Un marchand de logiciels espions israéliens fait de l’œil aux flics européens

La technologie israélienne des logiciels espions sera présentée lors d’une exposition organisée le mois prochain par le gouvernement britannique.

 

Un marchand de logiciels espions israéliens fait de l’œil aux flics européens

La firme Cobwebs Technologies (aujourd’hui filiale de PenLink) a recommandé l’utilisation de ses produits pour espionner les activistes de Black Lives Matter. (Photo : Probal Rashid / ZUMA Press)

 

David Cronin, 19 février 2026

 

Le moins qu’on puisse dire de la firme PenLink – l’une des participantes reprises pour l’exposition de Londres, appelée « Sécurité et Police » – c’est qu’elle n’est absolument pas fréquentable.

Il y a cinq ans, Meta a interdit à la firme israélienne Cobwebs Technologies – acquise par la suite par PenLink – de collecter des renseignements sur ses plates-formes.

Meta, le propriétaire de Facebook, d’Instagram et de WhatsApp, avait découvert que Cobwebs utilisait des centaines de comptes de médias sociaux pour surveiller des activistes, des fonctionnaires et des hommes politiques de l’opposition au Mexique et à Hong Kong.

Les détails fournis à propos de PenLink sur le site de l’expo « Sécurité et Police » sont trompeurs. Ils présentent PenLink comme une firme britannique.

PenLink a son siège au Nebraska (États-Unis) et a des connexions on ne peut plus fortes avec Israël.

Omri Timianker, l’un des fondateurs de Cobwebs, est l’un des nombreux Israéliens de l’équipe de base qui dirige Pen Link.

Dans un passé pas très lointain, Timianker avait été promu comme vétéran des « forces spéciales » de l’armée et des « services secrets » d’Israël.

Lors de ses prises de parole à des conférences, il a été encensé en tant que pionnier de l’emploi du « tactical SIGINT » au sein des « services secrets » israéliens.

Du fait que le SIGINT (« signal intelligence », textuellement « compréhension des signaux ») implique l’interception de communications, c’est vraiment un terme sophistiqué pour désigner l’espionnage. Il est hautement probable que toute innovation à laquelle Timianker a contribué ait été testée sur des Palestiniens vivant sous une occupation illégale.

En janvier, Timianker a accueilli la visite dans les bureaux israéliens de PenLink de Michael Mann, l’ambassadeur de l’Union européenne à Tel-Aviv.

Selon les dires de Timianker, les deux hommes ont conversé

« sur la vitesse à laquelle la réalité change et sur l’imporance absolue de ne pas équiper les gens que d’outils capables de penser, de poser des questions et de rester en éveil dans un monde façonné par des algorithmes et des récits ».

 

 

À la suite d’une requête introduite au nom de la liberté d’information, j’ai appris que Mann avait rencontré un représentant de PenLink en novembre dernier, au cours d’un événement qui avait eu lieu dans la ville de Herzliya (Israël). Dans les échanges de courriels qui avaient suivi, Mann avait déclaré qu’il serait « ravi d’organiser une visite » de façon à pouvoir visiter les bureaux de PenLink.

Après que j’avais adressé ma requête à Mann, l’ambassade de l’UE à Tel-Aviv avait décrit sa rencontre avec Timianker comme une « visite de courtoisie ».

Selon l’ambassade, la visite

« a débouché sur une conversation informelle sur la technologie et la désinformation ».

Incidemment, l’UE accuse de plus en plus des journalistes et des universitaires avec qui elle n’est pas d’accord à propos de la « désinformation ».

Cela concerne entre autres le citoyen allemand Hüseyin Dogru, qui fait l’objet de sanctions européennes mettant en danger sa subsistance pour avoir publié dans Red, un média qu’il a lui-même lancé, des articles critiques envers Israël et la violence de l’État allemand à l’égard des activistes de la solidarité avec la Palestine.

« L’ambassadeur Mann n’a pas discuté d’opportunités commerciales concrètes pour la firme en Europe ou ailleurs »,

a ajouté l’ambassade.

Il est néanmoins indiscutable que la rencontre avec Mann a eu lieu au cours d’efforts de PenLink en vue de courtiser les institutions européennes d’application de la loi. Par exemple, l’an dernier, PenLink avait pu mettre en valeur ses logiciels lors du Congrès des Polices européennes à Berlin.

 

Vente de produits à ICE

Cobwebs – la firme israélienne reprise désormais par PenLink – avait cherché précédemment à stimuler ses affaires en illustrant la façon dont l’un de ses systèmes pouvait être utilisé contre les militants de Black Lives Matter aux EU.

Tangles – c’est le nom du système – exploite des messages des médias sociaux pour savoir à quels événements assistent certains individus ciblés, après quoi il combine ces données avec des détails qu’il a découverts en ligne à propos de ces mêmes personnes.

ICE – le tristement célèbre et agressif Immigration and Customs Enforcement (Service de l’immigration et des douanes) aux EU – a dépensé quelque 5 millions de USD pour utiliser Tangles, et en particulier une application appelée Webloc.

Bien avant d’être nommé ambassadeur de l’UE à Tel-Aviv, Michael Mann avait développé des relations cordiales avec Israël et son réseau de lobbying.

Avant d’assumer son poste actuel, il avait été l’une des principales personnalités à traiter avec le Moyen-Orient dans l’administration des services diplomatiques de l’UE, qui opère à Bruxelles.

Une autre actrice importante de ce service est Hélène Le Gal, une ancienne envoyée française en Israël et au Maroc.

Par le biais d’une requête séparée introduite au nom de la liberté d’information, j’ai appris que Le Gal avait accepté de recevoir en novembre une délégation de l’American Jewish Committee (AJC – Comité juif américain), un important groupe pro-israélien. La délégation avait demandé que soit organisée une rencontre afin de discuter de « l’actuelle situation au Moyen-Orient, ainsi que de la guerre en cours de la Russie contre l’Ukraine et de sa position de plus en plus agressive à l’égard de l’Europe ».

La guerre en cours de la Russie contre l’Ukraine est sans aucun doute une question grave – de même qu’une conséquence de la position agressive de l’Occident à l’égard de la Russie (ce que les représentants de l’UE et de l’OTAN ne reconnaîtraient jamais).

En arriver à une résolution équitable et durable de cette guerre n’a toutefois pas la priorité dans l’agenda de l’AJC.

Il exploiterait plutôt l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour tenter de détourner l’attention du génocide qu’Israël est en train de perpétrer à Gaza.

Les lobbyistes savent très bien aussi que la croissance rapide des dépenses militaires occidentales déclenchées par le conflit entre la Russie et l’Ukraine présente des opportunités en vue de stimuler les exportations d’armes d’Israël.

Israël et son réseau de soutien prospèrent grâce à la guerre. Comme les principaux acteurs de l’UE se consacrent à la mise sur pied d’une économie de guerre, il est d’une logique sinistre qu’ils se tournent vers Israël et ses partisans pour puiser inspiration et assistance.

*****

Publié le 19 février 2026 sur  The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

Vous aimerez aussi...