La HRF introduit une plainte criminelle contre un sniper belgo-israélien en s’appuyant sur de nouvelles preuves et des témoignages de victimes
17 juin 2026, Bruxelles, Belgique – La Fondation Hind Rajab (HRF) a introduit une plainte criminelle contre un citoyen belgo-israélien, Alon ben Sira, qui a servi comme sniper (tireur d’élite embusqué) au 9th Sniper Platoon (9e Peloton de tireurs d’élite, également connu sous l’appellation d’Unité Fantôme – Ghost Unit – ou Refaim) de la Compagnie auxiliaire du 202e Bataillon de Paras à Gaza.

Extrait d’une prise de vue de l’Unité Fantôme téléchargée sur YouTube, montrant un membre de l’unité positionné à l’intérieur d’un immeuble à appartements de Gaza.
La soumission de la HRF se base sur la plainte initiale introduite par l’Association belgo-palestinienne et elle fournit de nouvelles preuves de crimes de guerre commis par l’Unité Fantôme israélienne au cours de l’actuel génocide à Gaza. Elle propose également des preuves détaillant la chaîne de commandement et le déploiement opérationnel de l’unité à Gaza et à Khan Younis, spécifiquement en ce qui concerne le siège et l’attaque de l’hôpital Nasser. L’enquête de la HRF est également étayée par des témoignages directs et des preuves émanant de deux témoins palestiniens, dont l’un a introduit une plainte criminelle auprès des autorités belges.
Alon ben Sira est simplement l’un des plus de 400 ressortissants à double nationalité (belgo-israélienne) qui ont servi dans l’armée israélienne. La HRF continuera d’introduire des plaintes contre les individus identifiés via ses investigations systématiques et de demander que les autorités belges les examinent toutes, étant donné les allégations sérieuses de crimes de guerre et de génocides contre ces individus.
L’Unité Fantôme
En avril 2024, le journaliste Younis Tirawi a lancé une enquête à propos de l’Unité Fantôme après qu’un soldat israélien du 202e Bataillon de Paras avait téléchargé une vidéo de YouTube racontant les opérations du bataillon à Gaza, vidéo sur laquelle figuraient des prises de vue de plusieurs individus désarmés en train d’être abattus et tués, dont des habitants du quartier de Tel al-Hawa, à proximité de l’hôpital Al-Qods.
Après des mois de recherches, Tirawi identifiait des membres de l’Unité Fantômen y compris plusieurs ressortissants à double nationalité et il révélait des preuves de leur implication dans le meurtre de civils. Dans le cadre de son enquête, Tirawi afourni une interview de l’ancien membre de l’unité et citoyen américain, Daniel Raab, qui a admis que lui et un autre membre de l’unité, Daniel Graetz, citoyen allemand, avaient tués des civils à Gaza.
Der Spiegel, The Guardian et ZDF ont analysé par la suite le matériel de l’interview en même temps qu’ils ont géolocalisé les preuves vidéo, les prises de vue par drone, l’imagerie satellitaire et les témoignages oculaires. Leurs investigations conjointes ont corroboré les éléments clés du récit de Raab et les ont reliés à des incidents spécifiques à Gaza, y compris le ciblage délibéré de civils près de l’hôpital Al-Qods et le ciblage spécifique de membres de la famille Doghmosh.
Plusieurs investigations criminelles ont été lancées par la suite contre les membres à double nationalité de cette unité vivant en Belgique, en France, en Allemagne et en Italie.
Les nouvelles preuves de la HRF : L’Unité Fantôme et la destruction de Gaza
En outre, l’investigation de la HRF a révélé de nouvelles preuves critiques liant l’Unité Fantôme à des démolitions contrôlées effectuées à Gaza même.
Selon l’investigation de la HRF, il s’avère que l’Unité Fantôme a été déployée aux côtés du 8219e Bataillon de Génie au Combat à Gaza et qu’elle a opéré en soutien direct des démolitions contrôlées effectuées par le bataillon. L’investigation suggère également que des snipers étaient positionnés dans les zones et leurs environs où les ingénieurs de combat plaçaient des explosifs à l’intérieur des bâtiments, afin de sécuriser ces opérations et de faire en sorte qu’aucune interférence ne vînt perturber la préparation et l’exécution des démolitions illégales.
Les snipers définissaient ce périmètre comme une « ligne ». À l’intérieur de cette limite auto-définie, ils abattaient tout individu qui la franchissait, sans la moindre distinction entre les civils et les cibles militaires légales. Cette approche c’est traduite par le meurtre de plus de 105 personnes au cours de leur déploiement.
Spécifiquement, l’investigation a répertorié des incidents de démolitions illégales d’immeubles impliquant l’Unité Fantôme dans les quartiers suivants ;
Sheikh Ajlin (14-21 novembre 2023)
Al-Hawa (14-23 novembre 2023)
Shuja’iyya (10-21 décembre 2023)
L’attaque de Khan Younis et le siège de l’hôpital Nasser
La plainte analyse aussi l’offensive de l’armée israélienne contre Khan Younis et toute une série d’incidents impliquant des snipers et qui se sont produits durant l’attaque et le siège de l’hôpital Nasser entre décembre 2023 et février 2024.
De façon plus significative, elle répertorie de nombreux incidents impliquant des snipers qui ont ciblé des civils à l’intérieur et autour du complexe hospitalier au cours du siège.
Les témoignages du Dr Moghrabi et du journaliste Alhelou
L’investigation de la HRF à propos du siège de l’hôpital Nasser s’appuie sur des preuves critiques fournies par deux témoins palestiniens : le Dr Ahmed Ibrahim Moghrabi et le journaliste Mohammed A. F. Alhelou, ce dernier ayant introduit une plainte criminelle auprès des autorités belges.
Mohammed A. F. Alhelou s’est fait tirer dessus par des snipers alors qu’il était parfaitement identifiable comme journaliste, puisqu’il portait une veste arborant le mot PRESSE au moment où il couvrait le siège. Par le suite, il a rejoint la procédure en qualité de partie civile représentée par l’avocat de la HRF, Maître Jan Fermon.
Aussi bien Alhelou que le Dr Moghrabi sont restés à l’hôpital Nasser tout au long du siège et ils ont répertorié plus d’une douzaine d’incidents impliquant des tirs de snipers visant des civils, dont des enfants et des membres du personnel médical, tant sur le site de l’hôpital que dans ses parages.
« J’ai été témoin et victime d’opérations de snipers, d’arrestations, de torture et de tirs par quadricoptères. Même les médecins et les blessés – ceux qui étaient à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital – ont été blessés ou tués.
Le rôle du journaliste ne se limite pas à transmettre des informations, mais aussi à sauvegarder des preuves et à réclamer des comptes aux criminels. »

Le journaliste palestinien Alhelou
Le Dr Moghrabi a été officiellement interviewé par la Police fédérale belge en novembre 2025, au cours d’une procédure facilitée par la HRF et concernant le siège et les attaques spécifiques des snipers auxquelles il avait assisté.
Les comptes rendus détaillés tant des témoins que des victimes corroborent la nature systématique des attaques contre le site médical et démontrent leur impact dévastateur sur les civils pris au piège à l’intérieur.
« Nous recevions des morts et des personnes blessées par des tirs de snipers et de quadricoptères à l’intérieur même de l’hôpital [Nasser]. Parmi ces gens, il y avait des personnes déplacées et des membres du personnel médical. Un patient a été touché par une balle de sniper dans le cou alors qu’il était aux toilettes. L’un de mes collègues était infirmier. J’opérais un gosse et, au moment où nous sommes allés boire une tasse de thé sur le balcon, à l’écart de la fenêtre, il a été touché au côté droit. »

Le docteur Ahmed Moghrabi
Déclarations émanant de la HRF
Dyab Abou Jahjah, directeur général de la HRF :
« Désormais, les autorités belges ont manifestement la responsabilité juridique et morale d’agir. Les preuves concernant l’implication supposée d’Alon ben Sira dans des crimes de guerre sont sérieuses, concrètes et utilisables. La Belgique doit étendre son investigation criminelle, poursuivre toutes les mesures d’investigation nécessaires et, la où les preuves confirment une responsabilité criminelle, déférer cette affaire devant une cour de justice. La demande de comptes ne peut pas rester théorique.
Si un ressortissant belge a participé à des crimes commis contre des civils à Gaza, il est du devoir de la Belgique d’investiguer et de poursuivre. »
Natacha Bracq, responsable du contentieux à la HRF :
« Cette investigation a révélé l’horrible réalité de la façon dont l’Unité Fantôme fonctionnait comme une machine de massacre et de destruction systématiques. Après des mois d’investigations profondes, la HRF présente aux autorités belges des preuves substantielles de l’implication de l’unité dans des crimes de guerre systématiques, y compris son rôle dans l’attaque de Khan Younis, où de nombreux civils ont été tués.
Nos conclusions indiquent aussi que ces snipers étaient des composantes intégrales d’une campagne israélienne plus large de démolition établissant des périmètres de mort qui facilitaient la destruction massive de logements civils tour en terrorisant et exécutant des Palestiniens. Au-delà de Khan Younis, notre investigation en cours a révélé leur rôle supposé dans les démolitions contrôlées de la ville de Gaza. »
Jan Fermon, avocat de la HRF :
« Le succès d’une procédure de responsabilisation de crimes internationaux s’appuie toujours sur une action complémentaire de la part de tribunaux internationaux et nationaux. La Belgique, à l’instar de la plupart des pays européens, a accueilli des citoyens et des résidents d’origine palestinienne qui ont perdu toute leur famille au cours de la guerre génocidaire contre Gaza. Des Belges ont également servi dans l’armée israélienne qui a commis (et continue de le faire) des crimes à Gaza, en Cisjordanie et au Liban.
Amener les perpétrateurs de ces crimes devant la justice est une obligation pour tous les pays, en vertu du droit international. La présence de Belges, tant parmi les victimes que parmi les perpétrateurs engendre une responsabilité particulière dans le chef des autorités judiciaires belges. Fermer les yeux n’est pas une option. »
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Publié le 17 juin 2026 sur The Hind Rajab Foundation (où vous trouverez également les témoignes en vidéo du docteur Ahmed Moghrabi et du journaliste Mohammed Alhelou)
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine



