Hommage au martyr Fathi Khazem, Abu Raed, figure de la résistance palestinienne assassiné le 21 août 2026
Hier à l’aube, Fathi Khazem, figure de la résistance en Cisjordanie, père des martyrs Raed et Abdel-Rahman Khazem, ainsi que de la prisonnière Shaimaa Khazem, a été assassiné par les forces d’occupation devant sa femme et son fils de 15 ans.

Samidoun, 22 août 2026
Traqué depuis 2022, après l’opération que son fils Raed a mené à Jaffa et durant laquelle ce dernier est tombé martyr, il a échappé à plusieurs tentative d’assassinats et d’arrestations, jusqu’à ce matin, où une unité des forces d’occupation a tenté de l’arrêter. Alors que les soldats sionistes essayaient de le maîtriser et de l’humilier devant sa femme et son enfant il a lancé à un soldat : “Qui êtes-vous pour me demander de m’incliner ?”
En réponse, et face à la résistance de ce père de 8 enfants, les soldats ont ouvert le feu, et l’ont abattu de 7 balles tirées à bout portant. Son corps a ensuite été emporté, et demeure captif, comme plus de 1.700 dépouilles de martyrs originaires de toute la Palestine historique, mais également du Liban et d’autres pays voisins.

Fathi Khazem, faisant ses adieux à son fils martyr, Abdul-rahman Khazem
Fathi Khazem, Abu Raed, est né le 9 septembre 1966, dans le camp de réfugié·es de Jénine, où sa famille originaire de Shafa’amr s’est installée dans les années 60 après avoir quitté Khan Younis où elle s’était réfugiée après la Nakba.
Très jeune, il quitte l’école et travaille dans les chantiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Lors de la première Intifada, il est arrêté et incarcéré pendant 5 ans. Après la création de l’Autorité Palestinienne, il intègre les forces de sécurité et devient commandant adjoint de la région de Naplouse.
Sa vie bascule le 8 avril 2022, lorsque son fils Raed est assassiné lors d’un affrontement avec les forces d’occupation après qu’il ait mené une opération à Jaffa. Deux jours plus tard, le 10 avril 2022, une unité des forces spéciales sionistes tend une embuscade à la voiture familiale dans la zone industrielle de Jénine, tirant des dizaines de balles sur le véhicule qui ont failli tuer ses deux fils et sa femme.
C’est à ce moment là que le martyr Fathi Khazem débute sa clandestinité et que commence la traque des services sionistes pour l’arrêter. Comme de nombreux combattants traqués, c’est dans les entrailles du camp de Jénine qu’il trouve refuge. Poursuivi pendant plus de 4 ans avant de s’élever en martyr, Fathi Khazem a mené l’une des plus longues clandestinité depuis la seconde Intifada.
Lors de la cérémonie funéraire en hommage à Raed, et devant les habitants du camp qui se relayaient pour lui adresser leurs condoléances, Abu Raed déclare, dans un long discours plein d’émotion :
“L’occupation nous promet des miettes de concessions en nous permettant de visiter notre mosquée et le site du Voyage nocturne du Prophète à Al Quds. Puis, après cette opération, elle affirme qu’il n’y aura plus aucune concessions en matière de sécurité. Je le dis, notre peuple ne cherche pas des concessions, mais la libération. Il aspire à prier à la mosquée Al-Aqsa sans crainte. Notre peuple aspire à la liberté et à une vie digne. Notre peuple ne cherche pas des autorisations israéliennes qui nous obligent à subir des traitements honteux, avec humiliation.”
“Le camp de Jénine est une forteresse peuplée de héros et d’hommes courageux qui ne craignent pas la mort, il est le fer de lance de la résistance palestinienne et le restera, car il porte la confiance populaire et continuera de la porter. La place de notre camp dans la lutte ne changera pas, malgré la perte de nos martyrs”.
Dans un message posté sur les réseaux sociaux après la perte de son fils, il déclarait :
“J’ai perdu mon fils bien-aimé et les forces d’occupation recherchent le reste de ma famille. Je prie Dieu de nous épargner. Mes ennemis et certains des miens me demandent de me rendre. Je ne le ferai pas tant que je n’aurai pas récupéré le corps de mon fils.”
Lors de ces dernières années, l’armée sioniste a mené de nombreux raids dans le camp de Jénine pour l’arrêter mais à chaque fois, les résistants se sont interposé en affrontant les véhicules militaires et les bulldozers et faisant reculer les forces d’occupation.
Le 28 septembre 2022 Fathi Khazem perd un autre de ses fils, Abdul-Rahman, qui s’élève en martyr dans la maison familiale détruite par un missile anti-char de l’armée sioniste lors d’un affrontement de 3 heures dans lequel la résistance acharnée des combattants du camp a fait échoué l’arrestation d’Abu Raed.
Dans des communiqués adressés aux factions de la résistance après le martyr de son deuxième fils, le leader écrivait :
“Le camp est entre vos mains. Veillez à préserver l’unité du camp et des factions, ne laissez pas ce lien se rompre, ne les laissez pas nous briser. Continuez à lutter comme une seule main, un seul esprit et un seul cœur.”
“Ils ont démoli ma maison, mais ils n’ont détruit que les pierres. Ils n’ont brisé ni notre détermination ni notre volonté. Ils ont tué mes fils, mais ils ne sont pas morts, car nos morts sont au Paradis et les leurs en Enfer. Allah est notre Maître et eux n’ont point de maître. Notre foi nous rend patients dans nos cœurs.”
Au cimetière des martyrs, entouré de combattants de différentes factions, il lançait avec colère un message aux traitres à la lutte de libération nationale qui qualifiaient les résistants de voyous :
“Les résistants sont des héros et des hommes libres, et honte, honte, honte à ceux qui les qualifient de voyous. “
“Ô fils de Cisjordanie, ô fils d’Al Quds, la Palestine est précieuse et elle est un dépôt entre vos mains. Jénine saigne sur l’autel de la libération, alors levez-vous, ô héros, ô peuple libre, levez-vous et affirmez votre position.”
Pour terminer son discours, Fathi Khazem a appelé à une journée de grève générale contre l’occupation, pas pour seulement pour soutenir Jénine et son camp, mais d’abord en soutien aux résistants contre les accusations de ceux qui les traitaient de voyous. Cette grève a été suivie dans de nombreuses villes de Cisjordanie jusqu’à Ramallah où des affiches du père endeuillé ornaient les murs.
Fathi Khazem devint un véritable symbole de la résistance palestinienne face à l’occupation, agrégeant les forces autour de lui et appelant à l’unité sur la base d’une lutte pour la libération.
Malgré le fait qu’il soit traqué sans relache par les services sionistes, il a rendu de nombreux hommage aux martyrs et aux familles de résistants, assumant les larmes qui coulaient sur son visage, notamment pour les martyrs de Gaza, ou lorsqu’il racontait la douleur d’Oum Nasser, la mère du combattant et prisonnier martyr Nasser Abu Hmeid et du martyr Abdul-Munim Abu Hmeid, prenant son déjeuner seule alors que ses quatre fils encore vivants étaient tous incarcérés et condamnés à la prison à vie avant d’être libérés en 2025 par la résistance et la fière et digne population de Gaza.

Shaima Khazem, détenue dans les prisons sionistes depuis le 3 août 2025
Fathi Khazem lui même a connu la douleur d’avoir ses enfants enfermé·es. Son fils Hamam a été arrêté le 23 mai 2022, et sa fille, Shaima, est détenue dans les prisons sionistes depuis le 3 août 2025.
Aujourd’hui, alors que le peuple palestinien dans toute la Palestine historique, jusque dans les entrailles des camps de réfugié·es de Gaza, qui affronte un génocide mené par l’armée sioniste et les forces impérialistes depuis près de 3 ans, et dans la diaspora, pleure cette perte immense, nous rendons hommage au martyr Fathi Khazem qui a rejoint hier ses deux fils et ses deux beaux frères martyrs, Othman Al-Saadi, surnommé Abu Al-Awasef, élevé en martyr au Sud-Liban lors de l’invasion sioniste de 1982, et Muhammad Al-Saadi, chef des “Black Panther”, l’une des branches armées du mouvement Fatah, élevé en martyr en 1992 après un affrontement avec les forces d’occupation dans la ville de Jénine.
Gloire aux martyrs, puissent leur souvenir accompagner les vivant·es à travers le long chemin de la libération.
*****
Publié le 22 août 2026 sur Samidoun



