Comment Masar Badil perçoit les « élections israéliennes »
Khaled Barakat, membre du Comité exécutif de Masar Badil, le Mouvement palestinien de la Voie révolutionnaire alternative, a déclaré que les divisions internes révélées par les « élections israéliennes » reflétaient une crise profonde au sein de l’entité sioniste, plutôt que la moindre possibilité de changement politique pour le peuple palestinien. Il a mis en garde contre les illusions quant au rôle du système électoral sioniste, en mettant l’accent sur le fait que la lutte ne consiste pas à remplacer un gouvernement israélien par un autre, mais à démanteler complètement le système colonial lui-même.

Khaled Barakat, 28 octobre 2026
« ‘Israël’ n’est plus capable de maintenir le même processus interne d’administration de la colonie comme il le faisait avant le 7 octobre »,
a expliqué Barakat.
« Ces élections ont révélé que la société ‘israélienne’ vivait dans un autre monde, déconnecté de la réalité qui se déroule sur le terrain. Malgré tout ce qui s’est passé, malgré le génocide à Gaza et les défaites et crises auxquelles est confronté le projet sioniste, l’écrasante majorité des candidats de pointe et des forces politiques sont ouvertement fascistes. »
« Quelles sont les vraies différences entre Netanyahou et Eisenkot ? Eisenkot est le général qui a inventé le doctrine Dahiya et, aujourd’hui, il accuse essentiellement Netanyahou d’être incapable de mener à bien un génocide et des crimes de guerre. Les deux camps concourent afin de savoir qui peut le mieux servir le projet colonial sioniste. »
Barakat a mis l’accent sur le fait que la compétition électorale se déroulait au sein d’un large consensus sioniste qui excluait les droits nationaux palestiniens.
« La véritable dispute entre les camps sionistes fascistes en compétition concerne la meilleure façon de voler de la terre arabe, comment poursuivre le génocide et comment laver les mains d’Israël de ses crimes face à la communauté internationale. Ils sont en désaccord sur les méthodes, les tactiques et la présentation, mais pas sur les objectifs coloniaux fondamentaux. »
Barakat a identifié plusieurs principes communs partagés par Netanyahou, Eisenkot et les blocs politiques sionistes en lice.
« Ils sont tous d’accord pour le maintien du contrôle sioniste sur la Palestine du fleuve à la mer. Ils peuvent n’être pas d’accord quant à savoir si le génocide doit se dérouler lentement ou rapidement mais ils ne sont pas en désaccord sur la poursuite du projet colonial et de son mandat génocidaire. Ils rejettent la souveraineté politique palestinienne, le droit au retour, les droits nationaux palestiniens et même la perspective d’un ‘État palestinien’. Dans chaque camp, il y a des figures dont les positions tactiques sont plus proches de celles de leurs prétendus opposants que celles d’autres dans leur propre bloc. »
« En ce sens, la compétition entre Netanyahou, Eisenkot, Bennett, Lieberman, Ben-Gvir et Smotrich n’est pas une confrontation entre des projets politiques fondamentalement différents. C’est une compétition au sein du même projet colonial sur la meilleure façon de le poursuivre et de l’étendre. »
L’illusion du changement via les élections sionistes
Barakat a prévenu qu’il ne fallait pas voir dans les élections israéliennes une opportunité pour les Palestiniens de réaliser quelque changement significatif, y compris via la participation parlementaire des partis palestiniens dans les territoires occupés en 1948.
« La première illusion qu’il nous faut rejeter est que l’un ou l’autre changement fondamental pourrait venir via les élections sionistes. La deuxième illusion est que le prétendu vote pourrait transformer la nature de ce régime. Au mieux, on raconte aux Palestiniens arabes qu’ils sont des esclaves et qu’ils peuvent choisir qui sera leur maître : Netanyahou ou Eisenkot. »
« Les partis arabes dans les territoires occupés en 1948 n’ont pas joué le rôle nécessaire, durant le génocide. Au lieu d’organiser les masses et d’affronter le système colonial, ils ont tranquillisé les gens en leur disant d’attendre les élections. Aujourd’hui, ils se disent victorieux parce qu’ils ont gagné entre 16 et 18 sièges à la Knesset. »
« Mais quel est le résultat ? On va leur demander de lever la main pour un camp ou pour l’autre : Netanyahou, Ben-Gvir et Smotrich, ou Eisenkot, Bennett et Lieberman. Ceci n’est pas un pouvoir politique palestinien ni une libération nationale. C’est une participation à la décision de savoir quelle faction de la classe dirigeante coloniale va administrer l’entité et exécuter le génocide en cours, en même temps que ces mêmes politiciens jurent qu’ils ne s’appuieront jamais sur les partis arabes. »
Barakat a abordé également le rôle de l’Autorité palestinienne en relation avec la crise politique interne de l’État israélien.
