Ne vous laissez pas abuser par le faux soutien de la Grande-Bretagne à la Palestine
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a réaffirmé son engagement envers Israël, qui n’en poursuit pas moins son génocide contre Gaza.

Ali Abunimah, 8 septembre 2026
Mardi dernier, le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, annonçait des plans en vue d’interdire les importations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
Il a qualifié l’expulsion par Israël des Palestiniens de leurs terres de Cisjordanie de « nettoyage ethnique » et a finalement accepté la décision de la Cour internationale de Justice, en 2024, de considérer comme illégale l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.
Mais, alors que sa déclaration au Parlement ainsi qu’une vidéo plus courte publiée sur X traitaient manifestement de soutien aux Palestiniens, elles révèlent que la priorité absolue de la Grande-Bretagne reste de protéger Israël en tant qu’État juif raciste.
Miliband ne commence pas par les Palestiniens, mais par Israël, son attachement à ce pays et ses sentiments juifs.
Il promet plusieurs centaines de millions de dollars fin de combattre l’« antisémitisme » – un terme on ne peut plus galvaudé qu’Israël et son lobby ont redéfini pour qu’il signifie opposition aux crimes d’Israël et à son idéologie raciste, le sionisme.
The UK will stand up for what is right. pic.twitter.com/0jbDiQ7vVC
— Ed Miliband (@Ed_Miliband) September 8, 2026
Il rappelle les visites idylliques de son enfance à Tel-Aviv et la cueillette des oranges dans un kibboutz, mais il s’abstient bien de dire que le « sanctuaire » offert par Israël à sa grand-mère et à d’autres de ses proches n’a été rendu possible que par le Nakba – l’expulsion délibérée, sous contrôle britannique, de la population autochtone de la Palestine afin de faire de la place aux colons européens telle la famille Miliband.
Pendant que le jeune Ed cueillait des oranges, Israël bombardait des réfugiés palestiniens, assassinait des écrivains et poètes palestiniens et imposait une politique d’apartheid dans toute la Palestine historique.
Prosioniste, anti-palestinien
Il se proclame « indéfectible » dans son soutien à un État qui a passé près de huit décennies à expulser, occuper, assiéger et massacrer des Palestiniens – et, ces trois dernières années, à perpétrer un génocide.
Le droit supposé d’Israël « à exister comme patrie pour le peuple juif » est sacré et ne peut être remis en question.
Entre-temps, les Palestiniens apparaissent surtout comme des objets de souffrance et seuls la Grande-Bretagne et ses alliés sont habilités à décider de leur avenir, y compris en blâmant les collabos de l’Autorité palestinienne d’« accélérer les réformes » – quel que soit le sens de ces termes.
De façon répétitive, Miliband condamne le Hamas, exige qu’il désarme et lui refuse le moindre rôle dans l’avenir de Gaza. Mais il n’exprime pas d’exigence du même genre qu’Israël démantèle l’armée qui continue de détruire Gaza et d’y perpétrer des massacres jour après jour.
Pas plus qu’il ne daigne faire savoir à Israël lequel de ses dirigeants gavés de sang peut occuper son poste.
En justifiant effectivement le génocide, Miliband affirme que le 7 octobre « met en évidence les graves menaces auxquelles Israël est confronté » et qu’Israël a donc « tous les droits de se défendre ».
Se faisant l’écho de la propagande néoconservatrice de Trump, il prétend à tort que « l’Iran continue de menacer Israël et les juifs dans le monde entier » – alors que c’est Israël qui a bombardé une synagogue à Téhéran lors de la guerre américano-israélienne d’agression, au cours de la deuxième attaque non provoquée du genre en moins d’une année.
Miliband promet également davantage de sanctions britanniques à l’encontre du Hezbollah, l’organisation de la résistance libanaise, qu’il qualifie erronément de « force supplétive » de l’Iran, comme si le peuple libanais n’avait pas le droit ou l’intérêt de défendre sa terre contre les massacres et l’occupation par Israël.
Comme on s’y attendait, les efforts du ministre britannique des Affaires étrangères en vue d’envelopper ses sanctions modérées d’amour pour Israël n’ont absolument pas abouti. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, s’est hâté d’annoncer des représailles, dont la fermeture du consulat britannique à Jérusalem-Est occupée ainsi que des interdictions de voyage à l’encontre des fonctionnaires britanniques.
