À Charleroi, faudrait-il être d’accord avec le bourgmestre pour avoir le droit de s’exprimer ?

Communiqué de la Plateforme Charleroi pour la Palestine, 22 octobre 2026

 

Capture d'écran de l'enregistrement vidéo de la séance du Conseil communal de Charleroi le 19 octobre 2026 (*)

Capture d’écran de l’enregistrement vidéo de la séance du Conseil communal de Charleroi le 19 octobre 2026 (*)

 

Le conseil communal du 19 octobre a eu au moins un mérite : mettre publiquement sur la table ce que notre Plateforme subit depuis des mois. Des procès-verbaux, des amendes, des restrictions imposées à nos activités et, dernièrement, une tentative d’annulation de notre Journée pour la Palestine. 

Nous remercions Pauline Boninsegna (PTB) d’avoir interpellé le bourgmestre à ce sujet. C’est important que notre situation ait enfin été abordée devant le conseil communal. Derrière notre Plateforme, il y a des bénévoles, des citoyens qui participent à nos événements, discutent avec nous sur la Place Verte et soutiennent nos initiatives.

 

Et que nous a répondu Thomas Dermine ?

Pour l’essentiel, il nous a parlé de Samidoun, du Hamas, du 7 octobre et de ce qu’il considère comme des positions inacceptables.

Mais ce n’était pas la question. Nous attendions des explications sur les sanctions et les restrictions qui nous visent. Sur quelles bases légales reposent-elles ? Qui en a décidé ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à devoir saisir la justice pour organiser une journée de solidarité prévue depuis longtemps ?

Sur ces questions, nous restons largement sur notre faim.

La liberté d’expression, oui. Mais à condition d’être d’accord avec la Ville ?

Un passage de la réponse du bourgmestre nous a particulièrement frappés. Thomas Dermine explique que nous pouvons occuper l’espace public pour nos actions de sensibilisation, mais avec un message « légitime et en phase avec les positions politiques de la ville de Charleroi ».

Pardon ?

Depuis quand faut-il être en phase avec les positions politiques de la Ville pour pouvoir défendre une cause dans l’espace public ? C’est précisément l’inverse de ce que devrait garantir la liberté d’expression.

Nous ne demandons pas au bourgmestre de partager nos convictions, ni d’applaudir nos prises de position. Nous lui demandons simplement de respecter notre droit à les défendre.

Notre engagement contre l’occupation, l’apartheid et ce que nous dénonçons comme un génocide s’inscrit dans la défense du droit du peuple palestinien à l’autodétermination, reconnu par le droit international. Nous défendons également son droit à résister à l’occupation, dans le respect des règles du droit international humanitaire, notamment celles qui protègent les civils.

Que Thomas Dermine désapprouve Samidoun, c’est son affaire. Qu’il critique ses déclarations, libre à lui. Mais son désaccord politique ne lui donne pas, à lui seul, le pouvoir de décider quels drapeaux peuvent être montrés ou quelles associations peuvent s’exprimer à Charleroi.

Il faut des bases légales. Des motifs précis. Pas simplement une appréciation politique.

 

Samidoun : beaucoup d’accusations, mais toujours les mêmes questions sans réponse

Le bourgmestre a consacré une bonne partie de son intervention à dénoncer les positions qu’il attribue à Samidoun. Christophe Burton (MR) a, de son côté, multiplié les accusations contre plusieurs intervenants de notre Journée pour la Palestine.

Nous contestons ces présentations à charge, qui mêlent accusations, affiliations politiques et insinuations sans toujours distinguer les faits établis des appréciations personnelles.

Thomas Dermine termine notamment son intervention en évoquant les alertes de l’OCAM et des services de renseignement concernant Mohammed Khatib, coordinateur européen de Samidoun. Il présente cette vigilance comme une manière d’être « les gardiens de la démocratie ».