« L’Autorité palestinienne reste une servante du projet israélien. Le désaccord parmi les factions sionistes porte sur le degré de servitude que l’AP devrait afficher. Quand Netanyahou, Smotrich et Ben-Gvir attaquent l’AP, ce n’est pas parce qu’ils s’opposent à son rôle de servante du système coloniale, mais parce qu’ils exigent une plus grande subordination encore. »
« À l’instar d’autres forces locales qui font de la médiation entre le colonisateur et les colonisés, l’AP se trouve coincée entre les exigences du régime colonial et la pression du peuple palestinien. Dans ces élections, personne ne demande ne serait-ce que la position de l’AP. Elle n’a strictement plus rien à voir avec l’actuelle lutte qui a lieu au sein de l’establishment politique sioniste. »
La crise de l’entité sioniste après le 7 octobre
Barakat a insisté sur le fait qu’approfondir les divisions au sein de l’establishment politique ‘israélien’ ne peut être séparé de la résistance palestinienne et de la confrontation régionale qui s’est développée depuis le 7 octobre 2023.
« Les adversaires de Netanyahou l’accusent de n’être pas parvenu à garantir la sécurité ‘israélienne’ à Gaza, en Palestine, au Liban et en Iran. Ils se servent de ces accusations dans leur lutte pour le pouvoir, en même temps que dans des luttes internes tel le service militaire des Haredim. Ces arguments leur sont utiles politiquement, mais ils reflètent également la crise réelle qui affecte l’entité sioniste. »
« La crise n’a pas émergé en raison des élections. Elle a émergé en raison de la détermination de la résistance et de l’incapacité de l’État sioniste de réaliser ses objectifs déclarés. Si Netanyahou est éloigné de la scène politique, ce ne sera pas fondamentalement le résultat du système électoral, mais celui de la résistance et de la crise qu’elle a imposée au projet colonial. C’est la résistance qui détient le pouvoir de modifier l’équation, et non les élections internes entre les fascistes en concurrence. »
Barakat a prétendu que ces développements démontrent l’importance de la stratégie suivie par la direction de la résistance palestinienne à Gaza.
« La situation aujourd’hui prouve le bien-fondé de la stratégie de Yahya Sinwar, de Mohammed Deif et de la résistance à Gaza : pousser l’entité sioniste dans une crise profonde qui contribuera finalement à son démantèlement dû à sa pourriture interne. C’est pourquoi nous voyons l’aile droite sioniste combattre son aile gauche, se faire elle-même concurrence en lutte autour de l’avenir du projet colonial. »
« Ce n’est pas un État normal. Ce n’a jamais été un État normal dès le moment de sa création et il ne retournera jamais à ce qu’il était avant le 7 octobre. Ce à quoi nous assistons, c’est à une société coloniale de plus en plus rongée par ses propres contradictions, alors que la réalité de la lutte s’est déplacée au-delà de la capacité de ses structures traditionnelles à l’endiguer. »
Barakat a également mis en garde contre le fait de percevoir un éventuel changement de direction comme représentant nécessairement une réduction du danger posé par l’État israélien.
« Netanyahou peut être plus immédiatement dangereux à certains égards, mais Eisenkot représente un énorme danger stratégique. Il est l’un des principaux architectes de la doctrine de la destruction collective et il peut être présenté au niveau international comme une personnalité plus acceptable ou responsable. »
« Dans la conscience collective du peuple palestinien, certains des tristement célèbres dirigeants sionistes du passé, comme Ariel Sharon, peuvent presque ressembler à des bébés, comparés à Netanyahou et Eisenkot, au vu de l’ampleur des crimes commis aujourd’hui contre notre peuple. C’est la pire forme du colonialisme occidental et la question n’est pas de savoir quel individu va l’administrer. »
« Il est prématuré de dire quel dirigeant fasciste va diriger l’entité sioniste à la suite de ces élections. Mais nous savons déjà que changer le type au sommet ne changera pas le caractère fondamental du système. »
La tâche qui nous attend : Isoler l’entité sioniste et faire progresser la lutte pour la libération
Barakat a conclu en mettant l’accent sur le fait que le mouvement palestinien et ses partisans internationaux doivent rejeter leurs illusions à propos d’un changement électoral et, en lieu et place, intensifier leurs efforts en vue d’isoler Israël et de faire progresser la lutte pour la libération.
