme, enceinte de jumeaux, et leur fils de 10 ans. Dans un abri voisin, un adolescent de 15 ans a également été tué par la frappe.

Un autre voisin a expliqué à Associated Press,

« Nous dormions et nous nous sommes levés lors d’une frappe de missile. Elle a été très forte. Il n’y a pas eu d’avertissement préalable. »

Plus tard dans la journée, un missile israélien a frappé un car de police dans la ville toute proche de Zawaida, tuant huit policiers et en blessant 14 autres au moins.

Le journaliste Mustafa Musallem a filmé une vidéo peu après l’incident. On y voit toute une foule massée autour de plusieurs corps gisant dans la rue à proximité de la carcasse du véhicule.

Le mardi 17 mars, une frappe de drone israélien a tué trois Palestiniens, dont un ado de 14 ans, Tamer Baraka, dans la section d’al-Mawasi à Khan Younis.

Mercredi, le ministère palestinien de la Santé à Gaza a rapporté que, depuis l’accord du faux cessez-le-feu en octobre 2025, quelque 677 Palestiniens ont été tués et plus de 1 800 blessés.

 

Le blocus se durcit

La semaine dernière, une violente tempête de sable a frappé la bande de Gaza, affectant surtout les tentes fragiles et les abris de fortune. Le journaliste Mohammed Abu Salama a réalisé des prises de vue de personnes luttant contre le vent et le sable, qui ont teinté l’air ambiant d’un orange brillant.

Le manque d’abris et d’infrastructures adéquates afin de protéger les gens de telles conditions reste le produit d’une politique israélienne délibérée, puisque Israël a fermé hermétiquement tous les passages sauf un permettant d’entrer ou de sortir de Gaza depuis le début des attaques contre l’Iran, le 28 février.

Le bureau humanitaire des Nations unies a déclaré cette semaine que la tempête de sable avait détruit ou endommagé les abris de plus de 600 familles.

Les gens ont toujours du mal à trouver de quoi se nourrir en raison des interruptions dans l’entrée des marchandises et de la pénurie de gaz de cuisine, a ajouté l’ONU. Le Programme alimentaire mondial et d’autres partenaires de l’ONU concernés par la sécurité alimentaire ont prévenu que plus de la moitié des familles de Gaza brûlaient des déchets afin de cuire leurs aliments.

Malgré les efforts pour rouvrir des sites, a déclaré le bureau de l’ONU,

« seuls deux points de service sur cinq opèrent actuellement, et encore, la plupart ne fonctionnent que partiellement ».

Euro-Med Human Rights Monitor a déclaré que, depuis la réouverture du passage de Kerem Shalom,

« les autorités israéliennes n’ont permis qu’à quelques dizaines de camions d’entrer à Gaza à la fin de la semaine dernière, et cela fait toujours 30 camions par jour de moins, comparé à la moyenne journalière autorisée avant la guerre contre l’Iran ».

Au nombre des violations du prétendu accord de cessez-le-feu, on peut compter le refus permanent par Israël de laisser entrer à Gaza la quantité de carburant stipulée.

À peine 14,8 pour 100 de la quantité de carburant convenue n’a le droit d’entrer, explique Euro-Med,

« ce qui se traduit par de très graves perturbations dans les secteurs vitaux, dont les hôpitaux, les réseaux de l’eau et de la santé, les services de secours et les transports ».

De plus, Israël continue d’utiliser l’affamement comme arme dans son génocide en cours contre les civils de la bande de Gaza, déclare l’organisation des droits.

« Cette politique affaiblit les moyens essentiels de survie et active les déplacements forcés en contrôlant de près la quantité et le type de nourriture et de marchandises autorisées dans l’enclave, de même qu’en restreignant les fournitures humanitaires et commerciales, ce qui aggrave la crise humanitaire et le risque de propagation d’une nouvelle famine »,

a ajouté Euro-Med.