Mais depuis quand un signalement des services de renseignement suffit-il à justifier n’importe quelle restriction ? Un avis de sécurité doit être pris au sérieux, mais il ne remplace ni la loi, ni les preuves, ni le contrôle d’un juge.

Et surtout, cela ne répond toujours pas à notre question : sur quelle base légale précise l’exhibition du drapeau de Samidoun a-t-elle été interdite lors de nos rassemblements ?

Qui a fixé cette condition ? Qui en assume la responsabilité ? Le bourgmestre ne peut pas simplement invoquer les services de police ou l’indépendance du fonctionnaire sanctionnateur pour éluder ces questions.

 

Il a fallu aller devant un juge pour organiser notre journée

Notre troisième Journée pour la Palestine devait se tenir le 10 octobre à la MPA. Tout était préparé depuis longtemps. Puis la convention a été résiliée.

Il a fallu saisir la justice en urgence. Le 8 octobre, une ordonnance de référé nous a été favorable et la journée a finalement pu se tenir.

Deux jours avant l’événement !

Thomas Dermine affirme respecter cette décision. C’est la moindre des choses pour un bourgmestre.

Mais combien de temps, d’énergie et d’argent avons-nous dû consacrer à nous défendre ? Et combien d’argent public a été dépensé, de l’autre côté, en avocats et en frais de procédure pour défendre une décision d’annulation qui n’a finalement pas empêché notre journée de se tenir ?

Nous aimerions connaître le coût réel de ces démarches pour les structures concernées et, directement ou indirectement, pour les finances publiques.

À Charleroi, où tant de familles vivent dans la précarité et où les moyens budgétaires sont constamment présentés comme insuffisants, n’y aurait-il pas mieux à faire de cet argent ? Ne pourrait-on pas consacrer davantage de moyens à lutter contre la pauvreté plutôt qu’à financer des procédures contre des associations de bénévoles engagées dans la solidarité ?

 

Aujourd’hui Samidoun, demain « Du fleuve à la mer » ?

L’intervention de Christophe Burton (conseiller communal MR et administrateur à la MPA) mérite également qu’on s’y arrête.

Revenant sur une intervention citoyenne de juin 2025, il s’est indigné du slogan « Du fleuve à la mer, la Palestine vaincra », allant jusqu’à évoquer une possible incitation à la haine ou à la violence, ou à une infraction terroriste.

Il faut mesurer ce que cela signifie.

Pour nous, ce slogan exprime un processus de décolonisation, la libération de toute la Palestine et le retour des réfugiés palestiniens. Il s’inscrit dans notre aspiration à une Palestine libérée de l’occupation et de l’apartheid, où toutes et tous puissent vivre libres et égaux en droits.

Nous savons que cette formule fait l’objet d’interprétations différentes. Mais on ne peut pas en déduire automatiquement une incitation à la violence ou au terrorisme. Encore faut-il examiner les propos, leur contexte et les critères juridiques applicables.

À entendre Christophe Burton, on se demande jusqu’où ira cette logique. Aujourd’hui, le drapeau de Samidoun. Demain, ce slogan. Et après ?

C’est précisément pour cela que nous refusons de nous soumettre sans contestation aux restrictions imposées à nos rassemblements.

 

La solidarité avec la Palestine ne se laissera pas intimider

Pauline Boninsegna a également rappelé, dans sa conclusion, que ce qui se passe à Charleroi doit être replacé dans un contexte plus large de criminalisation des mobilisations pour la Palestine à travers le monde.

Nous partageons cette inquiétude. Les restrictions, les interdictions et les accusations visant des militants et des associations dans différents pays doivent nous alerter. Elles rendent d’autant plus nécessaire la défense des libertés démocratiques, ici aussi.

Cela ne signifie pas que toutes les organisations engagées pour la Palestine doivent être d’accord sur tout. Les débats et les divergences existent, et ils sont légitimes. Mais ces désaccords ne devraient pas nous empêcher de défendre ensemble le droit de manifester, de dénoncer l’occupation et de soutenir le peuple palestinien.

Pendant ce temps, notre Plateforme doit continuer à répondre à des procès-verbaux, consulter des avocats et préparer des recours. Le 27 octobre prochain, nous serons à nouveau devant le tribunal de police pour contester une amende administrative.

Encore du temps et de l’argent que nous préférerions consacrer à nos activités : informer, organiser des débats, des rencontres, des projections et faire vivre la solidarité à Charleroi.

Nous ne demandons aucun traitement de faveur. Nous voulons simplement que les règles soient claires, légalement justifiées et appliquées de la même manière à tout le monde.

Comme l’a rappelé notre avocat, il ne doit pas y avoir d’inquisition à Charleroi.

Nous espérons que les autorités communales reviendront à une attitude plus raisonnable et accepteront enfin un véritable dialogue. Mais s’il faut continuer à défendre nos droits devant la justice, nous le ferons.

Nous n’avons pas besoin que le bourgmestre soit d’accord avec nous. Nous avons besoin qu’il respecte nos droits.

Et nous aimerions pouvoir consacrer notre énergie à la Palestine plutôt qu’à devoir le lui rappeler.

 

La Plateforme Charleroi pour la Palestine, 22 octobre 2026

 

La délégation de la Plateforme Charleroi pour la Palestine avant son entrée au Conseil communal

La délégation de la Plateforme Charleroi pour la Palestine avant son entrée au Conseil communal

 

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 (*)  Vous retrouverez l’interpellation et la discussion sur la vidéo publié sur le site de la Ville de Charleroi à partir du moment 3:10:56 

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Ce mardi 27 octobre, Myriam De Ly, membre de la Plateforme Charleroi-Palestine est convoquée à une audience du Tribunal de police pour le port d’un drapeau de Samidoun. Comme expliqué dans le panneau ci-dessous, cette séance se limitera à des échanges de documents et d’agendas.

Une mobilisation importante est prévue quand les plaidoiries auront lieu.

Mais vous êtes évidemment toujours bienvenu.e.s à nous rejoindre ce mardi 27  :

L’audience a lieu à 10 h au Tribunal de Police, 2e chambre civile (salle 202), avenue Général Michel 2/4 6000 Charleroi.  Nous nous donnons RV à 9 h 45 h à l’entrée du Palais de Justice. 

 

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Au sujet de Samidoun, lisez  l’article de la Plateforme Charleroi pour la Palestine, publié le 8 juillet 2025

« Samidoun », l’inébranlable solidarité

Samidoun est un réseau international de militant·es travaillant en solidarité avec les prisonnier·ères palestinien·nes dans leur lutte pour leur liberté. À travers des événements, des délégations, des campagnes de sensibilisation et la diffusion d’informations, Samidoun met en lumière les conditions d’incarcération, les violations des droits fondamentaux, les revendications de ces prisonniers et leur lutte pour la libération tant des prisonnier·es que de la Palestine.

Samidoun soutient également les prisonnier·es arabes et internationaux : les prisonnier·es politiques aux États-Unis, au Canada et en Europe, ciblé·es en raison de leur implication dans les luttes de libération – les prisonnier·es arabes et palestinien·nes, les prisonnier·es autochtones, les indépendantistes portoricains ou de Kanaky, les activistes de la libération noire – tou·tes celles et ceux qui luttent contre et sont ciblé·es par le racisme, le colonialisme et l’oppression.

Samidoun est un mouvement anti-impérialiste et anticolonial, qui soutient la libération de la Palestine historique : ledit État d’Israël constitue une entité coloniale de peuplement, un pur produit illégitime de l’impérialisme occidental, en droite ligne de sa tradition colonialiste et exploiteuse.


Pourquoi ce focus sur les prisonnier·es ?

La solidarité avec les prisonnier·es est une responsabilité centrale lorsqu’on souhaite travailler en solidarité avec la Palestine. Les prisonnier·es palestinien·nes sont au cœur de la lutte pour la liberté et la justice en Palestine – ils et elles symbolisent l’enfermement de tout un peuple, de toute une nation. Ils et elles sont en première ligne des luttes, et subissent une répression et des conditions terribles.

Ils et elles sont les vrais dirigeants du peuple palestinien et ils représentent la résistance palestinienne en cours ; c’est pourquoi ils sont confrontés à des attaques aussi graves de la part du colonialisme sioniste.  

Les plus de 10.000 prisonnier·es dans les geôles israéliennes subissent le génocide à l’intérieur des prisons israéliennes où ils et elles sont affamé·es, torturé.es, violé·es, jusqu’à ce que mort s’ensuive : Au moins 73 prisonniers ont été tués dans les prisons coloniales depuis le 7 octobre 2023.

 
Pourquoi Samidoun est-elle attaquée ?

Parce que Samidoun est une organisation qui réalise un travail politique sur la question de la Palestine, qui met en évidence le rôle du colonialisme et de l’impérialisme dans les exactions et le génocide en cours.

Ce travail politique met en lumière les procédés de la domination pour mieux les comprendre et les démanteler. Il met en évidence le rôle fondamental du peuple palestinien et soutient sa résistance comme une pratique de justice et de libération. Il met en lien les injustices économiques, politiques et sociales à différents endroits de la planète, comme partie d’un processus global.

Ce travail politique ne plaît pas à celles et ceux qui bénéficient de ces processus de domination : Israël, mais aussi ses alliés politiques et économiques, comme les partis conservateurs européens, qui misent sur le racisme et le classicisme pour contribuer à hiérarchiser la société.

Celles et ceux qui bénéficient de ces dominations ne peuvent accepter la résistance des opprimé·es, dès lors qu’elle met en danger l’ordre des choses, si injuste soit-il. Dès lors, tout mouvement se réclamant d’une solidarité avec les opprimé·es et leur résistance devient dangereux.

Il s’agit alors de faire taire la solidarité, de criminaliser la mobilisation pour la justice en Palestine et d’étouffer toute voix critique.


Pourquoi cette accusation de terrorisme ou de soutien au terrorisme ?

Il s’agit là d’une tactique bien connue visant à délégitimer, décrédibiliser et criminaliser un groupe réalisant un travail politique.

En Belgique comme ailleurs, le travail de Samidoun est public : dans la rue, sur son site internet, sur les réseaux sociaux. En Belgique, comme ailleurs, rien dans les activités de Samidoun n’a jamais pu ouvrir la voie à des poursuites pour de quelconques délits ou crimes – et c’est à cela que sert l’accusation de terrorisme et la législation antiterroriste : permettre une répression politique déguisée en processus judiciaire.

L’accusation de terrorisme, de soutien au terrorisme ou encore d’apologie du terrorisme permet aux gouvernements, à la police et à la justice de contourner des principes fondamentaux dans un État de droit, comme la liberté d’expression et la liberté d’association.

Les mouvements de solidarité avec la Palestine sont régulièrement visés par ce type d’accusation, mais aussi d’autres mouvements anticoloniaux et même des organisations de défense de l’environnement !

Et s’il n’existe aucun lien entre l’organisation visée et un quelconque groupe armé, eh bien qu’importe, ce lien peut être fabriqué : on répète encore et encore, dans les médias, sur les réseaux ou au Parlement, que ce lien existe. Nul besoin de fournir une preuve : à force de répétition, l’affirmation paraît de plus en plus tangible et réelle. C’est, en Belgique, la tactique du MR ou d’autres détracteurs de la cause palestinienne : accuser, accuser, accuser – et puis, se servir de ces accusations non démontrées pour justifier les interdictions et la répression.

 

Plateforme Charleroi pour la Palestine, 8 juillet 2026

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