« Ce qui nous est demandé aujourd’hui, c’est de ne pas nous laisser duper en échangeant un maître contre un autre. Nous devons mettre en garde contre les tendances politiques qui voudront se mettre à promouvoir l’illusion que les votes arabes peuvent déterminer qui gouverne l’entité sioniste, comme si cela représentait une victoire pour le peuple palestinien. »
« Le problème avec Israël, ce n’est pas simplement le gouvernement qui l’administre. Le problème, c’est l’entité coloniale elle-même. Elle doit être complètement démantelée et pas simplement placée sous une nouvelle gestion. C’est pourquoi nous devons nous cramponner plus fermement que jamais à l’objectif d’une Palestine libre du fleuve à la mer. »
Barakat a insisté sur l’importance de la résistance palestinienne et de son expansion potentielle partout dans la région et dans la diaspora palestinienne.
« La seule force qui a réellement un rapport avec l’avenir de la Palestine aujourd’hui est la résistance. Et cette résistance va se répandre et se développer – en Palestine, dans le Sud-Liban, en Syrie et parmi les Palestiniens du shahat, la diaspora. Nous avons vu la continuation de la confrontation à Al-Khalil, et nous verrons émerger de nouvelles formes d’organisation et de lutte qui dirigeront la prochaine étape de notre mouvement. »
« Notre responsabilité est de renforcer cette lutte, d’organiser nos gens et nos alliés et d’imposer un isolement international total à cette entité illégitime et à ses soutiens et sponsors, les EU et tous les partenaires impérialistes en Europe et en Grande-Bretagne. La tâche consiste à affronter le projet colonial sioniste, pas de lui conférer une nouvelle légitimité via l’illusion d’une réforme électorale. »
Barakat a aussi mis en garde contre le fait que les gouvernements occidentaux et les régimes arabes alliés pourraient chercher à réhabiliter l’image internationale de l’État israélien en promouvant une direction politique alternative.
« Nous savons que certains régimes arabes réactionnaires et gouvernements européens nous diront qu’Eisenkot est quelqu’un avec qui ils peuvent parler, qu’il est plus raisonnable, plus pragmatique ou plus indiqué pour des négociations. Ils essaieront de nous vendre le remplacement de Netanyahou comme un nouveau commencement, alors que la même politique coloniale et le même rejet des droits palestiniens se poursuivent. Bien sûr, les États-Unis perçoivent l’entité comme un investissement et un avoir stratégiques dans la région, qu’importe sa direction. »
« Nous devons nous poser une simple question : Qu’est-ce que ces élections proposent exactement au peuple palestinien ? L’opportunité de choisir le criminel de guerre qui dirigea l’identité sioniste ? »
« Très récemment, le monde a assisté à un second tour électoral frappant au Brésil, au cours duquel Lula da Silva et ses partisans ont renversé une vague d’extrême droite. Mais quid si les élections brésiliennes avaient été, plutôt qu’un choix entre Lula et Flavio Bolsonaro, un choix entre Jair Bolsonaro et Flavio Bolsonaro ? Telle est la véritable image des élections sionistes, malgré la clameur sans cesse croissante à propos des contradictions internes. »
« Le peuple palestinien n’a pas besoin d’un nouvel administrateur pour sa colonisation ? Il a besoin de libération, de retour et du démantèlement du système colonial. Telle est la lutte qui nous attend, qu’importe celui qui occupe le bureau du Premier ministre à Tel-Aviv. »
« Pour ceux qui pourraient dire que l’un des résultats pourrait être l’éviction de Netanyahou et son envoi devant les tribunaux, nous devons leur rappeler que notre combat ne consiste pas à poursuivre Netanyahou pour corruption au sein du régime sioniste. Notre combat n’est pas contre une personne. Notre combat consiste à balayer ‘Israël’ de la surface de la terre et non d’écarter Netanyahou »,
a conclu Barakat.
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Publié le 28 octobre 2026 sur Masar Badil
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine



