TEVA, le premier fabricant israélien de médicaments se prétend hollandais

Un acteur important du commerce entre l’UE et Israël – TEVA Pharmaceuticals, dont le siège est à Tel-Aviv – pourrait ne pas être engagé envers les qualités d’honnêteté et d’ouverture proclamées cette semaine.

 

TEVA, le premier fabricant israélien de médicaments se prétend hollandais. Photos : Action pour le boycott de TEVA à Charleroi

Janvier 2022. Action à Charleroi pour le boycott de TEVA  et en soutien à Olivia Zémor, la présidente d’Europalestine, accusé par TEVA d’appeler au boycott de ses médicaments génériques et d’être victime d’une discrimination antisémite. Photo : Raymond Saublains.

 

David Cronin, 24 juin 2026    

Le mantra de la semaine est « ouvert et honnête ».

Avec de légères variantes, elle a été scandée par les représentants d’Israël et ceux de l’Union européenne comme une « rencontre chaleureuse » à Jérusalem.

Dans leur hâte d’atteindre un état de béatitude méditative, les représentants ne se sont sans doute pas trop attardés sur le sens exact de la mantra.

Le fait d’invoquer le concept d’un dialogue « ouvert et honnête » n’était quasi certainement pas une invitation à une honnêteté ou une ouverture totales, a fait comprendre clairement Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères et hôte de la fête de l’amour.

Plus tôt, ce mois-ci, Saar avait pris ombrage de la façon dont Kaja Kallas, la responsable de la politique étrangère de l’UE, aurait paraît-il comparé Israël à l’Afrique du Sud.

Pour Israël, une vérité de ce genre est une « calomnie du sang ». Puisque Kallas n’a pas nié avoir fait cette comparaison, elle est désormais considérée comme persona non grata par Saar.

Sa prise de bec peu édifiante avec Kallas ne semble pas avoir gâté l’atmosphère de la rencontre de cette semaine. Fort de la connaissance qu’Israël dispose toujours d’une coterie de zélés partisans dans la hiérarchie européenne, Saar a souri devant les caméras avant d’accueillir ses invités.

 

TEVA, le premier fabricant israélien de médicaments se prétend hollandais. Photo : Kaja Kallas, la responsable de la politique étrangère de l'UE et Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères

Kaja Kallas, la responsable de la politique étrangère de l’UE et Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères

 

Une honnêteté et une ouverture véritable pourraient mettre en danger certains aspects du précieux partenariat célébré lors de cette rencontre.

Le partenariat est à ce point robuste que la bureaucratie bruxelloise à cherché à encourager le commerce avec Israël quand bien même cet État commet un génocide à Gaza et accélère sa colonisation de la Cisjordanie.

Un acteur important du commerce entre l’UE et Israël – TEVA Pharmaceuticals, dont le siège est à Tel-Aviv – pourrait ne pas être engagé envers les qualités d’honnêteté et d’ouverture proclamées cette semaine.

TEVA semble même dissimuler le fait qu’elle est une société israélienne, dans certaines de ses activités.

La toute dernière entrée effectuée par Teva dans le « registre de transparence » de l’UE indique que le siège principal de la firme se trouve aux Pays-Bas.

Bien que TEVA soit certainement actif aux Pays-Bas, ses tentatives de se faire passer pour une société hollandaise peuvent enfreindre les règles de l’UE.

Un code de conduite pour le registre de transparence cité plus haut requiert que les détails fournis à ce même registre doivent être « exacts et non trompeurs ».

Le secret apparent de TEVA à propos de son siège principal en Israël diffère de la façon dont d’autres entreprises pharmaceutiques se présentent. Pfizer, Eli Lilly et Johnson & Johnson ont toutes reconnu qu’elles étaient des firmes américaines dans leurs entrées au registre de transparence de l’UE.

De même qu’il a donné une adresse néerlandaise pour son siège principal, TEVA a également indiqué un bureau à Bruxelles, sur le registre.

Il est situé dans un élégant immeuble de brique rouge appelé The Library.

Le site internet de The Library le présente comme une adresse « prestigieuse » à proximité des institutions européennes. C’est un privilège pour des sociétés ou des organisations opérant depuis cet endroit d’avoir « leur nom sur la porte », suggère le site internet.

TEVA ne semble pas bénéficier de ce privilège. Le nom de la firme ne peut être aperçu sur la principale entrée de The Library, bien que j’aie repéré un espace marqué « TEVA » dans un petit parking à l’arrière du bâtiment.

Erick Tyssier, responsable du plaidoyer chez Teva, n’a pas répondu à ma requête demandant si lui et son équipe tentaient délibérément de dissimuler la façon dont ils représentaient une firme israélienne.

 

« Soutenir Israël »

TEVA – la première firme pharmaceutique d’Israël – était bien plus directe dans le passé.

Son apparition en 2012 dans le registre de transparence de l’UE disait simplement qu’elle avait « son siège central en Israël » – comme le montre une copie archivée de l’entrée.

Vers cette époque, TEVA était étroitement associée avec le lobby pro-israélien. La firme avait loué les services de Dimitri Dombret, anciennement une figure de pointe du groupe European Friends of Israel, en tant que consultant.

TEVA se comporte différemment envers un public israélien qu’elle ne le fait en Europe.

Au cours des premiers stades de la guerre génocidaire contre Gaza, TEVA avait annoncé qu’elle

« prenait position et qu’elle se rangeait du côté d’Israël ».

Des points de collecte furent mis en place sur les sites de TEVA dans le but de réunir des équipements pour les forces israéliennes commettant le génocide.

Cela fait partie des raisons pour lesquelles TEVA est la cible du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) dirigé par les Palestiniens. Des médecins cotés de conscience et d’autres professionnels de la santé d’un certain nombre de pays ont appelé à éviter les produits de TEVA.

L’an dernier, en contribuant à un exercice de consultation de l’UE sur les marchés publics, TEVA a tiré la sonnette d’alarme à propos du manque de concurrence dans le marché des médicaments génériques. La situation actuelle, a prévenu TEVA, comportait un risque de pénurie de médicaments.

Il est intrigant – et c’est un euphémisme – qu’une firme qui se vante de « défendre Israël » soit perturbée à propos de pénuries potentielles de médicaments.

La guerre en cours contre Gaza a provoqué des pénuries extrêmes de médicaments essentiels. Israël est responsable d’une longue liste d’attaques contre des hôpitaux et des ambulances en Palestine, en Iran et au Liban.

Soutenir le génocide constitue une position indéfendable, pour un fabricant de médicaments. Cela pourrait expliquer pourquoi l’équipe de TEVA en Europe présente une image très incomplète des activités de la firme.

*****

Publié le 24 juin 2026 sur  The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

 

Action pour le boycott de TEVA à Charleroi

 

Vous aimerez aussi...