Cisjordanie : Un nouveau mur menace des milliers de familles palestiniennes

L’armée israélienne construit un nouveau mur de 21 kilomètres de long et de 50 mètres de large avec, en zone interdite, une route strictement réservée aux militaires et qui s’enfonce profondément dans le territoire de la Cisjordanie occupée – ce projet coupera les propriétaires terriens palestiniens de plusieurs millions de mètres carrés de leurs terres, déplacera des communautés agricoles palestiniennes dont les bâtiments seront démolis et entravera encore plus les déplacements entre les diverses parties du nord de la Cisjordanie occupée.

 

Abdullah Bisharat, chef du conseil local d'Atouf, l'un des villages qui sera affecté, se trouve sur le parcours prévu du nouveau mur. En main, il tient une ordonnance de démolition. (Photo : Zena Al Tahhan)

Abdullah Bisharat, chef du conseil local d’Atouf, l’un des villages qui sera affecté, se trouve sur le parcours prévu du nouveau mur. En main, il tient une ordonnance de démolition. (Photo : Zena Al Tahhan)

 

Zena Al-Tahhan, 15 janvier 2026

Fin novembre et début décembre 2025, les forces israéliennes ont commencé à émettre des dizaines d’ordonnances de démolition d’habitations, de fermes, de serres, d’enclos à bétail et d’autres structures situés le long du passage prévu pour le nouveau segment de mur dans le nord de la vallée du Jourdain. De très nombreux Palestiniens et leurs familles qui vivent de ces terres comme propriétaires ou comme simples travailleurs vont être sévèrement affectés.

« La mur isolera de larges pans de terres privées et très fertiles. Nous parlons ici de quelque 190 000 à 200 000 dounams (de 190 à 200 km²) de terres qui vont se retrouver définitivement de l’autre côté du mur »,

a déclaré à The Electronic Intifada Abdullah Abu Rahmeh, directeur général du Département d’action populaire à la Commission de résistance au mur et à l’implantation de colonies.

Prévu pour être construit à environ 12 kilomètres à l’ouest de la frontière du Jourdain, ce premier tronçon du nouveau mur passera entre deux des principaux check-points militaires israéliens – Tayasir et Hamra – et contrôlera le mouvement entre, d’une part, Jénine, Tubas et Naplouse dans le nord de la Cisjordanie occupée et, d’autre part, la vallée du Jourdain, y compris Jéricho.

« Cette région est un lien vital entre le nord, l’ouest et l’est de la Cisjordanie occupée. L’accès à la vallée du Jourdain va devenir extrêmement difficile et cela facilitera la poursuite de l’expulsion des habitants »,

a déclaré Hussein Abu Hatab, membre du conseil local d’Ein Shibli – l’un des villages affectés.

« Les fermiers qui se déplacent de Tammun ou al-Faraa à Tubas afin de travailler dans la vallée du Jourdain vont devoir se battre pour entrer dans la zone ou en sortir. Cela facilitera la tâche de l’occupation en vue de s’emparer de leurs terres »,

a-t-il dit à The Electronic Intifada.

 

L’accaparement de terre « écarlate »

Le mur commencera à partir du village d’Ein Shibli, à l’est de Naplouse, et s’étendra vers le nord en direction du check-point militaire de Tayasir, à l’est de Tubas. Il coupera les terres des villes et villages de Tubas, Tammun, Tayasir, Atouf, Yarza, Aqaba et Ein Shibli.

Il transformera également les villages de Yarza et d’Ein Shibli en enclaves. Le village de Yarza sera d’ailleurs complètement encerclé.

Selon les médias israéliens, la nouvelle section du mur constitue une partie du « Fil écarlate » – le nom donné par le ministère de la Défense de l’État occupant à un projet bien plus important (1,7 milliard de USD) de mur qui, une fois achevé, s’étendra sur quelque 500 kilomètres – depuis les hauteurs occupées du Golan à la frontière syrienne, jusqu’à la mer Rouge près d’Eilat, dans le sud.

Dans une déclaration, le ministère de la Défense a expliqué que le nouveau projet cherchait à

« renforcer la sécurité nationale et le contrôle stratégique sur la frontière orientale ».

Les Palestiniens rejettent l’explication sécuritaire en la qualifiant de subterfuge.

« Le but est clair. Il est question de faire main basse sur les ressources palestiniennes et de couper les habitants de leurs terres, afin de s’emparer de ces zones et de les annexer au profit des colons illégaux »,

a déclaré Abu Rahmeh.

Les zones ciblées font partie des plus importantes terres agricoles de la Cisjordanie occupée. La vallée du Jourdain se trouve au bas d’un bassin géologique où, depuis des millénaires, des ruisseaux saisonniers s’écoulant des hautes terres centrales ont déposé des sédiments riches en nutriments constituant des sols très fertiles et des aquifères d’eaux souterraines. Située bien au-dessus du niveau de la mer, la vallée est également plus chaude que le reste de la Cisjordanie, ce qui lui confère de longues et productives saisons de croissance.

 

Des milliers de familles affectées

Les magnifiques plaines de Tammun et d’Atouf – connues localement sous le nom de plaine d’al-Beqaia – sont parmi les zones qui seront le plus affectées.

« Atouf et Tammun vont perdre environ 70 pour 100 de leurs terres – quelque 65 km² vont se retrouver derrière le mur. Nous sommes allés devant les tribunaux israéliens mais nous ne savons pas quel sera notre sort »,

a expliqué à The Electronic Intifada Abdullah Bisharat, chef du conseil local d’Atouf.

« Tout pousse, ici. Nous avons des bananiers qui couvrent environ un million et demi de mètres carrés (1,5 km²). Pas moins de un million et demi de mètres carrés (1,5 km² aussi) de thym »,

a-t-il poursuivi.

« Nous avons deux millions de mètres carrés (2 km²) de raisins, tant en serre qu’en plein air. Nous avons des olives, des pommes de terre et des oignons. Et des tomates, également. »

La zone, a estimé Bisharat, soutient « quatre ou cinq mille familles, si pas davantage ».

« Si tout ça s’en va, ces familles seront complètement ruinées. »

Israël exerce déjà un contrôle direct sur plus de 60 pour 100 de la Cisjordanie occupée : la Zone C désignée par les accords d’Oslo et où sont situées des centaines de colonies israéliennes illégales.

Elles sont servies et protégées par près de 800 obstacles aux déplacements palestiniens, cela va de check-points à des barrières routières, ainsi que des bases militaires, des zones de tir interdites ainsi que des « réserves naturelles ».

Depuis le début du génocide perpétré par Israël à Gaza occupée, le taux de vol de terre par les sionistes s’est accéléré et est devenu le plus élevé depuis plusieurs décennies. En 2024, le gouvernement israélien a déclaré comme « terres d’État » un total de 23,7 millions de mètres carrés (23,7 km²) de la Cisjordanie. Ceci comprenait 12 millions de mètres carrés (12 km²) de la seule vallée du Jourdain – ce qu’on a décrit comme la plus grande saisie de terre en une seule fois depuis le début du processus d’Oslo en 1993.

Entre-temps, les responsables et ministres israéliens ont progressivement délaissé les termes d’« occupation temporaire » pour les remplacer par « sécurité », poussant ainsi ouvertement vers l’annexion.

De grosses pointures du gouvernement ont parlé explicitement de garantir « un maximum de terres avec un minimum de Palestiniens », présentant de la sorte l’expansion territoriale comme un objectif démographique manifeste.

 

« Une prison en plein air »

Le nouveau mur va commencer à Ein Shibli, qui sera doublement affecté, puisque coincé entre le check-point militaire de Hamra et le nouveau mur.

« Ein Shibli sera dans une situation spéciale : un check-point du côté est et un mur du côté ouest, ce qui va le transformer en prison en plein air »,

a déclaré Abu Hatab, du conseil du village local.

Les villageois sont effrayés.

« Les habitants, ici, ressentent une profonde détresse psychologique ainsi que de la frustration »,

a expliqué Abu Hatab à The Electronic Intifada.

« Ce sera une catastrophe pour Ein Shibli. Cela va créer une crise à l’entrée du village – avec des difficultés d’entrée et de sortie pour les étudiants, les patients et les habitants. La route est étroite et, avec un check-point, il va y avoir une congestion et une fermeture, ce qui va effectivement isoler le village. »

De larges portions de terres agricoles appartenant aux habitants d’Ein Shibli deviendront également inaccessibles, quand le mur aura été construit, a expliqué Abu Hatab.

Le nouveau mur est l’un des développements les plus dangereux de ces deux dernières années en Cisjordanie occupée, où plus de 10 000 Palestiniens ont été expulsés de force de leurs maisons, pendant que les colonies et avant-postes israéliens établis illégalement sur des terres volées ne cessent d’augmenter en nombre et à un rythme de plus en plus élevé.

« Il est question là de restreindre le mouvement et d’isoler les Palestiniens dans des centres de population en état de siège, coupés de leurs ressources naturelles alors que leur subsistance aura été détruite »,

a déclaré Abu Rahmeh.

« Ils poussent les gens ve rs les villes et les villages, dans des cantonnements fermés par des barrières qu’ils contrôlent. »

 

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Zena Al Tahhan est une écrivaine indépendante et une journaliste de TV qui vit à Jérusalem occupée.

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