Fatima Ftouni, la correspondante martyre d’Al Mayadeen, assassinée lors d’une agression israélienne délibérée

La correspondante d’Al Mayadeen au Sud-Liban, Fatima Ftouni, a été assassinée lors d’une agression israélienne directe en même temps que son frère Mohammad et le correspondant d’Al Manar, Ali Shoeib, alors qu’ils se trouvaient à bord d’un véhicule clairement identifié comme PRESSE.

 

La correspondante d'Al Mayadeen au Sud-Liban, notre collègue, amie et martyre Fatima Ftouni. (Photo : Al Mayadeen English, illustration par Batoul Chamas)

La correspondante d’Al Mayadeen au Sud-Liban, notre collègue, amie et martyre Fatima Ftouni. (Photo : Al Mayadeen English, illustration par Batoul Chamas)

 

Al Mayadeen, 28 mars 2026

Le réseau médiatique Al Mayadeen a annoncé le martyre de sa correspondante au Sud-Liban, Fatima Ftouni, ce samedi, après qu’une frappe aérienne d’Israël a atteint directement un véhicule clairement identifié comme PRESSE dans lequel elle se déplaçait en compagnie de collègues journalistes.

Le correspondant d’Al-Manar, Ali Shoeib, et le frère de Fatima, Mohammad, se trouvaient également dans le véhicule au moment de l’attaque.

Fatima était sur le terrain pour couvrir l’agression israélienne en cours contre le Liban, en accomplissant le travail qui l’avait fait connaître et plus qu’apprécier, apportant la réalité de la résistance de son peuple aux publics du monde entier.

Selon le correspondant d’Al Mayadeen, Jamal Ghourabi, « Israël » a ciblé le véhicule de Fatima avec quatre missiles de précision. Après quoi, quand les ambulances sont arrivées sur les lieux, les infirmiers ont été visés à leur tour, ce qui s’est traduit par le martyre de l’un d’entre eux, le tout reflétant une tentative manifeste d’assassiner des équipes de presse et même les paramédicaux qui essaient de leur venir en aide.

Fatima Ftouni  était un pilier de la salle de rédaction d’Al Mayadeen bien avant de se rendre sur le terrain même, puisqu’elle avait travaillé comme rédactrice en chef d’Al Mayadeen Net, où ses collègues se souviennent d’elle comme d’une personne chaleureuse, dévouée et profondément engagée dans son travail.

Quand elle avait choisi d’être correspondante sur le front, au Sud-Liban, ces qualités n’avaient fait que s’affûter. Dans des conditions que très peu de gens auraient supportées, Fatima était restée et avait refusé de se taire.

Toutefois, son martyre n’a rien d’un incident isolé.

Le 21 novembre 2023, peut après qu’« Israël » avait lancé sa guerre contre le Liban, la correspondante d’Al Mayadeen Farah Omar et le cameraman Rabih Me’mari avaient été assassinés lors d’une frappe aérienne israélienne qui les avait directement ciblés après qu’ils avaient terminé leur reportage en direct.

 

Farah Omar

Farah Omar

 

Près de deux ans plus tard, le 25 octobre 2025, Ghassan Najjar et Mohammad Rada, d’Al Mayadeen, avaient été assassinés lors d’une autre attaque délibérée contre le personnel de la presse.

 

Ghasssan Najjar

Ghassan Najjar

Le modus operandi ne doit rien au hasard. Ces trois dernières années, « Israël » a tué des centaines de journalistes dans la région, au Liban, à Gaza et en Cisjordanie.

Le régime israélien cible systématiquement les véhicules de presse, les positions où l’on peut voir des équipements de prise de vue, et les journalistes qui portent des gilets marqués, et ce, dans un effort en vue d’éliminer les témoins de ses crimes et de ses lamentables échecs.

Mais Fatima et son frère ne sont pas les premiers de leur famille à connaître le martyre dans cette guerre. Au début du mois, l’oncle de Fatima et sa famille ont été assassinés par une frappe israélienne qui a ciblé leur maison à Toul, un crime dont Fatima elle-même avait parlé en direct à la télévision, avec beaucoup de fermeté et de présence au moment où le monde apprenait ce qu’elle venait de perdre.

 

Ali Shoeib : Un pilier des médias de la résistance

 Le correspondant de guerre vétéran libanais et martyr Ali Shoeib. (Illustration de Batoul Chamas pour Al Mayadeen English)

 Le correspondant de guerre vétéran libanais et martyr Ali Shoeib. (Illustration de Batoul Chamas pour Al Mayadeen English

 

Al-Manar TV a déploré le martyre de son correspondant comme

« un front médiatique complet à lui tout seul, un pilier, un compagnon et un camarade pour des générations entières de combattants de la résistance pour, ainsi qu’un instructeur et un modèle de rôle pour des générations de journalistes ».