« Israël exploite la concentration de la communauté internationale sur la guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran en compagnie des États-Unis pour durcir le siège de la bande de Gaza et continuer d’utiliser l’affamement d’une façon qui intensifie la catastrophe humanitaire et renforce l’impact destructeur du génocide en cours contre les civils. »

 

Des milliers de violations du cessez-le-feu

Le 18 mars, le Bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré que depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, Israël avait commis au moins 2 073 violations militaires de l’accord, toutes répertoriées par les autorités de Gaza.

Ces violations comprennent 750 incidents de tirs, 87 incidents d’incursions de véhicules militaires dans des zones résidentielles, 973 incidents de bombardement et de ciblage et 263 incidents impliquant la démolition de logements et de divers bâtiments.

À peine 40 pour 100 des camions humanitaires ont pu entrer, ainsi qu’une très faible quantité de camions de carburant. En outre, le Bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré qu’Israël ne s’était pas conformé aux lignes de retrait à l’intérieur de Gaza, qu’il avait refusé l’entrée de matériaux de réparation d’infrastructures et d’engins lourds permettant à la défense civile de déblayer les décombres et retrouver des corps, et qu’il avait empêché également l’entrée de tentes, de logements mobiles et de matériaux pour abris.

Le journaliste Mahmoud Abu Hamda a produit une vidéo qui montre l’échelle actuelle des destructions à Gaza.

Entre-temps, le journal Haaretz de Tel-Aviv a révélé qu’en pleine crise continue d’insécurité alimentaire, des milliers de colis de nourriture restaient du côté israélien du passage de Kerem Shalom et qu’ils étaient allègrement pillés par les Israéliens.

Haaretz a rapporté que les colis avaient été abandonnés à l’ancien site logistique de la Gaza Humanitarian Foundation, près du passage, et que cela représentait des dizaines de tonnes d’aliments secs et d’aliments de base tels que le sucre, le sel et les légumineuses.

 

En Cisjordanie, des colons agressent sexuellement des Palestiniens

En Cisjordanie occupée, Israël procède à ce que le haut-commissaire de l’ONU pour les droits humains appelle « des expulsions massives » de Palestiniens, avec le déplacement forcé de plus de 36 000 personnes l’année dernière, du fait que les colonies de peuplement illégales s’étendent et que la poussée politique vers l’annexion officielle de la Cisjordanie est en pleine accélération.

Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, la situation a empiré, a déclaré cette semaine le bureau du haut commissaire dans un rapport.

« Les forces sécuritaires israéliennes ont continué de tuer des Palestiniens en toute impunité »,

déclare l’ONU.

« Les forces sécuritaires israéliennes ont lancé des raids quotidiens à travers la Cisjordanie, elles ont occupé des dizaines d’habitations palestiniennes pendant plusieurs heures ou plusieurs jours pour s’en servir comme centres d’interrogatoires et elles ont arrêté au moins 200 Palestiniens, entre autres en raison de messages dans les médias catalogués en tant qu’« incitation » ou « glorification de l’ennemi »,

a ajouté l’ONU.

« Les autorités israéliennes ont durci les blocages déjà suffisamment pénibles et discriminatoires à travers toute la Cisjordanie, divisant des communautés et empêchant l’accès des Palestiniens aux soins de santé, à des moyens de subsistance, à l’éducation et aux services élémentaires en général. »

Le violence des colons,  dont le rapport dit qu’elle s’est accrue de 24 pour 100 par rapport au même laps de temps l’an dernier, continue

« de façon coordonnée, stratégique et sans contestation, puisque les autorités israéliennes jouent le rôle central en la dirigeant, en y participant ou en la facilitant ».

« Les colons israéliens écument les lieux en toute impunité, souvent armés, et chassent l’une après l’autre les familles palestiniennes de leurs terres. Par conséquent, au moins neuf communautés palestiniennes ont été entièrement ou partiellement déplacées depuis le 28 février, surtout dans le nord de la vallée du Jourdain »,

a ajouté l’ONU.

Cette semaine, les colons ont attaqué plusieurs villages palestiniens, dont Khirbet Humsa le 13 mars, où les colons ont menotté et tabassé 14 habitants, d’après l’organisation Breaking the Silence (Rompre le silence).

Cette attaque a eu lieu un jour après que les colons ont envahi le village la nuit et forcé les habitants et les activistes de la présence internationale de protection à entrer dans une tente, où ils ont été ligotés et soumis à toutes sortes de violence pendant une heure environ.

Selon le photojournaliste Oren Ziv, qui écrit dans +972 Magazine,

« environ 10 adultes et sept enfants ont été enfermés dans la tente, disent des témoins. Les agresseurs les ont battus à coups de bâton, leur ont versé de l’eau froide sur le corps, les ont menacés et ont agressé sexuellement l’un des résidents. Plus tard, quatre Palestiniens et deux activistes internationaux ont été admis dans un hôpital de la ville toute proche de Tubas. »

Les agresseurs, « armés de bâtons et de couteaux, ont fait entrer les habitants de force dans une tente installée au centre de la communauté« , écrit Ziv.

Un témoin a dit ceci :

« Les colons nous ont rassemblée dans un espace – hommes, femmes et petits enfants (…) Personne n’a été laissé à l’extérieur. Ils nous ont jetés les uns sur les autres sur le sol en béton. Ils ont ligoté les femmes aussi et n’ont pas cessé de nous battre. »

Selon le témoin, certains des agresseurs parlaient l’arabe.

« Ils ont dit : ‘Aujourd’hui, nous allons prendre vos moutons mais, la prochaine fois, nous viendrons brûler les maisons, tuer les enfants et violer les femmes.’ »

Dans une interview télévisée du 18 mars pour CNN, Qusai Abu al-Kebash, 29 ans, a expliqué que les colons lui avaient lié les mains et les jambes et qu’ils l’avaient déshabillé.

« Ils ont coupé ma ceinture avec un couteau, ainsi que mon caleçon. Ils m’ont attaché le pénis avec un collier, l’ont serré et m’ont tiré comme cela dans tout le village. C’était très, très douloureux (…) J’ai bien cru qu’ils allaient me tuer »,

a-t-il dit.

« Je suis inquiet de ce qu’ils pourraient revenir, nous tuer en pleine nuit ou incendier notre village comme ils ont prétendu qu’ils le feraient »,

a-t-il ajouté.

Le 14 mars, un pogrom a eu lieu contre les Palestiniens dans le village de Qusra.

Des colons masqués brandissant des armes ont erré entre les maisons pendant des heures avant d’en attaquer une, brisant les vitres et abattant et tuant un homme, Amir Mutasem, et en blessant trois autres, affirme Matan Golan, un photojournaliste travaillant pour Haaretz.

Des soldats israéliens massacrent une famille

Le 15 mars, des soldats israéliens ont tué un couple et leurs deux fils alors qu’ils circulaient en voiture dans leur village de Tammoun, dans le nord de la Cisjordanie.

Ali Bani Odeh, sa femme Waad et leurs fils Muhammad, 5 ans, et Othman, 6 ans, ont été touchés à la tête et dans les parties supérieures du corps par des soldats israéliens en civil, alors qu’ils rentraient d’avoir été faire des courses dans le cadre du Ramadan.

Les deux autres enfants d’Ali et de Waad, Khaled, 11 ans, et Mustafa, 8 ans, ont été blessés par des éclats de la fusillade alors qu’ils essayaient de protéger leur plus jeune frère, rapporte Qassam Muadi, de Mondoweiss.

Selon la police israélienne des frontières, les forces spéciales étaient à Tammoun pour arrêter des Palestiniens recherchés et elles avaient croisé la voiture de la famille Bani Odeh qui, paraît-il,

« avait accéléré en direction des forces qui, se sentant en danger, avaient ouvert le feu ».

La force israélienne d’intervention était entrée en ville un peu plus tôt sans se faire remarquer, puisque ses hommes étaient en civil, a déclaré à Mondoweiss le maire de Tammoun, Samir Bisharat.

Une analyse détaillée a été publiée par Defense for Children International – Palestine (DCI-P), qui a dit que les Israéliens avaient continué de tirer sur la voiture pendant trois minutes environ,

« après quoi les deux fils aînés de la famille [Khaled and Mustafa] sont sortis de la voiture et ont appelé à l’aide ».

Les forces israéliennes sont arrivées sur les lieux peu de temps, agressant physiquement les deux garçonnets et empêchant les paramédicaux de rejoindre les membres de la famille toujours à l’intérieur de la voiture », a ajouté DCI-P.

Au bout d’une demi-heure environ, les forces israéliennes ont enfin autorisé les infirmiers à se rendre auprès de la famille. Tous les six ont été transportés à l’Hôpital gouvernemental turc de Tubas.

Othman et Muhammad, ainsi que leurs parents, ont été déclarés morts à leur arrivée.

Othman a reçu une balle à la face et il présentait également des blessures dues à des éclats à la tête, dans le cou, aux épaules et à la poitrine. Muhammad présentait le même genre de blessures, outre celle d’un éclat dans l’œil, a expliqué le rapport médical délivré par les équipes médicales de l’hôpital et de la Société du Croissant-Rouge de Palestine (SCRP).

S’adressant à des journalistes, Khaled, le garçon de 11 ans, a dit qu’il avait entendu sa mère pleurer et son père prier avant de mourir tous deux.

Quand les tirs eurent cessé, la police israélienne des frontières a extrait Khaled de la carcasse de la voiture, s’est moquée de lui à propos de la mort de ses proches et l’a même agressé. L’un des Israéliens a dit à Reuters :

« Nous avons tué des chiens. »

Dans une vidéo, Khaled a raconté ce qu’il avait dit aux soldats israéliens lorsqu’ils l’avaient extrait de la voiture.

« Tu aimes ton père et ta mère ? »,

avait-il demandé à un soldat israélien, qui avait répondu que oui.

« Dans ce cas, pourquoi as-tu tué mon père et ma mère ? »,

a-t-il demandé. Le soldat « m’a alors donné un coup de poing au visage », dit Khaled

 

 

Le 16 mars, le lendemain du massacre de la famille Bani Odeh, des soldats israéliens ont abattu et tué un adolescent de 16 ans, Salim Fuqaha, dans le village de Sinjil, au nord-est de Ramallah.

Selon DCI-P, les forces israéliennes ont ouvert le feu sur Salim et sur Fathi Al-Sahouri, 15 ans, qui a survécu à l’attaque, et ont ensuite empêché pendant deux heures et demie les infirmiers de la SCRP de rejoindre les deux garçons.

« Les forces israéliennes ont confisqué le corps de Salim et c’est la raison pour laquelle DCI-P ne peut confirmer le nombre ou la nature de ses blessures »,

a déclaré l’organisation.

Des infirmiers ont transféré Fathi vers un hôpital de Ramallah, où il a été soigné pour une blessure par balle à l’épaule.

En 2026, les forces israéliennes ont tué sept enfants palestiniens en Cisjordanie occupée, selon des renseignements collectés par DCI-P.

Mise en exergue des revendications

Et, finalement, selon notre habitude, nous avons voulu mettre en lumière des personnes exprimant leur joie, leur détermination et leurs revendications un peu partout en Palestine et dans le monde.

Le professeur de musique Ahmed Muin Abu Amsha a rendu visite et accompagné une nouvelle chorale de filles à Khan Younis. Il dit ceci : « De belles voix jeunes, emplies d’énergie positive et d’espoir. C’est précisément le commencement, pour elles, et elles ont vraiment besoin qu’on les soutienne. La musique est toujours bien vivante, à Gaza et, à Khan Younis, il y a une énergie étonnante. Je leur souhaite bien du succès ! »

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Publié le 20 mars 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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