הערב הודעתי על צעדי הנגד שלנו לשורת הסנקציות החדשה עליה הודיע מזכיר החוץ של ממשלת הלייבור בפרלמנט הבריטי, בהמשך לשנתיים של מהלכים חד-צדדיים נגד ישראל.
הקונסוליה הבריטית בירושלים – תיסגר.
הנציגים הבריטים יסולקו ממרכז הסיוע הבינ״ל לעזה בקרית-גת.
תופסק הפעילות הבריטית להכשרת… pic.twitter.com/ZuR7owAq2Z— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) September 8, 2026
Le soutien au génocide
Toute discussion substantielle autour de Gaza est profondément enterrée dans cette prise de position, après les déclarations d’amour de Miliband à Israël et la longue discussion à propos des colonies de Cisjordanie.
Et, même là, il commence à répéter la propagande d’atrocité d’Israël, prétendant que, le 7 octobre, « des hommes, des femmes, des enfants et des bébés ont été tués, mutilés et torturés par les terroristes du Hamas ».
En fait, un seul bébé israélien a été tué dans son domicile le 7 octobre : Milla Cohen, tuée par inadvertance d’une balle ayant traversé une porte fermée.
Miliband ne dit mot non plus sur le grand nombre d’Israéliens tués ce jour-là par les forces mêmes d’Israël, dans une application à grande échelle de la fameuse directive Hannibal.
À Gaza, Miliband reconnaît les massacres, les privations délibérées, la déportation forcée et la destruction générale. Il fait remarquer que plus de 70 000 personnes ont été tuées, y compris 20 000 enfants au moins.
Mais il refuse d’appeler cela un génocide, malgré les déclarations répétées des dirigeants israéliens disant que leur but consiste à détruire Gaza et à chasser sa population.
Au lieu de cela, Miliband prétend que la Grande-Bretagne doit attendre un jugement final de la part d’une cour internationale. Cela relève d’une esquive politique lâche et dépravée déguisée en respect du droit. En vertu de la Convention sur le génocide, les gouvernements doivent agir une fois qu’un risque sérieux apparaît – et non après qu’un tribunal confirme que l’extermination a bien eu lieu.
La Grande-Bretagne n’attend pas de jugements définitifs pour qualifier de prétendus crimes internationaux lorsque l’accusé est un ennemi officiel. Quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Premier ministre Boris Johnson avait déclaré sans équivoque que le président Vladimir Poutine et son armée « commettaient des crimes de guerre ».
La Grande-Bretagne a sanctionné la Russie, elle a armé l’Ukraine, a envoyé des enquêteurs et a promis des poursuites alors que les enquêtes internationales venaient à peine de commencer.
La police britannique enquête sur des crimes de guerre supposés en Ukraine tout en arrêtant des milliers de citoyens britanniques qui s’opposent au génocide de Gaza.
Miliband en personne a qualifié d’« illégale » l’intervention de la Russie en Ukraine, bien qu’aucune cour internationale n’ait pris de décision en ce sens.
Il ne promet pas non plus de mettre un terme au soutien militaire britannique à Israël. Il fait allusion à la suspension des licences pour des armes et aux restrictions des exportations qui « contribuent matériellement à l’occupation » – une norme on ne peut plus vague s’il en est – mais n’annonce pas d’embargo complet sur les armes ni de cessation de la coopération militaire ou d’arrêt de l’aide britannique permettant les crimes d’Israël, y compris les actuels survols de Gaza par l’aviation britannique, dissimulés sous le secret officiel.
BREAKING: Since @AndyBurnham became PM on 20 July, he's authorised at least 8 military planes to go from RAF Mildenhall in Suffolk to Israel
All of them, apart from one, had their operator withheld
July 24, July 28 (2), July 31, August 8, August 16, August 18, August 26 pic.twitter.com/IUxixGYfib
— Matt Kennard (@kennardmatt) August 30, 2026
Miliband ne propose pas de plan d’identification, d’arrestation et de poursuite des personnalités et soldats israéliens responsables de génocide, de crimes contre l’humanité, pas plus qu’il ne s’engage à arrêter les fugitifs déjà accusés de crimes de guerre que sont Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.