Al-Manar a également déploré le martyre de Fatima Ftouni, d’Al Mayadeen, en disant que,

« une fois de plus, Al-Manar se joint à nos collègues d’Al Mayadeen dans le sacrifice du sang et du dévouement ».

Le réseau a demandé aux autorités libanaises, aux ministres concernés et aux organisations internationales d’intervenir contre le ciblage répété des journalistes sur le terrain.

Connus de ses collègues ainsi que des combattants sous le nom de Hajj Ali Shoeib, il était un personnage incontournable sur les lignes de front du Sud-Liban depuis 1992, c’est-à-dire depuis plus de toi décennies durant lesquelles il avait couvert pour ainsi dire chaque confrontation importante entre le Liban et « Israël ».

Il était présent lors de l’agression de 1993, se déplaçant d’un village bombardé à l’autre alors que les F-16 les survolaient. Il avait couvert l’opération « Raisins de la Colère » en 1996. Il était là pour la libération du sud en 2000, son objectif documentant le retrait des forces israéliennes et de leurs collaborateurs en même temps qu’il filmait les fusils des combattants qui les avaient chassés.

Pendant la guerre de juillet 2006, il se trouvait dans le secteur oriental lors de ses combats les plus acharnés et il fut parmi les tout premiers journalistes à entrer dans Maroun al-Ras à l’aube du jour où le cessez-le-feu fut annoncé, c’est-à-dire avant que les soldats israéliens n’aient même quitté les maisons où ils s’étaient terrés.

À maintes reprises, il reçut des menaces, il fut blessé plus d’une fois, mais rien ne le décourageait. Hajj Ali Shoeib était l’un des plus éminents et courageux correspondants de guerre du Liban. Il ne couvrit pas la résistance de l’extérieur, il vécut avec elle pendant trente ans, jusqu’à la fin.

 

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Publié le 28 mars 2026 sur Al Mayadeen

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Georges Abdallah : Le sang de Fatima Ftouni devrait inciter le monde arabe à passer à l’action

S’adressant à Al Mayadeen, Georges Ibrahim Abdallah appelle les Arabes à passer à l’action pour la journaliste martyrisée d’Al Mayadeen, Fatima Ftouni, qui dénonçait les crimes américano-israéliens.

Le révolutionnaire libanais et ancien prisonnier politique toujours aussi déterminé, Georges Ibrahim Abdallah, a déclaré que le monde arabe assistait « au chapitre final des crimes de l’exécrable entité israélienne », tout en mettant en évidence le fait que les actuels combats en Iran, au Liban, au Yémen, en Irak et dans toute la patrie arabe préparent la voie à un nouvel ordre mondial libéré de l’occupation et de l’impérialisme.

S’adressant à Al Mayadeen, il a déclaré :

« Les missiles de l’Iran portent l’espoir et, avec patience, la victoire viendra, le rideau tombera sur l’ère de l’occupation et de la tyrannie »,

ajoutant que la résistance au Liban se dresse comme un symbole de la « dignité pour l’oumma ».

Abdallah a déploré les journalistes martyrs Fatima Ftouni, Ali Sheaib et Mohammad Ftouni, tués samedi dans le Sud-Liban par une frappe israélienne délibérée. Il a qualifié Fatima de « fleur du Sud » et a demandé que le peuple arabe passe à l’action pour son sacrifice, tout en insistant sur le fait que les martyrs des médias « restent des phares pour la nation ».

La résistance est le bouclier de la Nation arabe

Abdallah a affirmé que la résistance libanaise et iranienne symbolisent « la dignité et la force de notre peuple », tout en dénonçant l’impérialisme américain en disant qu’il a été « bâti sur le sang de 25 millions d’autochtones », et en critiquant vertement les puissances européennes qui aident le projet sioniste.

Abdallah a invité instamment al-Azhar en Égypte, en Turquie et en Indonésie à agir de façon décisive contre le contrôle par Israël de la mosquée Al-Aqsa et de l’église du Saint-Sépulcre, en disant qu’il s’agit d’un devoir historique et religieux.

Il a conclu en affirmant que

« l’unité sur le terrain est la seule voie de cristallisation de la ligne de résistance arabe. Le nouvel ordre mondial qui sortira de la lutte sera le coup décisif asséné au système capitaliste et impérialiste en faillite ».

Nous adressons nos condoléances à nos martyrs, dont le sacrifice restera un phare pour l’oumma. La résistance ne faiblira pas et la relève de Fatima, Ali et Mohammad restera fermement déterminée dans cette bataille décisive.

 

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Publié sur Al Mayadeen le 28 mars 2026
Les deux articles ont été traduits par Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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