Les perpétrateurs israéliens ne sont pas menacés de l’application de « toute leur force » des sanctions britanniques. Miliband réserve ce langage uniquement à ceux qui sont impliqués dans les colonies.
Au secours d’un Israël raciste
Voici, apparemment, le nouveau départ de l’après-Starmer – la politique « meilleure » promise par le Premier ministre Andy Burnham après avoir admis que le Parti travailliste « n’avait pas adopté la bonne approche » de la question de Gaza.
La réalité avait été mise sur le tapis avant que Miliband ne prenne la parole. Bloomberg a rapporté que les diplomates britanniques avaient assuré à Washington en privé que les mesures étaient « surtout symboliques » et qu’elles n’auraient aucun impact matériel sur le commerce plus étendu de la Grande-Bretagne ou sur les relations sécuritaires avec Israël.
La poussée dans les relations publiques de Burnham sont sans doute censées apaiser les électeurs travaillistes en colère sans perturber la relation qui soutient l’apartheid et le génocide israéliens et le régime de la suprématie juive que veulent perpétuer ces crimes.
L’attention étroitement concentrée sur les colonies reflète le but réel – candidement déclaré par Miliband – consistant à vouloir sauver la prétendue solution à deux États.
Cette « solution » propose aux Palestiniens des enclaves déconnectées sous la domination militaire, économique et politique permanente d’Israël – l’équivalent des bantoustans de l’apartheid sud-africain. On attendrait d’eux qu’ils qualifient ces fragments d’État, qu’ils renoncent à leur droit au retour et qu’ils acceptent l’existence permanente d’Israël en tant qu’entité suprémaciste juive.
Par conséquent, les gouvernements occidentaux perçoivent les colonies comme une anomalie au sein d’un Israël par ailleurs légitime, plutôt que comme une expression d’un projet d’implantation coloniale brutal s’appuyant sur des expulsions massives.
Leur désaccord avec Israël ne porte que sur le nombre de Palestiniens devant être dépossédés.
Le gouvernement d’Israël et une grande partie de sa population juive soutiennent la dépossession totale, y compris l’expulsion massive et l’extermination, afin de s’emparer de la totalité de la Palestine historique.
Au contraire, la Grande-Bretagne et les autres gouvernements occidentaux croient que le vol par les sionistes de 78 pour 100 de la terre des Palestiniens en 1948 devrait suffire.
"YES, JUDAIZING!"
An AI-slop election ad by Smotrich's Religious Zionism party promises to "Judaize the Negev and the Galilee" like they do in the West Bank, i.e. ethnic cleansing and accelerated Jewish colonization.
Translation: @ronnie_barkan https://t.co/6akFjGtNtT pic.twitter.com/D4tGWzumXI
— B.M. (@ireallyhateyou) September 6, 2026
Le Canada, la France et plusieurs autres pays européens se joignent à la Grande-Bretagne pour la même raison.
Leur déclaration officielle commune dit explicitement que l’objectif est de « protéger » la solution à deux États.
La déclaration de l’Élysée donne la même justification.
Il s’agit ici d’une action coordonnée afin de sauver un plan de ségrégation, et non de mettre fin au racisme d’Israël. C’est pour cette raison que Miliband peut reconnaître un « État de Palestine » imaginaire et condamner des colonies tout en maintenant son soutien « indéfectible » à Israël et en proclamant :
« Je m’oppose de tout cœur au boycott, au désinvestissement et aux sanctions – ou à la campagne BDS. »
Miliband déclare que les Britanniques ne veulent plus être de « simples spectateurs ». Mais cela n’a jamais été le cas. La Grande-Bretagne va continuer de protéger l’apartheid israélien, rejetant toute pression significative et refusant de nommer le génocide qu’elle favorise.
Ceci n’est pas de la solidarité avec les Palestiniens. C’est juste la toute dernière tentative occidentale de venir au secours de l’État suprémaciste et génocidaire juif que la Grande-Bretagne a elle-même créé.
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Publié le 8 septembre 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine




